Le mois de juin? Pas vu passer!

Nous voilà déjà en juillet et nous avons l’impression de ne pas avoir vu passer le mois de juin. Pourtant, il s’en est passé des choses! Comme toujours, il est bon de jeter un œil par dessus son épaule. Histoire de regarder ce qui a été accompli et ne pas toujours voir ce qu’il reste à faire!  Ce qu’il faudra faire, ce qu’il faudrait faire… Les conjugaisons prennent ici toutes leurs nuances! On apprécie aussi de faire très régulièrement des photos. Pour vous, « aujourd’hui je prends l’appareil. Comme ça, on pourra mettre quelques photos sur le site » et pour nous. Pour se rendre compte à quel point tout évolue et à quel point tout évolue VITE.

En mai, nous faisions nos premiers marchés. A deux, pour que les gens impriment nos deux bobines. En juin, nous avons continué les marchés mais en solo. Chacun son tour. Nos bobines commencent à être enregistrées, nos liens aussi – « Mais la semaine dernière c’était un grand jeune homme qui était à votre place? Oui c’est mon compagnon, François. Ah c’est votre mari et du coup, vous l’avez mis au jardin aujourd’hui, vous avez bien fait! ». Enfin, parfois, on peut avoir des surprises! « Vous êtes nouvelle non? Oui, la semaine dernière vous avez peut-être vu mon compagnon, François. Ah oui! Il est pas très grand, avec des petites lunettes non? «  A chacun son référentiel, mais François est très souvent qualifié de grand. Pour ce qui est des lunettes, il n’essaie pas de se créer un personnage. Du moins, pas jusqu’à maintenant! Les marchés donc se suivent, ne se ressemblent pas forcément. Globalement? Pour notre première saison, on est contents! Comme dirait Louis, ça se fait pas en un jour!

Et celui qui n’est pas derrière l’étal, ne fait pas la grasse mat’ pour autant. A la ferme, il faut toujours biner, repiquer, désherber, re-biner, débroussailler, pailler, bricoler, réparer, inventer, gérer l’administratif… De ce côté-là, nous avons enfin reçu l’autorisation d’exploiter. C’est officiel, nous avons le droit de cultiver les terres que nous louons. Pour ceux qui en douteraient, on a effectivement pris un peu d’avance…. En termes d’administratif, nous avons participé à la disparition d’au moins une forêt lorsqu’il a fallu justifier de notre installation. La DJA ayant été accordée, il fallait que soit contrôlée l’installation effective de François. L’imprimante a tourné à plein régime: copies de la très grande majorité des factures justifiant de nos investissements, relevés bancaires… une forêt!

Du côté des légumes, juin a été marqué par la mise en place des légumes d’automne. Déjà? Oui, alors qu’on attendait fébrilement le rougissement des premières tomates, la première récolte d’aubergines, nous pensions aussi aux choux et aux poireaux! Parlez donc des poireaux à  Marion – notre copine en or qui est toujours là dans les bons moments. Comme le retournement du fumier! –  elle pourra vous expliquer comment les repiquer!

Nous avons aussi commencé à récolter un peu de pommes de terre nouvelles pour compléter notre étal. Bientôt, pour les Mona Lisa, il va falloir prévoir le chantier récolte! Heureusement Goldy est réparé et sera de la partie. Nous avons eu quelques soucis mécaniques avec notre copain articulé. Alors que François s’était (enfin) attaqué à la fauche du verger – Non pas que François ait traîné, mais plutôt que dans l’ordre des priorités, il y avait plus prioritaire – après quelques rangs, Goldy a tout bonnement décidé de … ne plus tourner! « Marine, le tracteur veut plus tourner, je redescends! » Évidemment, ce n’était pas prévu! Mais comme toujours, nous avons appelé Jean à la rescousse et en bon surhomme qu’il est, Goldy était sur roues dans un délai plus que raisonnable. Vous vous en doutez, désormais, le verger est tout propre, bien fauché! Heureusement car les abricots pointent leur nez et pour la récolte, c’est quand même plus sympa…

Et puis, il y a aussi eu l’arrivée des criquets et on s’en serait bien passé. Si les doryphores se chassent facilement, le criquet est sacrément plus vif! Ils se régalent des jeunes plants repiqués, sans trop faire les difficiles. Céleri, salade, chou, poireau, tout est bon! Si nous nous attendions au débarquement des doryphores, les criquets, on n’y avait pas pensé. Nous faisons donc tourner nos méninges à plein régime pour trouver une solution qui soit efficace et gérable… Quoi qu’il en soit, espérons que ça n’annonce pas les neuf autres plaies d’Egypte car les moustiques, la grêle, les grenouilles ou les furoncles, non merci!

En attendant, on continue comme ça et on en reparle fin juillet.

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Prendre le temps d’observer

Parfois, il faut savoir se contenter de regarder. C’est ce que nous faisons chaque jour. Chaque matin, avant d’attaquer la journée, nous faisons le tour de nos jardins et nous observons. C’est important de savoir regarder. Pour réagir quand les pucerons ou l’altise commencent à s’installer, remarquer les prémices de l’oïdium ou du mildiou, juger du besoin de désherbage, évaluer la croissance des plants et prévoir les futures récoltes, dénicher et faire sa fête au ver qui a eu raison de la salade… Chaque matin, nous observons donc pour décider et agir en conséquence. Et puis souvent, quand la journée s’est étirée et qu’elle est sur le point de se terminer, nous refaisons un tour. Pour le plaisir cette fois, pour la satisfaction du travail accompli. Et aussi pour se remplir les yeux de ces paysages et de cette ferme que nous avions imaginée et que, peu à peu, nous créons. Pour cette fois-ci donc, on vous propose de simplement regarder…

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En mai, fais ce que tu as imaginé!

Il y a bientôt un mois, je vous disais qu’il n’y avait pas que la serre dans la vie et que les premiers légumes étaient d’ores et déjà en terre. Depuis, il y a eu des surprises, des moments de doute – toujours ! – des légumes qui ont bien poussé, des rencontres et … nos premiers marchés! En un mois, il faut bien le dire, on a l’impression d’avoir avancé à pas de géants. François avec son 43 et moi, avec mon 36!

Il y a eu l’arrivée des abeilles, les nôtres cette fois-ci. Elles sont arrivées avec le mois de mai, par surprise! A la faveur de l’essaimage, ces dames ayant élu domicile dans un cerisier des Gaillards, François s’est empressé d’appeler Louis, notre propriétaire. Ses ruches étant un peu en contrebas de la maison, il était fort probable que ce soit un de ses essaims qui était en train de déménager. « Elles sont prêtes tes ruches, non? » Effectivement, nous avions retapé et nettoyé nos deux ruches mais, nous n’avions pas prévu de les remplir cette année. Chaque chose en son temps comme on dit. « Et ben, l’essaim tu le gardes, il est pour toi! »  Venu à la rescousse, pour aider François à mettre en boîte les demoiselles du cerisier, Louis en a profité pour visiter ses ruches et continuer la formation pratique de François. L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’ils n’avaient pas repéré un second essaim, un peu plus en contrebas. Ils ont remis ça, j’ai fait du sirop et voilà, nous avions deux ruches! Quelques jours plus tard, de nuit, nous les avons installées à la ferme. Résidence avec vue pour ces demoiselles qui sont  des alliées de taille pour la pollinisation de nos jardins…

Il aura fallu sortir la grande échelle pour mettre les demoiselles en boîte!

Avec le mois de mai, nous avons aussi vu débarquer les doryphores. On n’avait osé espérer ne pas les voir du tout, on s’était dit qu’on avait encore un peu de temps mais non! La chasse aux doryphores a donc été ouverte tôt cette année. Ces demoiselles, plutôt élégantes, s’attaquent aux pommes de terre et, plus globalement, à la (grande) famille des Solanacées. Elles grignotent les feuilles et ont l’art et la manière de s’enfouir dans le sol au moindre frimas. En bref, la plaie! « Mais du coup, en bio, vous faites comment? »  Comme nous ne connaissons pas de remède miracle, nous y passons du temps! Du temps, pour attraper et noyer les adultes et éliminer les œufs qui se cachent sous les feuilles. Nous n’y prenons aucun plaisir sadique, c’est fastidieux mais nous n’avons aucune envie de voir nos plants réduits à des bouts de tiges….

