La serre-tunnel: on en a vu le bout!

La dernière fois que je vous donnais des nouvelles, la serre était montée et nous attendions, fébrilement, les demi-lunes pour enfin voir le bout de ce satané tunnel. Pour mémoire, les demi-lunes qu’on nous avait conseillé de monter, avaient été déchiquetées par une nuit de grand vent. On nous avait annoncé un délai de 48 heures pour recevoir les nouvelles. Au bout de 3 jours, aucun livreur n’ayant pointé son nez, François a eu la surprise d’apprendre que notre commercial préféré était parti pour quinze jours de congé. Très franchement, nous étions déjà assez remontés et nous avons pris cette cachotterie, un peu de travers. Quoi qu’il en soit, au fond, ce qui nous importait alors ce n’était pas les vacances de celui que j’avais déjà rayé de la liste des gens avec qui travailler, mais plutôt nos fameuses demi-lunes. « J’ai eu Richel, elles arrivent ». « Elles arrivent ». Par deux fois, à force de harcèlement téléphonique, un autre commercial nous a assuré que tout était en ordre, qu’on serait bien livré directement. Alors, on a continué à attendre. Mais, il fallait se rendre à l’évidence, aucun signe de vie de nos morceaux de plastique renforcé… Les prévisions météos, surveillées comme le lait sur le feu, annonçaient une belle fenêtre pour le bâchage mais, sans demi-lunes, pas de bâchage possible. François a rappelé une énième fois le commercial, nous étions un vendredi, il était 16 heures. « Ah, en fait, je viens d’avoir Richel. Ils ne les avaient pas en stock. Elles sont donc en fabrication, ils les recevront semaine 17, vous pourrez les avoir semaine 18 ».

Passée la minute d’effondrement – la semaine 18 c’est la première semaine de mai et nous étions le 13 avril! – la colère s’est alors installée bien confortablement dans nos têtes. Les « elles arrivent » résonnaient comme la preuve d’avoir bel et bien été pris pour des pigeons. Si nous n’avons foncièrement rien contre ces volatiles, il faut bien se le dire, ça ne nous a pas fait  plaisir. Pas plaisir du tout. Si la colère n’est pas un moteur qui nous plaît, force est de constater qu’elle fait quand même réagir. J’ai donc eu le reflex d’appeler ma Maman – et oui à bientôt 30 ans – qui a très immédiatement fait jouer son réseau – une histoire de directeur régional, de groupe et de dépôts. Une demi-heure plus tard, nous avions le numéro de téléphone du directeur des deux commerciaux et François pouvait enfin demander des explications. « Je vais essayer de comprendre… » Soit, ça n’arrangeait pas nos histoires de demi-lunes. C’est finalement durant le week-end, en discutant avec Jean-Claude, qu’on a décidé que le plan B serait de bricoler des demi-lunes avec du plastique  classique. Nous étions déjà bien assez en retard pour prendre encore 2 semaines dans la vue. Le lundi, tout début de journée, François appelait déjà le fameux directeur pour exiger du plastique, le mardi soir le bonhomme était à Pojot avec le dit-plastique. « Oh bah dans 15 jours vous pourrez les monter vos demi-lunes ». Mais bien-sûr! Quand on sait que pour cela il faut démonter puis remonter les pignons, les portes et déclipser la bâche principale, nous on espère que ça tienne au moins la saison… Rien que de l’écrire, ça m’énerve! Enfin, il faut savoir être résilient et s’adapter aux situations problématiques.

Vous allez me dire, et cette bâche alors? Elle est posée! Alléluiah! Allez je vous raconte, qu’on en voit le bout de ce tunnel!

Revenons au lundi, en fin d’après-midi François étant sûr de recevoir de quoi bricoler des demi-lunes le mardi, il fallait prévoir donc notre chantier de bâchage . Les conditions annoncées pour le mercredi matin étaient optimales: soleil et pas un brin de vent! Jean-Claude était disponible pour nous aider, c’était donc LA matinée. Bon à trois paires de bras, il ne faut pas se leurrer, c’est bien trop optimiste alors François a joué du téléphone. Lundi soir, nous étions plein d’une belle énergie, trois autres personnes étaient de la partie: Alain, notre voisin éleveur de vaches allaitantes, Médéric l’associé d’Anthony, un autre voisin éleveur caprin avec qui nous avons un arrangement « du fumier pour des terres » et Elodie, apicultrice du côté de Pailharès. Nous avions presque envie d’envoyer un message à notre conseillère de la chambre d’agriculture qui nous a très souvent répété que nous partions avec le handicap d’être isolés! Ma foi, on se sent plutôt bien accueillis et épaulés pour deux âmes esseulées à Saint-Félicien. Mardi soir, après une session pâtisserie – il faut bien offrir un peu de douceur pour ceux qui retroussent leurs manches – rendez-vous était donc pris pour le mercredi matin, à 8 heures.

C’est donc sous un beau soleil, sans un brin de vent que nous avons pu enfin habiller Dame Richel. François s’était creusé la tête pour trouver le meilleur moyen de dérouler, à près de 4 mètres de haut, le plastique – un seul morceau de 45 mètres – et ça a payé: à 10 heures, les gâteaux avaient pris une claque, le café aussi et la bâche était posée et sécurisée! Bonne humeur et énergie, un cocktail qui a fait ses preuves!

Une fois la bâche déroulée, il faut…la déplier!

Après ça, nous en avons eu encore pour deux bonnes journées de travail pour en finir avec la serre. Finir de poser les clés des clips permettant de fixer la bâche et le filet brise-vent, enterrer les bavettes et ce filet, monter les deux enroulements latéraux et finir par les portes.

Les derniers écrou-freins sont pour les portes…

On a finalement vu le bout du tunnel et il était temps! Pour l’anecdote, à l’heure où j’écris, nous n’avons pas encore reçu les demi-lunes et on se dit qu’on a bien fait de ne pas les attendre…

Sûrement, un des premiers visiteurs…