Des histoires de lac, de bois et de futurs compagnons…

Il fait gris et quand le crachin se met à tomber, on se dit que le ciel vient d’éternuer… Enfin ces derniers temps, c’est plutôt moi qui ai tendance à éternuer. Rhume ou pas rhume, le poêle ronronne, le thé fume et c’est un plaisir de retrouver le clavier, de remettre un peu d’ordre dans le fil des semaines qui s’échappent et de trouver les mots pour tous ces menus souvenirs qu’on se fabrique. Jour après jour. Il est parfois bon de rembobiner…

La dernière fois, le lac était vidé, les sols secs et nous attendions que les travaux de réfection du dit lac commencent. On regardait surtout le ciel avec des yeux implorants et, logée au creux du ventre, la peur que notre réserve – la grosse Bertha notre bâche-tampon pleine de ses 40 m3 – ne suffise pas…. La pelle mécanique – immense! – est arrivée de bon matin. Au verger, le ronron des engins a rapidement empli l’atmosphère d’habitude si tranquille. Dans un premier temps, il s’agissait de déboiser complètement la digue. Nous y avions beaucoup travaillé au début de l’année (pour se rafraîchir la mémoire) mais nous n’avions pas détruit les souches. Pourquoi ? Parce que nos petits bras ne suffisaient pas à arracher les souches – costauds mais… – et parce que pour la méthode « chimique », les produits ne sont pas homologués en AB. Pour rappel, nous utilisons l’eau du lac pour irriguer… Pas vraiment envie de faire place nette sur les cultures ou encore de les brûler. Bref, pendant que nous faisions pousser des légumes, de son côté, la nature a œuvré. Et c’est une sacrée ouvrière ! La digue était donc redevenue bien verte, certains arbres que nous n’avions pas pu toucher – la faute aux ronciers et au niveau de l’eau – avaient continué à s’épanouir… On avait pensé s’y remettre cet hiver. Mais ça, c’était avant. Après réflexion, on s’est dit que le plus intelligent était de profiter des travaux pour faire place nette. Une journée! Il a fallu une seule journée pour que la digue soit mise à nue! On n’ose pas imaginer combien de journées de tronçonneuse, de débroussailleuse et d’ébrancheur il nous aurait fallu. Trop par rapport à l’efficacité des machines. On a beau vouloir se passer du fossile parfois, on doit faire avec ses propres contradictions!

Une fois la digue toute nue, dans un second temps, il a été question du curage de la réserve. Il s’agissait d’enlever la vase accumulée depuis beaucoup (beaucoup) d’années et de recreuser ce qui pouvait l’être. L’idée est de pouvoir utiliser le lac au maximum de sa capacité. Et au bout de tout ça, la finalité c’est d’améliorer la sécurité de notre réserve en eau. Après 3 jours de travail, le lac était comme neuf. Vide mais tout beau. On s’est dit ça y est il peut pleuvoir ! Évidemment, il n’a pas plu. Pas tout de suite et nous avons continué à implorer le ciel du regard et à regarder les épinards souffrir. C’est le même schéma qui s’est répété: des prévisions qui se voulaient enthousiasmantes, puis moins intéressantes, puis bilan des courses, un pipi de chat. On passait de 30 mm annoncés à 2 minuscules petits millimètres… On vous a dit qu’on ne croyait plus en la météo ?

En attendant la pluie, nous nous sommes occupés des noix fraîchement ramassées dans la Drôme. Une fois récoltées, il faut encore les laver, les trier puis les mettre à sécher. On avait pensé construire des claies – dans le même genre que nous avions construit notre étagère à courges – mais c’était sans compter les caisses de compétition récupérées chez Coline et Florian, à Longue Vie. Elles ont fait l’affaire et ça nous permettra de construire nos futures claies un peu moins dans l’urgence… On garde ça sous le coude pour les petits chantiers entre amis par exemple. Big up les amigos bricolos !

Le lac étant vide, la digue désormais accessible avec Goldi – notre tracteur pour ceux qui l’auraient déjà oublié ! – l’occasion de faire du bois était trop belle. D’autant plus belle que Jean-Paul, le papa de François, avait apporté sa tronçonneuse dans sa valise lors de leur visite pour les vacances. Ils ont donc tronçonné, charrié, tronçonné, ébranché, fait tombé des arbres… Ils s’en sont donné à cœur joie ! François a ensuite redescendu tout ça aux Gaillards, c’est débité et ça sèche bien à l’abri.