La chasse aux doryphores se fait souvent avec Oka qui, avouons-le, est loin d’être efficace!

En mai, il y a aussi eu les Saints de Glace, les fameux! Ceux que beaucoup d’anciens citent, ceux dont il faut se méfier, ceux avant lesquels il ne faut rien planter… Évidemment, on n’a pas attendu que passent les Saints de Glace pour planter mais on s’est méfié. Et on a bien fait! Une température au petit matin qui atteint timidement les 2°C, ce n’est jamais très apprécié des plantes. La neige n’était d’ailleurs pas si loin de chez nous, voire même toute proche! Il a donc fallu protéger les plus frileux déjà installés en plein champ. L’occasion de mener à 22h, un samedi soir, celle que nous avons baptisée « The pumpkin operation »! Jo, les courges et nous-mêmes te remercions!

Plastique sur les semis de haricots et de maïs doux, voile P17 pour les jeunes pousses et … les courges!

En mai, les légumes ont pris leurs aises. Surtout dans la serre, évidemment! Nous avons retrouvé les gestes délaissés le temps d’un hiver: biner, désherber, semer les radis chaque semaine, repiquer… Les Saints de Glace passés – « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée  » – les températures devenant douces, dans la serre, il a été temps de pailler. Puis de tuteurer tout ce petit monde grandissant…

Silence, ça pousse!

Tout occupés à nos légumes, nous avions laissé de côté l’opération clôture de la parcelle dédiée au maraîchage. Piquets et grillage attendaient patiemment dans le hangar et au fond du pré. Jusqu’à la visite surprise… des vaches du voisin! Plus de peur que de mal comme on dit et un bon coup de pied aux fesses. Le projet clôture est subitement revenu à l’ordre du jour. Et avec deux points d’exclamation sur notre tableau blanc où s’accumulent nos to-do-list! Heureusement pour nous, Paul, un copain de promo de François, avait justement prévu de venir passer trois jours chez nous. Bien lui en a pris, il a été embauché sur le champ! Avec François, ils ont usé – et non abusé – de la tarrière thermique pour poser les quelques 100 piquets et entamé sérieusement la pose du grillage! Depuis ce week-end fort fort sympathique – entre les piquets et le grillage, on a pris un peu de temps pour déguster des bières de la brasserie Longue Vie, à Saint-Victor, manger des beignets de fleurs d’acacias et grimper à Rochefort – Paul est désormais connu comme Pierre la Clôture! Depuis, il nous reste le portail à finaliser et il va falloir qu’on s’active. Hier après-midi, les vaches sont revenues. Elles ont gentiment longé la clôture jusqu’à trouver l’entrée… Provisoirement, François a posé 2 fils de fer et fait des petits fanions de rubalise. Il faut ce qu’il faut!

Pour ceux qui, comme moi il y a peu, se demandent à quoi ressemble une tarrière thermique!

Sous le soleil, les rois de la clôture œuvrent avec efficacité…

 Quand les copains viennent, il faut savoir les bichonner et se faire plaisir!

Notre première section de culture commençant à être bien remplie, à force de semis et de repiquage, nous avons décidé de débâcher la moitié de la section 5. Rappelez-vous, c’est la section de notre test d’occultation! François s’y est attelé, il y a environ une semaine. Alors? Le résultat est concluant: rien de tel pour éliminer la prairie et obtenir une belle terre. C’est beaucoup plus aisé et ça ne nécessite qu’un passage de motoculteur! Le pied quoi! On a donc prévu de remettre ça. La seule qui n’était pas ravie, c’est la couleuvre qui avait élu domicile sous la bâche. Elle a bien tenté de se rebeller contre les fraises du motoculteur, rien n’y a fait et elle s’est résignée à se planquer sous la moitié de bâche encore en place… Je ne suis toujours pas fan des serpents alors autant dire que quand je passe près de la bâche, j’essaie que mes bottes fassent trembler le sol comme le feraient des bottes de sept lieux!

Résultat de notre test d’occultation après un passage de motoculteur. Plutôt concluant!

Du côté de l’administration, une date était entourée en rouge sur notre calendrier. 22 mai = Passage en CDOA. C’est quoi ça? La Commission Départementale d’Orientation Agricole. C’est devant cette commission que devait être présenté le projet agricole de François – le nôtre quoi! – afin que les autorités compétentes statuent sur l’attribution ou non de la DJA – Dotation Jeune Agriculteur. Le dossier avait été déposé le 23 mars à la Chambre d’Agriculture mais jusqu’au bout, il aura fallu qu’on se justifie. Encore et toujours. Il faudrait que vous démontriez la viabilité de votre projet car le modèle défendu n’est pas classique. Quand on a reçu ce mail le 7 mai, on a fulminé. J’ai d’ailleurs fulminé tout au long de la rédaction de notre fameux argumentaire. Nous n’avons jamais eu l’impression d’être des pionniers, d’inventer quoi que ce soit. Le modèle de maraîchage sur petite surface, on ne l’a pas sorti du chapeau et pourtant, il a fallu, une fois encore, l’expliquer. J’ai donc calculé des indices, repris des données technico-économiques. Je suis même allée jusqu’à citer des travaux de thèses portant sur ce modèle. Non, nous n’avons pas envie d’augmenter nos surfaces pour produire plus, toujours plus. Oui, nous comptons en vivre mais nous basons nos réflexions sur la qualité et non la quantité. Sur les circuits-courts plutôt que sur le demi-gros et les intermédiaires. Il faudrait aussi que vous rédigiez quelque chose sur la commercialisation. Vous pensez que les gens sont intéressés par ça? Là encore, j’ai eu l’impression de répéter ce que nous avons expliqué depuis août dernier, date de notre première rencontre avec la conseillère de la Chambre… Le 22 mai, le verdict est tombé: DJA accordée! On a soufflé. Vraiment. On s’est posés des questions. Jusqu’au bout, malgré les banques qui nous répétaient que notre projet était cohérent et loin d’être farfelu. A force d’entendre que nous cumulions les mauvais points – installation hors cadre familial, création d’activité, modèle à risques, isolement – on en était venu à se dire qu’ils étaient capables de nous envoyer sur les roses. Évidemment, notre modèle étant « carrément foufou » et éloigné de leurs standards des années 70, nous avons une obligation de suivi particulier. Quelles modalités? Aucune idée… Maintenant que vous avez la DJA, il va falloir quand même que vous pensiez à noter ce que vous faites, que vous suiviez certains indicateurs, on va vous demander des comptes. Et plus qu’aux autres… Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous le faisons depuis le début. Oui, nous suivons précisément ce que nous mettons en place! Enfin, nous avons décidé de ne pas nous épuiser à argumenter vainement. Nous restons des originaux à leurs yeux , très bien. Néanmoins, les deux Pinocchio que nous sommes, sont bien décidés à montrer que les alternatives fonctionnent!

Et puis en mai, nous avons aussi été enquêtés par Nature & Progrès en vue de l’obtention de cette mention. 3 heures passées sur la ferme à expliquer notre démarche, notre vision de l’agriculture et nos choix. Beau projet cohérent et bien engagé. Lire ça sur la fiche de synthèse, ça fait plaisir! Résultat sous peu, François étant en ce moment-même à la Commission, à Privas.

Enfin le mois de mai tirant à sa fin, nous avons commencé… les marchés avec nos blettes, salades, radis, roquette et quelques bouquets d’aromatiques. Bien que nous ayons déjà fait les marchés l’an dernier, ces deux premières ont été riches en émotions. Une sorte d’aboutissement que de vendre nos premiers légumes. J’ai également fait nos premiers bons de livraison et édité notre première facture puisque nos salades, nos radis et notre roquette se retrouvent sur les tables de l’hôtel-restaurant Le Félicien. Espérons que ça dure!

