Les montagnes russes de l’Abeille et la Blette

Avec l’été vient le temps des fêtes foraines – vous avez vraiment cru qu’on allait évoquer les vacances ? – et qui dit fêtes foraines, dit manèges et attractions pour amateurs de sensations plus ou moins fortes. Chez l’Abeille et la Blette, c’est un peu comme si la fête foraine durait depuis près de 8 mois. Sans les churros et les barbes à papa, d’accord ! Mais avec des montagnes russes et sûrement les plus sensationnelles qui soient. C’est d’ailleurs souvent l’image avec laquelle nous répondons à la fatidique question « Et sinon, tout se passe bien ? C’est pas trop dur ? ». Émotionnellement et physiquement, nous avons l’impression d’être embarqués dans un petit chariot qui grimpe puis dégringole, grimpe encore, semble se stabiliser puis finalement pique du nez pour s’emballer et remonter la pente. Nos cœurs montent et descendent mais restent bien accrochés. Nos tripes aussi sont solides. Parfois, on s’en étonne, enfin surtout moi qui, dans l’histoire, reste le maillon le plus sujet au stress.

Ces dernières semaines n’ont pas échappé à la règle du petit chariot – monte, descend, monte, descend, monte (bis) (ter) – la chaleur et la fatigue cumulées permettant d’accélérer le rythme du refrain.

La récolte des abricots terminée et les bouteilles de nectar rangées, nous avons cru pouvoir souffler. Ou plutôt, reprendre un rythme plus classique, fait de semis, repiquages, récoltes, binages, paillages, arrosages, etc. Il faut imaginer le chariot roulant tranquillement sur une portion bien horizontale. A ce moment-là, nous avions aussi géré la crise des surplus courgettes-concombres avec succès. Qu’est-ce qu’une crise de surplus de courgettes-concombres ? C’est quand les plantes atteignent un bon gros pic de production et que l’offre surpasse la demande. Inutile de préciser que quand nous croulions sous les courgettes, les autres producteurs du coin aussi… Bref, nous avions des courgettes sur les bras! Heureusement, nous avons profité de la visite de Pascale et Jean-Paul, les parents de François, pour exporter en Franche-Comté, quelques dizaines de kilos de courgettes et de concombres. Le volume de courgettes revenu à la normale, le petit chariot était en pleine remontée!

S’en est suivie la première récolte de pommes de terre – les Mona Lisa, les Désiré se font encore… désirer.  Le rendement s’est avéré très correct voire très bon par rapport à nos prévisions. Hop, un peu plus haut sur les montagnes russes ! Pour pousser la griserie et le taux de bonne humeur, j’ai réalisé une belle performance – appelée ici marinade – en rentrant Goldi après une des 3 sessions de récolte. Hilarité générale! Le seul dégât à déplorer reste la légère déformation d’une brouette – que nous trouvions déjà de piètre qualité. Le haut des montagnes russes nous allait décidément bien !

Et puis, ils nous ont envahis. Nous les avions vu arriver, évidemment. Près de notre cinquième section de culture, juste à l’angle, tout près de l’électrovanne. Nous avions tenté de gêner leur progression. Premier pipi dans un violon et zéro pointé. Ils ont commencé leur travail de sape, efficace et implacable et notre moral a dégringolé sévère. Eux, ce sont les criquets. Jiminy, sa famille, ses amis, les amis de ses amis, les amis des amis des amis… en un mot, toute la clique !

Nous avons tout tenté, enfin dans la limite du possible et du raisonnable pour des maraîchers bios – le Decis balancé en hélicoptère, on oublie! Le savon noir – peut-être qu’ils n’aimeront pas le goût ? – aucun effet ! Le purin d’orties – ça pue le purin d’orties et ça repousse pas mal d’insectes – eux, ils s’en fichent ! Le purin de tomates alors ? Niet.