Du bois, on n’en a jamais assez, alors François est parti crapahuter avec Louis. De la ferme aux Gaillards en descendant jusqu’à la Daronne. Couper le mauvais châtaigner peut s’avérer être un drame géopolitique, alors pour éviter ça, mieux vaut connaître les limites de propriété ! J’imagine le plaisir de François: (Re)découvrir la forêt dans les pas de Louis, se laisser emporter par ses mille et une anecdotes et histoires. Enfin, le plaisir a été partagé puisqu’ils ont décidé qu’ils iraient marcher ensemble plus souvent… En attendant, François s’est attelé à la tâche, accompagné de son fidèle Goldi. Si on a encore du bois pour voir venir l’hiver, on doit construire une cabane. Une cabane ? Oui, pour l’arrivée de Tino. Tino Trotrot l’âne ! L’idée nous tro(tro)ttait depuis un moment dans la tête. Déjà quand nous sommes arrivés, puis au fil des saisons et encore plus quand il a fallu passer le girobroyeur à la fin de l’été. On a eu l’impression de gaspiller du temps, de l’énergie, du gasoil… Dire qu’un âne ferait si bien le travail ! Et puis l’occasion s’est présentée. Vous chercheriez pas un âne par hasard ? Je donne le mien contre bons soins… Connaissant Damien, on était déjà presque convaincus et puis on est allé le voir, le Tino. Quand on l’a vu, je me suis fendue d’un Oh il est trop beau de circonstance et c’était plié ! Enfin, on est pas repartis avec ! Il nous restait à construire une cabane, revoir les clôtures, assurer la réserve en fourrage… On s’active donc à préparer son arrivée et on a hâte qu’il traverse la Daronne!

Du côté des légumes, c’est acté, adieu les légumes d’été ! Les dernières caisses de tomates mûrissent tranquillement dans la cave et finiront leur vie en coulis, on a fait des réserves de caviar d’aubergines et François a fait un dernier tian plutôt gigantesque. On a donc pu libérer l’espace dans la serre et… la perspective change drôlement ! Finie la jungle bonjour le jardin à l’anglaise ! J’exagère mais quand même, c’est impressionnant ! On a profité de l’espace libéré pour apporter de la chaux et ainsi réajuster le pH de notre sol. Du côté du sorgho, il a finalement été enfoui et depuis, nous avons repiqué salades, jeunes pousses et compagnie. Dans la pépinière, on a fait les derniers semis – un gros poil en retard – avec Pascale, la maman de François. A voir ce que ça va donner…. Toujours dans la pépinière, on expérimente: François a placé un premier bidon de 200 L d’eau afin d’améliorer l’inertie thermique ou, autrement dit, de limiter les écarts de température. Il en faudrait un second, mais Leboncoin est sur l’affaire. François a aussi optimisé l’espace en construisant un grand plan de travail. Histoire de moins se casser le dos. Et puis ça permet au citronnier, à la verveine et à d’autres de passer l’hiver, à la lumière et à l’abri du gel. Malin !

Si du côté du terrain, tout ralentit, dans nos têtes, ça tourne toujours à plein régime. J’ai notamment planché sur les poules pondeuses, la réglementation, les divers cahiers des charges (enfin AB et Nature & Progrès). François, de son côté, s’absorbe dans des plans de poulaillers mobiles, est à l’affût des bonnes idées du côté de l’Atelier Paysan. Pas ingénieur en construction pour rien ! Vous l’aurez compris, nous réfléchissons à la mise en place de notre futur petit atelier de poules pondeuses. Nous imaginons une mise en place à la fin du premier trimestre 2019. Cet atelier sera complémenté par la plantation d’arbres fruitiers et non-fruitiers afin de développer une parcelle agroforestière et de faire le pari de la biodiversité ! C’est dans cette optique que nous allons lancer (très) très bientôt un financement participatif. On me dit dans l’oreillette que ça pourra être l’occasion d’adopter une poule ou un arbre ! On peut même faire des bons cadeaux car qui n’a pas rêvé d’avoir, pour Noël, une poule mais sans les fientes?! Quoi qu’il en soit, vous pourrez découvrir ça plus en détails très vite…

Dans le fond de ma tasse, le reste de thé est tout froid : ça prend du temps de démêler l’écheveau des semaines passées ! Surtout quand elles sont bien remplies et qu’elles défilent à toute berzingue. La prochaine fois qu’il faudra tout démêler, c’est sûr les arbres n’exhiberont plus d’or au bout de leurs branches. La prochaine fois, c’est peut-être de neige que les arbres seront recouverts. La première neige ? Pas du tout, la première neige c’était il y a deux semaines et non, ça n’est pas une blague ! Enfin pas de craintes à avoir, on aura toujours des choses à vous raconter !

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