 Saint-Félicien le dimanche, Annonay le mercredi… Et un étal qui va s’étoffer!

 Parce que l’esthétique est important pour nous, nous avons mis Ben à contribution pour personnaliser notre étal.

Et puis, il y a la floraison des fleurs des champs, l’arrivée de notre micro-tracteur baptisé Goldi le Goldoni, la création d’une zone dédiée aux aromatiques et aux fleurs, la fabrication des purins d’orties et de tomates, la mise en place des tomates de plein-champ, le début des travaux pour récupérer les eaux de pluie depuis le toit du bâtiment… Bref, en mai, on ne s’est pas ennuyés!

Filtration artisanale du purin d’orties et le nouveau membre de l’équipe, Goldi!

    Un de mes pêchers mignons: tirer le portrait des petites bêtes qui évoluent chez l’Abeille et la Blette!

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas que la serre dans la vie!

A force de raconter par le menu nos histoires – déboires – de serre, on aurait presque l’impression que rien d’autre de notable ne s’est passé depuis le début du montage. Comme si tout tournait autour de Dame Richel. Objection! Même si c’est un outil essentiel pour développer notre activité, il ne faut pas oublier qu’il s’est passé, en parallèle de ce gros chantier, une myriade de petites choses…

Du côté du verger, nous nous sommes régalés de l’évolution des bourgeons. Nous avons craint le gel mais finalement, il s’est invité un peu tôt, épargnant ce moment clé qu’est la floraison. Nous avons tremblé en pensant aux fleurs quand, un mardi de temps fou, la grêle elle n’a pas hésité à nous saluer. Plus de peur que de mal puisque sa visite éclair n’a eu comme seule conséquence que la chute, un peu aidée, des pétales. Les averses répétées ne nous ont pas facilité la tâche en ce qui concerne la lutte contre le monilia. Trouver une fenêtre de traitement a été un peu un casse-tête mais c’est le jeu ma pauvre Lucette! Nous continuons à observer et surveiller le développement des fruits, à espérer que le climat ne nous réserve pas de surprises et que la deuxième quinzaine de juillet rime avec récolte. Il suffit de pas grand chose pour qu’une récolte soit réduite à néant et ça, nous l’avons bien compris! Enfin, les abricotiers partagent désormais leur territoire avec des abeilles. Louis et Elodie, apiculteurs bio à Pailharès, ont installé une petite dizaine de leurs ruches au verger.

 

A chaque visite, le verger offre un nouveau visage…

En plein champ, sur la parcelle destinée au maraîchage, les choses ont aussi bien évolué. Nous avons délimité nos sections de culture. Chaque section de culture a une surface de 350 m² (35 m x 10 m) et se divise en 8 planches de culture, de 80 cm de large. Il a  fallu travailler le sol et éliminer la prairie. C’est à ce moment-là que le motoculteur a choisi de rendre l’âme. Une bobine d’allumage qui a décidé de ne plus rien allumer du tout. Heureusement, c’est dans les moments de galère qu’on se rend compte qu’on est entourés par de très chouettes êtres humains. Jean, notre réparateur préféré, qui a prêté à François un autre motoculteur pour qu’on ne reste pas coincés le temps d’investir dans un nouveau compagnon. Louis, le propriétaire de notre maison aux Gaillards rapidement devenu un nouveau grand-père, qui nous a prêté main forte en venant passer le rotavator. Pour l’anecdote, aux deux-tiers de la parcelle, le rotavator a lâché. La poisse je vous dis, la poisse! Enfin, les deux-tiers travaillés étant ceux qui nous intéressent pour cette année, on se dit que l’essentiel a été fait. Pour le reste, nous avons décidé de faire un test d’occultation. Nous avons donc posé une bâche noire – de la bâche à ensilage – sur une section complète. Nous allons laissé le temps et l’absence de lumière œuvrer pour détruire les végétaux bien à l’abri sous la dite-bâche. Si l’essai est concluant, cela nous permettrait de limiter le travail du sol…

Essai d’occultation en cours. Affaire à suivre!

Les sections délimitées, François a ensuite dressé les planches de culture et ainsi défini les passe-pieds. Nous avons ensuite continué à travailler à la motobineuse uniquement les planches de cultures. J’ai apprivoisé la bête qu’on appelle toujours le P’tit Der, en souvenir de Francis. Le sol affiné et amendé, ce sont les oignons qui ont été les premiers en terre. Ensuite, nous avons préparé la section des pommes de terre. Déjà bien germées, il était temps de les planter. C’est le moment de dire merci à ma Maman pour son sacré coup de main! On n’oublie pas cette phrase prononcée avec entrain « moi j’aime bien planter les patates, je veux bien le refaire l’an prochain ».

Après le chantier serre, il a fallu se pencher très sérieusement sur le chantier du système d’irrigation. Oui parce que sans eau, on ne va pas bien loin en maraîchage! Nous y avons longuement réfléchi cet hiver. Nous l’avons imaginé, pensé puis ré-imaginé, repensé. Nous l’avons voulu modulable et adaptable aux évolutions prévues dans le temps. Par exemple, chaque année, les sections mises en culture seront différentes et nous voulons pouvoir passer de l’aspersion au goutte-à-goutte facilement. L’entreprise avec laquelle nous travaillons est particulièrement professionnelle et ça nous change la vie après nos histoires de serre…

Dans un premier temps, nous avons installé le réservoir souple. Rempli via le réseau gravitaire qui chemine depuis la réserve collinaire, il nous permet de stocker 40 m3.

Le réservoir souple a enfin pris place sur la plateforme qui lui était réservée….

Ensuite, il a bien fallu qu’on rentre dans le vif du sujet: pompe, ballon, filtres, tuyaux, raccords, téflon et compagnie! Nous avons profité de 4 mains supplémentaires – merci Papa et Maman, encore! – pour le montage de l’ensemble des asperseurs. François s’est chargé de la partie électrique pendant que j’étais préposée aux colliers de prise en charge pour le goutte-à-goutte.

Préposée au téflon.

Montage des asperseurs de la serre et bonjour les ampoules!

 Montage des asperseurs de plein-champ et pose des colliers pour le goutte-à-goutte.

Puis est venu le moment fatidique, le moment où on a mis la pompe en marche. Ça peut paraître anodin, c’est un bouton noir sur un petit boîtier tout bête mais on a retenu notre respiration. Allez savoir ce qui peut arriver hein! Globalement, tout fonctionne, ouf. Il y a quand même des petits ajustements à prévoir parce qu’on a beau y réfléchir beaucoup, la réalité est toujours bonne conseillère. Il faut resserrer à quelques endroits, poser une vanne là et puis un collier de prise en charge ici, déplacer le filtre qui arrive au réservoir. Nous, on veut du pratique et si on peut s’économiser quelques minutes ou simplement s’éviter des tâches qui deviendraient réellement ennuyantes – comme nettoyer le filtre à bout de bras – et bien, on est partants pour quelques petites modifications!

Et…ça fonctionne!

Qui dit serre et système d’irrigation opérationnels, dit possibilités de cultiver! Go, go, go pour les légumes, on est déjà bien assez en retard! Après avoir amendé les planches de culture, il était temps de mettre les mains dans la terre. Enfin! Nous sommes donc allés récupérer notre première commande de plants chez le pépiniériste, du côté de Chateauneuf-sur-Isère. Youpi! Et puis, nous avions aussi à repiquer les plants que j’avais semés dans notre jolie pépinière aux Gaillards. Enfin, du maraîchage!

Il commençait à y avoir du monde…

  Roquette, feuille de chêne, physalis, oeillet d’Inde, betterave rouge, basilic, tomates…

Nous avons également repiqué quelques plants en plein champ. Les oignons commençaient à trouver le temps long tout seuls!

Du côté des oignons, on attend les copains!

