On n’avait pas dit qu’en septembre on pourrait souffler?

C’est effectivement ce qu’on se disait cet été. Pour se donner du courage et tenir le cap de la « grosse » saison. C’est ce qu’on se disait mais parfois, entre ce qu’on se dit et la réalité, il y a un pas. Ici, c’est un fossé! On l’a bien compris, il faut attendre octobre pour l’accalmie. Et encore…

Notre mois de septembre a donc été – si vous ne l’aviez pas encore compris – très (très) chargé ! Certes, on n’a pas dû gérer une crise de criquets ou composer avec la canicule mais qui dit mois de septembre dit rentrée scolaire et reprise. Si nous ne sommes concernés par aucun des deux termes susmentionnés, il faut bien reconnaître que cela influe grandement sur l’agenda du mois de septembre. C’est en effet à cette période, où l’été fait du rab et offre encore de très belles journées, que bon nombre d’associations ou autres organisent fêtes et autres évènements récréatifs pour le grand public. Nos week-ends ont ainsi été bien vite réservés…

Il y a eu tout d’abord la fête de l’agriculture paysanne, organisée par le groupe Nord-Ardèche de la Confédération Paysanne, à Sécheras. La météo s’annonçait presque catastrophique et finalement, le soleil l’a emporté haut la main. Un samedi placé sous le signe de l’agriculture paysanne, un samedi festif et engagé mais aussi un samedi bien chargé pour nous. Il a fallu gérer les récoltes pour le marché du dimanche et les engagements pris pour l’organisation de ce bel évènement. L’avantage d’être un duo ! Le samedi matin, j’ai assuré l’ensemble des récoltes pour le marché pendant que François, dès 10 heures, s’armait de son précieux Opinel pour préparer les crudités pour le midi. On se rassure, il n’était pas seul et il était même plutôt bien accompagné, même si l’autre François – notre voisin de Brouty – enlève trop de feuilles quand il trie la salade… C’est dans la même bonne humeur qu’en fin de journée, nous nous sommes attaqués à la préparation des 220 assiettes de crudités prévues pour les repas du soir. Si j’ai trouvé que le marché piquait un peu le lendemain matin, le bilan reste très positif : de chouettes rencontres, une belle dynamique de groupe, de gros fous rires et pour François, un nouveau surnom…

Après un week-end de trêve avec « juste » le marché de Saint-Félicien, nous avons commencé à préparer le week-end « Terroir au Village ». Il est organisé chaque année par Terroir Pays de Saint-Félicien, association de laquelle nous nous sommes rapprochés dès la fin avril et qui porte des projets très intéressants … Pourquoi préparer ce week-end en particulier ? Parce que dans le programme riche de ces 3 jours dédiés au terroir, étaient prévus plusieurs circuits de visite, avec différentes thématiques et que, lorsqu’on nous avait demandé si nous pouvions faire visiter notre ferme, nous avions répondu par l’affirmative ! Il fallait donc préparer un minimum la visite prévue le samedi matin ! L’occasion de faucher, de débroussailler, de ranger le peu qui devait l’être…

Le samedi, après les récoltes, plus matinales qu’à l’habitude, nous étions prêts à accueillir les curieux. Un peu moins d’une vingtaine, certains connus d’autres non. Jusqu’ici, nous avions toujours fait visiter la ferme à des proches, des amis, des voisins, la famille et c’est très intéressant de diversifier son public. Il y a les questions qui reviennent presque toujours, celles qui étonnent ou surprennent, celles qui désarçonnent mais, quelles qu’elles soient, c’est toujours un très bon exercice, qui nous pousse à être toujours plus précis, plus clairs dans notre discours. Plus pédagogues aussi ou plus engagés. Par exemple, lors de cette visite, a été posée à François, la question de l’utilisation d’hybrides F1. Il a donc expliqué que nous cherchons à les éviter et, assez vite, s’est trouvé à bout d’arguments sur les raisons qui nous motivaient. Pas plus tôt nos visiteurs partis, nous avons donc repensé ensemble à tout ce qui nous faisait opter pour cette position. Un bon exercice, je vous dis, un bon exercice !

Le dimanche, après le marché du matin à Saint-Félicien, nous avons pris la route de Pailharès pour y ré-installer notre étal, marché de producteurs oblige ! Si j’étais très peu motivée à 13 heures, à peine revenue du marché, je dois bien avouer que ce fut un très bel après-midi. Nous avons recroisé certains curieux qui étaient venus jusqu’à Pojot, discuté, dégusté de bons produits mais surtout, nous avons retrouvé toute la bande de chouettes producteurs, engagés comme nous auprès de l’association Terroir. L’occasion d’échanger nos impressions sur la saison, de comparer les traits de fatigue sur nos visages, de retrouver des personnes qui ont un rythme de vie assez similaire au nôtre et pour qui le mot « reprise » ne veut pas dire grand-chose. L’occasion enfin de trinquer, une fois les badauds partis, à la fin de l’été et à cette vie qu’on s’est choisie. Une vie belle bien qu’usante , une vie riche de rencontres et d’apprentissages mais qui souvent nous met en décalage. De la famille, des copains, de Mr & Mme Toulemonde qui rentrent de vacances… Pour autant, quand on regarde par-dessus notre épaule, pour rien au monde, nous ne voudrions retourner en arrière !

Pour être tout à fait honnête, à ce stade-là du mois de septembre – le 23 au soir très exactement –  je ne rêvais que d’une chose, pouvoir dormir. Ne serait-ce qu’un matin. J’avais imaginé que le lundi, après ce week-end aussi chouette que chargé, aurait été celui de la grasse matinée – par grasse matinée, comprendre dormir jusqu’à 8h30. C’était sans compter le jus de pommes. Le jus de pommes ? Peut-être parce qu’on avait peur de s’ennuyer, parce qu’on devient hyperactifs, une dizaine de jours auparavant, François avait pris rendez-vous à l’atelier de transformation Nectardéchois pour une session « jus de pommes ». Je vois d’ici vos sourcils qui font un circonflexe ! Ils ont des pommiers et ils ne l’ont pas dit ? Ils volent des pommes ? Pas de verger de pommiers ni de vol de récolte. En bon observateur-cueilleur qu’il est, François avait repéré quelques pommiers près des Gaillards, notamment près de la petite réserve d’eau qu’on utilise pour la pépinière. Buissonneux, pas taillés depuis des lustres mais plein de fruits. Pour transformer à Nectardéchois, la récolte doit être d’au moins 100 kilos. « J’ai fait un truc qui va pas te plaire ! Enfin, pas sur le moment mais je sais qu’après tu seras contente ». C’est comme ça que François m’a annoncé la mission pommes qui s’annonçait, en parallèle de la préparation du week-end de « Terroir au village ». C’est vrai que sur le moment je me suis dit qu’on s’en serait bien passé, de la cueillette des pommes entre deux sessions de débroussaillage! Au fond, vous l’aurez compris j’étais mille fois pour. Les cueillettes, c’est comme ça, tu prends le créneau ou tu passes à côté. On n’avait pas envie de passer à côté, on voulait avoir 100 kilos et notre jus pour l’hiver. Et puis, on en a parlé à Louis. « Ah justement, je voulais vous en parler. Dans le parc des vaches, y’a quelques pommiers, si vous voulez ramasser les pommes, ça m’arrange. Je dois les faire tomber et les évacuer sinon les vaches s’en gavent et ça peut avoir des conséquences pas jolies jolies. Nous, on en fait rien!». On s’est dit qu’on était pas à quelques pommiers près, que si on avait 150 kilos se serait tout aussi bien. Résultat des courses, en une après-midi à Perrache, on avait déjà 130 kilos sans s’être occupés de tous les pommiers… Au final, nous avons pu faire transformer un peu moins de 250 kilos de pommes. On a notre jus pour l’hiver et finalement, détail non négligeable, le nectar d’abricots n’est désormais plus le seul embouteillé sur notre étal de marché !

Avec la fin septembre est arrivée la fin des haricots. Quand il faut enlever les piquets, rembobiner les ficelles et enlever les pieds, c’est toujours un drôle de sentiment. Une bascule entre la joie de ne plus avoir à les récolter deux fois par semaine et un pincement au cœur car c’est un des légumes phares de l’été. Rendons au haricot ce qui revient au haricot : sur les marchés, il a contribué à nous construire une petite réputation ! On m’en a d’ailleurs encore parlé dimanche « vos haricots ont régalé tout le monde, ils étaient délicieux. Du coup, même s’il y en a plus, je reviens ici ! »

Pour fêter dignement la fin septembre, nous avions prévu une fête avec nos copains d’avant qui sont toujours les copains de maintenant mais que, par la force des choses, nous voyons moins. Une livraison d’une bonne vingtaine de copains pour le week-end et une fête qu’on voulait basée sous le signe des produits locaux, du zéro-déchet… Soupe au pistou avec nos légumes, fromages de Louis, tomme en salade de la ferme de Réat, pain de Valérie et Vincent, serviettes en tissus et compagnie. Une fête qu’on voulait à l’image de notre nouvelle vie même si au quotidien, on n’a pas de tireuse à bière… Si on s’est demandé plusieurs fois, quand la fatigue atteignait des sommets, pourquoi on s’infligeait ça, pourquoi on n’avait pas commandé 10 kilos de chips et de nachos au lieu de préparer 2 kilos d’houmous, dès les premiers copains arrivés, on a tout oublié ! On ne regrette rien, loin de là. Ce week-end a été une ÉNORME bouffée d’air frais. Comme quoi, y’a rien de tel qu’une dose massive de copains pour avoir la banane! Après ça, Octobre pouvait bien arriver.  On était prêts, rincés à souhait mais heureux.

