En mai, fais ce que tu as imaginé!

Il y a bientôt un mois, je vous disais qu’il n’y avait pas que la serre dans la vie et que les premiers légumes étaient d’ores et déjà en terre. Depuis, il y a eu des surprises, des moments de doute – toujours ! – des légumes qui ont bien poussé, des rencontres et … nos premiers marchés! En un mois, il faut bien le dire, on a l’impression d’avoir avancé à pas de géants. François avec son 43 et moi, avec mon 36!

Il y a eu l’arrivée des abeilles, les nôtres cette fois-ci. Elles sont arrivées avec le mois de mai, par surprise! A la faveur de l’essaimage, ces dames ayant élu domicile dans un cerisier des Gaillards, François s’est empressé d’appeler Louis, notre propriétaire. Ses ruches étant un peu en contrebas de la maison, il était fort probable que ce soit un de ses essaims qui était en train de déménager. « Elles sont prêtes tes ruches, non? » Effectivement, nous avions retapé et nettoyé nos deux ruches mais, nous n’avions pas prévu de les remplir cette année. Chaque chose en son temps comme on dit. « Et ben, l’essaim tu le gardes, il est pour toi! »  Venu à la rescousse, pour aider François à mettre en boîte les demoiselles du cerisier, Louis en a profité pour visiter ses ruches et continuer la formation pratique de François. L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’ils n’avaient pas repéré un second essaim, un peu plus en contrebas. Ils ont remis ça, j’ai fait du sirop et voilà, nous avions deux ruches! Quelques jours plus tard, de nuit, nous les avons installées à la ferme. Résidence avec vue pour ces demoiselles qui sont  des alliées de taille pour la pollinisation de nos jardins…

Il aura fallu sortir la grande échelle pour mettre les demoiselles en boîte!

Avec le mois de mai, nous avons aussi vu débarquer les doryphores. On n’avait osé espérer ne pas les voir du tout, on s’était dit qu’on avait encore un peu de temps mais non! La chasse aux doryphores a donc été ouverte tôt cette année. Ces demoiselles, plutôt élégantes, s’attaquent aux pommes de terre et, plus globalement, à la (grande) famille des Solanacées. Elles grignotent les feuilles et ont l’art et la manière de s’enfouir dans le sol au moindre frimas. En bref, la plaie! « Mais du coup, en bio, vous faites comment? »  Comme nous ne connaissons pas de remède miracle, nous y passons du temps! Du temps, pour attraper et noyer les adultes et éliminer les œufs qui se cachent sous les feuilles. Nous n’y prenons aucun plaisir sadique, c’est fastidieux mais nous n’avons aucune envie de voir nos plants réduits à des bouts de tiges….

La chasse aux doryphores se fait souvent avec Oka qui, avouons-le, est loin d’être efficace!

En mai, il y a aussi eu les Saints de Glace, les fameux! Ceux que beaucoup d’anciens citent, ceux dont il faut se méfier, ceux avant lesquels il ne faut rien planter… Évidemment, on n’a pas attendu que passent les Saints de Glace pour planter mais on s’est méfié. Et on a bien fait! Une température au petit matin qui atteint timidement les 2°C, ce n’est jamais très apprécié des plantes. La neige n’était d’ailleurs pas si loin de chez nous, voire même toute proche! Il a donc fallu protéger les plus frileux déjà installés en plein champ. L’occasion de mener à 22h, un samedi soir, celle que nous avons baptisée « The pumpkin operation »! Jo, les courges et nous-mêmes te remercions!

Plastique sur les semis de haricots et de maïs doux, voile P17 pour les jeunes pousses et … les courges!

En mai, les légumes ont pris leurs aises. Surtout dans la serre, évidemment! Nous avons retrouvé les gestes délaissés le temps d’un hiver: biner, désherber, semer les radis chaque semaine, repiquer… Les Saints de Glace passés – « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée  » – les températures devenant douces, dans la serre, il a été temps de pailler. Puis de tuteurer tout ce petit monde grandissant…

Silence, ça pousse!

Tout occupés à nos légumes, nous avions laissé de côté l’opération clôture de la parcelle dédiée au maraîchage. Piquets et grillage attendaient patiemment dans le hangar et au fond du pré. Jusqu’à la visite surprise… des vaches du voisin! Plus de peur que de mal comme on dit et un bon coup de pied aux fesses. Le projet clôture est subitement revenu à l’ordre du jour. Et avec deux points d’exclamation sur notre tableau blanc où s’accumulent nos to-do-list! Heureusement pour nous, Paul, un copain de promo de François, avait justement prévu de venir passer trois jours chez nous. Bien lui en a pris, il a été embauché sur le champ! Avec François, ils ont usé – et non abusé – de la tarrière thermique pour poser les quelques 100 piquets et entamé sérieusement la pose du grillage! Depuis ce week-end fort fort sympathique – entre les piquets et le grillage, on a pris un peu de temps pour déguster des bières de la brasserie Longue Vie, à Saint-Victor, manger des beignets de fleurs d’acacias et grimper à Rochefort – Paul est désormais connu comme Pierre la Clôture! Depuis, il nous reste le portail à finaliser et il va falloir qu’on s’active. Hier après-midi, les vaches sont revenues. Elles ont gentiment longé la clôture jusqu’à trouver l’entrée… Provisoirement, François a posé 2 fils de fer et fait des petits fanions de rubalise. Il faut ce qu’il faut!

Pour ceux qui, comme moi il y a peu, se demandent à quoi ressemble une tarrière thermique!

Sous le soleil, les rois de la clôture œuvrent avec efficacité…

 Quand les copains viennent, il faut savoir les bichonner et se faire plaisir!