François a aussi fabriqué des cloches avec des fûts en plastique, récupérés dans une petite brasserie artisanale pas loin d’ici. Elles nous servent déjà à protéger les physalis plantés en plein champ. On a aussi aménagé le bâtiment, ramené du gravier, installé Bianca, notre fidèle caravane. On se sent un peu plus chez nous et c’est bien agréable.  Et puis depuis un mois, nous avons une nouvelle assistante. Elle s’appelle Oka et elle fait du bien au moral quand les couacs s’accumulent. Il lui reste à apprendre à ne pas marcher sur les planches de culture mais ça, c’est une autre histoire!

 Nouveau terrain de jeu et d’expérimentation!

La serre est presque derrière nous – il y a toujours des menus travaux à faire pour dormir plus sereinement en cas de grand vent – et les premiers légumes sont en terre. On espère que la plus chouette partie de l’aventure est devant nous et quand on regarde par dessus notre épaule, on se dit qu’on a déjà bien avancé!

Réussir à prendre le temps de se poser et de souffler…

Et pour finir, le sourire d’Oka ou l’enthousiasme à toute épreuve!

La serre-tunnel: on en a vu le bout!

La dernière fois que je vous donnais des nouvelles, la serre était montée et nous attendions, fébrilement, les demi-lunes pour enfin voir le bout de ce satané tunnel. Pour mémoire, les demi-lunes qu’on nous avait conseillé de monter, avaient été déchiquetées par une nuit de grand vent. On nous avait annoncé un délai de 48 heures pour recevoir les nouvelles. Au bout de 3 jours, aucun livreur n’ayant pointé son nez, François a eu la surprise d’apprendre que notre commercial préféré était parti pour quinze jours de congé. Très franchement, nous étions déjà assez remontés et nous avons pris cette cachotterie, un peu de travers. Quoi qu’il en soit, au fond, ce qui nous importait alors ce n’était pas les vacances de celui que j’avais déjà rayé de la liste des gens avec qui travailler, mais plutôt nos fameuses demi-lunes. « J’ai eu Richel, elles arrivent ». « Elles arrivent ». Par deux fois, à force de harcèlement téléphonique, un autre commercial nous a assuré que tout était en ordre, qu’on serait bien livré directement. Alors, on a continué à attendre. Mais, il fallait se rendre à l’évidence, aucun signe de vie de nos morceaux de plastique renforcé… Les prévisions météos, surveillées comme le lait sur le feu, annonçaient une belle fenêtre pour le bâchage mais, sans demi-lunes, pas de bâchage possible. François a rappelé une énième fois le commercial, nous étions un vendredi, il était 16 heures. « Ah, en fait, je viens d’avoir Richel. Ils ne les avaient pas en stock. Elles sont donc en fabrication, ils les recevront semaine 17, vous pourrez les avoir semaine 18 ».

Passée la minute d’effondrement – la semaine 18 c’est la première semaine de mai et nous étions le 13 avril! – la colère s’est alors installée bien confortablement dans nos têtes. Les « elles arrivent » résonnaient comme la preuve d’avoir bel et bien été pris pour des pigeons. Si nous n’avons foncièrement rien contre ces volatiles, il faut bien se le dire, ça ne nous a pas fait  plaisir. Pas plaisir du tout. Si la colère n’est pas un moteur qui nous plaît, force est de constater qu’elle fait quand même réagir. J’ai donc eu le reflex d’appeler ma Maman – et oui à bientôt 30 ans – qui a très immédiatement fait jouer son réseau – une histoire de directeur régional, de groupe et de dépôts. Une demi-heure plus tard, nous avions le numéro de téléphone du directeur des deux commerciaux et François pouvait enfin demander des explications. « Je vais essayer de comprendre… » Soit, ça n’arrangeait pas nos histoires de demi-lunes. C’est finalement durant le week-end, en discutant avec Jean-Claude, qu’on a décidé que le plan B serait de bricoler des demi-lunes avec du plastique  classique. Nous étions déjà bien assez en retard pour prendre encore 2 semaines dans la vue. Le lundi, tout début de journée, François appelait déjà le fameux directeur pour exiger du plastique, le mardi soir le bonhomme était à Pojot avec le dit-plastique. « Oh bah dans 15 jours vous pourrez les monter vos demi-lunes ». Mais bien-sûr! Quand on sait que pour cela il faut démonter puis remonter les pignons, les portes et déclipser la bâche principale, nous on espère que ça tienne au moins la saison… Rien que de l’écrire, ça m’énerve! Enfin, il faut savoir être résilient et s’adapter aux situations problématiques.

Vous allez me dire, et cette bâche alors? Elle est posée! Alléluiah! Allez je vous raconte, qu’on en voit le bout de ce tunnel!

Revenons au lundi, en fin d’après-midi François étant sûr de recevoir de quoi bricoler des demi-lunes le mardi, il fallait prévoir donc notre chantier de bâchage . Les conditions annoncées pour le mercredi matin étaient optimales: soleil et pas un brin de vent! Jean-Claude était disponible pour nous aider, c’était donc LA matinée. Bon à trois paires de bras, il ne faut pas se leurrer, c’est bien trop optimiste alors François a joué du téléphone. Lundi soir, nous étions plein d’une belle énergie, trois autres personnes étaient de la partie: Alain, notre voisin éleveur de vaches allaitantes, Médéric l’associé d’Anthony, un autre voisin éleveur caprin avec qui nous avons un arrangement « du fumier pour des terres » et Elodie, apicultrice du côté de Pailharès. Nous avions presque envie d’envoyer un message à notre conseillère de la chambre d’agriculture qui nous a très souvent répété que nous partions avec le handicap d’être isolés! Ma foi, on se sent plutôt bien accueillis et épaulés pour deux âmes esseulées à Saint-Félicien. Mardi soir, après une session pâtisserie – il faut bien offrir un peu de douceur pour ceux qui retroussent leurs manches – rendez-vous était donc pris pour le mercredi matin, à 8 heures.

C’est donc sous un beau soleil, sans un brin de vent que nous avons pu enfin habiller Dame Richel. François s’était creusé la tête pour trouver le meilleur moyen de dérouler, à près de 4 mètres de haut, le plastique – un seul morceau de 45 mètres – et ça a payé: à 10 heures, les gâteaux avaient pris une claque, le café aussi et la bâche était posée et sécurisée! Bonne humeur et énergie, un cocktail qui a fait ses preuves!

Une fois la bâche déroulée, il faut…la déplier!

Après ça, nous en avons eu encore pour deux bonnes journées de travail pour en finir avec la serre. Finir de poser les clés des clips permettant de fixer la bâche et le filet brise-vent, enterrer les bavettes et ce filet, monter les deux enroulements latéraux et finir par les portes.

Les derniers écrou-freins sont pour les portes…

On a finalement vu le bout du tunnel et il était temps! Pour l’anecdote, à l’heure où j’écris, nous n’avons pas encore reçu les demi-lunes et on se dit qu’on a bien fait de ne pas les attendre…

Sûrement, un des premiers visiteurs…

 

 

Monter une serre, c’est loin d’être une sinécure!

Après la pépinière, celle qu’on attendait avec plus que de l’impatience, c’était la serre. Dame Richel, la fameuse. Semaine 10, puis semaine 11, finalement, elle s’est faite désirer jusqu’au début de la semaine 12. Elle est arrivée jusqu’à Pojot, en vrac. Une sorte d’énorme Kinder Surprise mais sans le chocolat. Et des surprises, elle nous en a réservées. On espère d’ailleurs qu’il n’y en aura plus d’ici la pose des plastiques…

La première petite blague a été la livraison sans la notice de montage. Autant vous dire qu’à part regarder le contenu de chaque petit carton et présumer de l’utilité des pièces découvertes, le premier jour, nous n’avons pas pu faire grand chose… Le livret reçu – un beau pavé qui s’avère en réalité fort mal fichu – nous avons pu nous attaquer dans un premier temps à l’implantation. Cordeaux, piquets et double décamètre ont été nos meilleurs alliés pendant cette étape. Une fois l’implantation réalisée, nous avons retroussé nos manches, enfoncé nos bonnets sur nos oreilles – il faisait évidemment un froid de canard sinon ce n’est pas drôle – et commencé à trimballer les pièces sur le terrain. Il va sans dire que le but était de disposer de façon logique et intelligente les pièces afin de se faciliter la tâche lors du montage.