Octobre est là, depuis déjà une bonne dizaine de jours et on a toujours un peu de mal à trouver du temps pour nous. Avec l’automne, nous nous sommes attaqués au chantier de réfection de la réserve collinaire. Enfin, nous nous sommes surtout attelés à vider le lac. Presque une hérésie quand on sait combien on a veillé à la réserve en eau jusqu’à fin septembre. Mais, entretien oblige, on ne cure pas un lac sans le vider de son eau. On a donc loué une pompe et regardé le niveau baisser puis les carpes agoniser. Une étape qu’on aurait aimé éviter mais… bon an, mal an, nous avons réussi à en sauver une dizaine. Désormais, nous ne sommes plus maîtres à bord et nous attendons impatiemment le début des travaux. Plus vite ce sera terminé, plus vite le lac pourra se remplir à nouveau !

Avec Octobre, nous avons aussi préparé pour la première fois, sous la houlette de ma grand-mère, ce qu’on appelle la drache. Une façon de conserver (grâce à la fermentation lactique) les légumes tels que le chou, la betterave rouge, le poivron ou la tomate verte dans les résidus de raisins restants après que le vin ait été tiré. Rendez-vous en décembre pour goûter ça ! Nous avons aussi profité d’être de ce côté-là du Rhône, pour ramasser des noix. L’occasion de diversifier encore un peu notre étal qui se fait de plus en plus automnal. Nous avons manié le ramasse-noix avec passion et il ne reste plus qu’à laver et faire sécher – plus que, doux euphémisme – celles qui se retrouveront bientôt en filets! Avec Octobre, nous avons aussi repris marteau, clous et mètre pour la construction d’une première étagère à courges et ensuite, rentré les dites-courges…

Est-ce qu’une fois ces chantiers terminés, nous pourrons souffler ? Nul ne le sait. Enfin, nos corps se rappelant de plus en plus à nous – François me surnomme actuellement Hémiplégiane – il va bien falloir qu’on y arrive ! Et puis, pour mener à bien les quelques projets qui nous trottent encore dans la tête, il va nous falloir encore de l’énergie et on ne compte pas puiser dans celle du désespoir !

Il est possible de passer commande pour du jus de pommes (2,90 € le litre – du jus de pommes et rien d’autre), des confitures car notre gamme s’est étoffée pour l’hiver (abricots, prunes, figues) ou encore des noix!

 

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Et août s’en est allé….

La canicule a tiré sa révérence et août a fait de même. Le temps passe à toujours aussi vive allure et semble souffrir de distorsions. Distorsions ? Oui, tout nous semble à la fois loin et proche! On se dit Quoi ? Déjà fin la fin août ? La rentrée? Et en même temps, l’épopée des abricots nous paraît de l’histoire sacrément ancienne… alors que, loin d’avoir eu lieu à la fin du Crétacé, ça n’était que la mi-juillet ! Bref, on a l’impression que le temps se pavane devant un miroir déformant ! D’ailleurs, nous qui nous plaisons à dire « on verra ça quand on aura le temps à l’automne, on fera ça à l’automne, on y réfléchira plus tard, à l’automne », on risque finalement de ne pas le voir arriver et encore moins passer, cet automne !

En attendant d’avoir du temps à l’automne – espoir caressé mais nullement assuré – l’aventure a continué. Et ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord. On nous pose désormais souvent la question « alors ces montagnes russes ? Vous vous situez où ? ». Et bien ça continue de monter et de descendre ! A croire qu’on est bons pour attraper le pompon et gagner un tour gratis. La fatigue aide bien, à faire des tours gratuits. et à citer un peu de Francis Cabrel, ni vu ni connu ! Au fond, soyons honnêtes, nous savons que les montagnes russes vont être notre lot pour encore un bon bout de temps…

La seconde question qu’on nous pose le plus souvent, on vous le donne en mille c’est « Et les criquets ? » Ah les criquets ! Ils sont encore là mais – on touche du bois – il nous semble en voir moins ! On en retrouve beaucoup morts, accrochés dans les herbes. Enfin, on ne se fait pas d’illusions, c’est simplement une question de cycles de vie et le problème est loin d’être réglé puisque les œufs peuvent passer l’hiver au chaud… dans le sol ! Par précaution, on a fini par recommander du filet. Chat échaudé craint l’eau froide comme on dit. On joue donc la carte de la sécurité et on protège l’ensemble de nos repiquages. C’est toujours aussi fastidieux mais après avoir passé près de 3 semaines sans salade sur le marché, à expliquer nos histoires de criquets, on se dit qu’il faut les protéger ces petits plants bien innocents. On a également vu s’installer bon nombre d’épeires frelons ou encore appelées argiopes frelons. Ce sont des araignées de belle taille, rayées de noir et de jaune. Ces charmantes dames ont l’art et la manière d’embobiner fissa fissa les criquets dans leurs filets et ça, on adore ! On a donc pris le pli de bien faire attention à leur toile quand on ramasse les haricots ou les tomates de plein champ. Les mantes religieuses ont également débarqué en renfort. Mine de rien, ces renforts, ça fait du bien au moral dans ce combat devenu presque ordinaire.

Depuis la dernière fois, les visites des amis ont continué. Un calendrier bien rempli et un planning calculé au millimètre près. Histoire de pouvoir changer les draps du futon ! C’était certes chargé mais ça fait toujours chaud au cœur de voir arriver les copains avec leurs sourires, leur curiosité et l’envie de mettre la main à la pâte! Antoine et Marion ont pris la place de Camilo. La main à la pâte, ils connaissent. Ils étaient déjà là pour le montage de la serre – oui oui, souvenez-vous c’était au Jurassique supérieur euh en avril – et Marion m’avait aidé à planter les poireaux. Leur visite a été l’occasion de continuer la mise en place du système de récupération d’eau de pluie des toitures du bâtiment. Plus de surface de toiture équipée, c’est plus d’eau dans le réservoir tampon et lors d’un épisode orageux, ça peut aller vite ! On en a aussi profité pour ramener le bois coupé dans le verger et ranger le bois débité depuis déjà quelques semaines… Il y a aussi eu des visites plus ponctuelles qui permettent, le temps d’une soirée ou d’un repas, de se vider un peu la tête. Emilie, ma binôme durant la plus grande partie de mes études d’agronomie, est également revenue passer quelques jours à Saint-Félicien. Cette fois-ci, pas de nouvel an à célébrer ni de châtaignes grillées mais des chantiers de récolte : les pommes de terre – celles qui se faisaient désirer – et les oignons. Il y a aussi eu les prunes et les récoltes pour le marché. Emilie, comme Adrien quelques semaines plus tôt, m’a accompagnée à Annonay. L’occasion pour les clients de me faire remarquer que j’étais régulièrement en bonne compagnie pour le marché. Eh oui, c’est ça d’avoir des copains !

Avec le départ d’Emilie, nous avons initié une période d’accalmie d’amis. C’est nécessaire quand on veut faire le bilan de ce premier été à Saint-Félicien, réfléchir à nos priorités automnales et se préserver pour pouvoir tenir encore jusqu’à la fin de l’année…

Et puis, il y a aussi eu la première fauche de notre parcelle de prairie – anciennement des cerisiers – où j’ai pu m’entraîner pour obtenir mon badge « girobroyeur », la deuxième coupe du sorgho en plein champs et la 4ème en serre – rappelez-vous c’est l’engrais vert implanté pour apporter de la biomasse à notre sol – les premiers potimarrons, la floraison des tournesols, la reprise des semis de radis, le début de la cueillette des physalis, les cueillettes de figues et les tartes qui vont avec, le premier Perrier tranche en tête à tête avec une copine – ô joie ! – l’escapade de François pendant près de 48 heures – ça nous a fait un bien fou à tous les 2, j’attends mon tour ! – les premières compotes… Et toujours beaucoup de fous rires, nerveux ou pas, de satisfaction, de doutes, de fatigue, d’envies, d’idées !

