Retour vers le futur: l’art du billet en retard!

On a intitulé cet « espace » dédié aux nouvelles et chroniques en tous genre « Nouvelles fraîches ». On pourrait presque le renommer « Retour vers le futur ». En toute ironie. Enfin, heureusement nos légumes sont bien plus frais que les chroniques postées par ici. Mais qu’on se rassure, tout est toujours garanti 100 % authentique. Du pur quotidien de maraîcher, avec des morceaux de nature, le parfum du grand air. Et tout, et tout.

On se quittait mi-avril, on se retrouve début juin, quoi de plus normal ? On se quittait sur une ébauche de classement des chantiers qui jalonnent notre quotidien. On évoquait d’ailleurs avec un brin d’anxiété le fameux week-end De Ferme en Ferme et on n’avait pas encore repiqué les légumes d’été. Nom de Zeus ! Il est vraiment temps de faire un voyage dans le temps…

De Ferme en Ferme, le bilan.

Sur Facebook, nous avions fait un premier bilan intitulé « De Ferme en Ferme m’a tuer ». On a les références qu’on peut et, au sortir de ces deux jours, c’était l’idée : très heureux mais complètement rincés ! Y’a pas à tortiller, c’est un week-end vraiment intense. Chez nous, se sont succédés 500 personnes. 212 le samedi et 288 le dimanche. Quand on nous demande de tenir les comptes, bien disciplinés, on le fait! Enfin, pour être honnête, c’est Adrien qui s’est chargé avec brio du comptage. Et oui, nous avons eu du renfort pour nous aider à accueillir correctement tout ce petit monde. Un très grand merci donc à Adrien – qui répond par la positive à tous nos appels à l’aide – à Pascale et Jean-Paul – les parents de François – à Nicole et Christian – mes parents – et à Flavien dit Flafla d’Empu. Si avec François nous nous chargions des visites de la ferme, il fallait accueillir les gens, les faire patienter, gérer le parking, surveiller d’un œil que tout se passe bien, indiquer les toilettes, chapauter l’atelier coloriage pour les enfants… En bref, ils ont assuré ! On remercie encore Chloé et Franky pour avoir œuvrer à la réalisation de notre épouvantail. Succès assuré auprès des enfants. « Wow y’a un super héros ! Il a même une cape ! » « Allez salut super tronc, à bientôt j’espère ! » Tino et Jean-Guy ont également participé activement à ce beau week-end. Si Tino commençait à en avoir ras la crêpe le dimanche, Jean-Guy lui a donné de sa mignonitude jusqu’au bout. Il a évidemment eu une dose massive de caresses et de câlins.

De notre côté, ça a été un plaisir de rencontrer des gens intéressés, curieux de découvrir notre travail. C’était l’occasion d’expliquer clairement notre modèle, nos pratiques, nos choix. Le non-labour « mais vous ne labourez pas du tout du tout ? », les contre-plantations notamment sous serre, sur les planches qui accueillent les légumes d’été, le maraîchage bio-intensif, le début de l’histoire, la suite des projets… Et de répondre à la question quasi systématique : pourquoi l’Abeille & la Blette ?
Un bilan donc très positif malgré la fatigue, le jeûne du samedi et le fait que le lundi, il fallait déjà s’y remettre !

Le joli mois de Mai.

Ensuite est arrivé à grandes enjambées le joli mois de Mai. Enfin, le soi-disant joli mois de Mai car question climat, c’était plus automnal que printanier tout ça ! On a laissé passer les fameux Saints de Glace et on a enfin pu repiquer les légumes d’été en plein champs. Une ribambelle de tomates diverses et variées, des poivrons, des aubergines mais aussi des melons, des pastèques à confiture et toute une flopée de courges et autres cucurbitacées. L’occasion de dérouler des mètres et des mètres de goutte-à-goutte, de rejouer avec du téflon, d’enlever la bâche d’occultation et de retrouver Jojo le crapaud (ou un de ses cousins) !

