Fin d’hiver et début de printemps: les mots clés!

Peut-on parler de fin d’hiver alors que ce même hiver a été aux abonnés absents et n’a jamais vraiment commencé? Vous avez 4 heures et pas d’excuse pour vous dérober, tout le monde – ou presque – est confiné.  Ah l’humour concon(fini)!

Qu’on s’interroge ou non sur le concept de « saisons », il faut être réaliste: du point de vue du calendrier, nous sommes bel et bien au printemps, l’hiver est fini. Le temps file en somme. Il était donc temps de vous donner quelques nouvelles de la ferme. De vous raconter un peu ce qu’il s’est passé depuis LA nouvelle. Pour ceux qui auraient raté ce qui restera, c’est certain, le bouleversement de l’année – et pour nous, non ce n’est pas le covid! – c’est par . Histoire d’innover, cette fois-ci, j’ai décidé d’opter pour des mots-clés! Vous pouvez donc choisir quel paragraphe lire: aucune obligation de se farcir tout mon blabla!

  • HAIES

En décembre, François suivait, avec AgriBio Ardèche, une formation sur les haies. En collaboration avec la mission Haies Auvergne-Rhône-Alpes, ces 2 jours de formation avaient pour objectif de donner, à chaque participant, un maximum de clés pour réussir la mise en place de haies. Selon ses objectifs et ses contraintes. Le plus de la formation était la possibilité de faire une commande groupée auprès d’un pépiniériste de la région mais aussi de bénéficier d’une aide financière pour l’achat des plants. C’était l’occasion rêvée pour remettre à plat nos envies de haies pour la parcelle de maraîchage – jusqu’ici, nous avions planté uniquement une tripotée de noisetiers récupérés en Franche-Comté –  et de, concrètement, mettre en œuvre tout ça.

Des haies sur une parcelle de maraîchage, mais pourquoi?

Notre ferme est située sur le Serre du Grand Courin, en plein vent, sur un sol bien séchant. Un des objectifs était donc de « casser » le vent pour protéger les cultures du dit-vent mais aussi afin de limiter l’assèchement au niveau des sections de culture et ça, tout en évitant de mettre tous les légumes à l’ombre! Notre second objectif était de ramener de la biodiversité sur la parcelle. Offrir gîte et couvert aux auxilliaires, aux oiseaux, à toutes ces petites bêtes qu’on aime voir dans nos jardins. Pour protéger nos cultures, pour nous aider à combattre l’envahisseur – comprendre les criquets qui, on le sait, vont revenir –  pour polliniser.

Et finalement, en pratique, ça donne quoi?

Ça donne 105 (3 x 35 mètres) mètres de haies dites « basses » plantées. S’alternent des essences dites basses et d’autres plus hautes: du romarin, de l’épine noire, du laurier tin, de l’amélanchier des bois de la bourdaine, du néflier, du cornouiller sanguin, du viorne lantane, de l’aubépine, du nerprun, du camerisier à balais, du noisetier… que du beau monde en somme! Avec le printemps, ça bourgeonne sévère et ça nous ravit. Maintenant, on a hâte que ça grandisse, que ça prenne forme, que ça fleurisse et que du beau monde s’y installe.

  • CONSTRUCTION BOIS

Dans la to-do-list 2020 – et sur notre fameux PDE – , il y avait l’aménagement du bâtiment agricole. Nous avions listé les besoins: espace de stockage isolé et ventilé pour les courges notamment, espace de « vie » et bureau où on ne gèle pas en hiver et où on ne suffoque pas en été. Ce dernier « besoin » qui s’apparentait à un luxe est devenu plus urgent avec l’arrivée d’Ellie. Il nous fallait un coin confortable où elle puisse dormir. Oui, d’ici quelques temps, le moment sera venu pour moi de reprendre le chemin de la ferme…avec elle! Nous voulions que la structure soit modulable, démontable puisque nous ne sommes pas propriétaires du bâtiment…
Bref, à l’automne, un soir autour d’une fondue au chocolat, nous évoquions ça avec nos copains Marion & Antoine. Le lendemain, au petit-déjeuner, sur la table, il y avait un plan sur une page de cahier d’écolier. Des côtes, des références. Notre structure bois avait pris forme dans l’esprit d’Antoine. On a gardé précieusement cette feuille, François s’est attaqué aux devis, aux commandes et fin février, le temps d’un week-end, Marion & Antoine sont venus prêter main forte à François. Le chantier était lancé et les coups de main ont continué! Flavien – malgré lui, à la base, il était venu rencontrer Ellie – la team Chauvin – pour la pose du 1er « module toit » – mon Papa – encore et toujours – Claude – pour le prêt de sa super scie.
A ce jour, ce n’est pas tout à fait terminé… La situation actuelle prive François des bras de son beau-papa préféré et de fournitures diverses et variées. Malgré tout, le résultat promet à Ellie de belles siestes, à ceux qui bossent de chouettes pauses café et aux courges un hiver parfaitement tempéré!

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  • CLÔTURE & PROTECTION

Clôturer, protéger, qui et pourquoi? Rappelez-vous, en novembre, nous plantions une petite flopée d’arbres fruitiers sur notre parcelle agroforestière. Des arbres en devenir, de belles promesses de fruits. Mais cette parcelle n’était pas déjà clôturée?  Effectivement, nous avions clôturé au printemps dernier afin que Tino et Jean-Guy – nos ânes chargés de mission en espaces verts – se substituent au passage du combo tracteur+girobroyeur. Si  certains nous imaginent poser une double clôture pour la beauté du geste, sachez que malgré les apparences, on n’est pas si décérébrés et que la clôture, c’est pas une passion! Non, s’il a fallu revenir sur certaines portions de clôture, c’est parce que tout le monde, au contraire des ânes, ne se satisfait d’un ou deux rubans pour visualiser correctement les limites de son territoire. Pour certaines, il faut du grillage. Vous l’aurez compris, notre équipe « espace vert » s’agrandit! Elles se sont – bêlement de tambour – nos 2 futures brebis! Tout droit venues de Longue Vie, on leur cherche un p’tit nom. Si vous êtes inspiré, n’hésitez pas à nous faire part de vos inspirations! Merguez et Feta, c’est quand même pas top…

Voilà donc pourquoi il a aussi fallu protéger tous les jeunes arbres de la parcelle. Et oui, on ne peut pas tout avoir, des tondeuses écolos et de très jeunes arbres! François a donc coupé du châtaigner pour faire des piquets. A raison de 3 piquets par arbre, avec 65 arbres, ça en fait un petit nombre. La mise en place des piquets s’est faire avec l’aide de quelques bras volontaires – merci Papa, merci Arthur! Ensuite, Camille s’est chargée de fixer le grillage sur ces supports et d’apporter une belle épaisseur de broyat au pied de chaque arbre…

Du côté du verger d’abricotiers, nous utiliserons des parcs mobiles, achetés d’occasion et retapés par Camille. Les abricotiers n’étant plus des p’tits jeunes, pas besoin de les protéger.

  • ECOLE

En mars, juste avant les évènements que l’on connaît, François est retourné à l’école primaire. Il s’est ainsi glissé, le temps d’une journée, à la place des enseignants. Pas question de mathématique, de lecture ou de géographie, non, mais plutôt de légumes, de saisonnalité et de semis.

A l’origine de cette belle expérience, le programme En Vie de Fermes porté par le CIVAM et l’agglomération. Et puis la motivation des enseignantes des écoles privée et publique de Saint-Félicien. François est ainsi intervenu le matin avec la classe de CP-CE1 de l’école privée. 11 élèves motivés pour le baptême du feu. L’après-midi fut un peu plus sportive avec les 25 élèves de la classe de CP-CE1-CE2 de l’école publique. Il faut dire que l’annonce, la veille, de la fermeture des écoles pouvait faire considérablement monter le degré d’excitation de ce vendredi après-midi.

Nous avions préparé un petit topo sur la définition d’un légume, les différents types selon la partie consommée, la saisonnalité. C’est cette dernière notion qui a été la plus complexe à aborder. En même temps, quand sur le marché, on peut nous demander, en février, des courgettes, on se dit qu’une piqûre de rappel ne ferait pas de mal à beaucoup de consommateurs! Les élèves ont ensuite mis les mains à la pâte en réalisant des semis. J’avais préparé un petit guide simple de soin aux semis pour que chacun puisse prendre soin de son futur petit plant de tomate! L’aventure aurait dû se poursuivre, fin mai, par une journée entière à la ferme, entre visite et ateliers. Evidemment, c’était sans compter sur l’arrivée du Covid…

  • MARE

« Vous voudriez pas creuser une mare sur votre ferme? » Tout est parti de là. De cette question d’Arthur. On ne va pas se mentir, quand il s’agit d’accueillir de la biodiversité sur notre ferme, d’offrir le gîte et le couvert à de nouveaux copains, on s’avoue toujours tentés. Tentés, on l’était mais clairement, avec Ellie qui devait pointer son nez, on avait décidé de faire d’elle une priorité et de ne pas voir trop grand question chantier. Une mare, c’était bien beau mais fallait la creuser! « J’organise un chantier avec le groupe d’herpétologie de l’Ardèche. Si vous êtes partants, on commence chez vous! ». Ca devenait franchement tentant cette histoire-là. Après avoir mis à plat les contraintes principales – pour rappel, sur le haut de Serre du Grand Courin, le sol est plutôt séchant, pauvre en argile et dans le coin, les excès d’eau, connaît pas – les limites – pas d’investissement sonnant et trébuchant donc pas d’achat de bâche ou de quelconque matos – on a finalement pensé à ce petit coin toujours un peu humide, entre la parcelle de maraîchage et la parcelle agro-forestière. Juste là où s’écoule le drainage de la parcelle maraîchère. Arthur a dit Vendu! On a dit Banco!

Début mars, François et Arthur se sont retrouvés pour le fameux chantier. La grisaille et l’heure matinale pour un samedi ont eu raison de la motivation de certains. Mais à deux, on se motive! Après un passage de rotavator pour détruire la prairie et un de motobineuse pour ameublir tout ça – motivés mais pas idiots les gars, il faut savoir s’économiser – ils ont pioché, pelleté, pioché, pelleté [refrain x 10]! La tomme de Savoie, les rillettes de truite concoctées par Arthur, le cake aux poireaux et le petit verre de vin qui va bien, bizarrement ça fait arriver les gens! L’après-midi, c’est donc avec du renfort, qu’ils ont continué à creuser puis à consolider les abords avec des pierres. Là encore, l’huile moteur a soulagé l’huile de coude! Une petite remorque de pierres avec Goldi en lieu et place d’un bon nombre de brouettes, c’est chouette! En fin d’après-midi, les sourires faisaient plaisir à voir et c’est, non sans un brin de fierté, que les courageux volontaires ont posé pour la photo destinée à l’Hebdo de l’Ardèche.

Encore une fois, on retient de cette histoire la force du collectif et la belle énergie qui s’en dégage! On remercie donc encore très chaleureusement Arthur, Julie, Claire, Romane, Jean-Claude! Sans oublier, Pénélope Berjon pour avoir choisi de mettre en lumière notre petit chantier.