En attendant d’avoir du temps pour nous, nous espérons vous retrouver, à vos agendas :

  • à la Fête de l’Agriculture Paysanne, à Sécheras, le samedi 8 septembre. Le programme prévu est beaucoup plus beau que la météo annoncée. Organisée par la Confédération Paysanne de l’Ardèche et plus particulièrement les paysans du Nord Ardèche, cette fête est une façon de fêter et soutenir l’agriculture paysanne en passant un (fort) bon moment !
  • à Terroir au Village, à Pailharès, le 21, 22 et 23 septembre. Le programme mettra en valeur le travail de passionnés qui ont fait le choix du terroir, du beau et du bon. A noter qu’une escale est prévue chez nous dans un des circuits de visites proposés le samedi !

Vous l’aurez compris, nous n’aurons pas (encore) le temps de nous ennuyer en septembre et c’est sûr, le temps va encore filer trop vite !

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Les montagnes russes de l’Abeille et la Blette

Avec l’été vient le temps des fêtes foraines – vous avez vraiment cru qu’on allait évoquer les vacances ? – et qui dit fêtes foraines, dit manèges et attractions pour amateurs de sensations plus ou moins fortes. Chez l’Abeille et la Blette, c’est un peu comme si la fête foraine durait depuis près de 8 mois. Sans les churros et les barbes à papa, d’accord ! Mais avec des montagnes russes et sûrement les plus sensationnelles qui soient. C’est d’ailleurs souvent l’image avec laquelle nous répondons à la fatidique question « Et sinon, tout se passe bien ? C’est pas trop dur ? ». Émotionnellement et physiquement, nous avons l’impression d’être embarqués dans un petit chariot qui grimpe puis dégringole, grimpe encore, semble se stabiliser puis finalement pique du nez pour s’emballer et remonter la pente. Nos cœurs montent et descendent mais restent bien accrochés. Nos tripes aussi sont solides. Parfois, on s’en étonne, enfin surtout moi qui, dans l’histoire, reste le maillon le plus sujet au stress.

Ces dernières semaines n’ont pas échappé à la règle du petit chariot – monte, descend, monte, descend, monte (bis) (ter) – la chaleur et la fatigue cumulées permettant d’accélérer le rythme du refrain.

La récolte des abricots terminée et les bouteilles de nectar rangées, nous avons cru pouvoir souffler. Ou plutôt, reprendre un rythme plus classique, fait de semis, repiquages, récoltes, binages, paillages, arrosages, etc. Il faut imaginer le chariot roulant tranquillement sur une portion bien horizontale. A ce moment-là, nous avions aussi géré la crise des surplus courgettes-concombres avec succès. Qu’est-ce qu’une crise de surplus de courgettes-concombres ? C’est quand les plantes atteignent un bon gros pic de production et que l’offre surpasse la demande. Inutile de préciser que quand nous croulions sous les courgettes, les autres producteurs du coin aussi… Bref, nous avions des courgettes sur les bras! Heureusement, nous avons profité de la visite de Pascale et Jean-Paul, les parents de François, pour exporter en Franche-Comté, quelques dizaines de kilos de courgettes et de concombres. Le volume de courgettes revenu à la normale, le petit chariot était en pleine remontée!

S’en est suivie la première récolte de pommes de terre – les Mona Lisa, les Désiré se font encore… désirer.  Le rendement s’est avéré très correct voire très bon par rapport à nos prévisions. Hop, un peu plus haut sur les montagnes russes ! Pour pousser la griserie et le taux de bonne humeur, j’ai réalisé une belle performance – appelée ici marinade – en rentrant Goldi après une des 3 sessions de récolte. Hilarité générale! Le seul dégât à déplorer reste la légère déformation d’une brouette – que nous trouvions déjà de piètre qualité. Le haut des montagnes russes nous allait décidément bien !

Et puis, ils nous ont envahis. Nous les avions vu arriver, évidemment. Près de notre cinquième section de culture, juste à l’angle, tout près de l’électrovanne. Nous avions tenté de gêner leur progression. Premier pipi dans un violon et zéro pointé. Ils ont commencé leur travail de sape, efficace et implacable et notre moral a dégringolé sévère. Eux, ce sont les criquets. Jiminy, sa famille, ses amis, les amis de ses amis, les amis des amis des amis… en un mot, toute la clique !

Nous avons tout tenté, enfin dans la limite du possible et du raisonnable pour des maraîchers bios – le Decis balancé en hélicoptère, on oublie! Le savon noir – peut-être qu’ils n’aimeront pas le goût ? – aucun effet ! Le purin d’orties – ça pue le purin d’orties et ça repousse pas mal d’insectes – eux, ils s’en fichent ! Le purin de tomates alors ? Niet.

On s’est évertués à réfléchir et eux, ils continuaient à manger. Ou plutôt à se gaver, comme dans un buffet à volonté quand on en veut pour son argent et qu’on s’en rend presque malade. Ils n’ont pas été malades, nous presque. Après les premiers repiquages de chou chinois détruits en un temps record, un carnage sur celui des salades et leur progression au niveau des poireaux et des choux déjà bien grandis, nous nous sommes résignés à ouvrir notre porte-monnaie et à acheter du filet anti-insectes. Le filet est arrivé en même temps que les quelques 400 choux que nous devions repiquer – normalement cela devait se faire en deux vagues mais le pépiniériste connaît aussi des couacs apparemment. Hourra, malgré tout, les choses se coordonnaient bien ! Nous nous sommes donc attelés au repiquage, rendu carrément fastidieux avec la pose du filet mais quand il faut, il faut. Remontée en flèche du petit chariot des montagnes russes !

Nous pensions avoir sauvé les meubles, géré la crise. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire chaud, très chaud. Vigilance orange pour la canicule. Le chariot a entamé sa redescente, doucement mais sûrement. Cette fois-ci, c’est François qui a sonné l’alarme, un dimanche soir, de retour de l’arrosage. « Ça se fait encore bouffer… et avec la chaleur… » Quelques mots qu’on a mis de côté parce que ce soir-là, nous avions mieux à faire : nous faisions des pizzas dans notre four à bois avec nos amis boulangers. Le lundi, je me suis perdue sur les petites routes ardéchoises en allant chercher Adrien, ancien collègue devenu ami depuis déjà un bon bout de temps. La phrase de François était de côté. Et puis, le soir venu, nous sommes allés arroser nos repiquages, ceux que nous pensions bien à l’abri sous le filet. Je crois qu’on peut dire que ça fait partie des plus belles chutes de moral. Entre la canicule et les criquets qui se terrent dans le sol, les choux n’étaient plus si nombreux. Face à ce triste spectacle, c’est un bon cocktail d’émotions: colère, dépit, abattement. Ajoutez à cela la fatigue et la chaleur… Sur la route de la maison, François m’a dit « je crois que je pourrais en pleurer ». On n’en était pas loin, effectivement. Puis il a été moins poète « en fait, c’est comme pisser dans un violon et ensuite se le retourner dessus ». L’image nous a fait sourire jaune mais comme toujours, le chariot a remonté la pente. Avec un peu d’élan. Parfois, c’est les copains, super enthousiastes qui le donnent. Adrien est de ceux-là. Il était là et c’était bien! Il y a aussi les clients sur le marché, qui reviennent parce que « les légumes sont aussi beaux que bons, que les haricots sont vraiment délicieux. » Il y a ceux qui nous font rire aussi. En parlant d’Adrien venu avec moi au marché « Ah bah vous avez un stagiaire maintenant ? Je suis pas sûr qu’il faut que vous le gardiez hein ! Regardez, il pense qu’il y a 700 grammes de poirée et y’a même pas 350 grammes ! Vous le payez cher ? ». D’ailleurs, au marché suivant « Et le stagiaire est plus là ? C’est pas mes remarques qui l’ont fait fuir j’espère ! ».

Si les remarques pouvaient faire fuir les criquets, ils seraient bien loin de nos jardins depuis le temps que nous les maudissons! Mais, malheureusement, ils sont toujours là et nous songeons sérieusement à recommander du filet… Malgré tout, nous avons aussi continué à cogiter et nous préparons notre plan de bataille. Pas d’inquiétude, vous serez mis au courant en temps voulu ! Si les criquets tirent toujours notre petit chariot vers le bas, l’obtention de la mention Nature & Progrès pour nos légumes nous a fait remonter en flèche ! C’est quand même une sacrée reconnaissance du travail fourni jusqu’ici… criquets ou pas criquets !

Et puis il y a les baignades du soir, la vue toujours aussi belle sur les Alpes, la visite des Tribolo, les prises de vue de la ferme en drone – merci Seb! –  les chaises longues  offertes par mes parents, les chasses au trésor avec Adrien – notre meilleure trouvaille reste  une pelle! – les réserves de fruits qu’on fait pour l’hiver… Il y a aussi eu la  visite de notre ami Camilo, ses coups de main, le J9 et sa brocante dans le jardin, ses « faut rien lâcher, rien ! » et enfin… il y a cette pluie ! Attendue, espérée, vénérée. Celle qui va faire du bien aux plantes, au sol et à notre réserve collinaire. Celle qui m’aura permis de prendre le temps de vous raconter un (petit) bout de nos montagnes russes quotidiennes, de cette belle aventure qui secoue, secoue fort…

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Récolter les abricots, comme un air… d’épopée!