Notre première section de culture commençant à être bien remplie, à force de semis et de repiquage, nous avons décidé de débâcher la moitié de la section 5. Rappelez-vous, c’est la section de notre test d’occultation! François s’y est attelé, il y a environ une semaine. Alors? Le résultat est concluant: rien de tel pour éliminer la prairie et obtenir une belle terre. C’est beaucoup plus aisé et ça ne nécessite qu’un passage de motoculteur! Le pied quoi! On a donc prévu de remettre ça. La seule qui n’était pas ravie, c’est la couleuvre qui avait élu domicile sous la bâche. Elle a bien tenté de se rebeller contre les fraises du motoculteur, rien n’y a fait et elle s’est résignée à se planquer sous la moitié de bâche encore en place… Je ne suis toujours pas fan des serpents alors autant dire que quand je passe près de la bâche, j’essaie que mes bottes fassent trembler le sol comme le feraient des bottes de sept lieux!

Résultat de notre test d’occultation après un passage de motoculteur. Plutôt concluant!

Du côté de l’administration, une date était entourée en rouge sur notre calendrier. 22 mai = Passage en CDOA. C’est quoi ça? La Commission Départementale d’Orientation Agricole. C’est devant cette commission que devait être présenté le projet agricole de François – le nôtre quoi! – afin que les autorités compétentes statuent sur l’attribution ou non de la DJA – Dotation Jeune Agriculteur. Le dossier avait été déposé le 23 mars à la Chambre d’Agriculture mais jusqu’au bout, il aura fallu qu’on se justifie. Encore et toujours. Il faudrait que vous démontriez la viabilité de votre projet car le modèle défendu n’est pas classique. Quand on a reçu ce mail le 7 mai, on a fulminé. J’ai d’ailleurs fulminé tout au long de la rédaction de notre fameux argumentaire. Nous n’avons jamais eu l’impression d’être des pionniers, d’inventer quoi que ce soit. Le modèle de maraîchage sur petite surface, on ne l’a pas sorti du chapeau et pourtant, il a fallu, une fois encore, l’expliquer. J’ai donc calculé des indices, repris des données technico-économiques. Je suis même allée jusqu’à citer des travaux de thèses portant sur ce modèle. Non, nous n’avons pas envie d’augmenter nos surfaces pour produire plus, toujours plus. Oui, nous comptons en vivre mais nous basons nos réflexions sur la qualité et non la quantité. Sur les circuits-courts plutôt que sur le demi-gros et les intermédiaires. Il faudrait aussi que vous rédigiez quelque chose sur la commercialisation. Vous pensez que les gens sont intéressés par ça? Là encore, j’ai eu l’impression de répéter ce que nous avons expliqué depuis août dernier, date de notre première rencontre avec la conseillère de la Chambre… Le 22 mai, le verdict est tombé: DJA accordée! On a soufflé. Vraiment. On s’est posés des questions. Jusqu’au bout, malgré les banques qui nous répétaient que notre projet était cohérent et loin d’être farfelu. A force d’entendre que nous cumulions les mauvais points – installation hors cadre familial, création d’activité, modèle à risques, isolement – on en était venu à se dire qu’ils étaient capables de nous envoyer sur les roses. Évidemment, notre modèle étant « carrément foufou » et éloigné de leurs standards des années 70, nous avons une obligation de suivi particulier. Quelles modalités? Aucune idée… Maintenant que vous avez la DJA, il va falloir quand même que vous pensiez à noter ce que vous faites, que vous suiviez certains indicateurs, on va vous demander des comptes. Et plus qu’aux autres… Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous le faisons depuis le début. Oui, nous suivons précisément ce que nous mettons en place! Enfin, nous avons décidé de ne pas nous épuiser à argumenter vainement. Nous restons des originaux à leurs yeux , très bien. Néanmoins, les deux Pinocchio que nous sommes, sont bien décidés à montrer que les alternatives fonctionnent!

Et puis en mai, nous avons aussi été enquêtés par Nature & Progrès en vue de l’obtention de cette mention. 3 heures passées sur la ferme à expliquer notre démarche, notre vision de l’agriculture et nos choix. Beau projet cohérent et bien engagé. Lire ça sur la fiche de synthèse, ça fait plaisir! Résultat sous peu, François étant en ce moment-même à la Commission, à Privas.

Enfin le mois de mai tirant à sa fin, nous avons commencé… les marchés avec nos blettes, salades, radis, roquette et quelques bouquets d’aromatiques. Bien que nous ayons déjà fait les marchés l’an dernier, ces deux premières ont été riches en émotions. Une sorte d’aboutissement que de vendre nos premiers légumes. J’ai également fait nos premiers bons de livraison et édité notre première facture puisque nos salades, nos radis et notre roquette se retrouvent sur les tables de l’hôtel-restaurant Le Félicien. Espérons que ça dure!

 Saint-Félicien le dimanche, Annonay le mercredi… Et un étal qui va s’étoffer!

 Parce que l’esthétique est important pour nous, nous avons mis Ben à contribution pour personnaliser notre étal.

Et puis, il y a la floraison des fleurs des champs, l’arrivée de notre micro-tracteur baptisé Goldi le Goldoni, la création d’une zone dédiée aux aromatiques et aux fleurs, la fabrication des purins d’orties et de tomates, la mise en place des tomates de plein-champ, le début des travaux pour récupérer les eaux de pluie depuis le toit du bâtiment… Bref, en mai, on ne s’est pas ennuyés!

Filtration artisanale du purin d’orties et le nouveau membre de l’équipe, Goldi!

    Un de mes pêchers mignons: tirer le portrait des petites bêtes qui évoluent chez l’Abeille et la Blette!