Et on s’installe où? – Le choix d’un territoire

Si dès septembre 2016, nous étions en mesure de décrire avec précision nos envies et le projet que nous souhaitions mener, il restait une question clé à laquelle nous devions répondre: Où? Nous savions que sans réponse à celle-ci, nous ne pourrions pas avancer.

En janvier 2017, nous nous sommes attaqués à ce fameux  « où? ». Où faire du maraîchage? Où vivre? Il fallait que cet endroit que nous cherchions soit propice au développement d’une activité maraîchère mais pas seulement. Il fallait que nous nous imaginions pouvoir y vivre un quotidien à long terme.

Le Nord s’est immédiatement trouvé hors-jeu. Trop au Nord! Peut-être plus pour nous que pour les légumes au fond. Nous avons continué par éliminer ces coins de France qui, bien qu’offrant souvent des paysages magnifiques, restaient selon nous trop isolés. Adieu la Creuse, la Corrèze ou la Dordogne! Nous avons aussi très vite fait une croix sur les régions trop éloignées de nos attaches. D’accord, nous voulions changer de cap mais sans pour autant perdre de vue la famille et les copains! C’est ainsi que nous avons oublié le Sud-Ouest et plus généralement l’Ouest de la France. Voilà, mi janvier, nous étions face au quart Sud-Est de l’hexagone. Nous avions avancé mais un quart de la France, c’est encore beaucoup…

Nous avons ensuite laissé sur le bord du chemin la région PACA. Questions de climat, de ressource en eau, d’accès au foncier et d’envies personnelles. Une région en moins, une!  Notre zone de recherche se rétrécissait encore mais restait encore vaste.

Et pourquoi ne pas rester aux alentours de Montpellier? On a souvent entendu cette question. Au tout début, on s’imaginait bien rester dans l’Hérault, aux alentours de la belle Montpellier. Notre rêve? Saint-Jean-de-Buèges. Un cadre idyllique, finalement pas si loin de Montpellier. Mais, il a fallu admettre l’évidence: pas de foncier accessible dans ce petit coin de paradis. On a quand même continué à y penser. Au fil des rencontres, des échanges, des projections de films, cette hypothèse est néanmoins devenue de plus en plus incertaine. Aux alentours de Montpellier, la pression foncière étant considérable, la terre est or. La plaine de Mauguio? Saturée et puis, on est exigeant et on ne s’imaginait pas vivre coincés entre la nouvelle autoroute, la ligne TGV et les étangs. Encore une histoire de sensibilité personnelle et pour ça, nous avons la chance d’être très clairement sur la même longueur d’ondes avec François. Et les Cévennes? C’est beau les Cévennes! C’est magnifique, on adore! Mais trouver un terrain propice au maraîchage, c’est une autre histoire, avoir accès à une ressource en eau durable, encore une autre. Bref, vous l’aurez compris, fin janvier, nous n’étions plus devant le quart Sud-Est mais devant la région Rhône-Alpes!

Se pencher sur une carte topographique nous a aussi aidé à y voir plus clair: nous n’imaginions pas cultiver des légumes à plus de 700 mètres d’altitude. Nous avons donc mis le focus sur les coins de la région Rhône-Alpes qui correspondaient à ces critères. Nous nous sommes penchés très sérieusement sur les offres de foncier agricole qui nous restaient accessibles. Nous avons laissé l’Ain de côté. C’est un peu (beaucoup) par ma faute. Si j’adore l’aire du Poulet de Bresse – Comment ne pas s’extasier devant ce poulet de fer quand nous filons vers la Franche-Comté? – je ne m’imaginais pas du tout m’installer dans ce coin-là.  Les offres les plus intéressantes étant situées dans l’Ardèche et la Loire, début février, il était temps d’aller voir tout ça de plus près!