Deuxième quinzaine de juillet.
Quand nous avions demandé à Jean-Claude à quelle période se récoltaient généralement les abricots, il nous avait dit deuxième quinzaine de juillet. Globalement. Ils sont finalement arrivés avec un peu d’avance…

Quand nous avons ramassé les tout premiers, on s’est dit « regarde-les, les premiers de la classe ». Couleur, calibre, aucune imperfection. Tout beaux! En somme, les abricots un peu fayots qui font tout pour plaire à l’arboriculteur, en l’occurrence au maraîcher. Lèche-bottes va! On les a donc mangés sur l’arbre et transformés en clafoutis . Nous étions le 8 juillet et nous étions sereins. C’était l’échappée –  les premiers –  le peloton n’arriverait que plus tard. Jean-Claude avait dit deuxième quinzaine de juillet.

Il aurait presque pu faire partie du groupe « fayots »!

Nous ne sommes pas fans du tour de France – ici c’est la terre de l’Ardéchoise! – pourtant, après cette première cueillette, nous avons pris le pli de monter au verger tous les matins. Par acquis de conscience, pour vérifier que le peloton était encore loin, que l’échappée d’abricots fayots lui en avait mis plein la vue. Et il s’est avéré que le peloton était loin d’être à la bourre! Il était même tout près… Jean-Claude nous a confirmé qu’effectivement l’heure de la récolte avait sonné. Branle-bas de combat chez les maraîchers-néo-arboriculteurs!

Nous nous sommes donc attelés à notre première récolte d’abricots. On a essayé d’être organisés, je dis bien essayé car très vite, on s’est rendu compte qu’on était loin d’être au top! Ah ben mince, on a plus de caisses, il faut retourner à la ferme en chercher! Ah ben mince, j’ai pas la vareuse pour récolter les fruits des arbres tout près des ruches! Ah ben mince par ci, ah ben mince par là! Il faut savoir essuyer les plâtres, c’est comme ça qu’on apprend.

N’ayant pas de chambre froide, ce qui nous a pris réellement de cours, c’est la vitesse à laquelle peuvent s’abîmer les abricots. Ça va vite, très vite. Trop vite. Qu’on se rassure, nous ne nous étions pas imaginé les garder 3 semaines après la récolte hein! Néophytes mais pas idiots quand même! Il a fallu trier, retrier, re-retrier.  A chaque fois, il faut bien le dire, nous avons ressenti un pincement au cœur quand les poules se régalaient avec les fruits invendables. Une fois, puis deux, puis… Après deux marchés, nous avons pris le parti de transformer le reste de la récolte à l’atelier Nectardéchois. Atelier qui a le gros avantage de se situer à Pailharès – à quelques kilomètres de la ferme. Nous voulions assurer un minimum de valorisation pour cette première récolte. Nous avons donc pris rendez-vous pour transformer un peu moins de 200 kilos de fruits. Récolte faite, nous avons trié – sans trop savoir ce qui était ou non acceptable pour du nectar – et préparé les caisses. Encore. Les poules ont eu des abricots. Encore. Je crois qu’elles en ont eu ras le bec des abricots et qu’elles préfèrent la salade et les blettes.

Premier passage, deuxième passage, etc… et enfin, le dernier passage qui a des airs de balade champêtre!

Au petit matin, le Jumpy sentait bon l’abricot quand François a pris la route de Pailharès. Après un nouveau tri à l’atelier- on vous l’a dit, on fera mieux l’an prochain – les abricots ont été mis en bouteille. Littéralement, enfin presque! Après un peu moins de 3 heures, François chargeait les caisses. Des caisses de nectar cette fois-ci! De belles bouteilles remplies de nos abricots, encore toutes chaudes – pasteurisation oblige – et prêtes à être stockées sans risque. Ouf! Nous avons pu souffler, la casse était finalement limitée et l’épisode « abricots » tirait à sa fin. Après ça, nous avons fait un dernier passage et cette dernière session de récolte nous a permis de préparer 10 kilos de confiture. Un bonheur de préparation quand il fait si bon chaud dehors!

Mise en bouteille des abricots

Voilà, notre première épopée de récolte – ça en a l’allure vous en conviendrez – est bel et bien terminée. C’est loin d’être une belle récolte – en poids – mais on se dit que ça n’est pas plus mal d’essuyer les plâtres sur une petite récolte. Pour une première année de conversion et vu le peu de traitements que nous avons fait – rappelez-vous l’impossibilité de trouver un créneau pour les traitements sur fleurs – au fond, nous ne sommes pas mécontents. Pas mécontents d’avoir su réagir quasi à temps et contents d’avoir appris par l’expérience. Par exemple, nous n’attendrons pas autant avant de prévoir un créneau – ou deux – de transformation…

Et puis, la récolte des abricots, c’est aussi  de  belles tranches de rigolades et de beaux craquages de fin de journée – le mélange fatigue + chaleur est détonnant – la promesse de belles tartines et de délicieux gâteaux roulés, la dernière heure de récolte avec la tribu Chauvin – pas moins de 3 générations pour nous prêter main forte.  En résumé, c’est une nouvelle collection de souvenirs qui sentent bon l’été, le soleil et … l’abricot!

Parfait exemple du craquage de fin de journée.


Pour celles et ceux qui peuvent être intéressé(e)s par nos produits, n’hésitez pas à nous contacter! Quelques petites informations complémentaires:

Le nectar est préparé avec 40 % de fruits minimum – nos fameux abricots Bergeron – de l’eau de source et du sirop de sucre biologique.
Tarif : 3,50 € la bouteille de 1 litre

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Les confitures sont préparées avec 55 gr de fruits bien mûrs pour 100 g de confiture. Nous utilisons uniquement du sucre de canne biologique et n’ajoutons ni pectine, ni gélifiant d’aucune sorte.
Tarif : 2,80 € le pot de 275 grammes – 4 € le pot de 450 grammes

 

NB: Aucune mention AB sur ces produits puisque nos abricots sont en conversion vers l’agriculture biologique.

Le mois de juin? Pas vu passer!

Nous voilà déjà en juillet et nous avons l’impression de ne pas avoir vu passer le mois de juin. Pourtant, il s’en est passé des choses! Comme toujours, il est bon de jeter un œil par dessus son épaule. Histoire de regarder ce qui a été accompli et ne pas toujours voir ce qu’il reste à faire!  Ce qu’il faudra faire, ce qu’il faudrait faire… Les conjugaisons prennent ici toutes leurs nuances! On apprécie aussi de faire très régulièrement des photos. Pour vous, « aujourd’hui je prends l’appareil. Comme ça, on pourra mettre quelques photos sur le site » et pour nous. Pour se rendre compte à quel point tout évolue et à quel point tout évolue VITE.

En mai, nous faisions nos premiers marchés. A deux, pour que les gens impriment nos deux bobines. En juin, nous avons continué les marchés mais en solo. Chacun son tour. Nos bobines commencent à être enregistrées, nos liens aussi – « Mais la semaine dernière c’était un grand jeune homme qui était à votre place? Oui c’est mon compagnon, François. Ah c’est votre mari et du coup, vous l’avez mis au jardin aujourd’hui, vous avez bien fait! ». Enfin, parfois, on peut avoir des surprises! « Vous êtes nouvelle non? Oui, la semaine dernière vous avez peut-être vu mon compagnon, François. Ah oui! Il est pas très grand, avec des petites lunettes non? «  A chacun son référentiel, mais François est très souvent qualifié de grand. Pour ce qui est des lunettes, il n’essaie pas de se créer un personnage. Du moins, pas jusqu’à maintenant! Les marchés donc se suivent, ne se ressemblent pas forcément. Globalement? Pour notre première saison, on est contents! Comme dirait Louis, ça se fait pas en un jour!

Et celui qui n’est pas derrière l’étal, ne fait pas la grasse mat’ pour autant. A la ferme, il faut toujours biner, repiquer, désherber, re-biner, débroussailler, pailler, bricoler, réparer, inventer, gérer l’administratif… De ce côté-là, nous avons enfin reçu l’autorisation d’exploiter. C’est officiel, nous avons le droit de cultiver les terres que nous louons. Pour ceux qui en douteraient, on a effectivement pris un peu d’avance…. En termes d’administratif, nous avons participé à la disparition d’au moins une forêt lorsqu’il a fallu justifier de notre installation. La DJA ayant été accordée, il fallait que soit contrôlée l’installation effective de François. L’imprimante a tourné à plein régime: copies de la très grande majorité des factures justifiant de nos investissements, relevés bancaires… une forêt!

Du côté des légumes, juin a été marqué par la mise en place des légumes d’automne. Déjà? Oui, alors qu’on attendait fébrilement le rougissement des premières tomates, la première récolte d’aubergines, nous pensions aussi aux choux et aux poireaux! Parlez donc des poireaux à  Marion – notre copine en or qui est toujours là dans les bons moments. Comme le retournement du fumier! –  elle pourra vous expliquer comment les repiquer!