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  • CONFINEMENT & ADAPTATIONS

Difficile d’évoquer le début du printemps sans parler du confinement et de la situation inédite dans laquelle nous nous trouvons. On nous a posé souvent la question de l’impact de cette situation sur l’activité. Comme tout le monde, il a fallu ajuster, s’organiser. Tout bonnement s’adapter. Après, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que nous ne sommes pas les plus à plaindre puisque nous pouvons continuer notre activité. On pense à tous ceux pour qui ce n’est pas le cas – par exemple, les copains de Radicelles!

On attaque notre 3ème année sur la ferme et, si on répète souvent que l’installation ce n’est pas juste l’année 1, globalement, nous avons un outil de travail qui fonctionne. On n’ose pas imaginer cette situation en 2018, quand nous partions d’une page blanche et que tout était à faire…
Alors oui, le chantier de construction bois – voir mot clé correspondant – est en stand-by parce qu’il manque des pièces et du matos, oui, les bras de mon Papa manquent aussi un peu, oui, l’acier commandé pour finir les portes de la seconde serre mobile est toujours dans la Loire. On attend, on reporte, on s’adapte. De fait, on a décidé de bouger la 2ème serre – ah la mobilité des serres! – et de la coller à la 1ère. François a « juste » eu à démonter une porte et à la remonter et à fignoler un système provisoire pour bâcher l’interstice entre les 2 serres. On voulait 2 petites serres, on en a une grande jusqu’à nouvel ordre. Camille me remplace toujours, pour les plants que nous ne faisons pas, le pépiniériste a mis en place des conditions de retrait adaptées à la situation… l’essentiel est donc assuré, ouf! Et puis la nature se fiche du confinement, le printemps aussi. Les légumes poussent et il faut…les vendre! C’est finalement pour la vente de nos légumes que nous avons modifié notre organisation.

Avec l’arrivée d’Ellie, nous avions prévu que François retrouve le rythme de croisière des marchés seulement à la mi-mars. On aurait voulu se mettre d’accord  avec le Covid19, on ne s’y serait pas mieux pris! S’est donc posée la question du dit-retour sur les marchés. Face à l’incertitude du maintien ou non des marchés, on s’est dit qu’il allait falloir trouver une solution de repli… Fallait-il encore la trouver! C’était sans compter  l’idée lancée par Brice – le gars qui se cache derrière les bouteilles de vin nature Morlanche et La Mouna. L’idée – mettre en relation les producteurs et les citoyens à l’échelle du Pays de Saint-Félicien – a vite pris racines dans le terreau (fertile) du réseau Terroir Pays de Saint-Félicien. Et puis, elle s’est développée, envolée grâce à Camille & Manu qui, en l’espace de quelques heures, ont proposé une petite plateforme. Désormais, nos légumes, nos oeufs et autres petites productions s’en vont retrouver les consommateurs à travers des paniers. Très vite aussi les copains brasseurs de Longue Vie, à Saint-Victor et les copains de Morlanche, à Arlebosc ont proposé d’être « points de retrait » pour nos paniers. Aussi tôt dit, aussi tôt fait! Désormais donc, pour nos productions, tout se passe par là: clicliclic. 
Et puis, on s’est aussi organisé avec Matthieu, de la Ferme Péi à Saint-Romain d’Ay. J’ai rencontré Matthieu lors d’une formation permaculture, en décembre 2018. Installés depuis 2019, à la Ferme Péi, on peut trouver des poulets de chair, des oeufs et des légumes AB. En ce début de printemps, Matthieu manquait de légumes pour leur petite boutique à la ferme. Il a pensé à nous et à nos éventuelles difficultés à écouler notre production. Depuis quelques semaines, une partie de nos salades est donc pour sa boutique, le temps que les siennes poussent… Du gagnant-gagnant, merci Matthieu!

La conclusion de tout ça: la force du collectif et du « faire ensemble »! On n’a pas attendu cette épidémie pour en faire notre philosophie mais, cette situation bien particulière nous conforte dans l’envie de « faire ensemble » plutôt que « faire contre ». Et puis, mince, ça fait toujours un bien fou au moral de savoir qu’on est entouré, qu’on peut compter sur de très chouettes personnes. On en profite pour remercier Coline & Flo, de Longue Vie et Lisa & Brice, de Morlanche: les copains font la force!

  • PREPARATION & PLANTATIONS

Évidemment qui dit fin d’hiver-début de printemps, dit période de préparations-semis-plantations! Cette année, j’ai échappé aux sessions « fumage » des sections de culture. Pas de tendinite à l’épaule à force après des heures à épandre du fumier, hourra! Bizarrement, ça ne m’a pas manqué…  En vrac, il y a eu les plantations d’oignons, d’échalotes, d’ail, celles des pommes de terre nouvelles – sous serre – puis celles des pommes de terre de conservation, l’installation des tunnels nantais pour abriter salades et épinards, les semis de carottes et de radis, la préparation de la serre pour les légumes d’été, les semis de tomates, courges, courgettes, pâtissons, concombres, cornichons, pastèques, poivrons, les premiers repiquages de tomates et de courgettes et de nouveaux essais de contre-cultures… D’ici quelques jours, arriveront d’autres tomates et courgettes, et puis les aubergines, les poivrons et les concombres. De quoi, on l’espère, se régaler à l’été venu!

  • LE MOT DE LA FIN ? PORTEZ-VOUS BIEN!

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Quand le climat se dérègle, aventures quotidiennes et sautes d’humeur.

Vous avez peut-être supposé que nous avions disparu, que nous étions finalement entrés dans une profonde phase d’hibernation ? Si nous avons, le temps d’une semaine de vacances à randonner loin de l’Ardèche, pensé nous échapper plus longtemps, comme repiqués par le virus de la bougeotte, les anticorps développés pendant notre année à St Fé’ ont vite réduit à néant le risque de rechute. De retour en terre ardéchoise, nous avions bien trop de projets en tête pour trouver le sommeil. Et puis avec ce redoux aussi fou qu’inquiétant, notre hibernation aurait déjà pris fin… En conclusion, pas de disparition, pas d’hibernation mais un mois de février qui file vite – forcément me direz-vous, avec 28 petits jours – des températures incongrues et nos humeurs qui osent les figures les plus folles. Un pot-pourri d’aventures quotidiennes!

Du côté de la pépinière – une des notes de fond du dit pot-pourri – il y a eu la reprise des semis. Clayton de Cuba, arroche rouge, blettes de couleur, chou rave, roquette, betteraves rouge et tous leurs amis. Jusqu’ici, on arrive à se tenir – ovation de nous à nous-mêmes – aux dates du calendrier lunaire. Les paris restent ouverts pour savoir jusqu’à quand cela va rester possible !

Dans la catégorie note de fond, il y a aussi les repiquages qui ont recommencé à rythmer nos semaines. Notamment les semaines paires où nous devons récupérer les plants commandés. Pour ceux qui seraient tentés de vérifier, oui nous devons aller chercher des plants cette semaine. Salades et betteraves rouges, ça reste sage… Quoique la serre commence à être bien, bien pleine !

Nous avons aussi pu planter nos pommes de terre précoce au nom pompeux – les Belles de Fontenay, rien que ça – le fameux vendredi aux « 3 étoiles légumes racines » du calendrier lunaire. Et alors ? Jusqu’ici, rien de phénoménal, on a plutôt l’impression que les pommes de terre Miss France – attention humour intempestif ! – n’y mettent pas vraiment du leur pour égayer le pot-pourri… Toujours côté parfum et plantations, nous avons fait nos premières plantations au grand air : ail, échalote et première session d’oignon. Si à la plantation le parfum reste léger, normalement, dans quelques mois, lors de la récolte, ça devrait donner une note de tête difficilement oubliable et plutôt persistante…

Quitte à parler parfum, parlons fumier ! Nous avons enfin trouvé du fumier bio et local – hip hip hip hourraaaa – et surtout, trouvé le moyen de le ramener sur nos terres. Je vous imagine sourire mais le fumier bio, ça reste un sacré casse-tête. Surtout quand, comme nous, vous n’avez pas de GROS tracteur avec une GROSSE benne pour le transporter. En bref, au détour d’une chanson folk à l’Effet Local, François a dégoté du fumier de brebis bio, fallait-il encore pouvoir le ramener. Un creusage de méninges et un devis plus tard – tout n’est pas gratuit ma bonne dame – un GROS tracteur avec une GROSSE benne nous livrait 8 GROSSES tonnes de fumier en direct de la ferme de l’Hôte Antique. Joie, joie, ô joie !

Février a aussi, comme l’an dernier, le parfum de la taille des abricotiers. Évidemment, c’est une image car ça ne sent pas grand-chose. Sauf quand le voisin pratique l’écobuage. Nous avons (encore) perdu des arbres, gagné (un peu) en efficacité et, cette année, décidé d’étaler la tâche sur plusieurs semaines.

C’est à ce moment-là qu’on en vient à ce qui nous mine ces derniers temps : le dérèglement du climat. L’an dernier, souvenez-vous, pour célébrer la fin de la taille, François avait skié sur notre lac. Cette année, nous avons vu les premières fleurs sur les arbres. Cherchez l’erreur ! Ce bouleversement des saisons qui fait fleurir nos abricotiers bien trop tôt a le don de mettre notre humeur sans-dessus-dessous. Cela se traduit cliniquement par une alternance de phases combatives et de phases d’abattement qui se ponctuent généralement par, excusez la politesse, « monde de merde ». On se perçoit, de plus en plus souvent, comme des Don Quichotte qui se démèneraient pour essayer de construire quelque chose de pas trop bancal face à d’énormes moulins, mus par le vent des lobbys, de la finance et des politiques dont les intérêts sont bien éloignés de ceux de la planète et accessoirement des populations qui l’habitent. Il faut avouer que ça nous plombe (beaucoup) de se savoir face au mur, déjà bien trop près, et de voir que, ceux qui nous dirigent continuent à fermer les yeux, le pied collé au plancher, comme pour atteindre le crash au plus vite… Dans notre pot-pourri, c’est la note amère et sournoise, qui profite toujours d’un moment de fatigue pour trimballer ses effluves de morosité et de lassitude.

Évidemment cette note amère est régulièrement écrasée par le parfum pétillant et frais des projets qui prennent forme. Et comme on n’est pas (encore) complètement déprimés, on a même planté des arbres ! Les 24 premiers de la parcelle agroforestière dont on vous a rebattu les oreilles. Des pommiers, des pruniers et des cerisiers, tous droits venus de la pépinière de John de la Ferme des Genêts – plus local tu meurs !  Les prochains arriveront très probablement à l’automne.