L’ensemble des pièces est disposé in-situ afin de limiter au maximum les déplacements lors du montage.

Après l’implantation et la manutention, il était temps de rentrer dans le vif du sujet et de s’attaquer au montage à proprement parler. Tout commence par la mise en place au sol des entretoises et des supports dans lesquels viennent se ficher les arceaux. Évidemment, c’est plus encombrant que la surprise d’un Kinder ou qu’une boîte de Lego, mais le principe reste assez similaire et ludique. Enfin jusqu’à l’amarrage!

Une croix, une entretoise, une croix, une entretoise et toujours 9,30 m de largeur attention!

Le système d’ancrage est basé sur des amarres à percussion. Au total, pour fixer au sol la structure, il aura fallu à François planté pas moins de 71 amarres. La soixante-douzième a fait de la résistance et a eu raison de l’obstination de François. Bon, c’est loin de se planter tout seul et il y a eu des moments où, malgré mes blagues toujours très drôles pour détendre l’atmosphère, François en a eu ras la casquette, enfin le bonnet. Quoi qu’il en soit, on s’en est pas trop mal tiré, François tapant, frappant comme un forcené sur le mandrin et moi, fixant les dites amarres à la structure avec les cavaliers qui vont bien.

 

La structure amarrée, nous avons entrepris de lever les arceaux. C’est la partie qui reste sûrement la plus impressionnante – la hauteur de l’arceau est de 3,95 mètres – et gratifiante du travail. Oui, ça se voit! Pour fixer les entretoises, nous avons du rapidement faire face à l’absence cruelle d’un outil de taille: l’échafaudage! Oui, c’est pas si facile de fixer les entretoises à près de 4 mètres de hauteur, perché sur un escabeau. François a donc fait un aller-retour express dans la vallée – ça y est, on parle comme les locaux – et nous avons monté en deux temps trois mouvements le fameux échafaudage.

Quand la journée se termine avec le soleil et deux arceaux levés, ça donne ça: la fatigue et la banane!

Nous avons continué à lever les arceaux et le vendredi soir, les 18 étaient debout. C’est alors que les renforts sont arrivés et ça, ça fait du bien!!! Aux bras et au moral. Parce que si visuellement, il semble qu’une grosse part du boulot est torchée quand les arceaux sont levés, il faut se rendre compte que c’est loin d’être fini. Il reste les supports de cultures, les renforts, les rails pour les aérations, les pignons… Bref, du pain sur la planche! Alors avoir du soutien, des paires de bras en plus, c’est loin, bien loin, d’être négligeable. Et puis ça permet d’avancer sur d’autres menus détails. Pendant qu’Antoine et François fixaient les renforts pour les extrémités, avec Marion, on papotait en retournant les 5 tonnes de fumier qui compostent sur le fond de la parcelle. Une paille! Pendant qu’Antoine, mon Papa et François, s’attaquaient aux supports de culture et aux renforts latéraux, Marion, ma Maman et moi, on chargeait le bois de taille du verger sur la remorque de Jean-Claude afin de les évacuer – dans un futur plus ou moins proche, il est prévu qu’on brûle tout ça. Une autre paille!

  Les travaux avec la famille et les copains, c’est toujours la fatigue et la banane!

C’est pendant ce week-end plein d’entrain que nous avons eu droit à une première surprise: il manquait l’ensemble des cavaliers pour finaliser la fixation des supports de culture. Quoi? Vous n’avez pas vérifié les colis à la livraison? Eh bien figurez-vous que nous n’avons pas eu de liste complète du matériel, nous n’avons donc pas pu vérifier… Une surprise qui coupe un peu l’entrain. Vérification faite, effectivement, c’était bien un oubli. Le technico-commercial s’est donc offert une petite ballade à Saint-Félicien pour nous amener les fameux cavaliers. François en a d’ailleurs profité pour évoquer les incohérences de la notice de montage, notamment sur une sombre histoire de hauteur d’ouverture latérale. Effectivement, vous avez raison, c’est pas logique! Bon, soit, il en faut plus pour nous décourager!

La surprise suivante est arrivée deux jours plus tard. Encore une? Oui, cette fois-ci, c’est de vis dont nous manquions… et que nous avons du racheter pour ne pas prendre trop de retard. A ce stade-là, pour ma part, j’en avais déjà ras la crêpe de Dame Richel et qu’une seule hâte, qu’elle soit bâchée, fonctionnelle et qu’on puisse repiquer. François était plus motivé, il faut dire qu’il devait l’être pour deux. Il s’est attaqué au perçage-vissage, non content d’avoir reçu sa nouvelle meilleure amie – la visseuse Festool – car les vis autoforantes c’est du costaud. Sa motivation en a pris un coup quand il s’est rendu compte que pour fixer les rails dans lesquels se clipse le plastique, il fallait un embout carré, non standard. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Heureusement que l’atelier de Louis – le propriétaire de notre maison – est une caverne d’Ali Baba! Il a pu nous dépanner. Enfin, Jean-Claude s’était déjà proposé pour en acheter un en sortant du travail, ce qui nous aurait évité un aller-retour dans la vallée…On est bien entourés et ça fait plaisir!

A ce stade-là, nous avions déjà monté les pignons. Petite particularité, il fallait déjà y fixer une demi-lune de bâche plastique. Pas de souci, ça craint rien. Il suffit de les attacher. Le technico-commercial ayant donné à François le feu vert, nous avions donc pris le parti d’avancer. Dernière surprise en date? Pas plus tard qu’il y a une semaine, mardi matin dernier, quand après une nuit bien ventée, nous avons eu la joie, que dis-je, la très grande joie de découvrir nos fameuses demi-lunes…complètement déchirées! C’est donc avec ravissement que nous avons du démonter les pignons et recommander des demi-lunes de bâche. Vous imaginez notre humeur et le baromètre de notre moral… Je me suis offert le luxe de me manger une des pièces du pignon en pleine tête et j’arbore donc une superbe bosse sur le front. Le pompon en somme!

En conclusion, c’est acté, on en a ras la crêpe du montage de cette serre qui prend des airs de cauchemar… A l’heure actuelle, tout est vissé, les tranchées pour enterrer les bavettes sont faites, les rails pour clipser les plastiques posés. Bref, on attend donc les demi-lunes et la fameuse « fenêtre de beau temps » qui nous permettra de poser les plastiques et plus globalement d’oublier toutes les surprises que nous aura réservées Dame Richel…

Une chose est sûre, on ne compte pas se reconvertir dans le montage de serres!

 

Qu’est-ce qui est sorti de terre? Une pépinière!

La semaine dernière, elle a été la première à sortir de terre. Elle n’est pas verte, n’a pas de feuilles, n’est pas en mesure de réaliser la photosynthèse. Ce n’est pas une plante mais elle doit nous permettre d’avoir de beaux légumes. La semaine dernière, nous avons construit la pépinière!

Cette pépinière nous permettra de produire au moins une partie de nos plants. Nous allons l’étrenner sous peu, en lançant – en retard évidemment! – les premiers semis. Imaginez comme je trépigne!

Nous avons choisi de construire cette pépinière, chez nous, aux Gaillards. L’ancien potager de la maison est exposé plein Sud, accolé au mur de la grange, un très beau mur en pierres qui accumule la chaleur. Louis – notre propriétaire – à qui nous avons parlé de notre projet, l’approuve et nous a confié que dans le temps, il avait lui aussi construit une serre adossée à ce mur de vieilles pierres. « C’est l’endroit idéal! J’avais des salades dès janvier. A plus savoir qu’en faire. C’était les poules qui étaient heureuses! »  Outre cette situation très favorable, nous y avons vu un côté pratique, la facilité pour surveiller, couver, bichonner semis et plants.