Nous avons également semé une première partie de nos engrais verts, ceux qui couvriront les sections de culture laissées au repos. Comme à l’habitude, ça a été « artisanal » – ah le semoir maraîcher pas du tout adapté –  et ça m’a coûté une multitude d’aller-retour. Bon même si c’était sans fin, que je râlais quand le semoir buttait sur un caillou oublié, je dois avouer que je préfère ça à la course sur un tapis roulant! De toute façon, j’ai jamais aimé la course à pieds…

En Mai, nous avons vu s’intensifier les récoltes puisque les pois gourmands, les petits pois et les fèves ont débarqué sur notre étal. Tout comme les oignons frais, l’arroche rouge ou les épinards. Les carottes ont également enfin fait leur grand retour. Avec les carottes c’est toujours « je t’aime moi non plus ». On peut très sincèrement avouer qu’on a horreur d’en faire les semis, que la gestion de la levée est une sacré galère, que le désherbage est super fastidieux mais, la récolte finit toujours par nous faire oublier tout ça et on est plutôt contents de mettre ces demoiselles en bottes. Enfin, nos essais de semis en association avec un semis de radis sont concluants – au moins sous serre – c’est déjà ça !

Avec le printemps ou le succédané de printemps, est aussi arrivé le temps des cueillettes sauvages. Le bal a été ouvert par les orties. Si piquantes soient-elles, nous les adorons. Que ce soit en soupe, en tisanes ou pour les jardins, en purin. Les derniers bouquets sèchent à la grange pour pouvoir proposer quelques sachets de tisane de cette plante aux multiples bienfaits.
J’ai également cueilli des fleurs de pissenlits en veux-tu en voilà. Pourquoi ? Parce qu’un de nos objectifs de ce printemps était de faire du vin de pissenlits. Si la recette par fermentation a fait pshittt, celle par macération a plutôt bien réussi et nous offre désormais un apéritif très floral. Il y a aussi eu les fleurs de bourrache, le bleuet, le souci des jardins et beaucoup plus récemment, les fleurs de sureau et celles d’acacia.  Cela nous promet de délicieuses tisanes pour l’hiver mais aussi des recettes à tester et peut-être, à vous faire découvrir… Mais chut, ça reste encore un secret !

Il n’y a pas que la flore qui éclot et s’épanouit avec le printemps, il y a aussi tout ce petit monde qu’on découvre ou re-découvre. Tout d’abord, il y a la foule de chenilles. Les fluos, les velues, les dodues et les camouflées. On a donc rapatrié à la ferme notre guide de petites bêtes. Histoire de savoir si ce sont ou pas des bêtes qui nous embêtent !
Si pour les chenilles nous avons encore besoin de guide, pour d’autres, pas besoin de bouquins. C’est le cas des abeilles. Tiens, c’est pas un essaim qui s’est accroché là-bas, sur le vieux pommier ? Si, c’est bien un essaim ! Évidemment, nous n’avions pas de ruchette pour les accueillir, encore moins de ruche vide. Nous avons donc pensé à Louis comme potentiel adoptant. S’il est venu avec une ruchette, il est reparti les mains vides. Vous allez bien le garder cet essaim non ? Tu gardes la ruchette le temps de trouver une ruche et puis c’est tout. Tino et Jean-Guy partagent donc leur  jolie parcelle avec de nouvelles copines qui seront bien utiles sur nos jardins.
Nous n’avons pas eu besoin de livre pour les reconnaître, eux non plus. Eux, ce sont les criquets ! Déjà ? Oui, déjà ! Forcément, on n’a pas sauté de joie, eux, au contraire des abeilles, ne seront pas utiles dans les jardins mais plutôt nuisibles. La vague d’angoisse passée, nous avons essayé d’être pragmatiques. Premièrement, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils soient de retour vu l’hiver qui vient de passer. Deuxièmement, nous ne retirerions aucun bénéfice à se mettre la ratte au court-bouillon. Troisièmement, cette année, ce ne sera pas la surprise, au fond, on s’y prépare…

Opération roulotte!