Nous avons aussi commencé à récolter un peu de pommes de terre nouvelles pour compléter notre étal. Bientôt, pour les Mona Lisa, il va falloir prévoir le chantier récolte! Heureusement Goldy est réparé et sera de la partie. Nous avons eu quelques soucis mécaniques avec notre copain articulé. Alors que François s’était (enfin) attaqué à la fauche du verger – Non pas que François ait traîné, mais plutôt que dans l’ordre des priorités, il y avait plus prioritaire – après quelques rangs, Goldy a tout bonnement décidé de … ne plus tourner! « Marine, le tracteur veut plus tourner, je redescends! » Évidemment, ce n’était pas prévu! Mais comme toujours, nous avons appelé Jean à la rescousse et en bon surhomme qu’il est, Goldy était sur roues dans un délai plus que raisonnable. Vous vous en doutez, désormais, le verger est tout propre, bien fauché! Heureusement car les abricots pointent leur nez et pour la récolte, c’est quand même plus sympa…

Et puis, il y a aussi eu l’arrivée des criquets et on s’en serait bien passé. Si les doryphores se chassent facilement, le criquet est sacrément plus vif! Ils se régalent des jeunes plants repiqués, sans trop faire les difficiles. Céleri, salade, chou, poireau, tout est bon! Si nous nous attendions au débarquement des doryphores, les criquets, on n’y avait pas pensé. Nous faisons donc tourner nos méninges à plein régime pour trouver une solution qui soit efficace et gérable… Quoi qu’il en soit, espérons que ça n’annonce pas les neuf autres plaies d’Egypte car les moustiques, la grêle, les grenouilles ou les furoncles, non merci!

En attendant, on continue comme ça et on en reparle fin juillet.

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Prendre le temps d’observer

Parfois, il faut savoir se contenter de regarder. C’est ce que nous faisons chaque jour. Chaque matin, avant d’attaquer la journée, nous faisons le tour de nos jardins et nous observons. C’est important de savoir regarder. Pour réagir quand les pucerons ou l’altise commencent à s’installer, remarquer les prémices de l’oïdium ou du mildiou, juger du besoin de désherbage, évaluer la croissance des plants et prévoir les futures récoltes, dénicher et faire sa fête au ver qui a eu raison de la salade… Chaque matin, nous observons donc pour décider et agir en conséquence. Et puis souvent, quand la journée s’est étirée et qu’elle est sur le point de se terminer, nous refaisons un tour. Pour le plaisir cette fois, pour la satisfaction du travail accompli. Et aussi pour se remplir les yeux de ces paysages et de cette ferme que nous avions imaginée et que, peu à peu, nous créons. Pour cette fois-ci donc, on vous propose de simplement regarder…

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En mai, fais ce que tu as imaginé!

Il y a bientôt un mois, je vous disais qu’il n’y avait pas que la serre dans la vie et que les premiers légumes étaient d’ores et déjà en terre. Depuis, il y a eu des surprises, des moments de doute – toujours ! – des légumes qui ont bien poussé, des rencontres et … nos premiers marchés! En un mois, il faut bien le dire, on a l’impression d’avoir avancé à pas de géants. François avec son 43 et moi, avec mon 36!

Il y a eu l’arrivée des abeilles, les nôtres cette fois-ci. Elles sont arrivées avec le mois de mai, par surprise! A la faveur de l’essaimage, ces dames ayant élu domicile dans un cerisier des Gaillards, François s’est empressé d’appeler Louis, notre propriétaire. Ses ruches étant un peu en contrebas de la maison, il était fort probable que ce soit un de ses essaims qui était en train de déménager. « Elles sont prêtes tes ruches, non? » Effectivement, nous avions retapé et nettoyé nos deux ruches mais, nous n’avions pas prévu de les remplir cette année. Chaque chose en son temps comme on dit. « Et ben, l’essaim tu le gardes, il est pour toi! »  Venu à la rescousse, pour aider François à mettre en boîte les demoiselles du cerisier, Louis en a profité pour visiter ses ruches et continuer la formation pratique de François. L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’ils n’avaient pas repéré un second essaim, un peu plus en contrebas. Ils ont remis ça, j’ai fait du sirop et voilà, nous avions deux ruches! Quelques jours plus tard, de nuit, nous les avons installées à la ferme. Résidence avec vue pour ces demoiselles qui sont  des alliées de taille pour la pollinisation de nos jardins…

Il aura fallu sortir la grande échelle pour mettre les demoiselles en boîte!

Avec le mois de mai, nous avons aussi vu débarquer les doryphores. On n’avait osé espérer ne pas les voir du tout, on s’était dit qu’on avait encore un peu de temps mais non! La chasse aux doryphores a donc été ouverte tôt cette année. Ces demoiselles, plutôt élégantes, s’attaquent aux pommes de terre et, plus globalement, à la (grande) famille des Solanacées. Elles grignotent les feuilles et ont l’art et la manière de s’enfouir dans le sol au moindre frimas. En bref, la plaie! « Mais du coup, en bio, vous faites comment? »  Comme nous ne connaissons pas de remède miracle, nous y passons du temps! Du temps, pour attraper et noyer les adultes et éliminer les œufs qui se cachent sous les feuilles. Nous n’y prenons aucun plaisir sadique, c’est fastidieux mais nous n’avons aucune envie de voir nos plants réduits à des bouts de tiges….

La chasse aux doryphores se fait souvent avec Oka qui, avouons-le, est loin d’être efficace!

En mai, il y a aussi eu les Saints de Glace, les fameux! Ceux que beaucoup d’anciens citent, ceux dont il faut se méfier, ceux avant lesquels il ne faut rien planter… Évidemment, on n’a pas attendu que passent les Saints de Glace pour planter mais on s’est méfié. Et on a bien fait! Une température au petit matin qui atteint timidement les 2°C, ce n’est jamais très apprécié des plantes. La neige n’était d’ailleurs pas si loin de chez nous, voire même toute proche! Il a donc fallu protéger les plus frileux déjà installés en plein champ. L’occasion de mener à 22h, un samedi soir, celle que nous avons baptisée « The pumpkin operation »! Jo, les courges et nous-mêmes te remercions!

Plastique sur les semis de haricots et de maïs doux, voile P17 pour les jeunes pousses et … les courges!

En mai, les légumes ont pris leurs aises. Surtout dans la serre, évidemment! Nous avons retrouvé les gestes délaissés le temps d’un hiver: biner, désherber, semer les radis chaque semaine, repiquer… Les Saints de Glace passés – « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée  » – les températures devenant douces, dans la serre, il a été temps de pailler. Puis de tuteurer tout ce petit monde grandissant…

Silence, ça pousse!

Tout occupés à nos légumes, nous avions laissé de côté l’opération clôture de la parcelle dédiée au maraîchage. Piquets et grillage attendaient patiemment dans le hangar et au fond du pré. Jusqu’à la visite surprise… des vaches du voisin! Plus de peur que de mal comme on dit et un bon coup de pied aux fesses. Le projet clôture est subitement revenu à l’ordre du jour. Et avec deux points d’exclamation sur notre tableau blanc où s’accumulent nos to-do-list! Heureusement pour nous, Paul, un copain de promo de François, avait justement prévu de venir passer trois jours chez nous. Bien lui en a pris, il a été embauché sur le champ! Avec François, ils ont usé – et non abusé – de la tarrière thermique pour poser les quelques 100 piquets et entamé sérieusement la pose du grillage! Depuis ce week-end fort fort sympathique – entre les piquets et le grillage, on a pris un peu de temps pour déguster des bières de la brasserie Longue Vie, à Saint-Victor, manger des beignets de fleurs d’acacias et grimper à Rochefort – Paul est désormais connu comme Pierre la Clôture! Depuis, il nous reste le portail à finaliser et il va falloir qu’on s’active. Hier après-midi, les vaches sont revenues. Elles ont gentiment longé la clôture jusqu’à trouver l’entrée… Provisoirement, François a posé 2 fils de fer et fait des petits fanions de rubalise. Il faut ce qu’il faut!

Pour ceux qui, comme moi il y a peu, se demandent à quoi ressemble une tarrière thermique!

Sous le soleil, les rois de la clôture œuvrent avec efficacité…

 Quand les copains viennent, il faut savoir les bichonner et se faire plaisir!

Notre première section de culture commençant à être bien remplie, à force de semis et de repiquage, nous avons décidé de débâcher la moitié de la section 5. Rappelez-vous, c’est la section de notre test d’occultation! François s’y est attelé, il y a environ une semaine. Alors? Le résultat est concluant: rien de tel pour éliminer la prairie et obtenir une belle terre. C’est beaucoup plus aisé et ça ne nécessite qu’un passage de motoculteur! Le pied quoi! On a donc prévu de remettre ça. La seule qui n’était pas ravie, c’est la couleuvre qui avait élu domicile sous la bâche. Elle a bien tenté de se rebeller contre les fraises du motoculteur, rien n’y a fait et elle s’est résignée à se planquer sous la moitié de bâche encore en place… Je ne suis toujours pas fan des serpents alors autant dire que quand je passe près de la bâche, j’essaie que mes bottes fassent trembler le sol comme le feraient des bottes de sept lieux!