Du côté des poulettes et de leur roulotte, nous avons dégotté, tout près de la ferme, un premier châssis de caravane. On remercie la passion Bon Coin de François! S’il ne restait à ce châssis déjà pas grand-chose de sa vie d’avant, François a vraiment fini de le mettre à nu. Désormais, tout est à construire ! On a décidé d’arrêter les plans après la formation « biosécurité en élevage avicole» – formation aussi obligatoire qu’elle semble peu passionnante – que je dois suivre dans quelques jours. Et les poulettes ? Les poulettes, c’est le casse-tête. Du moins, quand on veut à la fois être certifié bio et ne pas avoir un minimum de 100 poules. Pour avoir des poules prêtes à pondre certifiées, c’est un peu la croix et la bannière. Ça nous paraît surtout pas toujours très logique mais il faut dire qu’on n’a pas la même logique que le modèle agricole productiviste qui perdure… 25 poules, on n’a pas idée ! On a donc abdiqué: il faudra qu’on aille chercher nos nouvelles amies à plumes…dans le Gard. Vous imaginez bien que pendant la période « cherche ta poule », nous avons bien des fois ponctué nos phrases de « monde de m**** »… Les mignonettes arriveront donc probablement à la fin mai. Plus tard que ce qu’on avait imaginé mais, soyons optimistes, mieux vaut tard que jamais !

Dans notre pot-pourri d’aventures quotidiennes, il y a aussi une note animale. Une note qu’on pourrait presque qualifier d’asine si on oubliait Oka et son haleine parfois saisissante, Piou et nos poules retraitées. Il y a une quinzaine de jours, j’ai effectivement un peu oublié le chien, le chat et les poules puisque Tino a eu l’irrépressible envie de prendre la poudre d’escampette et de disparaître. Deux jours à crapahuter dans les environs pour le retrouver, tout notre réseau local alerté et un bourricot qui prenait du bon temps avec deux copines. Un parfum d’âne bien entêtant. D’autant que le bougre a choisi de disparaître pendant que François était en formation en Savoie. Comme on n’est jamais à l’abri d’un rebondissement, deux jours après avoir retrouvé Tino, nous étions à batailler pour que Jean-Guy grimpe dans le Jumpy – Merci Flavien pour le coup de main! Jean-Guy, c’est le nouveau pote de Tino. Un ânon fort fort mignon qui a déjà trouvé le moyen de rencontrer le vétérinaire et se promène affublé d’un cataplasme d’argile verte très seyant sur la croupe. On préfère vous éviter la description du truc pas jojo qu’il a à l’encolure. En bref, nous avons donc pendant quelques jours un nouveau rituel de soins à ajouter à nos péripéties quotidiennes…

Quoi d’autre dans le pot-pourri ? L’odeur de nos cerveaux qui chauffent, réfléchissent, tranchent et essaient de gérer au mieux les priorités en accord avec les valeurs qu’on s’entête à vouloir défendre, les effluves sucrées des crêpes, l’arôme fumé de la Satan says Ale – indice c’est une bière brassée à Longue Vie – les notes fraîches des ballades au grand air, l’odeur de la paille, le pêle-mêle de parfums de légumes quand on part au marché, les effluves de forêt et de sous-bois quand il faut fabriquer des piquets, les odeurs de terre quand on parle engrais verts et sols vivants avec PY et sa fourche-bêche, les relents entêtants du sans-plomb quand il faut débroussailler des ronciers pour dégager une terrasse oubliée… Bientôt aussi l’odeur de l’acier, celui de la nouvelle serre, achetée d’occasion, qu’il va falloir aller démonter dans la Loire – les copains sont déjà sur le coup pour nous prêter leurs bras et ça, ça fait toujours chauffer nos p’tits cœurs. Je ne sais pas si la soudure a une odeur, mais si oui, elle fera partie du pot-pourri car après la formation « Serre-mobile » avec l’Atelier Paysan, j’en connais un qui est ultra-motivé et qui va s’en donner à cœur joie, l’idée étant qu’à l’automne, on convertisse la nouvelle serre en serre mobile… Mais chut, c’est un secret!

Allez, hauts les cœurs et pas de haut-le-cœur, notre pot-pourri quotidien a quand même le parfum frais de la grande aventure!

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Ah, avant que j’oublie, on a aussi répondu à quelques questions sur notre projet. Vous savez déjà très sûrement tout mais si la curiosité vous titille, c’est par .

On n’avait pas dit qu’en septembre on pourrait souffler?

C’est effectivement ce qu’on se disait cet été. Pour se donner du courage et tenir le cap de la « grosse » saison. C’est ce qu’on se disait mais parfois, entre ce qu’on se dit et la réalité, il y a un pas. Ici, c’est un fossé! On l’a bien compris, il faut attendre octobre pour l’accalmie. Et encore…

Notre mois de septembre a donc été – si vous ne l’aviez pas encore compris – très (très) chargé ! Certes, on n’a pas dû gérer une crise de criquets ou composer avec la canicule mais qui dit mois de septembre dit rentrée scolaire et reprise. Si nous ne sommes concernés par aucun des deux termes susmentionnés, il faut bien reconnaître que cela influe grandement sur l’agenda du mois de septembre. C’est en effet à cette période, où l’été fait du rab et offre encore de très belles journées, que bon nombre d’associations ou autres organisent fêtes et autres évènements récréatifs pour le grand public. Nos week-ends ont ainsi été bien vite réservés…

Il y a eu tout d’abord la fête de l’agriculture paysanne, organisée par le groupe Nord-Ardèche de la Confédération Paysanne, à Sécheras. La météo s’annonçait presque catastrophique et finalement, le soleil l’a emporté haut la main. Un samedi placé sous le signe de l’agriculture paysanne, un samedi festif et engagé mais aussi un samedi bien chargé pour nous. Il a fallu gérer les récoltes pour le marché du dimanche et les engagements pris pour l’organisation de ce bel évènement. L’avantage d’être un duo ! Le samedi matin, j’ai assuré l’ensemble des récoltes pour le marché pendant que François, dès 10 heures, s’armait de son précieux Opinel pour préparer les crudités pour le midi. On se rassure, il n’était pas seul et il était même plutôt bien accompagné, même si l’autre François – notre voisin de Brouty – enlève trop de feuilles quand il trie la salade… C’est dans la même bonne humeur qu’en fin de journée, nous nous sommes attaqués à la préparation des 220 assiettes de crudités prévues pour les repas du soir. Si j’ai trouvé que le marché piquait un peu le lendemain matin, le bilan reste très positif : de chouettes rencontres, une belle dynamique de groupe, de gros fous rires et pour François, un nouveau surnom…

Après un week-end de trêve avec « juste » le marché de Saint-Félicien, nous avons commencé à préparer le week-end « Terroir au Village ». Il est organisé chaque année par Terroir Pays de Saint-Félicien, association de laquelle nous nous sommes rapprochés dès la fin avril et qui porte des projets très intéressants … Pourquoi préparer ce week-end en particulier ? Parce que dans le programme riche de ces 3 jours dédiés au terroir, étaient prévus plusieurs circuits de visite, avec différentes thématiques et que, lorsqu’on nous avait demandé si nous pouvions faire visiter notre ferme, nous avions répondu par l’affirmative ! Il fallait donc préparer un minimum la visite prévue le samedi matin ! L’occasion de faucher, de débroussailler, de ranger le peu qui devait l’être…

Le samedi, après les récoltes, plus matinales qu’à l’habitude, nous étions prêts à accueillir les curieux. Un peu moins d’une vingtaine, certains connus d’autres non. Jusqu’ici, nous avions toujours fait visiter la ferme à des proches, des amis, des voisins, la famille et c’est très intéressant de diversifier son public. Il y a les questions qui reviennent presque toujours, celles qui étonnent ou surprennent, celles qui désarçonnent mais, quelles qu’elles soient, c’est toujours un très bon exercice, qui nous pousse à être toujours plus précis, plus clairs dans notre discours. Plus pédagogues aussi ou plus engagés. Par exemple, lors de cette visite, a été posée à François, la question de l’utilisation d’hybrides F1. Il a donc expliqué que nous cherchons à les éviter et, assez vite, s’est trouvé à bout d’arguments sur les raisons qui nous motivaient. Pas plus tôt nos visiteurs partis, nous avons donc repensé ensemble à tout ce qui nous faisait opter pour cette position. Un bon exercice, je vous dis, un bon exercice !

Le dimanche, après le marché du matin à Saint-Félicien, nous avons pris la route de Pailharès pour y ré-installer notre étal, marché de producteurs oblige ! Si j’étais très peu motivée à 13 heures, à peine revenue du marché, je dois bien avouer que ce fut un très bel après-midi. Nous avons recroisé certains curieux qui étaient venus jusqu’à Pojot, discuté, dégusté de bons produits mais surtout, nous avons retrouvé toute la bande de chouettes producteurs, engagés comme nous auprès de l’association Terroir. L’occasion d’échanger nos impressions sur la saison, de comparer les traits de fatigue sur nos visages, de retrouver des personnes qui ont un rythme de vie assez similaire au nôtre et pour qui le mot « reprise » ne veut pas dire grand-chose. L’occasion enfin de trinquer, une fois les badauds partis, à la fin de l’été et à cette vie qu’on s’est choisie. Une vie belle bien qu’usante , une vie riche de rencontres et d’apprentissages mais qui souvent nous met en décalage. De la famille, des copains, de Mr & Mme Toulemonde qui rentrent de vacances… Pour autant, quand on regarde par-dessus notre épaule, pour rien au monde, nous ne voudrions retourner en arrière !

Pour être tout à fait honnête, à ce stade-là du mois de septembre – le 23 au soir très exactement –  je ne rêvais que d’une chose, pouvoir dormir. Ne serait-ce qu’un matin. J’avais imaginé que le lundi, après ce week-end aussi chouette que chargé, aurait été celui de la grasse matinée – par grasse matinée, comprendre dormir jusqu’à 8h30. C’était sans compter le jus de pommes. Le jus de pommes ? Peut-être parce qu’on avait peur de s’ennuyer, parce qu’on devient hyperactifs, une dizaine de jours auparavant, François avait pris rendez-vous à l’atelier de transformation Nectardéchois pour une session « jus de pommes ». Je vois d’ici vos sourcils qui font un circonflexe ! Ils ont des pommiers et ils ne l’ont pas dit ? Ils volent des pommes ? Pas de verger de pommiers ni de vol de récolte. En bon observateur-cueilleur qu’il est, François avait repéré quelques pommiers près des Gaillards, notamment près de la petite réserve d’eau qu’on utilise pour la pépinière. Buissonneux, pas taillés depuis des lustres mais plein de fruits. Pour transformer à Nectardéchois, la récolte doit être d’au moins 100 kilos. « J’ai fait un truc qui va pas te plaire ! Enfin, pas sur le moment mais je sais qu’après tu seras contente ». C’est comme ça que François m’a annoncé la mission pommes qui s’annonçait, en parallèle de la préparation du week-end de « Terroir au village ». C’est vrai que sur le moment je me suis dit qu’on s’en serait bien passé, de la cueillette des pommes entre deux sessions de débroussaillage! Au fond, vous l’aurez compris j’étais mille fois pour. Les cueillettes, c’est comme ça, tu prends le créneau ou tu passes à côté. On n’avait pas envie de passer à côté, on voulait avoir 100 kilos et notre jus pour l’hiver. Et puis, on en a parlé à Louis. « Ah justement, je voulais vous en parler. Dans le parc des vaches, y’a quelques pommiers, si vous voulez ramasser les pommes, ça m’arrange. Je dois les faire tomber et les évacuer sinon les vaches s’en gavent et ça peut avoir des conséquences pas jolies jolies. Nous, on en fait rien!». On s’est dit qu’on était pas à quelques pommiers près, que si on avait 150 kilos se serait tout aussi bien. Résultat des courses, en une après-midi à Perrache, on avait déjà 130 kilos sans s’être occupés de tous les pommiers… Au final, nous avons pu faire transformer un peu moins de 250 kilos de pommes. On a notre jus pour l’hiver et finalement, détail non négligeable, le nectar d’abricots n’est désormais plus le seul embouteillé sur notre étal de marché !