Comment mieux se préparer au retour des criquets qu’en préparant l’arrivée des poules ? Prévoir des filets? Oui, aussi mais des filets, nous en avons déjà et nous comptons sur nos réseaux de récup’ drômois. En mai, il a donc été énormément question de poulailler. Autant vous dire qu’il pesait lourd, très lourd dans la balance de la charge mentale de François. Je l’ai entendu pester, bougonner, râler. Je l’ai vu dessiner des plans, les raturer, ouvrir des yeux ronds à la vue de certains devis, en annoter d’autres. On a revu les cahiers des charges AB et Nature & Progrès. Pas question de se planter sur la longueur de perchoir ou sur le nombre de poules par nid ! François a donc rechigné jusqu’à ce que le mauvais temps et la date de livraison des poules ne lui laissent plus le choix. Le châssis, tout nu depuis un bail, n’a pas su ce qui lui arrivait. Il s’est vu très vite affublé d’un plancher puis d’une belle structure et enfin d’un toit. La roulotte à poules a fini de prendre forme avec l’installation des nichoirs, des perchoirs, de la porte automatique. Il ne reste à ce jour que la pose de l’isolation et du bardage extérieur à réaliser. Je n’en dis pas plus, il faut quand même qu’on garde un peu de mystère…  mais mon petit doigt me dit que le weekend prochain, François aura de l’aide pour finir tout ça !
Toujours du côté pratique, nous avons reçu les clôtures mobiles et l’électrificateur, nous avons fait des réserves d’aliment bio et récupéré des mangeoires et des abreuvoirs chez mon oncle qui a arrêté son activité du côté de Saoû. Côté paperasses, les déclarations sont faites, le contrôle du certificateur AB est prévu dans quelques jours et je vais pouvoir commander notre petit tampon à oeufs. Enfin avant d’avoir des œufs, il faudrait des poules me direz-vous ? On les attend de pied ferme ! Elles devaient arriver la semaine dernière mais pont de l’Ascension et couac de livraison – je crois qu’on nous a oublié tout simplement –  les poules sont toujours aux abonnés absentes. Espérons qu’elles ne tardent pas trop…

Et puis…

Que rajouter ? L’opération buttage des pommes de terre et l’absence, jusqu’ici, de doryphores croqueuses de feuilles, le paillage moumoute grâce à la laine des brebis de l’Auberge Longue Vie, les heures de binage parce qu’on s’est laissé dépasser du côté des oignons et des échalotes, les premières pommes de terre nouvelles qui sont bien à la bourre, les kilos de paille étendus sur nos planches de culture, le repiquage des cardons, le semis de maïs doux, notre anniversaire de marchés – 1ère bougie youpi –  les premières chaleurs et les premières courgettes récoltées. Comme tout voyage, notre retour vers le futur touche à sa fin et nous venons de retrouver le mois de Juin. Si ce fut un plaisir de vous embarquer pour remonter le temps, j’espère qu’on se retrouvera avant la fin août!

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Ici, on cause chantiers!

En chantier. Locution adverbiale. L’expression en chantier est souvent associée au verbe « mettre ». Mettre en chantier, c’est commencer la construction d’un navire – à l’origine – d’un bâtiment et par extension, d’un projet intellectuel ou artistique.

L’Abeille & la Blette n’a rien d’un chantier naval – peut-être qu’un jour on construira un radeau pour voguer sur le Doux – mais au fond, c’est bien à la construction d’un projet qu’on s’est attaqué.

En chantier. Locution adverbiale reflétant (très) souvent nos réalités.

Si on ne va pas vous faire croire que chaque jour est un chantier – quoique le débat reste ouvert –  ces derniers temps, chaque semaine a eu son (lot de) chantier. Plus ou moins important, plus ou moins bien organisé, plus ou moins prévu.

Quoi ? Mais enfin, un chantier, ça se prévoit, ça s’anticipe !
Si cette pensée vous a traversé l’esprit, venez donc passer quelques temps par ici, vous aurez la preuve que non, tous les chantiers ne se prévoient pas.
Ça y est, ils nous refont le coup des imprévus…
Manque cruel d’originalité ou simple réalité, il faut effectivement gérer les imprévus. Ces chantiers de dernière minute sont souvent ceux qui demandent le plus de vivacité d’esprit puisqu’il faut réagir fissa ! On les trouve généralement usants – notamment intellectuellement – stressants – ah la prise de décision dans l’urgence – et parfois peu satisfaisants …  Bon, et quoi de mieux que des exemples concrets pour étayer nos propos et illustrer notre digression sur les catégories de chantier?
Olé, tour d’horizon des chantiers du mois. Cherchez pas, c’est nous qui régalons!

Le gros chantier bien planifié: démonter une serre.

Allez disons-le, n’ayons pas peur des mots, c’était LE chantier du mois de mars. Un chantier prévu depuis déjà quelques temps – on en parlait déjà – un chantier anticipé donc. Évidemment, vous me direz qu’on se retrouve rarement du jour au lendemain à démonter une serre aux mensurations généreuses – 8m de large pour 34 m de long – et je suis bien d’accord. Quoique là encore, il faut être plutôt très réactif quand paraît la petite annonce. Enfin, trève de digression, on a dit qu’on causait chantier!