Résultat de notre test d’occultation après un passage de motoculteur. Plutôt concluant!

Du côté de l’administration, une date était entourée en rouge sur notre calendrier. 22 mai = Passage en CDOA. C’est quoi ça? La Commission Départementale d’Orientation Agricole. C’est devant cette commission que devait être présenté le projet agricole de François – le nôtre quoi! – afin que les autorités compétentes statuent sur l’attribution ou non de la DJA – Dotation Jeune Agriculteur. Le dossier avait été déposé le 23 mars à la Chambre d’Agriculture mais jusqu’au bout, il aura fallu qu’on se justifie. Encore et toujours. Il faudrait que vous démontriez la viabilité de votre projet car le modèle défendu n’est pas classique. Quand on a reçu ce mail le 7 mai, on a fulminé. J’ai d’ailleurs fulminé tout au long de la rédaction de notre fameux argumentaire. Nous n’avons jamais eu l’impression d’être des pionniers, d’inventer quoi que ce soit. Le modèle de maraîchage sur petite surface, on ne l’a pas sorti du chapeau et pourtant, il a fallu, une fois encore, l’expliquer. J’ai donc calculé des indices, repris des données technico-économiques. Je suis même allée jusqu’à citer des travaux de thèses portant sur ce modèle. Non, nous n’avons pas envie d’augmenter nos surfaces pour produire plus, toujours plus. Oui, nous comptons en vivre mais nous basons nos réflexions sur la qualité et non la quantité. Sur les circuits-courts plutôt que sur le demi-gros et les intermédiaires. Il faudrait aussi que vous rédigiez quelque chose sur la commercialisation. Vous pensez que les gens sont intéressés par ça? Là encore, j’ai eu l’impression de répéter ce que nous avons expliqué depuis août dernier, date de notre première rencontre avec la conseillère de la Chambre… Le 22 mai, le verdict est tombé: DJA accordée! On a soufflé. Vraiment. On s’est posés des questions. Jusqu’au bout, malgré les banques qui nous répétaient que notre projet était cohérent et loin d’être farfelu. A force d’entendre que nous cumulions les mauvais points – installation hors cadre familial, création d’activité, modèle à risques, isolement – on en était venu à se dire qu’ils étaient capables de nous envoyer sur les roses. Évidemment, notre modèle étant « carrément foufou » et éloigné de leurs standards des années 70, nous avons une obligation de suivi particulier. Quelles modalités? Aucune idée… Maintenant que vous avez la DJA, il va falloir quand même que vous pensiez à noter ce que vous faites, que vous suiviez certains indicateurs, on va vous demander des comptes. Et plus qu’aux autres… Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous le faisons depuis le début. Oui, nous suivons précisément ce que nous mettons en place! Enfin, nous avons décidé de ne pas nous épuiser à argumenter vainement. Nous restons des originaux à leurs yeux , très bien. Néanmoins, les deux Pinocchio que nous sommes, sont bien décidés à montrer que les alternatives fonctionnent!

Et puis en mai, nous avons aussi été enquêtés par Nature & Progrès en vue de l’obtention de cette mention. 3 heures passées sur la ferme à expliquer notre démarche, notre vision de l’agriculture et nos choix. Beau projet cohérent et bien engagé. Lire ça sur la fiche de synthèse, ça fait plaisir! Résultat sous peu, François étant en ce moment-même à la Commission, à Privas.

Enfin le mois de mai tirant à sa fin, nous avons commencé… les marchés avec nos blettes, salades, radis, roquette et quelques bouquets d’aromatiques. Bien que nous ayons déjà fait les marchés l’an dernier, ces deux premières ont été riches en émotions. Une sorte d’aboutissement que de vendre nos premiers légumes. J’ai également fait nos premiers bons de livraison et édité notre première facture puisque nos salades, nos radis et notre roquette se retrouvent sur les tables de l’hôtel-restaurant Le Félicien. Espérons que ça dure!

 Saint-Félicien le dimanche, Annonay le mercredi… Et un étal qui va s’étoffer!

 Parce que l’esthétique est important pour nous, nous avons mis Ben à contribution pour personnaliser notre étal.

Et puis, il y a la floraison des fleurs des champs, l’arrivée de notre micro-tracteur baptisé Goldi le Goldoni, la création d’une zone dédiée aux aromatiques et aux fleurs, la fabrication des purins d’orties et de tomates, la mise en place des tomates de plein-champ, le début des travaux pour récupérer les eaux de pluie depuis le toit du bâtiment… Bref, en mai, on ne s’est pas ennuyés!

Filtration artisanale du purin d’orties et le nouveau membre de l’équipe, Goldi!

    Un de mes pêchers mignons: tirer le portrait des petites bêtes qui évoluent chez l’Abeille et la Blette!

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas que la serre dans la vie!

A force de raconter par le menu nos histoires – déboires – de serre, on aurait presque l’impression que rien d’autre de notable ne s’est passé depuis le début du montage. Comme si tout tournait autour de Dame Richel. Objection! Même si c’est un outil essentiel pour développer notre activité, il ne faut pas oublier qu’il s’est passé, en parallèle de ce gros chantier, une myriade de petites choses…

Du côté du verger, nous nous sommes régalés de l’évolution des bourgeons. Nous avons craint le gel mais finalement, il s’est invité un peu tôt, épargnant ce moment clé qu’est la floraison. Nous avons tremblé en pensant aux fleurs quand, un mardi de temps fou, la grêle elle n’a pas hésité à nous saluer. Plus de peur que de mal puisque sa visite éclair n’a eu comme seule conséquence que la chute, un peu aidée, des pétales. Les averses répétées ne nous ont pas facilité la tâche en ce qui concerne la lutte contre le monilia. Trouver une fenêtre de traitement a été un peu un casse-tête mais c’est le jeu ma pauvre Lucette! Nous continuons à observer et surveiller le développement des fruits, à espérer que le climat ne nous réserve pas de surprises et que la deuxième quinzaine de juillet rime avec récolte. Il suffit de pas grand chose pour qu’une récolte soit réduite à néant et ça, nous l’avons bien compris! Enfin, les abricotiers partagent désormais leur territoire avec des abeilles. Louis et Elodie, apiculteurs bio à Pailharès, ont installé une petite dizaine de leurs ruches au verger.

 

A chaque visite, le verger offre un nouveau visage…

En plein champ, sur la parcelle destinée au maraîchage, les choses ont aussi bien évolué. Nous avons délimité nos sections de culture. Chaque section de culture a une surface de 350 m² (35 m x 10 m) et se divise en 8 planches de culture, de 80 cm de large. Il a  fallu travailler le sol et éliminer la prairie. C’est à ce moment-là que le motoculteur a choisi de rendre l’âme. Une bobine d’allumage qui a décidé de ne plus rien allumer du tout. Heureusement, c’est dans les moments de galère qu’on se rend compte qu’on est entourés par de très chouettes êtres humains. Jean, notre réparateur préféré, qui a prêté à François un autre motoculteur pour qu’on ne reste pas coincés le temps d’investir dans un nouveau compagnon. Louis, le propriétaire de notre maison aux Gaillards rapidement devenu un nouveau grand-père, qui nous a prêté main forte en venant passer le rotavator. Pour l’anecdote, aux deux-tiers de la parcelle, le rotavator a lâché. La poisse je vous dis, la poisse! Enfin, les deux-tiers travaillés étant ceux qui nous intéressent pour cette année, on se dit que l’essentiel a été fait. Pour le reste, nous avons décidé de faire un test d’occultation. Nous avons donc posé une bâche noire – de la bâche à ensilage – sur une section complète. Nous allons laissé le temps et l’absence de lumière œuvrer pour détruire les végétaux bien à l’abri sous la dite-bâche. Si l’essai est concluant, cela nous permettrait de limiter le travail du sol…

Essai d’occultation en cours. Affaire à suivre!

Les sections délimitées, François a ensuite dressé les planches de culture et ainsi défini les passe-pieds. Nous avons ensuite continué à travailler à la motobineuse uniquement les planches de cultures. J’ai apprivoisé la bête qu’on appelle toujours le P’tit Der, en souvenir de Francis. Le sol affiné et amendé, ce sont les oignons qui ont été les premiers en terre. Ensuite, nous avons préparé la section des pommes de terre. Déjà bien germées, il était temps de les planter. C’est le moment de dire merci à ma Maman pour son sacré coup de main! On n’oublie pas cette phrase prononcée avec entrain « moi j’aime bien planter les patates, je veux bien le refaire l’an prochain ».