Avec la fin septembre est arrivée la fin des haricots. Quand il faut enlever les piquets, rembobiner les ficelles et enlever les pieds, c’est toujours un drôle de sentiment. Une bascule entre la joie de ne plus avoir à les récolter deux fois par semaine et un pincement au cœur car c’est un des légumes phares de l’été. Rendons au haricot ce qui revient au haricot : sur les marchés, il a contribué à nous construire une petite réputation ! On m’en a d’ailleurs encore parlé dimanche « vos haricots ont régalé tout le monde, ils étaient délicieux. Du coup, même s’il y en a plus, je reviens ici ! »

Pour fêter dignement la fin septembre, nous avions prévu une fête avec nos copains d’avant qui sont toujours les copains de maintenant mais que, par la force des choses, nous voyons moins. Une livraison d’une bonne vingtaine de copains pour le week-end et une fête qu’on voulait basée sous le signe des produits locaux, du zéro-déchet… Soupe au pistou avec nos légumes, fromages de Louis, tomme en salade de la ferme de Réat, pain de Valérie et Vincent, serviettes en tissus et compagnie. Une fête qu’on voulait à l’image de notre nouvelle vie même si au quotidien, on n’a pas de tireuse à bière… Si on s’est demandé plusieurs fois, quand la fatigue atteignait des sommets, pourquoi on s’infligeait ça, pourquoi on n’avait pas commandé 10 kilos de chips et de nachos au lieu de préparer 2 kilos d’houmous, dès les premiers copains arrivés, on a tout oublié ! On ne regrette rien, loin de là. Ce week-end a été une ÉNORME bouffée d’air frais. Comme quoi, y’a rien de tel qu’une dose massive de copains pour avoir la banane! Après ça, Octobre pouvait bien arriver.  On était prêts, rincés à souhait mais heureux.

Octobre est là, depuis déjà une bonne dizaine de jours et on a toujours un peu de mal à trouver du temps pour nous. Avec l’automne, nous nous sommes attaqués au chantier de réfection de la réserve collinaire. Enfin, nous nous sommes surtout attelés à vider le lac. Presque une hérésie quand on sait combien on a veillé à la réserve en eau jusqu’à fin septembre. Mais, entretien oblige, on ne cure pas un lac sans le vider de son eau. On a donc loué une pompe et regardé le niveau baisser puis les carpes agoniser. Une étape qu’on aurait aimé éviter mais… bon an, mal an, nous avons réussi à en sauver une dizaine. Désormais, nous ne sommes plus maîtres à bord et nous attendons impatiemment le début des travaux. Plus vite ce sera terminé, plus vite le lac pourra se remplir à nouveau !

Avec Octobre, nous avons aussi préparé pour la première fois, sous la houlette de ma grand-mère, ce qu’on appelle la drache. Une façon de conserver (grâce à la fermentation lactique) les légumes tels que le chou, la betterave rouge, le poivron ou la tomate verte dans les résidus de raisins restants après que le vin ait été tiré. Rendez-vous en décembre pour goûter ça ! Nous avons aussi profité d’être de ce côté-là du Rhône, pour ramasser des noix. L’occasion de diversifier encore un peu notre étal qui se fait de plus en plus automnal. Nous avons manié le ramasse-noix avec passion et il ne reste plus qu’à laver et faire sécher – plus que, doux euphémisme – celles qui se retrouveront bientôt en filets! Avec Octobre, nous avons aussi repris marteau, clous et mètre pour la construction d’une première étagère à courges et ensuite, rentré les dites-courges…

Est-ce qu’une fois ces chantiers terminés, nous pourrons souffler ? Nul ne le sait. Enfin, nos corps se rappelant de plus en plus à nous – François me surnomme actuellement Hémiplégiane – il va bien falloir qu’on y arrive ! Et puis, pour mener à bien les quelques projets qui nous trottent encore dans la tête, il va nous falloir encore de l’énergie et on ne compte pas puiser dans celle du désespoir !

Il est possible de passer commande pour du jus de pommes (2,90 € le litre – du jus de pommes et rien d’autre), des confitures car notre gamme s’est étoffée pour l’hiver (abricots, prunes, figues) ou encore des noix!

 

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Et août s’en est allé….

La canicule a tiré sa révérence et août a fait de même. Le temps passe à toujours aussi vive allure et semble souffrir de distorsions. Distorsions ? Oui, tout nous semble à la fois loin et proche! On se dit Quoi ? Déjà fin la fin août ? La rentrée? Et en même temps, l’épopée des abricots nous paraît de l’histoire sacrément ancienne… alors que, loin d’avoir eu lieu à la fin du Crétacé, ça n’était que la mi-juillet ! Bref, on a l’impression que le temps se pavane devant un miroir déformant ! D’ailleurs, nous qui nous plaisons à dire « on verra ça quand on aura le temps à l’automne, on fera ça à l’automne, on y réfléchira plus tard, à l’automne », on risque finalement de ne pas le voir arriver et encore moins passer, cet automne !

En attendant d’avoir du temps à l’automne – espoir caressé mais nullement assuré – l’aventure a continué. Et ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord. On nous pose désormais souvent la question « alors ces montagnes russes ? Vous vous situez où ? ». Et bien ça continue de monter et de descendre ! A croire qu’on est bons pour attraper le pompon et gagner un tour gratis. La fatigue aide bien, à faire des tours gratuits. et à citer un peu de Francis Cabrel, ni vu ni connu ! Au fond, soyons honnêtes, nous savons que les montagnes russes vont être notre lot pour encore un bon bout de temps…

La seconde question qu’on nous pose le plus souvent, on vous le donne en mille c’est « Et les criquets ? » Ah les criquets ! Ils sont encore là mais – on touche du bois – il nous semble en voir moins ! On en retrouve beaucoup morts, accrochés dans les herbes. Enfin, on ne se fait pas d’illusions, c’est simplement une question de cycles de vie et le problème est loin d’être réglé puisque les œufs peuvent passer l’hiver au chaud… dans le sol ! Par précaution, on a fini par recommander du filet. Chat échaudé craint l’eau froide comme on dit. On joue donc la carte de la sécurité et on protège l’ensemble de nos repiquages. C’est toujours aussi fastidieux mais après avoir passé près de 3 semaines sans salade sur le marché, à expliquer nos histoires de criquets, on se dit qu’il faut les protéger ces petits plants bien innocents. On a également vu s’installer bon nombre d’épeires frelons ou encore appelées argiopes frelons. Ce sont des araignées de belle taille, rayées de noir et de jaune. Ces charmantes dames ont l’art et la manière d’embobiner fissa fissa les criquets dans leurs filets et ça, on adore ! On a donc pris le pli de bien faire attention à leur toile quand on ramasse les haricots ou les tomates de plein champ. Les mantes religieuses ont également débarqué en renfort. Mine de rien, ces renforts, ça fait du bien au moral dans ce combat devenu presque ordinaire.

Depuis la dernière fois, les visites des amis ont continué. Un calendrier bien rempli et un planning calculé au millimètre près. Histoire de pouvoir changer les draps du futon ! C’était certes chargé mais ça fait toujours chaud au cœur de voir arriver les copains avec leurs sourires, leur curiosité et l’envie de mettre la main à la pâte! Antoine et Marion ont pris la place de Camilo. La main à la pâte, ils connaissent. Ils étaient déjà là pour le montage de la serre – oui oui, souvenez-vous c’était au Jurassique supérieur euh en avril – et Marion m’avait aidé à planter les poireaux. Leur visite a été l’occasion de continuer la mise en place du système de récupération d’eau de pluie des toitures du bâtiment. Plus de surface de toiture équipée, c’est plus d’eau dans le réservoir tampon et lors d’un épisode orageux, ça peut aller vite ! On en a aussi profité pour ramener le bois coupé dans le verger et ranger le bois débité depuis déjà quelques semaines… Il y a aussi eu des visites plus ponctuelles qui permettent, le temps d’une soirée ou d’un repas, de se vider un peu la tête. Emilie, ma binôme durant la plus grande partie de mes études d’agronomie, est également revenue passer quelques jours à Saint-Félicien. Cette fois-ci, pas de nouvel an à célébrer ni de châtaignes grillées mais des chantiers de récolte : les pommes de terre – celles qui se faisaient désirer – et les oignons. Il y a aussi eu les prunes et les récoltes pour le marché. Emilie, comme Adrien quelques semaines plus tôt, m’a accompagnée à Annonay. L’occasion pour les clients de me faire remarquer que j’étais régulièrement en bonne compagnie pour le marché. Eh oui, c’est ça d’avoir des copains !

Avec le départ d’Emilie, nous avons initié une période d’accalmie d’amis. C’est nécessaire quand on veut faire le bilan de ce premier été à Saint-Félicien, réfléchir à nos priorités automnales et se préserver pour pouvoir tenir encore jusqu’à la fin de l’année…

Et puis, il y a aussi eu la première fauche de notre parcelle de prairie – anciennement des cerisiers – où j’ai pu m’entraîner pour obtenir mon badge « girobroyeur », la deuxième coupe du sorgho en plein champs et la 4ème en serre – rappelez-vous c’est l’engrais vert implanté pour apporter de la biomasse à notre sol – les premiers potimarrons, la floraison des tournesols, la reprise des semis de radis, le début de la cueillette des physalis, les cueillettes de figues et les tartes qui vont avec, le premier Perrier tranche en tête à tête avec une copine – ô joie ! – l’escapade de François pendant près de 48 heures – ça nous a fait un bien fou à tous les 2, j’attends mon tour ! – les premières compotes… Et toujours beaucoup de fous rires, nerveux ou pas, de satisfaction, de doutes, de fatigue, d’envies, d’idées !

En attendant d’avoir du temps pour nous, nous espérons vous retrouver, à vos agendas :

  • à la Fête de l’Agriculture Paysanne, à Sécheras, le samedi 8 septembre. Le programme prévu est beaucoup plus beau que la météo annoncée. Organisée par la Confédération Paysanne de l’Ardèche et plus particulièrement les paysans du Nord Ardèche, cette fête est une façon de fêter et soutenir l’agriculture paysanne en passant un (fort) bon moment !
  • à Terroir au Village, à Pailharès, le 21, 22 et 23 septembre. Le programme mettra en valeur le travail de passionnés qui ont fait le choix du terroir, du beau et du bon. A noter qu’une escale est prévue chez nous dans un des circuits de visites proposés le samedi !

Vous l’aurez compris, nous n’aurons pas (encore) le temps de nous ennuyer en septembre et c’est sûr, le temps va encore filer trop vite !