Qui dit serre à démonter, dit chantier hors-les-murs. Oui, on ne s’amuse pas à démonter Dame Richel. C’est d’ailleurs cet aspect « hors-les-murs » qui a fait qu’on y a BEAUCOUP réfléchi à ce chantier. Il a fallu trouver une date qui convenait aussi bien aux maraîchères qui vendaient pas moins de 3 serres – planning des différents démontages, impératifs administratifs – qu’à nous. Étant donné que la serre se dressait fièrement à Saint-Joseph, dans la Loire, il fallait aussi prévoir qu’en une journée, le travail serait plié. Pas question de multiplier les aller-retour. Et puis, une serre de ce genre, évidemment, ça ne rentre pas dans le Jumpy. On est plutôt adeptes des Jumpy bien remplis, des remorques blindées, des portes ouvertes, des étincelles sur le bitume et des tendeurs dans tous les sens mais quand même, on a des limites. Vous l’aurez deviné, on a du louer un mignon petit camion benne. Il fallait aussi prévoir les bons outils – notamment les bonnes clés – histoire de ne pas se retrouver coincés comme des c*** devant une bande d’écrous bien serrés… Bref, on a réfléchi aux impondérables, fait des listes, réfléchi à ce qu’on pouvait avoir oublié, refait des listes. Et puis la veille du jour-J, on s’est attaqué au ravitaillement. C’est pas le tout d’appeler les copains à la rescousse, il faut assurer leur confort, les chouchouter et éviter de leur laisser un trop mauvais souvenir!

Le jour-J, les astres étaient sacrément bien alignés: un grand soleil, pas un brin de vent, de la bonne humeur et une pu**** de belle énergie! Quand on est contents, parfois on devient vulgaires, faut nous excuser. On est rentrés tous bien cuits – enfin on suppose – mais nous, on était tout ragaillardis et complètement reboostés. Mettre un chantier derrière, retrouver des copains de tous horizons, c’est quand même le pied…
Et comme il faut rendre à César ce qui appartient à César, il est temps pour nous de faire une OVATION pour:

  • Lisa et Brice qui ont répondu présents malgré 4,5 km de pioche dans les bras et 40 km de motoculteur. Morlanche forever!
  • Marion et Antoine qui sont de tous nos chantiers et qui, comme toujours, mettent du cœur et du corps à l’ouvrage.
  • Adrien qui a réussi à trouver un créneau dans son emploi du temps de célèbre ambassadeur de la Transition.
  • Sylvain qui, outre sa b*** et son couteau, n’avait pas oublié d’emmener sa célèbre mauvaise foi qu’on aime tant!
  • PY aka l’Homme à la fourche-bèche qui, s’il n’a pas vraiment changé depuis nos années dijonnaises, est de ceux qui pensent désormais à faire charger les batteries de leur visseuse avant un chantier!

Vraiment MERCI, vous avez assuré! En exclusivité, les photos qui vont bien!

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Le chantier qui revient chaque année: planter les pommes de terre.

Il y a des chantiers qui, qu’on les aime ou qu’on les déteste, reviennent chaque année. A la même période, plus ou moins inchangés. C’est le cas, par exemple, de la plantation des pommes de terre. Cette année, nous avons choisi la date en fonction du calendrier lunaire. Jour dit ‘racines’, option 3 étoiles. Rien que ça Madame!
Ce genre de chantier qui revient chaque année se bonifie (ou pas) avec le temps. Les plâtres essuyés au fil des saisons permettent – normalement – d’améliorer l’organisation, de se faciliter le boulot. Évidemment, on se doute bien qu’on est pas à l’abri d’un couac, d’un imprévu ou d’un battement d’ailes de papillon au Japon. Cette année, on est plutôt satisfaits. Belle journée, organisation plutôt efficace et pistes d’amélioration pour l’an prochain. Après, si le chantier s’est bien déroulé, les pommes de terre, plantées en bien plus grand nombre que l’an dernier, sont loin d’être récoltées… Il nous faut encore trembler pour les gelées tardives, nous préparer à passer des heures à noyer des doryphores, penser (ou pas) aux buttages. Bref, il faut surtout espérer qu’un chantier réussi soit synonyme d’une récolte généreuse et pas amaigrie!

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Dans notre collection ‘chantier refrain, chantier qui revient’, notons que nous avons aussi eu les semis à gogo(dets) de légumes d’été: courges, courgettes, tomates, poivrons, piments, concombres….

Le chantier pas prévu du tout: installer des tunnels nantais.

