C comme Canicule, Criquets, Calamité mais aussi comme Cocottes, Copains et Compagnie!

J’avais commencé par simplement intitulé ce nouveau billet « C comme Canicule, Criquets et Compagnie » mais c’était se focaliser sur les Calamités du moment et le bon gros Creux de la vague. Et puis la lettre C allait écoper du titre de « lettre Catastrophe » alors que Cool commence aussi par un C. Coïncidence?! Je ne crois pas.

La saison bat son plein, le rythme est soutenu pour ne pas dire foufou et la fatigue peut déteindre sur l’humeur et/ou l’humour – c’est à ce moment-là que vous relisez le 1er paragraphe de ce billet en hochant la tête. Bref, entre les orages, la canicule essuyée – ou plutôt suée – les criquets par milliers, notre moral fait le yo-yo – on se renouvelle, l’an dernier, on parlait de montagnes russes – et parfois, il a sérieusement tendance à rester coincé en bas. Enfin, que tout le monde se rassure, avec François, nos yo-yo sont souvent mal accordés, ce qui permet un certain rééquilibrage. Pour les fois, où ils sont à l’unisson, évidemment, c’est plus compliqué…

Quand on s’est quitté début Juin, le climat était loin d’être folichon – printemps aux abonnés absents et petit goût de Toussaint – et faisait dire aux sceptiques « et après, on nous parle de réchauffement climatique, ben voyons! ». De notre côté, on se disait qu’un peu de soleil et de chaleur ferait pas de mal si on voulait, un jour, manger des tomates… D’ailleurs, pour leur visite début Juin, Ben et Alhia avaient prévu leur maillot de bain. Après le bois brûlé, la promenade des ânes, ce samedi chaud et ensoleillé promettait un dimanche plus farniente. Bilan, on a écopé d’un dimanche frais et tout mouillé…
Évidemment, en bons convaincus du changement climatique – et de l’effondrement, mais c’est un autre (vaste) sujet – on se disait que le retour de bâton allait être violent. Mi-juin, le verdict a été sans appel pour nos voisins du côté de Vernoux et ceux de la Vallée du Rhône, touchés par de violents orages de grêle. De ceux qui dévastent tout et ne laissent rien sur leur passage. C’est face à ce genre d’évènements qu’on se dit qu’on a choisi un métier magnifique mais qui peut s’avérer ingrat et qui reste (tellement) vulnérable face aux aléas climatiques…

Le ton était donc donné pour la deuxième quinzaine de Juin: c’était le fameux retour de bâton! L’Ardéchoise – la fameuse course cyclotouriste! – allait donc être placée sous le signe des caprices climatiques, des averses intempestives et des orages.
Cette année, nous avons pris part à l’évènement du côté « Randonnée des accompagnants ». Késako? Ce sont les randonnées organisées par l’Office de Tourisme et destinées à ceux qui accompagnent les fondus de bicyclette. Au cours de ces randonnées, un repas préparé à base de produits locaux et du terroir est proposé aux participants. Nous avons donc répondu par l’affirmative à la sollicitation de l’Office de Tourisme. Pendant que François assurait le marché d’Annonay, j’ai donc eu l’opportunité de découvrir le hameau de Montplot – et sa vue époustouflante – et de préparer une assiette de crudités pour accompagner les saucisses et merguez de chèvre de ma collègue du jour, Morgane, du GAEC des Facéties. Une belle matinée, une cinquantaine de personnes ravies, les ventes des premières confitures de la saison et l’occasion de faire découvrir le fruit de nos métiers respectifs. Pas même une goutte de pluie et le soir-même, la visite de notre copine Marion. Et après, on ose se plaindre, c’est pas croyable ça!

La visite de Marion a coïncidé de manière totalement fortuite avec l’arrivée de celles qu’on n’attendait plus: les poules! Quoi de mieux que d’avoir une vétérinaire sous la main? « Ah mais moi, si y’a pas de rumen, je sais pas vraiment… ». Marion est plus branchée vaches que poules mais après avoir paillé la roulotte, fini d’installer le parc mobile, elle a volontiers aidé à l’installation de ces dames dans leur nouvelle maison. Elle a aussi activement participé au chantier « à la rurale » de pose de l’isolant et du bardage. De leur côté, un peu déboussolées par leur (grand) voyage, les demoiselles n’ont pas mis le bec dehors… Peut-on leur en vouloir quand, en guise de bienvenue, elles ont essuyé un premier épisode de grêle? Ici, rien de terrible même si on en menait franchement pas large alors que la glace commençait à tomber. Le sentiment d’impuissance et de vulnérabilité! L’épisode a été bref, la grêle était mouillée et ne tombait pas comme des pierres, comme on dit. Ça a haché les feuilles de blettes, percé les feuilles de courges et cassé quelques tomates mais rien de comparable à ceux qui ont tout perdu…