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Les montagnes russes de l’Abeille et la Blette

Avec l’été vient le temps des fêtes foraines – vous avez vraiment cru qu’on allait évoquer les vacances ? – et qui dit fêtes foraines, dit manèges et attractions pour amateurs de sensations plus ou moins fortes. Chez l’Abeille et la Blette, c’est un peu comme si la fête foraine durait depuis près de 8 mois. Sans les churros et les barbes à papa, d’accord ! Mais avec des montagnes russes et sûrement les plus sensationnelles qui soient. C’est d’ailleurs souvent l’image avec laquelle nous répondons à la fatidique question « Et sinon, tout se passe bien ? C’est pas trop dur ? ». Émotionnellement et physiquement, nous avons l’impression d’être embarqués dans un petit chariot qui grimpe puis dégringole, grimpe encore, semble se stabiliser puis finalement pique du nez pour s’emballer et remonter la pente. Nos cœurs montent et descendent mais restent bien accrochés. Nos tripes aussi sont solides. Parfois, on s’en étonne, enfin surtout moi qui, dans l’histoire, reste le maillon le plus sujet au stress.

Ces dernières semaines n’ont pas échappé à la règle du petit chariot – monte, descend, monte, descend, monte (bis) (ter) – la chaleur et la fatigue cumulées permettant d’accélérer le rythme du refrain.

La récolte des abricots terminée et les bouteilles de nectar rangées, nous avons cru pouvoir souffler. Ou plutôt, reprendre un rythme plus classique, fait de semis, repiquages, récoltes, binages, paillages, arrosages, etc. Il faut imaginer le chariot roulant tranquillement sur une portion bien horizontale. A ce moment-là, nous avions aussi géré la crise des surplus courgettes-concombres avec succès. Qu’est-ce qu’une crise de surplus de courgettes-concombres ? C’est quand les plantes atteignent un bon gros pic de production et que l’offre surpasse la demande. Inutile de préciser que quand nous croulions sous les courgettes, les autres producteurs du coin aussi… Bref, nous avions des courgettes sur les bras! Heureusement, nous avons profité de la visite de Pascale et Jean-Paul, les parents de François, pour exporter en Franche-Comté, quelques dizaines de kilos de courgettes et de concombres. Le volume de courgettes revenu à la normale, le petit chariot était en pleine remontée!

S’en est suivie la première récolte de pommes de terre – les Mona Lisa, les Désiré se font encore… désirer.  Le rendement s’est avéré très correct voire très bon par rapport à nos prévisions. Hop, un peu plus haut sur les montagnes russes ! Pour pousser la griserie et le taux de bonne humeur, j’ai réalisé une belle performance – appelée ici marinade – en rentrant Goldi après une des 3 sessions de récolte. Hilarité générale! Le seul dégât à déplorer reste la légère déformation d’une brouette – que nous trouvions déjà de piètre qualité. Le haut des montagnes russes nous allait décidément bien !

Et puis, ils nous ont envahis. Nous les avions vu arriver, évidemment. Près de notre cinquième section de culture, juste à l’angle, tout près de l’électrovanne. Nous avions tenté de gêner leur progression. Premier pipi dans un violon et zéro pointé. Ils ont commencé leur travail de sape, efficace et implacable et notre moral a dégringolé sévère. Eux, ce sont les criquets. Jiminy, sa famille, ses amis, les amis de ses amis, les amis des amis des amis… en un mot, toute la clique !

Nous avons tout tenté, enfin dans la limite du possible et du raisonnable pour des maraîchers bios – le Decis balancé en hélicoptère, on oublie! Le savon noir – peut-être qu’ils n’aimeront pas le goût ? – aucun effet ! Le purin d’orties – ça pue le purin d’orties et ça repousse pas mal d’insectes – eux, ils s’en fichent ! Le purin de tomates alors ? Niet.

On s’est évertués à réfléchir et eux, ils continuaient à manger. Ou plutôt à se gaver, comme dans un buffet à volonté quand on en veut pour son argent et qu’on s’en rend presque malade. Ils n’ont pas été malades, nous presque. Après les premiers repiquages de chou chinois détruits en un temps record, un carnage sur celui des salades et leur progression au niveau des poireaux et des choux déjà bien grandis, nous nous sommes résignés à ouvrir notre porte-monnaie et à acheter du filet anti-insectes. Le filet est arrivé en même temps que les quelques 400 choux que nous devions repiquer – normalement cela devait se faire en deux vagues mais le pépiniériste connaît aussi des couacs apparemment. Hourra, malgré tout, les choses se coordonnaient bien ! Nous nous sommes donc attelés au repiquage, rendu carrément fastidieux avec la pose du filet mais quand il faut, il faut. Remontée en flèche du petit chariot des montagnes russes !

Nous pensions avoir sauvé les meubles, géré la crise. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire chaud, très chaud. Vigilance orange pour la canicule. Le chariot a entamé sa redescente, doucement mais sûrement. Cette fois-ci, c’est François qui a sonné l’alarme, un dimanche soir, de retour de l’arrosage. « Ça se fait encore bouffer… et avec la chaleur… » Quelques mots qu’on a mis de côté parce que ce soir-là, nous avions mieux à faire : nous faisions des pizzas dans notre four à bois avec nos amis boulangers. Le lundi, je me suis perdue sur les petites routes ardéchoises en allant chercher Adrien, ancien collègue devenu ami depuis déjà un bon bout de temps. La phrase de François était de côté. Et puis, le soir venu, nous sommes allés arroser nos repiquages, ceux que nous pensions bien à l’abri sous le filet. Je crois qu’on peut dire que ça fait partie des plus belles chutes de moral. Entre la canicule et les criquets qui se terrent dans le sol, les choux n’étaient plus si nombreux. Face à ce triste spectacle, c’est un bon cocktail d’émotions: colère, dépit, abattement. Ajoutez à cela la fatigue et la chaleur… Sur la route de la maison, François m’a dit « je crois que je pourrais en pleurer ». On n’en était pas loin, effectivement. Puis il a été moins poète « en fait, c’est comme pisser dans un violon et ensuite se le retourner dessus ». L’image nous a fait sourire jaune mais comme toujours, le chariot a remonté la pente. Avec un peu d’élan. Parfois, c’est les copains, super enthousiastes qui le donnent. Adrien est de ceux-là. Il était là et c’était bien! Il y a aussi les clients sur le marché, qui reviennent parce que « les légumes sont aussi beaux que bons, que les haricots sont vraiment délicieux. » Il y a ceux qui nous font rire aussi. En parlant d’Adrien venu avec moi au marché « Ah bah vous avez un stagiaire maintenant ? Je suis pas sûr qu’il faut que vous le gardiez hein ! Regardez, il pense qu’il y a 700 grammes de poirée et y’a même pas 350 grammes ! Vous le payez cher ? ». D’ailleurs, au marché suivant « Et le stagiaire est plus là ? C’est pas mes remarques qui l’ont fait fuir j’espère ! ».

Si les remarques pouvaient faire fuir les criquets, ils seraient bien loin de nos jardins depuis le temps que nous les maudissons! Mais, malheureusement, ils sont toujours là et nous songeons sérieusement à recommander du filet… Malgré tout, nous avons aussi continué à cogiter et nous préparons notre plan de bataille. Pas d’inquiétude, vous serez mis au courant en temps voulu ! Si les criquets tirent toujours notre petit chariot vers le bas, l’obtention de la mention Nature & Progrès pour nos légumes nous a fait remonter en flèche ! C’est quand même une sacrée reconnaissance du travail fourni jusqu’ici… criquets ou pas criquets !

Et puis il y a les baignades du soir, la vue toujours aussi belle sur les Alpes, la visite des Tribolo, les prises de vue de la ferme en drone – merci Seb! –  les chaises longues  offertes par mes parents, les chasses au trésor avec Adrien – notre meilleure trouvaille reste  une pelle! – les réserves de fruits qu’on fait pour l’hiver… Il y a aussi eu la  visite de notre ami Camilo, ses coups de main, le J9 et sa brocante dans le jardin, ses « faut rien lâcher, rien ! » et enfin… il y a cette pluie ! Attendue, espérée, vénérée. Celle qui va faire du bien aux plantes, au sol et à notre réserve collinaire. Celle qui m’aura permis de prendre le temps de vous raconter un (petit) bout de nos montagnes russes quotidiennes, de cette belle aventure qui secoue, secoue fort…

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En mai, fais ce que tu as imaginé!

Il y a bientôt un mois, je vous disais qu’il n’y avait pas que la serre dans la vie et que les premiers légumes étaient d’ores et déjà en terre. Depuis, il y a eu des surprises, des moments de doute – toujours ! – des légumes qui ont bien poussé, des rencontres et … nos premiers marchés! En un mois, il faut bien le dire, on a l’impression d’avoir avancé à pas de géants. François avec son 43 et moi, avec mon 36!

Il y a eu l’arrivée des abeilles, les nôtres cette fois-ci. Elles sont arrivées avec le mois de mai, par surprise! A la faveur de l’essaimage, ces dames ayant élu domicile dans un cerisier des Gaillards, François s’est empressé d’appeler Louis, notre propriétaire. Ses ruches étant un peu en contrebas de la maison, il était fort probable que ce soit un de ses essaims qui était en train de déménager. « Elles sont prêtes tes ruches, non? » Effectivement, nous avions retapé et nettoyé nos deux ruches mais, nous n’avions pas prévu de les remplir cette année. Chaque chose en son temps comme on dit. « Et ben, l’essaim tu le gardes, il est pour toi! »  Venu à la rescousse, pour aider François à mettre en boîte les demoiselles du cerisier, Louis en a profité pour visiter ses ruches et continuer la formation pratique de François. L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’ils n’avaient pas repéré un second essaim, un peu plus en contrebas. Ils ont remis ça, j’ai fait du sirop et voilà, nous avions deux ruches! Quelques jours plus tard, de nuit, nous les avons installées à la ferme. Résidence avec vue pour ces demoiselles qui sont  des alliées de taille pour la pollinisation de nos jardins…

Il aura fallu sortir la grande échelle pour mettre les demoiselles en boîte!

Avec le mois de mai, nous avons aussi vu débarquer les doryphores. On n’avait osé espérer ne pas les voir du tout, on s’était dit qu’on avait encore un peu de temps mais non! La chasse aux doryphores a donc été ouverte tôt cette année. Ces demoiselles, plutôt élégantes, s’attaquent aux pommes de terre et, plus globalement, à la (grande) famille des Solanacées. Elles grignotent les feuilles et ont l’art et la manière de s’enfouir dans le sol au moindre frimas. En bref, la plaie! « Mais du coup, en bio, vous faites comment? »  Comme nous ne connaissons pas de remède miracle, nous y passons du temps! Du temps, pour attraper et noyer les adultes et éliminer les œufs qui se cachent sous les feuilles. Nous n’y prenons aucun plaisir sadique, c’est fastidieux mais nous n’avons aucune envie de voir nos plants réduits à des bouts de tiges….

La chasse aux doryphores se fait souvent avec Oka qui, avouons-le, est loin d’être efficace!