Nous sommes donc partis à la découverte de l’Ardèche Verte et du sud de la Loire. Notre planning a rapidement été bien chargé. Nous voulions mettre à profit ces quelques jours pour commencer à visiter des biens – à un moment, il faut se lancer – mais aussi rencontrer des agriculteurs et plus généralement les habitants de ces territoires. Le réseau des fermes de démonstration bio de la région Rhône-Alpes (Corabio) nous a ainsi été très utile. Nous avons par exemple rencontré Dominique Barbier qui cultivent des plantes aromatiques et médicinales dans les monts du Forez (fiche descriptive ici). Malgré le froid et nos pieds gelés, nous avons vraiment apprécié ces échanges à bâtons rompus jusqu’à la nuit tombante et l’énergie transmise par ce passionné. Nous avons aussi redécouvert le Couchsurfing que nous avions beaucoup pratiqué en Amérique Latine. Quoi de mieux que de loger chez l’habitant pour découvrir un bout de région, en savoir plus sur la vie locale? Marie, notre hôte à Verrières-en-Forez, fut une très belle rencontre et une mine d’informations pour nous. Prix du foncier en fonction du versant sur lequel on se trouve, projets locaux, atouts et contraintes du territoire, bonnes adresses. Tandis que je noircissais mon carnet, François notait des points sur la carte, passait des appels pour ajouter de nouvelles visites à notre agenda. Évidemment, nous en avons profité pour joindre l’utile à l’agréable, comme par exemple la visite de la fromagerie du Pont de la Pierre avec dégustation de fourme de Montbrison à 10 heures le matin, le café pris dans un petit troquet où était proposé un forfait café illimité à 19€90 par mois ou encore les paysages blancs de neige. Nous avons poursuivi notre route et nos visites jusqu’à Roanne…

A notre retour, nous avons fait le bilan. Il fallait se rendre à l’évidence, nous étions tombés sous le charme de l’Ardèche Verte. Nous allions pouvoir avancer plus efficacement en nous concentrant sur ce territoire!

Crédit photo: L’Aire du Poulet de Bresse (Alain Treboz)

Nous voilà ardéchois!

Depuis quelques mois, nous faisions assez régulièrement l’aller-retour entre Montpellier et l’Ardèche. Bien souvent, les journées étaient denses voire très chargées. Les rendez-vous se bousculaient sur l’agenda, les rencontres – toujours enrichissantes – nous laissaient souvent un goût d’inachevé. Nous nous sommes souvent entendus répéter que « ce serait plus simple une fois sur place ». Et bien, nous voilà sur place!

Et alors, est-ce plus simple?

Nous ne sommes ardéchois que depuis 72 heures. Autant vous dire que pour le moment, on se concentre sur notre nouvelle maison, son aménagement et le lot de toutes ces petites choses auxquelles il nous faut penser. Nous avons déjà fait installé un nouveau compteur électrique, rencontré un électricien à la retraite qui nous a permis de brancher notre cuisinière-four et de discuter histoire du monde, prévu de récupérer 5 stères de bois pour nous chauffer – il nous reste encore à potasser et améliorer notre gestion du chauffage au bois – fait des plans pour l’aménagement de la cuisine…

Du côté de la ferme, nous avons envoyé pour analyse nos premiers échantillons de sol. Dimanche, les cartons à peine déchargés, malgré les flocons et le vent qui cinglait, nous avons joué de la tarière, qu’on nous a gentiment prêtée. Dans un autre genre que le poinçonneur des Lilas, nous avons fait des petits trous, encore des petits trous, dans la parcelle destinée au maraîchage et le verger. Tourne, tourne, tourne! Franche rigolade et danse de la tarière pour nos premiers volontaires. La famille – même à 29 ans, on a toujours besoin de ses parents –  et les copains – merci Manza tu étais la première! – ça vaut de l’or! Pour moi, c’était aussi le souvenir des sorties terrains des cours de pédologie – Milie, Jojo, Charlotte et tous les autres j’ai pensé à vous! Il va sans dire que j’y ai vu plus de sens et pris plus de plaisir qu’à Dijon, quand nous étions tous plus concentrés sur nos pieds entrain de geler dans nos bottes en caoutchouc, bourrées de papier journal, que sur les horizons du profil de sol à étudier.

Nous continuons aussi à éplucher les petites annonces agricoles, notamment pour la paille et le compost dont nous aurons grandement besoin. Notre premier vrai chantier est prévu pour ce week-end. Au menu? Du broyage de bois! Les vieux cerisiers ayant tiré leur révérence, nous allons profiter de cette matière première offerte sur place, l’objectif étant d’obtenir un bon compost de bois, comme celui que nous utilisions à Lansargues.