Pour nous consoler, nous avons ensuite eu la visite de Rémi et Nacho, les copains parisiens. Au menu, du bardage posé, encore du bois brûlé, des ânes baladés et un marché placé sous le signe des « chemises de lumière ». Ce concept a été développé par Rémi, adepte des chemises à motifs et semble avoir gagné François, puisque c’est désormais, sa chemise officielle pour les dimanches au marché! Nous étions le 23 Juin et il faisait déjà chaud… Rémi et Nacho sont repartis et la Canicule a débarqué. Canicule avec un grand C. Des températures assommantes qui nous ont poussé à régler le réveil chaque fois un peu plus tôt. Passé 11h le matin, il devenait de plus en plus dur de travailler sans se sentir mal… Si les maraîchers ont souffert, ils sont loin d’être les seuls. Du végétal à l’animal, qu’on se le dise, personne n’est épargné par ces températures folles. Et puis on pense aussi aux copains boulangers, aux copains qui binent leurs vignes à la main et à tous les autres…

Bon an, mal an, on a réussi à ne pas finir comme deux vieux pruneaux séchés. Avec Juillet, est arrivée une bonne flopée d’orages. Autant dire que ces nuits-là, on n’a pas dormi sur nos deux oreilles,… Jusqu’ici, on y a échappé. On touche du bois, on croise les doigts, on serre les fesses. Quand on voit les photos des collègues maraîchers des « Jardins du Héron » qui ont perdu, il y a une semaine, en l’espace d’un rien de temps, toutes leurs plantations de plein champ, on s’estime chanceux, heureux malgré tout…

En ce moment, outre les angoisses d’orages et de grêle, ce qui tire notre moral yo-yo vers le bas, ce sont les criquets. Désolés, nous n’innovons pas en terme de plaie: comme l’an dernier, on prend les mêmes et on recommence. Bon, cette année, ils ont débarqué bien plus tôt que l’an dernier. Ils nous semblent aussi plus nombreux. Les a-t-on comptés? Non, évidemment mais globalement, il y a plus de zones touchées… Et les poules? nous direz-vous. Les poules les chassent, se régalent et sont efficaces mais pas assez nombreuses. Comme dirait François, « il nous en faudrait 1000! ».
Cette année, ils ont commencé par s’attaquer aux cardons. François trouvait que j’avais fait trop de plants, il en reste désormais une petite dizaine. On s’est dit bon, tant pis pour les cardons! Et puis, petit à petit, chaque jour amenant son lot de dégâts, on a commencé à vraiment être dépités. Ah le semis de carottes de couleur, celui où on a passé des heures et des heures à désherber, il ne reste des fanes que la nervure centrale! Ah les choux chinois qui commençaient à avoir fière allure! Ah les 3 derniers semis de haricots verts! Ah la pépinière de poireaux de François! Ah tiens, ils dégomment les échalotes aussi!Et là, on se dit plus tant pis, on dit mer** put*** fait ch*** quand c’est pas pire…!

Pour que ce soit plus drôle, c’est pile durant cette période estivale et chaude qu’on songe aux légumes pour les soupes et potées d’hiver. Le maraîcher est toujours en avance sur son temps ! Eh oui, c’est l’heure des grosses sessions de repiquage avec notamment, tous les choux, les poireaux, le rutabaga et bien d’autres!  Puisque parfois les astres réussissent à s’aligner, nous avons pu récupérer des filets anti-insectes juste à temps. Nous avions mis nos émissaires drômois – merci Mamie Lulu, Maman et Papa – sur le coup pour récupérer, après la récolte de l’ail, des filets de protection. Les producteurs d’ail ne les utilisent qu’une saison, les déroulent au tracteur et ensuite s’en débarrassent. Opération réussie! On dit ouf! D’ailleurs, notre compte en banque et la trésorerie aussi… C’est typiquement le genre de (très gros) coûts qu’on ne prévoit pas quand on rédige son plan d’entreprise. Enfin, désormais, tout est sous filet ou presque. Nous ne cultivons plus à Pojot mais à Almeria-les-Pojot! On est loin de nos canons de beauté en terme de jardins mais sans ça, autant se tirer une balle dans le pied et tout arrêter… Et malgré le moral yo-yo, on est encore bien décidés à ne pas abandonner. S’adapter est devenu le maître-mot. Chaque jour, chaque semaine. Par exemple, hier, on a anticipé la récolte des échalotes puisque les criquets avaient déjà plus que rabattu le feuillage. On a aussi revu notre copie pour la gestion des sections de culture: on a opté pour un retour sur la section 1 puisque la 6 est plus qu’envahie de criquets. On pensait faire un semis de carottes à l’extérieur, ce sera à l’intérieur et protégé avec du filet. On imaginait en avoir fini avec les semis de haricots mais les 3 derniers ayant été sauvagement ravagés, on en a refait…

Parfois, on se prend à rêver d’une routine, de repères bien établis, de saisons marquées mais il faut se rendre à l’évidence, c’est fini tout ça. A nous de réinventer notre métier, de repenser notre modèle, d’essayer d’être résilients, en capacité d’encaisser ces chocs, ce climat bouleversé et sa cohorte de nouvelles plaies… C’est sur cette note positive – l’ironie quelle belle invention – que se termine ce billet classé C ! On remercie encore une fois ceux qui nous soutiennent – les copains, ceux d’ici et d’ailleurs, la famille, les clients fidèles, les (supers) restaurateurs qui envoient des messages qui remotivent et puis tous ceux qu’on oublie – c’est bon de se sentir entourés même quand on a la tête dans le guidon ou dans la toute proche récolte des abricots!

Et comme à l’habitude, la désormais traditionnelle petite galerie de photos…

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En prime, la vidéo de notre premier essai de bois brûlé « à la japonaise » !