En mai, il y a aussi eu les Saints de Glace, les fameux! Ceux que beaucoup d’anciens citent, ceux dont il faut se méfier, ceux avant lesquels il ne faut rien planter… Évidemment, on n’a pas attendu que passent les Saints de Glace pour planter mais on s’est méfié. Et on a bien fait! Une température au petit matin qui atteint timidement les 2°C, ce n’est jamais très apprécié des plantes. La neige n’était d’ailleurs pas si loin de chez nous, voire même toute proche! Il a donc fallu protéger les plus frileux déjà installés en plein champ. L’occasion de mener à 22h, un samedi soir, celle que nous avons baptisée « The pumpkin operation »! Jo, les courges et nous-mêmes te remercions!

Plastique sur les semis de haricots et de maïs doux, voile P17 pour les jeunes pousses et … les courges!

En mai, les légumes ont pris leurs aises. Surtout dans la serre, évidemment! Nous avons retrouvé les gestes délaissés le temps d’un hiver: biner, désherber, semer les radis chaque semaine, repiquer… Les Saints de Glace passés – « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée  » – les températures devenant douces, dans la serre, il a été temps de pailler. Puis de tuteurer tout ce petit monde grandissant…

Silence, ça pousse!

Tout occupés à nos légumes, nous avions laissé de côté l’opération clôture de la parcelle dédiée au maraîchage. Piquets et grillage attendaient patiemment dans le hangar et au fond du pré. Jusqu’à la visite surprise… des vaches du voisin! Plus de peur que de mal comme on dit et un bon coup de pied aux fesses. Le projet clôture est subitement revenu à l’ordre du jour. Et avec deux points d’exclamation sur notre tableau blanc où s’accumulent nos to-do-list! Heureusement pour nous, Paul, un copain de promo de François, avait justement prévu de venir passer trois jours chez nous. Bien lui en a pris, il a été embauché sur le champ! Avec François, ils ont usé – et non abusé – de la tarrière thermique pour poser les quelques 100 piquets et entamé sérieusement la pose du grillage! Depuis ce week-end fort fort sympathique – entre les piquets et le grillage, on a pris un peu de temps pour déguster des bières de la brasserie Longue Vie, à Saint-Victor, manger des beignets de fleurs d’acacias et grimper à Rochefort – Paul est désormais connu comme Pierre la Clôture! Depuis, il nous reste le portail à finaliser et il va falloir qu’on s’active. Hier après-midi, les vaches sont revenues. Elles ont gentiment longé la clôture jusqu’à trouver l’entrée… Provisoirement, François a posé 2 fils de fer et fait des petits fanions de rubalise. Il faut ce qu’il faut!

Pour ceux qui, comme moi il y a peu, se demandent à quoi ressemble une tarrière thermique!

Sous le soleil, les rois de la clôture œuvrent avec efficacité…

 Quand les copains viennent, il faut savoir les bichonner et se faire plaisir!

Notre première section de culture commençant à être bien remplie, à force de semis et de repiquage, nous avons décidé de débâcher la moitié de la section 5. Rappelez-vous, c’est la section de notre test d’occultation! François s’y est attelé, il y a environ une semaine. Alors? Le résultat est concluant: rien de tel pour éliminer la prairie et obtenir une belle terre. C’est beaucoup plus aisé et ça ne nécessite qu’un passage de motoculteur! Le pied quoi! On a donc prévu de remettre ça. La seule qui n’était pas ravie, c’est la couleuvre qui avait élu domicile sous la bâche. Elle a bien tenté de se rebeller contre les fraises du motoculteur, rien n’y a fait et elle s’est résignée à se planquer sous la moitié de bâche encore en place… Je ne suis toujours pas fan des serpents alors autant dire que quand je passe près de la bâche, j’essaie que mes bottes fassent trembler le sol comme le feraient des bottes de sept lieux!

Résultat de notre test d’occultation après un passage de motoculteur. Plutôt concluant!

Du côté de l’administration, une date était entourée en rouge sur notre calendrier. 22 mai = Passage en CDOA. C’est quoi ça? La Commission Départementale d’Orientation Agricole. C’est devant cette commission que devait être présenté le projet agricole de François – le nôtre quoi! – afin que les autorités compétentes statuent sur l’attribution ou non de la DJA – Dotation Jeune Agriculteur. Le dossier avait été déposé le 23 mars à la Chambre d’Agriculture mais jusqu’au bout, il aura fallu qu’on se justifie. Encore et toujours. Il faudrait que vous démontriez la viabilité de votre projet car le modèle défendu n’est pas classique. Quand on a reçu ce mail le 7 mai, on a fulminé. J’ai d’ailleurs fulminé tout au long de la rédaction de notre fameux argumentaire. Nous n’avons jamais eu l’impression d’être des pionniers, d’inventer quoi que ce soit. Le modèle de maraîchage sur petite surface, on ne l’a pas sorti du chapeau et pourtant, il a fallu, une fois encore, l’expliquer. J’ai donc calculé des indices, repris des données technico-économiques. Je suis même allée jusqu’à citer des travaux de thèses portant sur ce modèle. Non, nous n’avons pas envie d’augmenter nos surfaces pour produire plus, toujours plus. Oui, nous comptons en vivre mais nous basons nos réflexions sur la qualité et non la quantité. Sur les circuits-courts plutôt que sur le demi-gros et les intermédiaires. Il faudrait aussi que vous rédigiez quelque chose sur la commercialisation. Vous pensez que les gens sont intéressés par ça? Là encore, j’ai eu l’impression de répéter ce que nous avons expliqué depuis août dernier, date de notre première rencontre avec la conseillère de la Chambre… Le 22 mai, le verdict est tombé: DJA accordée! On a soufflé. Vraiment. On s’est posés des questions. Jusqu’au bout, malgré les banques qui nous répétaient que notre projet était cohérent et loin d’être farfelu. A force d’entendre que nous cumulions les mauvais points – installation hors cadre familial, création d’activité, modèle à risques, isolement – on en était venu à se dire qu’ils étaient capables de nous envoyer sur les roses. Évidemment, notre modèle étant « carrément foufou » et éloigné de leurs standards des années 70, nous avons une obligation de suivi particulier. Quelles modalités? Aucune idée… Maintenant que vous avez la DJA, il va falloir quand même que vous pensiez à noter ce que vous faites, que vous suiviez certains indicateurs, on va vous demander des comptes. Et plus qu’aux autres… Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous le faisons depuis le début. Oui, nous suivons précisément ce que nous mettons en place! Enfin, nous avons décidé de ne pas nous épuiser à argumenter vainement. Nous restons des originaux à leurs yeux , très bien. Néanmoins, les deux Pinocchio que nous sommes, sont bien décidés à montrer que les alternatives fonctionnent!

Et puis en mai, nous avons aussi été enquêtés par Nature & Progrès en vue de l’obtention de cette mention. 3 heures passées sur la ferme à expliquer notre démarche, notre vision de l’agriculture et nos choix. Beau projet cohérent et bien engagé. Lire ça sur la fiche de synthèse, ça fait plaisir! Résultat sous peu, François étant en ce moment-même à la Commission, à Privas.

Enfin le mois de mai tirant à sa fin, nous avons commencé… les marchés avec nos blettes, salades, radis, roquette et quelques bouquets d’aromatiques. Bien que nous ayons déjà fait les marchés l’an dernier, ces deux premières ont été riches en émotions. Une sorte d’aboutissement que de vendre nos premiers légumes. J’ai également fait nos premiers bons de livraison et édité notre première facture puisque nos salades, nos radis et notre roquette se retrouvent sur les tables de l’hôtel-restaurant Le Félicien. Espérons que ça dure!

 Saint-Félicien le dimanche, Annonay le mercredi… Et un étal qui va s’étoffer!

 Parce que l’esthétique est important pour nous, nous avons mis Ben à contribution pour personnaliser notre étal.

Et puis, il y a la floraison des fleurs des champs, l’arrivée de notre micro-tracteur baptisé Goldi le Goldoni, la création d’une zone dédiée aux aromatiques et aux fleurs, la fabrication des purins d’orties et de tomates, la mise en place des tomates de plein-champ, le début des travaux pour récupérer les eaux de pluie depuis le toit du bâtiment… Bref, en mai, on ne s’est pas ennuyés!

Filtration artisanale du purin d’orties et le nouveau membre de l’équipe, Goldi!

    Un de mes pêchers mignons: tirer le portrait des petites bêtes qui évoluent chez l’Abeille et la Blette!

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas que la serre dans la vie!

A force de raconter par le menu nos histoires – déboires – de serre, on aurait presque l’impression que rien d’autre de notable ne s’est passé depuis le début du montage. Comme si tout tournait autour de Dame Richel. Objection! Même si c’est un outil essentiel pour développer notre activité, il ne faut pas oublier qu’il s’est passé, en parallèle de ce gros chantier, une myriade de petites choses…

Du côté du verger, nous nous sommes régalés de l’évolution des bourgeons. Nous avons craint le gel mais finalement, il s’est invité un peu tôt, épargnant ce moment clé qu’est la floraison. Nous avons tremblé en pensant aux fleurs quand, un mardi de temps fou, la grêle elle n’a pas hésité à nous saluer. Plus de peur que de mal puisque sa visite éclair n’a eu comme seule conséquence que la chute, un peu aidée, des pétales. Les averses répétées ne nous ont pas facilité la tâche en ce qui concerne la lutte contre le monilia. Trouver une fenêtre de traitement a été un peu un casse-tête mais c’est le jeu ma pauvre Lucette! Nous continuons à observer et surveiller le développement des fruits, à espérer que le climat ne nous réserve pas de surprises et que la deuxième quinzaine de juillet rime avec récolte. Il suffit de pas grand chose pour qu’une récolte soit réduite à néant et ça, nous l’avons bien compris! Enfin, les abricotiers partagent désormais leur territoire avec des abeilles. Louis et Elodie, apiculteurs bio à Pailharès, ont installé une petite dizaine de leurs ruches au verger.

 

A chaque visite, le verger offre un nouveau visage…

En plein champ, sur la parcelle destinée au maraîchage, les choses ont aussi bien évolué. Nous avons délimité nos sections de culture. Chaque section de culture a une surface de 350 m² (35 m x 10 m) et se divise en 8 planches de culture, de 80 cm de large. Il a  fallu travailler le sol et éliminer la prairie. C’est à ce moment-là que le motoculteur a choisi de rendre l’âme. Une bobine d’allumage qui a décidé de ne plus rien allumer du tout. Heureusement, c’est dans les moments de galère qu’on se rend compte qu’on est entourés par de très chouettes êtres humains. Jean, notre réparateur préféré, qui a prêté à François un autre motoculteur pour qu’on ne reste pas coincés le temps d’investir dans un nouveau compagnon. Louis, le propriétaire de notre maison aux Gaillards rapidement devenu un nouveau grand-père, qui nous a prêté main forte en venant passer le rotavator. Pour l’anecdote, aux deux-tiers de la parcelle, le rotavator a lâché. La poisse je vous dis, la poisse! Enfin, les deux-tiers travaillés étant ceux qui nous intéressent pour cette année, on se dit que l’essentiel a été fait. Pour le reste, nous avons décidé de faire un test d’occultation. Nous avons donc posé une bâche noire – de la bâche à ensilage – sur une section complète. Nous allons laissé le temps et l’absence de lumière œuvrer pour détruire les végétaux bien à l’abri sous la dite-bâche. Si l’essai est concluant, cela nous permettrait de limiter le travail du sol…

Essai d’occultation en cours. Affaire à suivre!