Par souci d’économie et parce que nous apprécions particulièrement faire les choses par nous-même, nous avons opté pour l’auto-construction. Et des dimensions raisonnables, rien à voir avec Dame Richel! Une structure bois, du polycarbonate alvéolé, de l’imagination et de l’huile de coude, il n’en faut pas plus. Cela nous a rappelé le premier volontariat de notre périple en Amérique Latine. Au Chili, nous avions passé plus d’une semaine à construire une pépinière. Deux ans et demi plus tard, pas de palmiers, aucun accident de barre-à-mine – François avait malencontreusement failli m’assommer – pas d’ânesse pour tester la solidité de la structure bois, pas d’exposition plein Nord mais une pépinière plein Sud, pour notre propre projet. C’est grisant!

 L’ancien potager des Gaillards et la fameuse pépinière.

Poncer et traiter le bois, brûler les extrémités des poteaux qui seront enterrés, mesurer, découper, assembler et puis fixer les plaques de polycarbonate. Réfléchir aux ouvertures, bricoler une porte, en récupérer une autre. Un chantier d’autant plus plaisant qu’à la fin, il a été partagé avec des copains. Big up à Rémito et Nacho! Merci pour votre sacré coup de main!

Bricoler avec style et faire du rab’ en construisant le poulailler de nos futures poulettes.

Monter à Pojot par la forêt et s’offrir la vue sur Saint-Félicien avant d’être invités chez la voisine. Le pied!

Parallèlement à ce chantier, nous avons continué à avancer dans nos démarches. Notre dossier pour l’irrigation a bel et bien été reçu par la DDT et nous avons pu engager les dépenses prévues. Nous attendons donc le réservoir souple et le système d’irrigation d’ici deux semaines. Mercredi dernier, nous avons aussi eu notre premier contrôle de l’organisme certificateur pour obtenir la certification AB. Si le verger est en conversion pour 3 ans – jusque là il a été conduit selon les principes de l’agriculture conventionnelle –  pour le maraîchage, nous avons obtenu la certification AB et ce, dès cette saison. En effet, les parcelles destinées aux futurs légumes n’ayant pas été cultivées depuis plusieurs années – attestation de notre propriétaire à l’appui – le contrôleur a estimé que nous pouvions bénéficié d’une réduction de période de conversion et obtenir la certification. Une belle surprise! Enfin, sans surprise, nous attendons toujours le Saint-Graal de la MSA … Nous ne ferons aucun commentaire désobligeant.

 

Pendant ce temps, dans la grange, les pommes de terre se préparent à sortir de leur dormance et à germer.

 

 

Alors que Mars pointe son nez…

On s’était dit qu’on donnerait des nouvelles régulièrement, qu’un article hebdomadaire c’était ambitieux mais qu’un article toutes les deux semaines, c’était jouable. Un regard au calendrier et la voilà, la mention ratée ! Comme vous l’aurez compris, on ne voit pas les jours ni les semaines filer. On se répète très souvent que les journées sont trop courtes. Alors, quand au coin d’une conversation, certains se réjouissent de voir la nuit tomber de plus en plus tard, on hoche la tête avec conviction. Si vous saviez !

Si on ne voit pas le temps passer, alors que Février s’en est allé, il est temps de faire le bilan… C’est bien parfois de se poser, de faire le point. On va donc le faire avec vous !

Apprendre à manœuvrer un tank ou les joies de l’administratif.

Un tank, c’est gros. Et puis c’est lourd aussi, massif. Il y a plus avenant comme engin, vous en conviendrez. Nous, on trouve que les démarches administratives sont assez similaires à un tank. Un gros engin qui peut se révéler écrasant. Que tout le monde se rassure, nous sommes entiers et en bonne forme.

Fin janvier, nous avons dégainé notre stylo carotte pour signer le bail à ferme des terres et du bâtiment – François est officiellement fermier, hip, hip, hip hourraaaa !!!! – et les bulletins de mutation parcellaire. Ces documents n’ont de valeur que pour la MSA mais permettent d’accéder au graal que nous convoitons depuis déjà plus d’un mois : l’attestation MSA sur laquelle figurent les 5,43 hectares exploités. Pourquoi le Graal ? Parce que c’est LE justificatif qui assure que François est exploitant agricole et de ce fait, c’est LE justificatif phare de tous les dossiers que nous avons à monter. Depuis le 2 février, date à laquelle les documents ont été réceptionnés, notre dossier, considéré comme urgent, est en cours de traitement. « Oui, une demande urgente a bel et bien été enregistrée pour votre dossier, rappelez donc en fin de semaine prochaine ». C’est devenu un petit rituel pour François, l’appel à la MSA. Jusqu’à présent, on attend…

Pour la petite histoire, François a déjà reçu une attestation mais sur laquelle est indiquée « surface exploitée 0,00 ha ». Une attestation pas remise à jour depuis la résiliation du bail à métayage de Lansargues et qui laisse supposer que François fait du maraîchage avec… rien. Puisque la position attentiste n’est pas notre fort, que le temps file et que le service agricole de la DDT sait se montrer compréhensif, nous avons déjà pu déposer notre dossier d’aide à la certification AB en joignant une copie du bail et des bulletins de mutation à l’attestation vide. Le dossier ayant été réceptionné et validé, nous avons pu engager les démarches avec l’Agence Bio et le bureau de contrôle. Prochaine étape : le contrôle initial prévu pour le 7 mars.

Nous avons procédé de la même façon pour le dossier d’aide « Investissements individuels pour la valorisation agricole de l’eau ». Ce dossier concerne les investissements en lien avec la maîtrise de l’irrigation et la gestion durable de la ressource en eau. Une partie de notre projet s’y inscrit parfaitement. C’est donc évidemment très intéressant, mais pour engager les dépenses, le dossier doit être reçu et validé. En clair, il faut que nous attendions de recevoir l’accusé de réception de la DDT pour pouvoir passer commande auprès de nos fournisseurs. Prenant en compte les délais de livraison, les couacs… ça commençait à être dur d’attendre un signe de vie de la MSA. La semaine dernière, nous avons donc envoyé notre dossier – bien ficelé avec sa ribambelle de devis et l’attestation de l’agence bio reçue juste à temps pour justifier que nous sommes engagés en bio – il n’y a plus qu’à attendre le feu vert pour engager les dépenses.

Pour la Demande Préalable, demande obligatoire pour le montage de Dame Richel (la serre), même combat. Tous nouveaux tous neufs dans la région, il faut justifier de l’activité agricole de François auprès de la Communauté de communes. Oui, parce que monter une serre de près de 400 m2 sans être maraîcher, ça peut faire désordre… Or, le temps de traitement administratif étant estimé à 1 mois, nous ne pouvions pas attendre le fameux Graal MSA, au risque de recevoir l’autorisation en mai ou plus tard ! La demande a donc été envoyée il y a une dizaine de jours… On a tenté le coup !

En parallèle, nous continuons à ficeler le dossier DJA – on vous racontera ça à l’occasion – et à affiner les chiffres du plan d’entreprise… Depuis quelques temps, les banques sont entrées dans la danse puisqu’il faut un avis bancaire favorable pour pouvoir déposer le dossier,  le 23 mars prochain.

Voilà pourquoi, on a parfois l’impression d’être au volant d’une énorme machine, pas forcément très maniable, avec laquelle on veut éviter, au maximum, les mauvaises manœuvres… Enfin, pour le moment, nous avons toujours l’avantage de ne pas souffrir de phobie administrative !

Sur le terrain, place au tracto’ !

Sur le terrain, évidemment, pas de tank mais… un beau tractopelle ! Oui, nous sommes toujours décidés à faire un travail du sol le plus limité possible, à éviter le passage d’engins lourds. Non, nous ne souffrons pas de dédoublement de personnalité. Il s’agit simplement de préparer une belle plateforme pour la serre et une autre pour le réservoir souple d’eau – il faut imaginer une grosse bâche de 40 m3 qui servira de réservoir tampon entre le lac et le système d’irrigation. Et comme on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs… François a donc dû se résigner à voir ces gros engins passer sur une partie de la parcelle. « Tu aurais vu ça, quand le tracto est passé, les vibrations faisaient remonter les vers de terre ! C’est quand même terrible… »

Du côté de la parcelle voisine, les cerisiers ont également été dessouchés. Et de deux tractopelles. Durant deux jours, tout ça ressemblait plus à un chantier de travaux publics qu’à une future ferme maraîchère… Enfin, les engins sont partis et nous pouvons attendre sereinement Dame Richel.