Nous avons donc  tourné la page de notre aventure montpelliéraine, celle aussi de notre expérience de métayage à Lansargues, expérience qu’on vous racontera bientôt. Le pas est franchi et c’est une drôle de gymnastique de l’esprit pour retrouver la notion de temps. Il nous semble que tout est déjà loin. Pourtant, il y a moins d’une semaine, nous récoltions nos derniers légumes – poireaux, céleri, carottes, choux, chicorées – faisions nos dernières parties de cache-cache avec Noé – c’est aussi ça le métayage, de très jolies rencontres – et rédigions notre dernier bon de récolte. François concluait la saison par un dernier marché aux Arceaux, en compagnie de Suzanne, pétillante et bienveillante comme toujours.

Voilà, nous sommes bel et bien ardéchois!

La ferme a un nom!

L’Abeille et la Blette!

Enfin, notre ferme a un nom bien à elle. Il était temps ! Pour que nous puissions vous raconter sa création, son évolution, pour que vous puissiez l’identifier, la nommer et vous en souvenir. Choisir un nom, c’est loin d’être anodin et pas forcément si évident. Allez résumer un projet en quelques mots, vous verrez !

Tôt dans la genèse de la ferme, nous avons évoqué « L’Abeille et la Blette » comme un nom possible. C’était quelque part, entre la fin de l’hiver et le début du printemps.  Le jeu de mots du début – est-ce que quelqu’un n’a pas encore fait le lien avec un célèbre dessin animé ? – a très vite cessé de n’être qu’un jeu de mots rigolo. L’abeille, pour le rucher que l’on veut installer mais aussi comme symbole des équilibres environnementaux à protéger. La blette, pour le légume totem de François – qui ne l’a pas encore entendu s’écrier que la blette est un légume formidable ? – et pour l’ensemble des légumes que nous avons prévu de cultiver. Le jeu de mots finalement résumait assez bien notre démarche et sur l’ordinateur, sans encore le prendre vraiment au sérieux, nous avons créé le dossier « L’abeille et la Blette » pour classer la masse de documents que nous continuions d’amasser et de rédiger.

Nous en étions restés là, quand en octobre nous avons décidé qu’il était temps de réfléchir très sérieusement à la nommer enfin, notre ferme. L’Abeille et la Blette était toujours là, sur le bureau de l’ordinateur et dans un coin de nos têtes. Pourtant nous avons voulu tout remettre à plat. Alors, un vendredi après-midi, les récoltes finies – on vous racontera bientôt ce qu’on a fait de notre été – on a pris un stylo et une feuille de papier. Des ronds avec des grandes idées, des flèches et puis des mots. Ferme, jardins, légumes, potager, brouette, serfouette, vergers, herbes, racines, feuilles, plantes, abeilles, équilibres… On vous épargne la liste complète, elle était longue. On a écrit quelques noms puis pensé aux amis. On pourrait leur demander leur avis. Nous avons décidé d’arrêter trois propositions – Les jardins de Pojot, La ferme des Racines et des Herbes, l’Abeille et la Blette – de créer un rapide questionnaire – on a une énorme marge de progression pour le prochain, vraiment – et enfin, on a attendu que les copains répondent. Évidemment, on continuait à tourner dans nos têtes les avantages/inconvénients de chacun des noms proposés. Celui-là localise notre activité, celui-là évoque tant les légumes que toute une biodiversité, celui-ci a l’avantage de laisser ouvert le champ des possibles, celui-là est bien mais peut-être un peu classique. Un casse-tête en somme, cette histoire de nom.

Pourtant, après une petite semaine, nous avons fait notre choix. L’Abeille et la Blette. Ça ressemblait presque à une évidence. Comme si depuis ce jour de février où nous avions créé ce dossier, c’était acté. La réflexion a juste permis de le confirmer. L’Abeille et la Blette, c’est la sonorité, la signification et la fantaisie, parce qu’au fond, sans ce petit grain de folie, nous n’en serions sûrement pas là.

Et le sondage dans tout ça ? Il a conforté notre choix – l’Abeille et la Blette ayant remporté près de 58 % des suffrages. Au total, 71 personnes ont participé à notre petite consultation, sans compter les copains qui nous ont donné leur avis de vive voix. Merci mille fois pour votre temps et vos idées. La lecture de vos remarques et vos propositions a été un vrai plaisir. Côté proposition, on pense notamment à Patati Patata et Patate douce, Ferme ta boîte, le Concombre masqué ou encore la Ferme du radis mou.

Maintenant que le nom est donné, nous allons pouvoir vous en dire un peu plus sur cette fameuse ferme.