Les sections délimitées, François a ensuite dressé les planches de culture et ainsi défini les passe-pieds. Nous avons ensuite continué à travailler à la motobineuse uniquement les planches de cultures. J’ai apprivoisé la bête qu’on appelle toujours le P’tit Der, en souvenir de Francis. Le sol affiné et amendé, ce sont les oignons qui ont été les premiers en terre. Ensuite, nous avons préparé la section des pommes de terre. Déjà bien germées, il était temps de les planter. C’est le moment de dire merci à ma Maman pour son sacré coup de main! On n’oublie pas cette phrase prononcée avec entrain « moi j’aime bien planter les patates, je veux bien le refaire l’an prochain ».

Après le chantier serre, il a fallu se pencher très sérieusement sur le chantier du système d’irrigation. Oui parce que sans eau, on ne va pas bien loin en maraîchage! Nous y avons longuement réfléchi cet hiver. Nous l’avons imaginé, pensé puis ré-imaginé, repensé. Nous l’avons voulu modulable et adaptable aux évolutions prévues dans le temps. Par exemple, chaque année, les sections mises en culture seront différentes et nous voulons pouvoir passer de l’aspersion au goutte-à-goutte facilement. L’entreprise avec laquelle nous travaillons est particulièrement professionnelle et ça nous change la vie après nos histoires de serre…

Dans un premier temps, nous avons installé le réservoir souple. Rempli via le réseau gravitaire qui chemine depuis la réserve collinaire, il nous permet de stocker 40 m3.

Le réservoir souple a enfin pris place sur la plateforme qui lui était réservée….

Ensuite, il a bien fallu qu’on rentre dans le vif du sujet: pompe, ballon, filtres, tuyaux, raccords, téflon et compagnie! Nous avons profité de 4 mains supplémentaires – merci Papa et Maman, encore! – pour le montage de l’ensemble des asperseurs. François s’est chargé de la partie électrique pendant que j’étais préposée aux colliers de prise en charge pour le goutte-à-goutte.

Préposée au téflon.

Montage des asperseurs de la serre et bonjour les ampoules!

 Montage des asperseurs de plein-champ et pose des colliers pour le goutte-à-goutte.

Puis est venu le moment fatidique, le moment où on a mis la pompe en marche. Ça peut paraître anodin, c’est un bouton noir sur un petit boîtier tout bête mais on a retenu notre respiration. Allez savoir ce qui peut arriver hein! Globalement, tout fonctionne, ouf. Il y a quand même des petits ajustements à prévoir parce qu’on a beau y réfléchir beaucoup, la réalité est toujours bonne conseillère. Il faut resserrer à quelques endroits, poser une vanne là et puis un collier de prise en charge ici, déplacer le filtre qui arrive au réservoir. Nous, on veut du pratique et si on peut s’économiser quelques minutes ou simplement s’éviter des tâches qui deviendraient réellement ennuyantes – comme nettoyer le filtre à bout de bras – et bien, on est partants pour quelques petites modifications!

Et…ça fonctionne!

Qui dit serre et système d’irrigation opérationnels, dit possibilités de cultiver! Go, go, go pour les légumes, on est déjà bien assez en retard! Après avoir amendé les planches de culture, il était temps de mettre les mains dans la terre. Enfin! Nous sommes donc allés récupérer notre première commande de plants chez le pépiniériste, du côté de Chateauneuf-sur-Isère. Youpi! Et puis, nous avions aussi à repiquer les plants que j’avais semés dans notre jolie pépinière aux Gaillards. Enfin, du maraîchage!

Il commençait à y avoir du monde…

  Roquette, feuille de chêne, physalis, oeillet d’Inde, betterave rouge, basilic, tomates…

Nous avons également repiqué quelques plants en plein champ. Les oignons commençaient à trouver le temps long tout seuls!

Du côté des oignons, on attend les copains!

François a aussi fabriqué des cloches avec des fûts en plastique, récupérés dans une petite brasserie artisanale pas loin d’ici. Elles nous servent déjà à protéger les physalis plantés en plein champ. On a aussi aménagé le bâtiment, ramené du gravier, installé Bianca, notre fidèle caravane. On se sent un peu plus chez nous et c’est bien agréable.  Et puis depuis un mois, nous avons une nouvelle assistante. Elle s’appelle Oka et elle fait du bien au moral quand les couacs s’accumulent. Il lui reste à apprendre à ne pas marcher sur les planches de culture mais ça, c’est une autre histoire!

 Nouveau terrain de jeu et d’expérimentation!

La serre est presque derrière nous – il y a toujours des menus travaux à faire pour dormir plus sereinement en cas de grand vent – et les premiers légumes sont en terre. On espère que la plus chouette partie de l’aventure est devant nous et quand on regarde par dessus notre épaule, on se dit qu’on a déjà bien avancé!

Réussir à prendre le temps de se poser et de souffler…

Et pour finir, le sourire d’Oka ou l’enthousiasme à toute épreuve!

La serre-tunnel: on en a vu le bout!

La dernière fois que je vous donnais des nouvelles, la serre était montée et nous attendions, fébrilement, les demi-lunes pour enfin voir le bout de ce satané tunnel. Pour mémoire, les demi-lunes qu’on nous avait conseillé de monter, avaient été déchiquetées par une nuit de grand vent. On nous avait annoncé un délai de 48 heures pour recevoir les nouvelles. Au bout de 3 jours, aucun livreur n’ayant pointé son nez, François a eu la surprise d’apprendre que notre commercial préféré était parti pour quinze jours de congé. Très franchement, nous étions déjà assez remontés et nous avons pris cette cachotterie, un peu de travers. Quoi qu’il en soit, au fond, ce qui nous importait alors ce n’était pas les vacances de celui que j’avais déjà rayé de la liste des gens avec qui travailler, mais plutôt nos fameuses demi-lunes. « J’ai eu Richel, elles arrivent ». « Elles arrivent ». Par deux fois, à force de harcèlement téléphonique, un autre commercial nous a assuré que tout était en ordre, qu’on serait bien livré directement. Alors, on a continué à attendre. Mais, il fallait se rendre à l’évidence, aucun signe de vie de nos morceaux de plastique renforcé… Les prévisions météos, surveillées comme le lait sur le feu, annonçaient une belle fenêtre pour le bâchage mais, sans demi-lunes, pas de bâchage possible. François a rappelé une énième fois le commercial, nous étions un vendredi, il était 16 heures. « Ah, en fait, je viens d’avoir Richel. Ils ne les avaient pas en stock. Elles sont donc en fabrication, ils les recevront semaine 17, vous pourrez les avoir semaine 18 ».

Passée la minute d’effondrement – la semaine 18 c’est la première semaine de mai et nous étions le 13 avril! – la colère s’est alors installée bien confortablement dans nos têtes. Les « elles arrivent » résonnaient comme la preuve d’avoir bel et bien été pris pour des pigeons. Si nous n’avons foncièrement rien contre ces volatiles, il faut bien se le dire, ça ne nous a pas fait  plaisir. Pas plaisir du tout. Si la colère n’est pas un moteur qui nous plaît, force est de constater qu’elle fait quand même réagir. J’ai donc eu le reflex d’appeler ma Maman – et oui à bientôt 30 ans – qui a très immédiatement fait jouer son réseau – une histoire de directeur régional, de groupe et de dépôts. Une demi-heure plus tard, nous avions le numéro de téléphone du directeur des deux commerciaux et François pouvait enfin demander des explications. « Je vais essayer de comprendre… » Soit, ça n’arrangeait pas nos histoires de demi-lunes. C’est finalement durant le week-end, en discutant avec Jean-Claude, qu’on a décidé que le plan B serait de bricoler des demi-lunes avec du plastique  classique. Nous étions déjà bien assez en retard pour prendre encore 2 semaines dans la vue. Le lundi, tout début de journée, François appelait déjà le fameux directeur pour exiger du plastique, le mardi soir le bonhomme était à Pojot avec le dit-plastique. « Oh bah dans 15 jours vous pourrez les monter vos demi-lunes ». Mais bien-sûr! Quand on sait que pour cela il faut démonter puis remonter les pignons, les portes et déclipser la bâche principale, nous on espère que ça tienne au moins la saison… Rien que de l’écrire, ça m’énerve! Enfin, il faut savoir être résilient et s’adapter aux situations problématiques.

Vous allez me dire, et cette bâche alors? Elle est posée! Alléluiah! Allez je vous raconte, qu’on en voit le bout de ce tunnel!

Revenons au lundi, en fin d’après-midi François étant sûr de recevoir de quoi bricoler des demi-lunes le mardi, il fallait prévoir donc notre chantier de bâchage . Les conditions annoncées pour le mercredi matin étaient optimales: soleil et pas un brin de vent! Jean-Claude était disponible pour nous aider, c’était donc LA matinée. Bon à trois paires de bras, il ne faut pas se leurrer, c’est bien trop optimiste alors François a joué du téléphone. Lundi soir, nous étions plein d’une belle énergie, trois autres personnes étaient de la partie: Alain, notre voisin éleveur de vaches allaitantes, Médéric l’associé d’Anthony, un autre voisin éleveur caprin avec qui nous avons un arrangement « du fumier pour des terres » et Elodie, apicultrice du côté de Pailharès. Nous avions presque envie d’envoyer un message à notre conseillère de la chambre d’agriculture qui nous a très souvent répété que nous partions avec le handicap d’être isolés! Ma foi, on se sent plutôt bien accueillis et épaulés pour deux âmes esseulées à Saint-Félicien. Mardi soir, après une session pâtisserie – il faut bien offrir un peu de douceur pour ceux qui retroussent leurs manches – rendez-vous était donc pris pour le mercredi matin, à 8 heures.

C’est donc sous un beau soleil, sans un brin de vent que nous avons pu enfin habiller Dame Richel. François s’était creusé la tête pour trouver le meilleur moyen de dérouler, à près de 4 mètres de haut, le plastique – un seul morceau de 45 mètres – et ça a payé: à 10 heures, les gâteaux avaient pris une claque, le café aussi et la bâche était posée et sécurisée! Bonne humeur et énergie, un cocktail qui a fait ses preuves!

Une fois la bâche déroulée, il faut…la déplier!

Après ça, nous en avons eu encore pour deux bonnes journées de travail pour en finir avec la serre. Finir de poser les clés des clips permettant de fixer la bâche et le filet brise-vent, enterrer les bavettes et ce filet, monter les deux enroulements latéraux et finir par les portes.

Les derniers écrou-freins sont pour les portes…

On a finalement vu le bout du tunnel et il était temps! Pour l’anecdote, à l’heure où j’écris, nous n’avons pas encore reçu les demi-lunes et on se dit qu’on a bien fait de ne pas les attendre…

Sûrement, un des premiers visiteurs…

 

 

Monter une serre, c’est loin d’être une sinécure!