On s’est évertués à réfléchir et eux, ils continuaient à manger. Ou plutôt à se gaver, comme dans un buffet à volonté quand on en veut pour son argent et qu’on s’en rend presque malade. Ils n’ont pas été malades, nous presque. Après les premiers repiquages de chou chinois détruits en un temps record, un carnage sur celui des salades et leur progression au niveau des poireaux et des choux déjà bien grandis, nous nous sommes résignés à ouvrir notre porte-monnaie et à acheter du filet anti-insectes. Le filet est arrivé en même temps que les quelques 400 choux que nous devions repiquer – normalement cela devait se faire en deux vagues mais le pépiniériste connaît aussi des couacs apparemment. Hourra, malgré tout, les choses se coordonnaient bien ! Nous nous sommes donc attelés au repiquage, rendu carrément fastidieux avec la pose du filet mais quand il faut, il faut. Remontée en flèche du petit chariot des montagnes russes !

Nous pensions avoir sauvé les meubles, géré la crise. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire chaud, très chaud. Vigilance orange pour la canicule. Le chariot a entamé sa redescente, doucement mais sûrement. Cette fois-ci, c’est François qui a sonné l’alarme, un dimanche soir, de retour de l’arrosage. « Ça se fait encore bouffer… et avec la chaleur… » Quelques mots qu’on a mis de côté parce que ce soir-là, nous avions mieux à faire : nous faisions des pizzas dans notre four à bois avec nos amis boulangers. Le lundi, je me suis perdue sur les petites routes ardéchoises en allant chercher Adrien, ancien collègue devenu ami depuis déjà un bon bout de temps. La phrase de François était de côté. Et puis, le soir venu, nous sommes allés arroser nos repiquages, ceux que nous pensions bien à l’abri sous le filet. Je crois qu’on peut dire que ça fait partie des plus belles chutes de moral. Entre la canicule et les criquets qui se terrent dans le sol, les choux n’étaient plus si nombreux. Face à ce triste spectacle, c’est un bon cocktail d’émotions: colère, dépit, abattement. Ajoutez à cela la fatigue et la chaleur… Sur la route de la maison, François m’a dit « je crois que je pourrais en pleurer ». On n’en était pas loin, effectivement. Puis il a été moins poète « en fait, c’est comme pisser dans un violon et ensuite se le retourner dessus ». L’image nous a fait sourire jaune mais comme toujours, le chariot a remonté la pente. Avec un peu d’élan. Parfois, c’est les copains, super enthousiastes qui le donnent. Adrien est de ceux-là. Il était là et c’était bien! Il y a aussi les clients sur le marché, qui reviennent parce que « les légumes sont aussi beaux que bons, que les haricots sont vraiment délicieux. » Il y a ceux qui nous font rire aussi. En parlant d’Adrien venu avec moi au marché « Ah bah vous avez un stagiaire maintenant ? Je suis pas sûr qu’il faut que vous le gardiez hein ! Regardez, il pense qu’il y a 700 grammes de poirée et y’a même pas 350 grammes ! Vous le payez cher ? ». D’ailleurs, au marché suivant « Et le stagiaire est plus là ? C’est pas mes remarques qui l’ont fait fuir j’espère ! ».

Si les remarques pouvaient faire fuir les criquets, ils seraient bien loin de nos jardins depuis le temps que nous les maudissons! Mais, malheureusement, ils sont toujours là et nous songeons sérieusement à recommander du filet… Malgré tout, nous avons aussi continué à cogiter et nous préparons notre plan de bataille. Pas d’inquiétude, vous serez mis au courant en temps voulu ! Si les criquets tirent toujours notre petit chariot vers le bas, l’obtention de la mention Nature & Progrès pour nos légumes nous a fait remonter en flèche ! C’est quand même une sacrée reconnaissance du travail fourni jusqu’ici… criquets ou pas criquets !