Au premier plan, la plateforme sablée pour le réservoir tampon, au fond, celle de la serre. Et au milieu, notre fidèle destrier.

Ces travaux ont aussi été l’occasion de récupérer du gore. Pour ma part, jusque-là le gore se résumait à des images d’horreur avec du sang et des tripes à l’air, je sais désormais que c’est ce mélange de sable et de roches granitiques décomposées. Et pourquoi le gore ? Pour retaper le sol du bâtiment évidemment ! Il n’y a que la travée centrale qui est bétonnée, le reste est en terre battue. Lors de la signature du bail, notre propriétaire s’était engagé à ce que le sol soit arrangé, les trous bouchés. C’est chose faite depuis le weekend dernier. Un chantier rondement mené, avec lui aux commandes du tracteur. Il ne reste qu’à passer la petite dameuse. De quoi rappeler des souvenirs de stage à François.

Et voilà le travail. On dirait peut-être pas mais ça a beaucoup changé!

Au verger, l’heure de la taille a sonné !

On voulait du concret, le verger nous l’a apporté sur un plateau : la taille ! 207 arbres à bichonner avant le printemps. Vaste programme. D’autant plus vaste que nous n’avions, ni l’un ni l’autre déjà taillé des abricotiers auparavant. On dit qu’il existe autant de façon de tailler que d’arboriculteurs, de notre côté, nous avons fait confiance à Jean-Claude – notre propriétaire – qui a eu la gentillesse de prendre le temps de nous y initier. Gourmands, bouquets de mai, bourgeons à fleurs, bourgeons à bois, charpentières. Effiler, alléger, faire le triangle, bien conserver les bouquets de mai… Du vocabulaire et des gestes à s’approprier.

Au début, nous avions l’impression de faire 4 fois le tour de l’arbre avant d’oser couper quoi que ce soit. Et puis, les arbres passant, le coup d’œil devient plus sûr et les gestes moins hésitants. Tout est une question de choix. Jolie branche mais qui pousse vers l’intérieur. Ici, une branche avec quelques beaux bourgeons floraux mais qui file à la verticale et sera très probablement inaccessible. Là, beaucoup de monde, les branches sont belles mais se gênent, les fruits risquent d’être marqués.  Je coupe ici ? ou plutôt là ? Et celle-là ? La mooort ! Nous avons, la grande majorité du temps, taillé à deux. Ça rassure et ça aide. Pour certains arbres, qui n’avaient pas été taillés l’an dernier voire l’année précédente, la taille a pris des airs de mise à nu. Le genre d’arbre, tout emmêlé, qui dépite quand vous êtes déjà bien gelé.

 

Bien désinfecter les outils entre chaque arbre, aiguiser les sécateurs, couper à ras et puis parfois, faire rugir la tronçonneuse pour dire adieu à ceux qui étaient déjà bien secs. Il y a aussi les arbres qui présentent des symptômes d’enroulement chlorotique, les parias qu’on repère mais qu’on ne touche pas. Ils seront certainement à couper d’ici peu…

Et puis quand c’est fini ? Et bien, il faut ramasser le bois de taille, comme les coiffeurs balaient les cheveux après une coupe. On a déjà bien avancé. Etant donné que j’ai une tendance à avoir les doigts – et les pieds – gelés bien avant François, quand ce n’était plus tenable et qu’il fallait que je m’active pour ne pas perdre mes extrémités, j’ai ramassé, fait des tas de tous ces branchages. Il nous restera à les évacuer puis les brûler…

  Et quand c’est fini? François fait du ski sur la réserve collinaire!

Et c’est tout ?

Nous avons déjà presque fait le tour de ce mois de février. Quoi d’autre à ajouter ? Nous avons reçu les semences, les plants sont en préparation chez le pépiniériste, le Sem’tout – notre semoir maraîcher – attend patiemment de prendre du service, les piquets pour les futures clôtures sont prêts, le bois de la réserve collinaire a été rapatrié à la maison – on garde ça pour les Chauvin, fans de bois – le bois pour la construction de la petite pépinière a été traité – merci Léo pour la session traitement/potins – le four à bois a été nettoyé et utilisé pour brûler l’extrémité des poteaux… On oublie quoi ? Les 5 tonnes de fumier que le voisin nous a apportées et que nous allons devoir retourner sous peu !

Le Sem’tout! On garde  la vraie photo pour sa première sortie!

Finalement, quand on prend le temps de faire le point, on se dit qu’on n’a pas reculé et ça, ça fait plaisir !

Du volontariat au métayage, chronique d’une reconversion passionnée – Première partie

Souvent, quand François explique qu’il est maraîcher et qu’auparavant il était ingénieur en génie civil, les sourcils deviennent des accents circonflexes et les bouches font des « O ». C’est ce qu’on appelle se reconvertir, oui. Ensuite, sourcils et bouches se reprennent et c’est à ce moment-là que les questions arrivent. Sur la pointe des pieds ou en fanfare, ça dépend. Pourquoi? Quand? Comment?

Si vous avez été curieux et que vous avez déjà cliqué sur les onglets « le projet » et « qui sommes-nous? », vous avez du trouver les réponses aux deux premières interrogations. Si vous ne l’avez pas encore fait, pas de panique! D’abord, parce que personne ne peut le savoir, ensuite parce que vous avez le loisir de le faire quand bon vous semble. Et comment on se reconvertit? Le comment, nous y voilà…

Apprendre sur le tas.

Au tout début, l’apprentissage a pris la forme du volontariat. Pendant un peu plus de quatre mois, François a appris sur le tas. En faisant. Semer, planter, repiquer, désherber, récolter, vendre, traiter, observer. Il s’est approprié les gestes et les habitudes. Une façon de faire. Au tout début, on fait ce qu’on nous dit de faire, on regarde, on reproduit. Et on recommence s’il le faut! Comme quand il faut repiquer les tomates plus profondément pour favoriser le développement des racines. Une expérience riche d’apprentissage, surtout quand fin août, François s’est vu confié « les rênes » de l’exploitation pour deux semaines. Il lui a alors fallu gérer le quotidien, la vente au magasin, les paniers et une belle inondation  du local de vente et de stockage. Ah les orages cévenols! Ah les caisses d’oignons à trier et les tomates à transformer! Et puis toutes ces belles rencontres. L’occasion de découvrir des gens et autant de projets et d’idées. L’occasion d’ouvrir son horizon…

 

Parce qu’il y a autant de façons de faire que de maraîchers – ou presque – à notre retour d’Amérique Latine, François a voulu à acquérir d’autres expériences. Il a donc épluché les petites annonces agricoles mais aussi repéré l’ensemble des exploitations maraîchères biologiques autour de Montpellier. Il est ensuite allé frapper aux portes, expliquant son parcours et sa démarche. C’est comme ça qu’il a été embauché pour la saison – comprendre de mai à août – dans une exploitation bio du côté de Mauguio, les Fruits de la Moure. Oui, l’humour se cultive aussi en agriculture! Dans cette exploitation, beaucoup de serres, des gros volumes, deux employés à plein temps, deux ou trois saisonniers. Un modèle bien loin du précédent!

De nouveaux gestes et de nouveaux apprentissages. Cueillir un melon à maturité, pratiquer la solarisation, ramasser des kilos et des kilos de fraises, confronter des idées et des visions.  Si humainement l’expérience n’a pas été toujours facile, elle a permis à François de conforter, d’affirmer certaines envies par rapport au système qu’il imaginait développer.

Se former théoriquement.