Après la pépinière, celle qu’on attendait avec plus que de l’impatience, c’était la serre. Dame Richel, la fameuse. Semaine 10, puis semaine 11, finalement, elle s’est faite désirer jusqu’au début de la semaine 12. Elle est arrivée jusqu’à Pojot, en vrac. Une sorte d’énorme Kinder Surprise mais sans le chocolat. Et des surprises, elle nous en a réservées. On espère d’ailleurs qu’il n’y en aura plus d’ici la pose des plastiques…

La première petite blague a été la livraison sans la notice de montage. Autant vous dire qu’à part regarder le contenu de chaque petit carton et présumer de l’utilité des pièces découvertes, le premier jour, nous n’avons pas pu faire grand chose… Le livret reçu – un beau pavé qui s’avère en réalité fort mal fichu – nous avons pu nous attaquer dans un premier temps à l’implantation. Cordeaux, piquets et double décamètre ont été nos meilleurs alliés pendant cette étape. Une fois l’implantation réalisée, nous avons retroussé nos manches, enfoncé nos bonnets sur nos oreilles – il faisait évidemment un froid de canard sinon ce n’est pas drôle – et commencé à trimballer les pièces sur le terrain. Il va sans dire que le but était de disposer de façon logique et intelligente les pièces afin de se faciliter la tâche lors du montage.

L’ensemble des pièces est disposé in-situ afin de limiter au maximum les déplacements lors du montage.

Après l’implantation et la manutention, il était temps de rentrer dans le vif du sujet et de s’attaquer au montage à proprement parler. Tout commence par la mise en place au sol des entretoises et des supports dans lesquels viennent se ficher les arceaux. Évidemment, c’est plus encombrant que la surprise d’un Kinder ou qu’une boîte de Lego, mais le principe reste assez similaire et ludique. Enfin jusqu’à l’amarrage!

Une croix, une entretoise, une croix, une entretoise et toujours 9,30 m de largeur attention!

Le système d’ancrage est basé sur des amarres à percussion. Au total, pour fixer au sol la structure, il aura fallu à François planté pas moins de 71 amarres. La soixante-douzième a fait de la résistance et a eu raison de l’obstination de François. Bon, c’est loin de se planter tout seul et il y a eu des moments où, malgré mes blagues toujours très drôles pour détendre l’atmosphère, François en a eu ras la casquette, enfin le bonnet. Quoi qu’il en soit, on s’en est pas trop mal tiré, François tapant, frappant comme un forcené sur le mandrin et moi, fixant les dites amarres à la structure avec les cavaliers qui vont bien.

 

La structure amarrée, nous avons entrepris de lever les arceaux. C’est la partie qui reste sûrement la plus impressionnante – la hauteur de l’arceau est de 3,95 mètres – et gratifiante du travail. Oui, ça se voit! Pour fixer les entretoises, nous avons du rapidement faire face à l’absence cruelle d’un outil de taille: l’échafaudage! Oui, c’est pas si facile de fixer les entretoises à près de 4 mètres de hauteur, perché sur un escabeau. François a donc fait un aller-retour express dans la vallée – ça y est, on parle comme les locaux – et nous avons monté en deux temps trois mouvements le fameux échafaudage.

Quand la journée se termine avec le soleil et deux arceaux levés, ça donne ça: la fatigue et la banane!

Nous avons continué à lever les arceaux et le vendredi soir, les 18 étaient debout. C’est alors que les renforts sont arrivés et ça, ça fait du bien!!! Aux bras et au moral. Parce que si visuellement, il semble qu’une grosse part du boulot est torchée quand les arceaux sont levés, il faut se rendre compte que c’est loin d’être fini. Il reste les supports de cultures, les renforts, les rails pour les aérations, les pignons… Bref, du pain sur la planche! Alors avoir du soutien, des paires de bras en plus, c’est loin, bien loin, d’être négligeable. Et puis ça permet d’avancer sur d’autres menus détails. Pendant qu’Antoine et François fixaient les renforts pour les extrémités, avec Marion, on papotait en retournant les 5 tonnes de fumier qui compostent sur le fond de la parcelle. Une paille! Pendant qu’Antoine, mon Papa et François, s’attaquaient aux supports de culture et aux renforts latéraux, Marion, ma Maman et moi, on chargeait le bois de taille du verger sur la remorque de Jean-Claude afin de les évacuer – dans un futur plus ou moins proche, il est prévu qu’on brûle tout ça. Une autre paille!

  Les travaux avec la famille et les copains, c’est toujours la fatigue et la banane!

C’est pendant ce week-end plein d’entrain que nous avons eu droit à une première surprise: il manquait l’ensemble des cavaliers pour finaliser la fixation des supports de culture. Quoi? Vous n’avez pas vérifié les colis à la livraison? Eh bien figurez-vous que nous n’avons pas eu de liste complète du matériel, nous n’avons donc pas pu vérifier… Une surprise qui coupe un peu l’entrain. Vérification faite, effectivement, c’était bien un oubli. Le technico-commercial s’est donc offert une petite ballade à Saint-Félicien pour nous amener les fameux cavaliers. François en a d’ailleurs profité pour évoquer les incohérences de la notice de montage, notamment sur une sombre histoire de hauteur d’ouverture latérale. Effectivement, vous avez raison, c’est pas logique! Bon, soit, il en faut plus pour nous décourager!

La surprise suivante est arrivée deux jours plus tard. Encore une? Oui, cette fois-ci, c’est de vis dont nous manquions… et que nous avons du racheter pour ne pas prendre trop de retard. A ce stade-là, pour ma part, j’en avais déjà ras la crêpe de Dame Richel et qu’une seule hâte, qu’elle soit bâchée, fonctionnelle et qu’on puisse repiquer. François était plus motivé, il faut dire qu’il devait l’être pour deux. Il s’est attaqué au perçage-vissage, non content d’avoir reçu sa nouvelle meilleure amie – la visseuse Festool – car les vis autoforantes c’est du costaud. Sa motivation en a pris un coup quand il s’est rendu compte que pour fixer les rails dans lesquels se clipse le plastique, il fallait un embout carré, non standard. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Heureusement que l’atelier de Louis – le propriétaire de notre maison – est une caverne d’Ali Baba! Il a pu nous dépanner. Enfin, Jean-Claude s’était déjà proposé pour en acheter un en sortant du travail, ce qui nous aurait évité un aller-retour dans la vallée…On est bien entourés et ça fait plaisir!

A ce stade-là, nous avions déjà monté les pignons. Petite particularité, il fallait déjà y fixer une demi-lune de bâche plastique. Pas de souci, ça craint rien. Il suffit de les attacher. Le technico-commercial ayant donné à François le feu vert, nous avions donc pris le parti d’avancer. Dernière surprise en date? Pas plus tard qu’il y a une semaine, mardi matin dernier, quand après une nuit bien ventée, nous avons eu la joie, que dis-je, la très grande joie de découvrir nos fameuses demi-lunes…complètement déchirées! C’est donc avec ravissement que nous avons du démonter les pignons et recommander des demi-lunes de bâche. Vous imaginez notre humeur et le baromètre de notre moral… Je me suis offert le luxe de me manger une des pièces du pignon en pleine tête et j’arbore donc une superbe bosse sur le front. Le pompon en somme!

En conclusion, c’est acté, on en a ras la crêpe du montage de cette serre qui prend des airs de cauchemar… A l’heure actuelle, tout est vissé, les tranchées pour enterrer les bavettes sont faites, les rails pour clipser les plastiques posés. Bref, on attend donc les demi-lunes et la fameuse « fenêtre de beau temps » qui nous permettra de poser les plastiques et plus globalement d’oublier toutes les surprises que nous aura réservées Dame Richel…

Une chose est sûre, on ne compte pas se reconvertir dans le montage de serres!

 

Qu’est-ce qui est sorti de terre? Une pépinière!

La semaine dernière, elle a été la première à sortir de terre. Elle n’est pas verte, n’a pas de feuilles, n’est pas en mesure de réaliser la photosynthèse. Ce n’est pas une plante mais elle doit nous permettre d’avoir de beaux légumes. La semaine dernière, nous avons construit la pépinière!

Cette pépinière nous permettra de produire au moins une partie de nos plants. Nous allons l’étrenner sous peu, en lançant – en retard évidemment! – les premiers semis. Imaginez comme je trépigne!

Nous avons choisi de construire cette pépinière, chez nous, aux Gaillards. L’ancien potager de la maison est exposé plein Sud, accolé au mur de la grange, un très beau mur en pierres qui accumule la chaleur. Louis – notre propriétaire – à qui nous avons parlé de notre projet, l’approuve et nous a confié que dans le temps, il avait lui aussi construit une serre adossée à ce mur de vieilles pierres. « C’est l’endroit idéal! J’avais des salades dès janvier. A plus savoir qu’en faire. C’était les poules qui étaient heureuses! »  Outre cette situation très favorable, nous y avons vu un côté pratique, la facilité pour surveiller, couver, bichonner semis et plants.

Par souci d’économie et parce que nous apprécions particulièrement faire les choses par nous-même, nous avons opté pour l’auto-construction. Et des dimensions raisonnables, rien à voir avec Dame Richel! Une structure bois, du polycarbonate alvéolé, de l’imagination et de l’huile de coude, il n’en faut pas plus. Cela nous a rappelé le premier volontariat de notre périple en Amérique Latine. Au Chili, nous avions passé plus d’une semaine à construire une pépinière. Deux ans et demi plus tard, pas de palmiers, aucun accident de barre-à-mine – François avait malencontreusement failli m’assommer – pas d’ânesse pour tester la solidité de la structure bois, pas d’exposition plein Nord mais une pépinière plein Sud, pour notre propre projet. C’est grisant!

 L’ancien potager des Gaillards et la fameuse pépinière.

Poncer et traiter le bois, brûler les extrémités des poteaux qui seront enterrés, mesurer, découper, assembler et puis fixer les plaques de polycarbonate. Réfléchir aux ouvertures, bricoler une porte, en récupérer une autre. Un chantier d’autant plus plaisant qu’à la fin, il a été partagé avec des copains. Big up à Rémito et Nacho! Merci pour votre sacré coup de main!

Bricoler avec style et faire du rab’ en construisant le poulailler de nos futures poulettes.

Monter à Pojot par la forêt et s’offrir la vue sur Saint-Félicien avant d’être invités chez la voisine. Le pied!

Parallèlement à ce chantier, nous avons continué à avancer dans nos démarches. Notre dossier pour l’irrigation a bel et bien été reçu par la DDT et nous avons pu engager les dépenses prévues. Nous attendons donc le réservoir souple et le système d’irrigation d’ici deux semaines. Mercredi dernier, nous avons aussi eu notre premier contrôle de l’organisme certificateur pour obtenir la certification AB. Si le verger est en conversion pour 3 ans – jusque là il a été conduit selon les principes de l’agriculture conventionnelle –  pour le maraîchage, nous avons obtenu la certification AB et ce, dès cette saison. En effet, les parcelles destinées aux futurs légumes n’ayant pas été cultivées depuis plusieurs années – attestation de notre propriétaire à l’appui – le contrôleur a estimé que nous pouvions bénéficié d’une réduction de période de conversion et obtenir la certification. Une belle surprise! Enfin, sans surprise, nous attendons toujours le Saint-Graal de la MSA … Nous ne ferons aucun commentaire désobligeant.

 

Pendant ce temps, dans la grange, les pommes de terre se préparent à sortir de leur dormance et à germer.