Et puis il y a les baignades du soir, la vue toujours aussi belle sur les Alpes, la visite des Tribolo, les prises de vue de la ferme en drone – merci Seb! –  les chaises longues  offertes par mes parents, les chasses au trésor avec Adrien – notre meilleure trouvaille reste  une pelle! – les réserves de fruits qu’on fait pour l’hiver… Il y a aussi eu la  visite de notre ami Camilo, ses coups de main, le J9 et sa brocante dans le jardin, ses « faut rien lâcher, rien ! » et enfin… il y a cette pluie ! Attendue, espérée, vénérée. Celle qui va faire du bien aux plantes, au sol et à notre réserve collinaire. Celle qui m’aura permis de prendre le temps de vous raconter un (petit) bout de nos montagnes russes quotidiennes, de cette belle aventure qui secoue, secoue fort…

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Récolter les abricots, comme un air… d’épopée!

Deuxième quinzaine de juillet.
Quand nous avions demandé à Jean-Claude à quelle période se récoltaient généralement les abricots, il nous avait dit deuxième quinzaine de juillet. Globalement. Ils sont finalement arrivés avec un peu d’avance…

Quand nous avons ramassé les tout premiers, on s’est dit « regarde-les, les premiers de la classe ». Couleur, calibre, aucune imperfection. Tout beaux! En somme, les abricots un peu fayots qui font tout pour plaire à l’arboriculteur, en l’occurrence au maraîcher. Lèche-bottes va! On les a donc mangés sur l’arbre et transformés en clafoutis . Nous étions le 8 juillet et nous étions sereins. C’était l’échappée –  les premiers –  le peloton n’arriverait que plus tard. Jean-Claude avait dit deuxième quinzaine de juillet.

Il aurait presque pu faire partie du groupe « fayots »!

Nous ne sommes pas fans du tour de France – ici c’est la terre de l’Ardéchoise! – pourtant, après cette première cueillette, nous avons pris le pli de monter au verger tous les matins. Par acquis de conscience, pour vérifier que le peloton était encore loin, que l’échappée d’abricots fayots lui en avait mis plein la vue. Et il s’est avéré que le peloton était loin d’être à la bourre! Il était même tout près… Jean-Claude nous a confirmé qu’effectivement l’heure de la récolte avait sonné. Branle-bas de combat chez les maraîchers-néo-arboriculteurs!

Nous nous sommes donc attelés à notre première récolte d’abricots. On a essayé d’être organisés, je dis bien essayé car très vite, on s’est rendu compte qu’on était loin d’être au top! Ah ben mince, on a plus de caisses, il faut retourner à la ferme en chercher! Ah ben mince, j’ai pas la vareuse pour récolter les fruits des arbres tout près des ruches! Ah ben mince par ci, ah ben mince par là! Il faut savoir essuyer les plâtres, c’est comme ça qu’on apprend.

N’ayant pas de chambre froide, ce qui nous a pris réellement de cours, c’est la vitesse à laquelle peuvent s’abîmer les abricots. Ça va vite, très vite. Trop vite. Qu’on se rassure, nous ne nous étions pas imaginé les garder 3 semaines après la récolte hein! Néophytes mais pas idiots quand même! Il a fallu trier, retrier, re-retrier.  A chaque fois, il faut bien le dire, nous avons ressenti un pincement au cœur quand les poules se régalaient avec les fruits invendables. Une fois, puis deux, puis… Après deux marchés, nous avons pris le parti de transformer le reste de la récolte à l’atelier Nectardéchois. Atelier qui a le gros avantage de se situer à Pailharès – à quelques kilomètres de la ferme. Nous voulions assurer un minimum de valorisation pour cette première récolte. Nous avons donc pris rendez-vous pour transformer un peu moins de 200 kilos de fruits. Récolte faite, nous avons trié – sans trop savoir ce qui était ou non acceptable pour du nectar – et préparé les caisses. Encore. Les poules ont eu des abricots. Encore. Je crois qu’elles en ont eu ras le bec des abricots et qu’elles préfèrent la salade et les blettes.

Premier passage, deuxième passage, etc… et enfin, le dernier passage qui a des airs de balade champêtre!