Après le chantier serre, il a fallu se pencher très sérieusement sur le chantier du système d’irrigation. Oui parce que sans eau, on ne va pas bien loin en maraîchage! Nous y avons longuement réfléchi cet hiver. Nous l’avons imaginé, pensé puis ré-imaginé, repensé. Nous l’avons voulu modulable et adaptable aux évolutions prévues dans le temps. Par exemple, chaque année, les sections mises en culture seront différentes et nous voulons pouvoir passer de l’aspersion au goutte-à-goutte facilement. L’entreprise avec laquelle nous travaillons est particulièrement professionnelle et ça nous change la vie après nos histoires de serre…

Dans un premier temps, nous avons installé le réservoir souple. Rempli via le réseau gravitaire qui chemine depuis la réserve collinaire, il nous permet de stocker 40 m3.

Le réservoir souple a enfin pris place sur la plateforme qui lui était réservée….

Ensuite, il a bien fallu qu’on rentre dans le vif du sujet: pompe, ballon, filtres, tuyaux, raccords, téflon et compagnie! Nous avons profité de 4 mains supplémentaires – merci Papa et Maman, encore! – pour le montage de l’ensemble des asperseurs. François s’est chargé de la partie électrique pendant que j’étais préposée aux colliers de prise en charge pour le goutte-à-goutte.

Préposée au téflon.

Montage des asperseurs de la serre et bonjour les ampoules!

 Montage des asperseurs de plein-champ et pose des colliers pour le goutte-à-goutte.

Puis est venu le moment fatidique, le moment où on a mis la pompe en marche. Ça peut paraître anodin, c’est un bouton noir sur un petit boîtier tout bête mais on a retenu notre respiration. Allez savoir ce qui peut arriver hein! Globalement, tout fonctionne, ouf. Il y a quand même des petits ajustements à prévoir parce qu’on a beau y réfléchir beaucoup, la réalité est toujours bonne conseillère. Il faut resserrer à quelques endroits, poser une vanne là et puis un collier de prise en charge ici, déplacer le filtre qui arrive au réservoir. Nous, on veut du pratique et si on peut s’économiser quelques minutes ou simplement s’éviter des tâches qui deviendraient réellement ennuyantes – comme nettoyer le filtre à bout de bras – et bien, on est partants pour quelques petites modifications!

Et…ça fonctionne!

Qui dit serre et système d’irrigation opérationnels, dit possibilités de cultiver! Go, go, go pour les légumes, on est déjà bien assez en retard! Après avoir amendé les planches de culture, il était temps de mettre les mains dans la terre. Enfin! Nous sommes donc allés récupérer notre première commande de plants chez le pépiniériste, du côté de Chateauneuf-sur-Isère. Youpi! Et puis, nous avions aussi à repiquer les plants que j’avais semés dans notre jolie pépinière aux Gaillards. Enfin, du maraîchage!

Il commençait à y avoir du monde…

  Roquette, feuille de chêne, physalis, oeillet d’Inde, betterave rouge, basilic, tomates…

Nous avons également repiqué quelques plants en plein champ. Les oignons commençaient à trouver le temps long tout seuls!

Du côté des oignons, on attend les copains!

François a aussi fabriqué des cloches avec des fûts en plastique, récupérés dans une petite brasserie artisanale pas loin d’ici. Elles nous servent déjà à protéger les physalis plantés en plein champ. On a aussi aménagé le bâtiment, ramené du gravier, installé Bianca, notre fidèle caravane. On se sent un peu plus chez nous et c’est bien agréable.  Et puis depuis un mois, nous avons une nouvelle assistante. Elle s’appelle Oka et elle fait du bien au moral quand les couacs s’accumulent. Il lui reste à apprendre à ne pas marcher sur les planches de culture mais ça, c’est une autre histoire!

 Nouveau terrain de jeu et d’expérimentation!

La serre est presque derrière nous – il y a toujours des menus travaux à faire pour dormir plus sereinement en cas de grand vent – et les premiers légumes sont en terre. On espère que la plus chouette partie de l’aventure est devant nous et quand on regarde par dessus notre épaule, on se dit qu’on a déjà bien avancé!

Réussir à prendre le temps de se poser et de souffler…

Et pour finir, le sourire d’Oka ou l’enthousiasme à toute épreuve!

La serre-tunnel: on en a vu le bout!

La dernière fois que je vous donnais des nouvelles, la serre était montée et nous attendions, fébrilement, les demi-lunes pour enfin voir le bout de ce satané tunnel. Pour mémoire, les demi-lunes qu’on nous avait conseillé de monter, avaient été déchiquetées par une nuit de grand vent. On nous avait annoncé un délai de 48 heures pour recevoir les nouvelles. Au bout de 3 jours, aucun livreur n’ayant pointé son nez, François a eu la surprise d’apprendre que notre commercial préféré était parti pour quinze jours de congé. Très franchement, nous étions déjà assez remontés et nous avons pris cette cachotterie, un peu de travers. Quoi qu’il en soit, au fond, ce qui nous importait alors ce n’était pas les vacances de celui que j’avais déjà rayé de la liste des gens avec qui travailler, mais plutôt nos fameuses demi-lunes. « J’ai eu Richel, elles arrivent ». « Elles arrivent ». Par deux fois, à force de harcèlement téléphonique, un autre commercial nous a assuré que tout était en ordre, qu’on serait bien livré directement. Alors, on a continué à attendre. Mais, il fallait se rendre à l’évidence, aucun signe de vie de nos morceaux de plastique renforcé… Les prévisions météos, surveillées comme le lait sur le feu, annonçaient une belle fenêtre pour le bâchage mais, sans demi-lunes, pas de bâchage possible. François a rappelé une énième fois le commercial, nous étions un vendredi, il était 16 heures. « Ah, en fait, je viens d’avoir Richel. Ils ne les avaient pas en stock. Elles sont donc en fabrication, ils les recevront semaine 17, vous pourrez les avoir semaine 18 ».

Passée la minute d’effondrement – la semaine 18 c’est la première semaine de mai et nous étions le 13 avril! – la colère s’est alors installée bien confortablement dans nos têtes. Les « elles arrivent » résonnaient comme la preuve d’avoir bel et bien été pris pour des pigeons. Si nous n’avons foncièrement rien contre ces volatiles, il faut bien se le dire, ça ne nous a pas fait  plaisir. Pas plaisir du tout. Si la colère n’est pas un moteur qui nous plaît, force est de constater qu’elle fait quand même réagir. J’ai donc eu le reflex d’appeler ma Maman – et oui à bientôt 30 ans – qui a très immédiatement fait jouer son réseau – une histoire de directeur régional, de groupe et de dépôts. Une demi-heure plus tard, nous avions le numéro de téléphone du directeur des deux commerciaux et François pouvait enfin demander des explications. « Je vais essayer de comprendre… » Soit, ça n’arrangeait pas nos histoires de demi-lunes. C’est finalement durant le week-end, en discutant avec Jean-Claude, qu’on a décidé que le plan B serait de bricoler des demi-lunes avec du plastique  classique. Nous étions déjà bien assez en retard pour prendre encore 2 semaines dans la vue. Le lundi, tout début de journée, François appelait déjà le fameux directeur pour exiger du plastique, le mardi soir le bonhomme était à Pojot avec le dit-plastique. « Oh bah dans 15 jours vous pourrez les monter vos demi-lunes ». Mais bien-sûr! Quand on sait que pour cela il faut démonter puis remonter les pignons, les portes et déclipser la bâche principale, nous on espère que ça tienne au moins la saison… Rien que de l’écrire, ça m’énerve! Enfin, il faut savoir être résilient et s’adapter aux situations problématiques.

Vous allez me dire, et cette bâche alors? Elle est posée! Alléluiah! Allez je vous raconte, qu’on en voit le bout de ce tunnel!

Revenons au lundi, en fin d’après-midi François étant sûr de recevoir de quoi bricoler des demi-lunes le mardi, il fallait prévoir donc notre chantier de bâchage . Les conditions annoncées pour le mercredi matin étaient optimales: soleil et pas un brin de vent! Jean-Claude était disponible pour nous aider, c’était donc LA matinée. Bon à trois paires de bras, il ne faut pas se leurrer, c’est bien trop optimiste alors François a joué du téléphone. Lundi soir, nous étions plein d’une belle énergie, trois autres personnes étaient de la partie: Alain, notre voisin éleveur de vaches allaitantes, Médéric l’associé d’Anthony, un autre voisin éleveur caprin avec qui nous avons un arrangement « du fumier pour des terres » et Elodie, apicultrice du côté de Pailharès. Nous avions presque envie d’envoyer un message à notre conseillère de la chambre d’agriculture qui nous a très souvent répété que nous partions avec le handicap d’être isolés! Ma foi, on se sent plutôt bien accueillis et épaulés pour deux âmes esseulées à Saint-Félicien. Mardi soir, après une session pâtisserie – il faut bien offrir un peu de douceur pour ceux qui retroussent leurs manches – rendez-vous était donc pris pour le mercredi matin, à 8 heures.

