Retour vers le futur: l’art du billet en retard!

On a intitulé cet « espace » dédié aux nouvelles et chroniques en tous genre « Nouvelles fraîches ». On pourrait presque le renommer « Retour vers le futur ». En toute ironie. Enfin, heureusement nos légumes sont bien plus frais que les chroniques postées par ici. Mais qu’on se rassure, tout est toujours garanti 100 % authentique. Du pur quotidien de maraîcher, avec des morceaux de nature, le parfum du grand air. Et tout, et tout.

On se quittait mi-avril, on se retrouve début juin, quoi de plus normal ? On se quittait sur une ébauche de classement des chantiers qui jalonnent notre quotidien. On évoquait d’ailleurs avec un brin d’anxiété le fameux week-end De Ferme en Ferme et on n’avait pas encore repiqué les légumes d’été. Nom de Zeus ! Il est vraiment temps de faire un voyage dans le temps…

De Ferme en Ferme, le bilan.

Sur Facebook, nous avions fait un premier bilan intitulé « De Ferme en Ferme m’a tuer ». On a les références qu’on peut et, au sortir de ces deux jours, c’était l’idée : très heureux mais complètement rincés ! Y’a pas à tortiller, c’est un week-end vraiment intense. Chez nous, se sont succédés 500 personnes. 212 le samedi et 288 le dimanche. Quand on nous demande de tenir les comptes, bien disciplinés, on le fait! Enfin, pour être honnête, c’est Adrien qui s’est chargé avec brio du comptage. Et oui, nous avons eu du renfort pour nous aider à accueillir correctement tout ce petit monde. Un très grand merci donc à Adrien – qui répond par la positive à tous nos appels à l’aide – à Pascale et Jean-Paul – les parents de François – à Nicole et Christian – mes parents – et à Flavien dit Flafla d’Empu. Si avec François nous nous chargions des visites de la ferme, il fallait accueillir les gens, les faire patienter, gérer le parking, surveiller d’un œil que tout se passe bien, indiquer les toilettes, chapauter l’atelier coloriage pour les enfants… En bref, ils ont assuré ! On remercie encore Chloé et Franky pour avoir œuvrer à la réalisation de notre épouvantail. Succès assuré auprès des enfants. « Wow y’a un super héros ! Il a même une cape ! » « Allez salut super tronc, à bientôt j’espère ! » Tino et Jean-Guy ont également participé activement à ce beau week-end. Si Tino commençait à en avoir ras la crêpe le dimanche, Jean-Guy lui a donné de sa mignonitude jusqu’au bout. Il a évidemment eu une dose massive de caresses et de câlins.

De notre côté, ça a été un plaisir de rencontrer des gens intéressés, curieux de découvrir notre travail. C’était l’occasion d’expliquer clairement notre modèle, nos pratiques, nos choix. Le non-labour « mais vous ne labourez pas du tout du tout ? », les contre-plantations notamment sous serre, sur les planches qui accueillent les légumes d’été, le maraîchage bio-intensif, le début de l’histoire, la suite des projets… Et de répondre à la question quasi systématique : pourquoi l’Abeille & la Blette ?
Un bilan donc très positif malgré la fatigue, le jeûne du samedi et le fait que le lundi, il fallait déjà s’y remettre !

Le joli mois de Mai.

Ensuite est arrivé à grandes enjambées le joli mois de Mai. Enfin, le soi-disant joli mois de Mai car question climat, c’était plus automnal que printanier tout ça ! On a laissé passer les fameux Saints de Glace et on a enfin pu repiquer les légumes d’été en plein champs. Une ribambelle de tomates diverses et variées, des poivrons, des aubergines mais aussi des melons, des pastèques à confiture et toute une flopée de courges et autres cucurbitacées. L’occasion de dérouler des mètres et des mètres de goutte-à-goutte, de rejouer avec du téflon, d’enlever la bâche d’occultation et de retrouver Jojo le crapaud (ou un de ses cousins) !

Nous avons également semé une première partie de nos engrais verts, ceux qui couvriront les sections de culture laissées au repos. Comme à l’habitude, ça a été « artisanal » – ah le semoir maraîcher pas du tout adapté –  et ça m’a coûté une multitude d’aller-retour. Bon même si c’était sans fin, que je râlais quand le semoir buttait sur un caillou oublié, je dois avouer que je préfère ça à la course sur un tapis roulant! De toute façon, j’ai jamais aimé la course à pieds…

En Mai, nous avons vu s’intensifier les récoltes puisque les pois gourmands, les petits pois et les fèves ont débarqué sur notre étal. Tout comme les oignons frais, l’arroche rouge ou les épinards. Les carottes ont également enfin fait leur grand retour. Avec les carottes c’est toujours « je t’aime moi non plus ». On peut très sincèrement avouer qu’on a horreur d’en faire les semis, que la gestion de la levée est une sacré galère, que le désherbage est super fastidieux mais, la récolte finit toujours par nous faire oublier tout ça et on est plutôt contents de mettre ces demoiselles en bottes. Enfin, nos essais de semis en association avec un semis de radis sont concluants – au moins sous serre – c’est déjà ça !