Au petit matin, le Jumpy sentait bon l’abricot quand François a pris la route de Pailharès. Après un nouveau tri à l’atelier- on vous l’a dit, on fera mieux l’an prochain – les abricots ont été mis en bouteille. Littéralement, enfin presque! Après un peu moins de 3 heures, François chargeait les caisses. Des caisses de nectar cette fois-ci! De belles bouteilles remplies de nos abricots, encore toutes chaudes – pasteurisation oblige – et prêtes à être stockées sans risque. Ouf! Nous avons pu souffler, la casse était finalement limitée et l’épisode « abricots » tirait à sa fin. Après ça, nous avons fait un dernier passage et cette dernière session de récolte nous a permis de préparer 10 kilos de confiture. Un bonheur de préparation quand il fait si bon chaud dehors!

Mise en bouteille des abricots

Voilà, notre première épopée de récolte – ça en a l’allure vous en conviendrez – est bel et bien terminée. C’est loin d’être une belle récolte – en poids – mais on se dit que ça n’est pas plus mal d’essuyer les plâtres sur une petite récolte. Pour une première année de conversion et vu le peu de traitements que nous avons fait – rappelez-vous l’impossibilité de trouver un créneau pour les traitements sur fleurs – au fond, nous ne sommes pas mécontents. Pas mécontents d’avoir su réagir quasi à temps et contents d’avoir appris par l’expérience. Par exemple, nous n’attendrons pas autant avant de prévoir un créneau – ou deux – de transformation…

Et puis, la récolte des abricots, c’est aussi  de  belles tranches de rigolades et de beaux craquages de fin de journée – le mélange fatigue + chaleur est détonnant – la promesse de belles tartines et de délicieux gâteaux roulés, la dernière heure de récolte avec la tribu Chauvin – pas moins de 3 générations pour nous prêter main forte.  En résumé, c’est une nouvelle collection de souvenirs qui sentent bon l’été, le soleil et … l’abricot!

Parfait exemple du craquage de fin de journée.


Pour celles et ceux qui peuvent être intéressé(e)s par nos produits, n’hésitez pas à nous contacter! Quelques petites informations complémentaires:

Le nectar est préparé avec 40 % de fruits minimum – nos fameux abricots Bergeron – de l’eau de source et du sirop de sucre biologique.
Tarif : 3,50 € la bouteille de 1 litre

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Les confitures sont préparées avec 55 gr de fruits bien mûrs pour 100 g de confiture. Nous utilisons uniquement du sucre de canne biologique et n’ajoutons ni pectine, ni gélifiant d’aucune sorte.
Tarif : 2,80 € le pot de 275 grammes – 4 € le pot de 450 grammes

 

NB: Aucune mention AB sur ces produits puisque nos abricots sont en conversion vers l’agriculture biologique.

Qu’est-ce qui est sorti de terre? Une pépinière!

La semaine dernière, elle a été la première à sortir de terre. Elle n’est pas verte, n’a pas de feuilles, n’est pas en mesure de réaliser la photosynthèse. Ce n’est pas une plante mais elle doit nous permettre d’avoir de beaux légumes. La semaine dernière, nous avons construit la pépinière!

Cette pépinière nous permettra de produire au moins une partie de nos plants. Nous allons l’étrenner sous peu, en lançant – en retard évidemment! – les premiers semis. Imaginez comme je trépigne!

Nous avons choisi de construire cette pépinière, chez nous, aux Gaillards. L’ancien potager de la maison est exposé plein Sud, accolé au mur de la grange, un très beau mur en pierres qui accumule la chaleur. Louis – notre propriétaire – à qui nous avons parlé de notre projet, l’approuve et nous a confié que dans le temps, il avait lui aussi construit une serre adossée à ce mur de vieilles pierres. « C’est l’endroit idéal! J’avais des salades dès janvier. A plus savoir qu’en faire. C’était les poules qui étaient heureuses! »  Outre cette situation très favorable, nous y avons vu un côté pratique, la facilité pour surveiller, couver, bichonner semis et plants.