C’est donc sous un beau soleil, sans un brin de vent que nous avons pu enfin habiller Dame Richel. François s’était creusé la tête pour trouver le meilleur moyen de dérouler, à près de 4 mètres de haut, le plastique – un seul morceau de 45 mètres – et ça a payé: à 10 heures, les gâteaux avaient pris une claque, le café aussi et la bâche était posée et sécurisée! Bonne humeur et énergie, un cocktail qui a fait ses preuves!

Une fois la bâche déroulée, il faut…la déplier!

Après ça, nous en avons eu encore pour deux bonnes journées de travail pour en finir avec la serre. Finir de poser les clés des clips permettant de fixer la bâche et le filet brise-vent, enterrer les bavettes et ce filet, monter les deux enroulements latéraux et finir par les portes.

Les derniers écrou-freins sont pour les portes…

On a finalement vu le bout du tunnel et il était temps! Pour l’anecdote, à l’heure où j’écris, nous n’avons pas encore reçu les demi-lunes et on se dit qu’on a bien fait de ne pas les attendre…

Sûrement, un des premiers visiteurs…

 

 

Monter une serre, c’est loin d’être une sinécure!

Après la pépinière, celle qu’on attendait avec plus que de l’impatience, c’était la serre. Dame Richel, la fameuse. Semaine 10, puis semaine 11, finalement, elle s’est faite désirer jusqu’au début de la semaine 12. Elle est arrivée jusqu’à Pojot, en vrac. Une sorte d’énorme Kinder Surprise mais sans le chocolat. Et des surprises, elle nous en a réservées. On espère d’ailleurs qu’il n’y en aura plus d’ici la pose des plastiques…

La première petite blague a été la livraison sans la notice de montage. Autant vous dire qu’à part regarder le contenu de chaque petit carton et présumer de l’utilité des pièces découvertes, le premier jour, nous n’avons pas pu faire grand chose… Le livret reçu – un beau pavé qui s’avère en réalité fort mal fichu – nous avons pu nous attaquer dans un premier temps à l’implantation. Cordeaux, piquets et double décamètre ont été nos meilleurs alliés pendant cette étape. Une fois l’implantation réalisée, nous avons retroussé nos manches, enfoncé nos bonnets sur nos oreilles – il faisait évidemment un froid de canard sinon ce n’est pas drôle – et commencé à trimballer les pièces sur le terrain. Il va sans dire que le but était de disposer de façon logique et intelligente les pièces afin de se faciliter la tâche lors du montage.

L’ensemble des pièces est disposé in-situ afin de limiter au maximum les déplacements lors du montage.

Après l’implantation et la manutention, il était temps de rentrer dans le vif du sujet et de s’attaquer au montage à proprement parler. Tout commence par la mise en place au sol des entretoises et des supports dans lesquels viennent se ficher les arceaux. Évidemment, c’est plus encombrant que la surprise d’un Kinder ou qu’une boîte de Lego, mais le principe reste assez similaire et ludique. Enfin jusqu’à l’amarrage!

Une croix, une entretoise, une croix, une entretoise et toujours 9,30 m de largeur attention!

Le système d’ancrage est basé sur des amarres à percussion. Au total, pour fixer au sol la structure, il aura fallu à François planté pas moins de 71 amarres. La soixante-douzième a fait de la résistance et a eu raison de l’obstination de François. Bon, c’est loin de se planter tout seul et il y a eu des moments où, malgré mes blagues toujours très drôles pour détendre l’atmosphère, François en a eu ras la casquette, enfin le bonnet. Quoi qu’il en soit, on s’en est pas trop mal tiré, François tapant, frappant comme un forcené sur le mandrin et moi, fixant les dites amarres à la structure avec les cavaliers qui vont bien.

 

La structure amarrée, nous avons entrepris de lever les arceaux. C’est la partie qui reste sûrement la plus impressionnante – la hauteur de l’arceau est de 3,95 mètres – et gratifiante du travail. Oui, ça se voit! Pour fixer les entretoises, nous avons du rapidement faire face à l’absence cruelle d’un outil de taille: l’échafaudage! Oui, c’est pas si facile de fixer les entretoises à près de 4 mètres de hauteur, perché sur un escabeau. François a donc fait un aller-retour express dans la vallée – ça y est, on parle comme les locaux – et nous avons monté en deux temps trois mouvements le fameux échafaudage.

Quand la journée se termine avec le soleil et deux arceaux levés, ça donne ça: la fatigue et la banane!

Nous avons continué à lever les arceaux et le vendredi soir, les 18 étaient debout. C’est alors que les renforts sont arrivés et ça, ça fait du bien!!! Aux bras et au moral. Parce que si visuellement, il semble qu’une grosse part du boulot est torchée quand les arceaux sont levés, il faut se rendre compte que c’est loin d’être fini. Il reste les supports de cultures, les renforts, les rails pour les aérations, les pignons… Bref, du pain sur la planche! Alors avoir du soutien, des paires de bras en plus, c’est loin, bien loin, d’être négligeable. Et puis ça permet d’avancer sur d’autres menus détails. Pendant qu’Antoine et François fixaient les renforts pour les extrémités, avec Marion, on papotait en retournant les 5 tonnes de fumier qui compostent sur le fond de la parcelle. Une paille! Pendant qu’Antoine, mon Papa et François, s’attaquaient aux supports de culture et aux renforts latéraux, Marion, ma Maman et moi, on chargeait le bois de taille du verger sur la remorque de Jean-Claude afin de les évacuer – dans un futur plus ou moins proche, il est prévu qu’on brûle tout ça. Une autre paille!

  Les travaux avec la famille et les copains, c’est toujours la fatigue et la banane!

C’est pendant ce week-end plein d’entrain que nous avons eu droit à une première surprise: il manquait l’ensemble des cavaliers pour finaliser la fixation des supports de culture. Quoi? Vous n’avez pas vérifié les colis à la livraison? Eh bien figurez-vous que nous n’avons pas eu de liste complète du matériel, nous n’avons donc pas pu vérifier… Une surprise qui coupe un peu l’entrain. Vérification faite, effectivement, c’était bien un oubli. Le technico-commercial s’est donc offert une petite ballade à Saint-Félicien pour nous amener les fameux cavaliers. François en a d’ailleurs profité pour évoquer les incohérences de la notice de montage, notamment sur une sombre histoire de hauteur d’ouverture latérale. Effectivement, vous avez raison, c’est pas logique! Bon, soit, il en faut plus pour nous décourager!

La surprise suivante est arrivée deux jours plus tard. Encore une? Oui, cette fois-ci, c’est de vis dont nous manquions… et que nous avons du racheter pour ne pas prendre trop de retard. A ce stade-là, pour ma part, j’en avais déjà ras la crêpe de Dame Richel et qu’une seule hâte, qu’elle soit bâchée, fonctionnelle et qu’on puisse repiquer. François était plus motivé, il faut dire qu’il devait l’être pour deux. Il s’est attaqué au perçage-vissage, non content d’avoir reçu sa nouvelle meilleure amie – la visseuse Festool – car les vis autoforantes c’est du costaud. Sa motivation en a pris un coup quand il s’est rendu compte que pour fixer les rails dans lesquels se clipse le plastique, il fallait un embout carré, non standard. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Heureusement que l’atelier de Louis – le propriétaire de notre maison – est une caverne d’Ali Baba! Il a pu nous dépanner. Enfin, Jean-Claude s’était déjà proposé pour en acheter un en sortant du travail, ce qui nous aurait évité un aller-retour dans la vallée…On est bien entourés et ça fait plaisir!

A ce stade-là, nous avions déjà monté les pignons. Petite particularité, il fallait déjà y fixer une demi-lune de bâche plastique. Pas de souci, ça craint rien. Il suffit de les attacher. Le technico-commercial ayant donné à François le feu vert, nous avions donc pris le parti d’avancer. Dernière surprise en date? Pas plus tard qu’il y a une semaine, mardi matin dernier, quand après une nuit bien ventée, nous avons eu la joie, que dis-je, la très grande joie de découvrir nos fameuses demi-lunes…complètement déchirées! C’est donc avec ravissement que nous avons du démonter les pignons et recommander des demi-lunes de bâche. Vous imaginez notre humeur et le baromètre de notre moral… Je me suis offert le luxe de me manger une des pièces du pignon en pleine tête et j’arbore donc une superbe bosse sur le front. Le pompon en somme!

En conclusion, c’est acté, on en a ras la crêpe du montage de cette serre qui prend des airs de cauchemar… A l’heure actuelle, tout est vissé, les tranchées pour enterrer les bavettes sont faites, les rails pour clipser les plastiques posés. Bref, on attend donc les demi-lunes et la fameuse « fenêtre de beau temps » qui nous permettra de poser les plastiques et plus globalement d’oublier toutes les surprises que nous aura réservées Dame Richel…

Une chose est sûre, on ne compte pas se reconvertir dans le montage de serres!