Avec le printemps ou le succédané de printemps, est aussi arrivé le temps des cueillettes sauvages. Le bal a été ouvert par les orties. Si piquantes soient-elles, nous les adorons. Que ce soit en soupe, en tisanes ou pour les jardins, en purin. Les derniers bouquets sèchent à la grange pour pouvoir proposer quelques sachets de tisane de cette plante aux multiples bienfaits.
J’ai également cueilli des fleurs de pissenlits en veux-tu en voilà. Pourquoi ? Parce qu’un de nos objectifs de ce printemps était de faire du vin de pissenlits. Si la recette par fermentation a fait pshittt, celle par macération a plutôt bien réussi et nous offre désormais un apéritif très floral. Il y a aussi eu les fleurs de bourrache, le bleuet, le souci des jardins et beaucoup plus récemment, les fleurs de sureau et celles d’acacia.  Cela nous promet de délicieuses tisanes pour l’hiver mais aussi des recettes à tester et peut-être, à vous faire découvrir… Mais chut, ça reste encore un secret !

Il n’y a pas que la flore qui éclot et s’épanouit avec le printemps, il y a aussi tout ce petit monde qu’on découvre ou re-découvre. Tout d’abord, il y a la foule de chenilles. Les fluos, les velues, les dodues et les camouflées. On a donc rapatrié à la ferme notre guide de petites bêtes. Histoire de savoir si ce sont ou pas des bêtes qui nous embêtent !
Si pour les chenilles nous avons encore besoin de guide, pour d’autres, pas besoin de bouquins. C’est le cas des abeilles. Tiens, c’est pas un essaim qui s’est accroché là-bas, sur le vieux pommier ? Si, c’est bien un essaim ! Évidemment, nous n’avions pas de ruchette pour les accueillir, encore moins de ruche vide. Nous avons donc pensé à Louis comme potentiel adoptant. S’il est venu avec une ruchette, il est reparti les mains vides. Vous allez bien le garder cet essaim non ? Tu gardes la ruchette le temps de trouver une ruche et puis c’est tout. Tino et Jean-Guy partagent donc leur  jolie parcelle avec de nouvelles copines qui seront bien utiles sur nos jardins.
Nous n’avons pas eu besoin de livre pour les reconnaître, eux non plus. Eux, ce sont les criquets ! Déjà ? Oui, déjà ! Forcément, on n’a pas sauté de joie, eux, au contraire des abeilles, ne seront pas utiles dans les jardins mais plutôt nuisibles. La vague d’angoisse passée, nous avons essayé d’être pragmatiques. Premièrement, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils soient de retour vu l’hiver qui vient de passer. Deuxièmement, nous ne retirerions aucun bénéfice à se mettre la ratte au court-bouillon. Troisièmement, cette année, ce ne sera pas la surprise, au fond, on s’y prépare…

Opération roulotte!

Comment mieux se préparer au retour des criquets qu’en préparant l’arrivée des poules ? Prévoir des filets? Oui, aussi mais des filets, nous en avons déjà et nous comptons sur nos réseaux de récup’ drômois. En mai, il a donc été énormément question de poulailler. Autant vous dire qu’il pesait lourd, très lourd dans la balance de la charge mentale de François. Je l’ai entendu pester, bougonner, râler. Je l’ai vu dessiner des plans, les raturer, ouvrir des yeux ronds à la vue de certains devis, en annoter d’autres. On a revu les cahiers des charges AB et Nature & Progrès. Pas question de se planter sur la longueur de perchoir ou sur le nombre de poules par nid ! François a donc rechigné jusqu’à ce que le mauvais temps et la date de livraison des poules ne lui laissent plus le choix. Le châssis, tout nu depuis un bail, n’a pas su ce qui lui arrivait. Il s’est vu très vite affublé d’un plancher puis d’une belle structure et enfin d’un toit. La roulotte à poules a fini de prendre forme avec l’installation des nichoirs, des perchoirs, de la porte automatique. Il ne reste à ce jour que la pose de l’isolation et du bardage extérieur à réaliser. Je n’en dis pas plus, il faut quand même qu’on garde un peu de mystère…  mais mon petit doigt me dit que le weekend prochain, François aura de l’aide pour finir tout ça !
Toujours du côté pratique, nous avons reçu les clôtures mobiles et l’électrificateur, nous avons fait des réserves d’aliment bio et récupéré des mangeoires et des abreuvoirs chez mon oncle qui a arrêté son activité du côté de Saoû. Côté paperasses, les déclarations sont faites, le contrôle du certificateur AB est prévu dans quelques jours et je vais pouvoir commander notre petit tampon à oeufs. Enfin avant d’avoir des œufs, il faudrait des poules me direz-vous ? On les attend de pied ferme ! Elles devaient arriver la semaine dernière mais pont de l’Ascension et couac de livraison – je crois qu’on nous a oublié tout simplement –  les poules sont toujours aux abonnés absentes. Espérons qu’elles ne tardent pas trop…

Et puis…

Que rajouter ? L’opération buttage des pommes de terre et l’absence, jusqu’ici, de doryphores croqueuses de feuilles, le paillage moumoute grâce à la laine des brebis de l’Auberge Longue Vie, les heures de binage parce qu’on s’est laissé dépasser du côté des oignons et des échalotes, les premières pommes de terre nouvelles qui sont bien à la bourre, les kilos de paille étendus sur nos planches de culture, le repiquage des cardons, le semis de maïs doux, notre anniversaire de marchés – 1ère bougie youpi –  les premières chaleurs et les premières courgettes récoltées. Comme tout voyage, notre retour vers le futur touche à sa fin et nous venons de retrouver le mois de Juin. Si ce fut un plaisir de vous embarquer pour remonter le temps, j’espère qu’on se retrouvera avant la fin août!

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