Par souci d’économie et parce que nous apprécions particulièrement faire les choses par nous-même, nous avons opté pour l’auto-construction. Et des dimensions raisonnables, rien à voir avec Dame Richel! Une structure bois, du polycarbonate alvéolé, de l’imagination et de l’huile de coude, il n’en faut pas plus. Cela nous a rappelé le premier volontariat de notre périple en Amérique Latine. Au Chili, nous avions passé plus d’une semaine à construire une pépinière. Deux ans et demi plus tard, pas de palmiers, aucun accident de barre-à-mine – François avait malencontreusement failli m’assommer – pas d’ânesse pour tester la solidité de la structure bois, pas d’exposition plein Nord mais une pépinière plein Sud, pour notre propre projet. C’est grisant!

 L’ancien potager des Gaillards et la fameuse pépinière.

Poncer et traiter le bois, brûler les extrémités des poteaux qui seront enterrés, mesurer, découper, assembler et puis fixer les plaques de polycarbonate. Réfléchir aux ouvertures, bricoler une porte, en récupérer une autre. Un chantier d’autant plus plaisant qu’à la fin, il a été partagé avec des copains. Big up à Rémito et Nacho! Merci pour votre sacré coup de main!

Bricoler avec style et faire du rab’ en construisant le poulailler de nos futures poulettes.

Monter à Pojot par la forêt et s’offrir la vue sur Saint-Félicien avant d’être invités chez la voisine. Le pied!

Parallèlement à ce chantier, nous avons continué à avancer dans nos démarches. Notre dossier pour l’irrigation a bel et bien été reçu par la DDT et nous avons pu engager les dépenses prévues. Nous attendons donc le réservoir souple et le système d’irrigation d’ici deux semaines. Mercredi dernier, nous avons aussi eu notre premier contrôle de l’organisme certificateur pour obtenir la certification AB. Si le verger est en conversion pour 3 ans – jusque là il a été conduit selon les principes de l’agriculture conventionnelle –  pour le maraîchage, nous avons obtenu la certification AB et ce, dès cette saison. En effet, les parcelles destinées aux futurs légumes n’ayant pas été cultivées depuis plusieurs années – attestation de notre propriétaire à l’appui – le contrôleur a estimé que nous pouvions bénéficié d’une réduction de période de conversion et obtenir la certification. Une belle surprise! Enfin, sans surprise, nous attendons toujours le Saint-Graal de la MSA … Nous ne ferons aucun commentaire désobligeant.

 

Pendant ce temps, dans la grange, les pommes de terre se préparent à sortir de leur dormance et à germer.

 

 

En ce début d’année…

… il convient tout d’abord de vous souhaiter le meilleur pour ce crû 2018!

Pour nous, vous l’aurez deviné, cette nouvelle année a le goût de la grande aventure. Nous avions placé 2017 sous le signe de la transition, nous plaçons 2018 sous le signe de la réalisation. Maintenant que le grand saut est fait, il faut lui donner vie à ce projet. Et puis du cœur et du corps aussi!

Nous ne sommes pas superstitieux – nous avons un chat noir depuis 5 ans c’est dire – mais nous avons décidé de saluer 2017 et d’accueillir 2018 à Saint-Félicien. Une façon de montrer à cette nouvelle année que pour nous, c’est ici que tout va se passer! Janvier est donc arrivé, avec des châtaignes grillées, une vue imprenable sur le Mont Blanc depuis les ruines de Rochefort et Milie.

Et alors, nous direz-vous, qu’est-ce qu’il s’y passe sur vos terres?

Pas mal de choses! Les fourmis que nous sommes, avancent. Pas à pas. Certains plus grands que d’autres, certains plus chers que d’autres, certains plus visibles que d’autres. Mais quels qu’ils soient, même les riquiqui, ils ont leur importance, faut pas croire!