Ravi de délaisser ces serres immenses qui, quand on répète une même tâche, semblent souvent interminables, François a ensuite finalisé ses démarches pour obtenir un diplôme de niveau IV en agriculture, diplôme obligatoire si l’on veut prétendre aux aides à l’installation. Il s’est donc tourné vers un BPREA – brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole – en maraîchage biologique. Retourner sur les bancs de l’école? Non, puisque François a opté pour une formation à distance, avec le CFPPA de Pamiers, dans l’Ariège.  Un bon compromis lui permettant de multiplier les stages et lui laissant la possibilité d’avoir une réelle activité durant l’année de formation. Son diplôme d’ingénieur lui a évidemment permis de valider un certain nombre d’unités d’enseignement très générales (mathématiques, français…) et les journées de regroupement à Pamiers n’ont finalement pas été très nombreuses. D’octobre 2016 à juin 2017, François a ainsi du rendre neuf dossiers correspondant chacun à des thèmes bien précis. Cela m’a rappelé des souvenirs de ma première année à Dijon, de sa célèbre AGEA (Analyse Globale de l’Exploitation Agricole) et de mon rapport de stage en exploitation. En juin 2017, François a passé un oral final portant à la fois sur ses stages et son projet agricole. A l’automne 2017, dans une enveloppe froissée, un peu chiffonné, il est arrivé, le fameux diplôme!

Oser le métayage.

Alors que sa formation théorique n’avait pas encore débuté, François a tout d’abord réfléchi à un projet avec le maraîcher chez qui il avait fait du volontariat. Néanmoins, les propositions prometteuses du début tardaient à prendre un aspect plus formel et légal… Et elles ont d’ailleurs eu raison de la patience de François qui a fini par jeter l’éponge. Il a alors repris contact avec Francis Montagné, maraîcher à Lansargues, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Il l’avait contacté puis rencontré à notre retour d’Amérique Latine. Souhaitant transmettre son savoir – et ralentir un peu le rythme – Francis Montagné avait en effet posté une annonce: il cherchait un métayer pour la saison. François était arrivé trop tard mais il n’avait pas oublié cette potentielle opportunité… Il a donc tenté sa chance à nouveau. Dans un premier temps, il a découvert l’exploitation de Francis à travers un stage – dans le cadre du BPREA – puis de fil en aiguille, il est devenu celui qu’on appelle quand il y a un pic de boulot: du bois à broyer, du débroussaillage ou des parcelles à préparer.  Le modèle développé correspondant à celui qu’il avait plus ou moins imaginé, François a très vite été clair sur ses intentions: il voulait être le prochain métayer!

Et il l’a été. Jusqu’à fin novembre 2017.

En ce début d’année…

… il convient tout d’abord de vous souhaiter le meilleur pour ce crû 2018!

Pour nous, vous l’aurez deviné, cette nouvelle année a le goût de la grande aventure. Nous avions placé 2017 sous le signe de la transition, nous plaçons 2018 sous le signe de la réalisation. Maintenant que le grand saut est fait, il faut lui donner vie à ce projet. Et puis du cœur et du corps aussi!

Nous ne sommes pas superstitieux – nous avons un chat noir depuis 5 ans c’est dire – mais nous avons décidé de saluer 2017 et d’accueillir 2018 à Saint-Félicien. Une façon de montrer à cette nouvelle année que pour nous, c’est ici que tout va se passer! Janvier est donc arrivé, avec des châtaignes grillées, une vue imprenable sur le Mont Blanc depuis les ruines de Rochefort et Milie.

Et alors, nous direz-vous, qu’est-ce qu’il s’y passe sur vos terres?

Pas mal de choses! Les fourmis que nous sommes, avancent. Pas à pas. Certains plus grands que d’autres, certains plus chers que d’autres, certains plus visibles que d’autres. Mais quels qu’ils soient, même les riquiqui, ils ont leur importance, faut pas croire!

Dans la catégorie « qui coûte cher », nous avons passé commande de la serre tunnel. Une jolie demoiselle, aux mensurations assez généreuses (40 mètres de long pour 9,30 mètres de large), qu’il nous faudra monter probablement début mars. Si vous rêvez de participer au montage, d’enfoncer des amarres ou encore de tendre du plastique, nous pouvons contribuer à la réalisation de votre souhait! Avant cela, il nous faut aplanir un petit peu le terrain. Question de confort de travail pour la suite mais aussi d’impératif à respecter pour les garanties constructeur – sombre histoire de pente et de pourcentage. Nous avons donc contacté le terrassier agricole qui nous avait aidé à oublier la ferme de Colombier. Au niveau du planning, ça devrait être bon…

Dans la catégorie « qui se voit », nous sommes allés récupérer 29 bottes de paille. Pourquoi pas 30? Parce que les chiffres ronds c’est un peu surfait mais surtout qu’il n’y en avait pas plus dans le grenier de l’agriculteur! Cela devrait nous suffire pour la saison. Parce que c’est plus drôle, on a déchargé tout ça de nuit, à la frontale… les néons du hangar ayant rendu l’âme.

Toujours dans la catégorie « qui se voit », nous avons commencé les travaux de débroussaillage autour de la réserve collinaire.

En quinze ans, la nature a repris ses droits et les arbres se sont sacrément développés sur les abords du bassin. C’est bucolique nous direz-vous! On a beaucoup apprécié y pique-niquer en septembre, c’est vrai! Tout ça c’est bien joli… si on ne se préoccupe pas de la réserve d’eau et de la structure du bassin. Et clairement, la ressource en eau, ça nous préoccupe (beaucoup). Il faut nous voir, dès qu’il fait trois gouttes, le nez collé au boîtier de la station météo que j’ai offerte à François! Cette réserve collinaire, il faut qu’on la bichonne, c’est primordial.
Dans un premier temps, il faut dégager les abords, couper les arbres qui s’y développent. Pourquoi? Parce qu’ils prélèvent une part de l’eau stockée – c’est pas pour pique-niquer qu’ils se sont installés là – et surtout, parce que leurs systèmes racinaires peuvent créer des fissures, endommager la digue, modifier la structure…
Dans un second temps, à l’automne, il faudra prévoir de curer le bassin pour éliminer les dépôts et la vase. Le terrassier agricole n’est définitivement pas venu pour rien!
Nous avons donc retroussé nos manches et nous nous sommes attaqué à ce (gros) chantier. La tronçonneuse est la meilleure amie de François – il faut le voir regarder des vidéos d’abattage d’arbres ou les tutos « comment affûter ma chaîne de tronçonneuse » – et l’ébrancheur est devenu une prolongation de mes bras. Il va sans dire qu’on est rincés à la fin de la journée, que certains de mes muscles crient au scandale d’être sollicités comme ça, sans aucune forme de procès, mais, les efforts paient! Notre travail, bien que loin d’être terminé, est visible et ça, ça fait du bien au moral.

Et puis, il y a tous les autres pas. Les devis de pépiniéristes pour les plants  et donc le planning de culture, la préparation de la commande de semences, la réservation des pommes de terre, les dernières réflexions pour le système d’irrigation – Alors ces conduites, on les enterre ou pas? – les listes qui n’en finissent pas… François a aussi repris le chemin de Privas pour une première journée de formation technique en arboriculture. De mon côté, j’ai relancé les démarches auprès de la chambre d’agriculture en vue de ma future installation. Ces démarches me permettront, dans un premier temps, de pouvoir assister à diverses formations. François n’ayant pas encore acquis la capacité à se dédoubler, nous pourrons ainsi engranger, en bons écureuils, deux fois plus d’informations techniques. Il nous arrive souvent de faire des schémas pour avoir une vision plus claire de notre situation et des priorités, il nous arrive souvent de les trouver très vite illisibles.

Il y a les jours avec les grands pas, ceux qui nous donnent des ailes et des pics d’enthousiasme fou. Il y a les jours avec les pas moyens, ceux qui donnent le sourire un peu béat. Il y a les jours avec les petits pas, ceux qui mis bout à bout donnent aussi le sourire. Il y a aussi les jours sans. Quand il n’y a personne au bout du fil et que cette foutue musique d’ascenseur n’est pas en mesure de nous répondre. Quand la tronçonneuse fait des siennes alors qu’on est déjà en tenue de combat. Quand la météo prévoit 40 mm de pluie et qu’on peine à atteindre les 10. Mais, quelque que soit le jour, la conclusion reste la même: on ne regrette pas d’avoir fait le grand saut!