Dans la catégorie « qui coûte cher », nous avons passé commande de la serre tunnel. Une jolie demoiselle, aux mensurations assez généreuses (40 mètres de long pour 9,30 mètres de large), qu’il nous faudra monter probablement début mars. Si vous rêvez de participer au montage, d’enfoncer des amarres ou encore de tendre du plastique, nous pouvons contribuer à la réalisation de votre souhait! Avant cela, il nous faut aplanir un petit peu le terrain. Question de confort de travail pour la suite mais aussi d’impératif à respecter pour les garanties constructeur – sombre histoire de pente et de pourcentage. Nous avons donc contacté le terrassier agricole qui nous avait aidé à oublier la ferme de Colombier. Au niveau du planning, ça devrait être bon…

Dans la catégorie « qui se voit », nous sommes allés récupérer 29 bottes de paille. Pourquoi pas 30? Parce que les chiffres ronds c’est un peu surfait mais surtout qu’il n’y en avait pas plus dans le grenier de l’agriculteur! Cela devrait nous suffire pour la saison. Parce que c’est plus drôle, on a déchargé tout ça de nuit, à la frontale… les néons du hangar ayant rendu l’âme.

Toujours dans la catégorie « qui se voit », nous avons commencé les travaux de débroussaillage autour de la réserve collinaire.

En quinze ans, la nature a repris ses droits et les arbres se sont sacrément développés sur les abords du bassin. C’est bucolique nous direz-vous! On a beaucoup apprécié y pique-niquer en septembre, c’est vrai! Tout ça c’est bien joli… si on ne se préoccupe pas de la réserve d’eau et de la structure du bassin. Et clairement, la ressource en eau, ça nous préoccupe (beaucoup). Il faut nous voir, dès qu’il fait trois gouttes, le nez collé au boîtier de la station météo que j’ai offerte à François! Cette réserve collinaire, il faut qu’on la bichonne, c’est primordial.
Dans un premier temps, il faut dégager les abords, couper les arbres qui s’y développent. Pourquoi? Parce qu’ils prélèvent une part de l’eau stockée – c’est pas pour pique-niquer qu’ils se sont installés là – et surtout, parce que leurs systèmes racinaires peuvent créer des fissures, endommager la digue, modifier la structure…
Dans un second temps, à l’automne, il faudra prévoir de curer le bassin pour éliminer les dépôts et la vase. Le terrassier agricole n’est définitivement pas venu pour rien!
Nous avons donc retroussé nos manches et nous nous sommes attaqué à ce (gros) chantier. La tronçonneuse est la meilleure amie de François – il faut le voir regarder des vidéos d’abattage d’arbres ou les tutos « comment affûter ma chaîne de tronçonneuse » – et l’ébrancheur est devenu une prolongation de mes bras. Il va sans dire qu’on est rincés à la fin de la journée, que certains de mes muscles crient au scandale d’être sollicités comme ça, sans aucune forme de procès, mais, les efforts paient! Notre travail, bien que loin d’être terminé, est visible et ça, ça fait du bien au moral.

Et puis, il y a tous les autres pas. Les devis de pépiniéristes pour les plants  et donc le planning de culture, la préparation de la commande de semences, la réservation des pommes de terre, les dernières réflexions pour le système d’irrigation – Alors ces conduites, on les enterre ou pas? – les listes qui n’en finissent pas… François a aussi repris le chemin de Privas pour une première journée de formation technique en arboriculture. De mon côté, j’ai relancé les démarches auprès de la chambre d’agriculture en vue de ma future installation. Ces démarches me permettront, dans un premier temps, de pouvoir assister à diverses formations. François n’ayant pas encore acquis la capacité à se dédoubler, nous pourrons ainsi engranger, en bons écureuils, deux fois plus d’informations techniques. Il nous arrive souvent de faire des schémas pour avoir une vision plus claire de notre situation et des priorités, il nous arrive souvent de les trouver très vite illisibles.

Il y a les jours avec les grands pas, ceux qui nous donnent des ailes et des pics d’enthousiasme fou. Il y a les jours avec les pas moyens, ceux qui donnent le sourire un peu béat. Il y a les jours avec les petits pas, ceux qui mis bout à bout donnent aussi le sourire. Il y a aussi les jours sans. Quand il n’y a personne au bout du fil et que cette foutue musique d’ascenseur n’est pas en mesure de nous répondre. Quand la tronçonneuse fait des siennes alors qu’on est déjà en tenue de combat. Quand la météo prévoit 40 mm de pluie et qu’on peine à atteindre les 10. Mais, quelque que soit le jour, la conclusion reste la même: on ne regrette pas d’avoir fait le grand saut!

Nous voilà ardéchois!

Depuis quelques mois, nous faisions assez régulièrement l’aller-retour entre Montpellier et l’Ardèche. Bien souvent, les journées étaient denses voire très chargées. Les rendez-vous se bousculaient sur l’agenda, les rencontres – toujours enrichissantes – nous laissaient souvent un goût d’inachevé. Nous nous sommes souvent entendus répéter que « ce serait plus simple une fois sur place ». Et bien, nous voilà sur place!

Et alors, est-ce plus simple?

Nous ne sommes ardéchois que depuis 72 heures. Autant vous dire que pour le moment, on se concentre sur notre nouvelle maison, son aménagement et le lot de toutes ces petites choses auxquelles il nous faut penser. Nous avons déjà fait installé un nouveau compteur électrique, rencontré un électricien à la retraite qui nous a permis de brancher notre cuisinière-four et de discuter histoire du monde, prévu de récupérer 5 stères de bois pour nous chauffer – il nous reste encore à potasser et améliorer notre gestion du chauffage au bois – fait des plans pour l’aménagement de la cuisine…

Du côté de la ferme, nous avons envoyé pour analyse nos premiers échantillons de sol. Dimanche, les cartons à peine déchargés, malgré les flocons et le vent qui cinglait, nous avons joué de la tarière, qu’on nous a gentiment prêtée. Dans un autre genre que le poinçonneur des Lilas, nous avons fait des petits trous, encore des petits trous, dans la parcelle destinée au maraîchage et le verger. Tourne, tourne, tourne! Franche rigolade et danse de la tarière pour nos premiers volontaires. La famille – même à 29 ans, on a toujours besoin de ses parents –  et les copains – merci Manza tu étais la première! – ça vaut de l’or! Pour moi, c’était aussi le souvenir des sorties terrains des cours de pédologie – Milie, Jojo, Charlotte et tous les autres j’ai pensé à vous! Il va sans dire que j’y ai vu plus de sens et pris plus de plaisir qu’à Dijon, quand nous étions tous plus concentrés sur nos pieds entrain de geler dans nos bottes en caoutchouc, bourrées de papier journal, que sur les horizons du profil de sol à étudier.

Nous continuons aussi à éplucher les petites annonces agricoles, notamment pour la paille et le compost dont nous aurons grandement besoin. Notre premier vrai chantier est prévu pour ce week-end. Au menu? Du broyage de bois! Les vieux cerisiers ayant tiré leur révérence, nous allons profiter de cette matière première offerte sur place, l’objectif étant d’obtenir un bon compost de bois, comme celui que nous utilisions à Lansargues.

Nous avons donc  tourné la page de notre aventure montpelliéraine, celle aussi de notre expérience de métayage à Lansargues, expérience qu’on vous racontera bientôt. Le pas est franchi et c’est une drôle de gymnastique de l’esprit pour retrouver la notion de temps. Il nous semble que tout est déjà loin. Pourtant, il y a moins d’une semaine, nous récoltions nos derniers légumes – poireaux, céleri, carottes, choux, chicorées – faisions nos dernières parties de cache-cache avec Noé – c’est aussi ça le métayage, de très jolies rencontres – et rédigions notre dernier bon de récolte. François concluait la saison par un dernier marché aux Arceaux, en compagnie de Suzanne, pétillante et bienveillante comme toujours.

Voilà, nous sommes bel et bien ardéchois!