Ah enfin le voilà! Le chantier qui empêche de tourner en rond. Celui qui débarque sans avoir été invité, celui qui retourne le cerveau, celui qu’on ne prépare pas. Le chantier qui fait c**** mais qu’il faut gérer. Et vite!
Vous l’aurez compris, non, nous n’avions pas prévu d’installer des tunnels nantais. Ni dans le plan d’entreprise, ni dans le planning, ni dans nos têtes. Mais, le climat changeant, les températures ayant été (bien) trop douces en février, il a fallu se rendre à l’évidence: tous nos petits plants avaient une bonne quinzaine de jours d’avance et commençaient à avoir chaud dans notre pépinière… Les repiquer dans la serre nous direz-vous? Si seulement nous avions de la place! Nous avons compté et recompté les mètres de planche disponibles, vérifié et revérifié le planning et le constat était clair: nous ne pouvions pas repiquer sous serre!
Branle-bas de combat dans nos cerveaux, devis, réflexions, devis, délais de livraison et nous voilà un samedi en fin de matinée, avec 150 arceaux, 200 mètres de film plastique et 10 km de ficelle. Quelques heures plus tard, nous voilà satisfaits, les 3 tunnels ont fière allure, les plants sont protégés. Vas-y qu’on se félicite, tope-la et compagnie.

Parfois, le ‘chantier pas prévu’ peut devenir ‘le chantier pas prévu qui revient très (trop) vite’. C’est le cas de l’installation de nos tunnels nantais. Prenez d’énormes bourrasques de vent dans la nuit – du genre à couper l’électricité pendant quelques heures – et revenez le lendemain. Tiens donc, les tunnels font un drôle d’angle et ne sont plus à leur place! Tiens donc, le plastique est déchiré, les arceaux dans tous les sens! Et pour que  ce soit encore plus drôle, imaginez que tout ça se passe durant la nuit du lundi au mardi, en ayant en tête que la pose avait eu lieu le samedi. Vous vous gaussez non? Nous, on a ri jaune, vu notre beau moral s’écrouler et puis François s’est re-attaqué au chantier. Bilan des courses, la seconde pose aura permis certaines améliorations. Comme quoi…

Le chantier de presque loisir: construire sa propre Campagnole.

La dernière fois, je vous disais que François s’était découvert une passion pour la soudure. Ce n’était pas une passade! Ayant investi dans un poste à souder, il s’est lancé dans ses premiers travaux avec la construction de notre Campagnole. Souvenez-vous, c’est l’outil qu’on avait pu tester en décembre (on en causait par là). Convaincus par cet outil fantastique, on a décidé d’investir dans la version ‘en kit’, c’est-à-dire à souder soi-même.
Voilà bien un chantier qui s’apparente presque à un loisir.
Et le résultat me direz-vous? Une Campagnole plus grunge que celle vendue déjà montée car chez nous, pas de peinture sur les dents et les montants. Du brut! Enfin, l’essentiel reste que nous puissions travailler correctement avec et … c’est le cas!

La soudure nous ouvre donc de belles perspectives pour adapter nos outils à des besoins bien précis, construire des portails solides pour les diverses clôtures, bricoler à tout va.

Le chantier récurrent: ranger et aménager.

Petit à petit l’oiseau fait son nid. Si on ne fait pas notre nid dans le bâtiment – ouf ! – petit à petit, on l’aménage, on améliore, on réinvente. Dernièrement, on a repensé l’espace de lavage des légumes. Rien d’exceptionnel en somme puisque nous avons simplement déplacé l’évier et les tables de travail mais, croyez-moi, ça change la vie! Ce qui change encore plus la vie? L’installation, juste à côté du dit évier, d’un vulgaire robinet pour remplir les arrosoirs et sur lequel on peut brancher un jet. Le pied quand il faut remplir d’eau la grosse bassine pour laver les radis!

On a également trié et rangé nos montagnes de cagettes. Les moches et plus vieilles pour les futures récoltes de patates, les petites pour les colis d’abricots (au moment où on a rangé, il n’y avait pas encore eu cette douce nuit de gelée…), les plateaux bas pour les tomates cet été… Bref, c’est tout net, bien empilé et bien plus accessible.

Dans la série ‘chantier d’aménagement’, François nous a créé une jolie petite terrasse devant le bâtiment. Il prévoit ensuite de tester un système de construction ‘à la tronçonneuse’ pour abriter le tout. Il fait déjà bon y prendre le café quand le soleil est de sortie alors j’imagine qu’une fois à l’abri, ce sera vraiment sympa…

Le chantier bonus: préparer le week-end « De Ferme en Ferme ».

Le chantier bonus, le chantier en plus. C’est celui qui s’ajoute aux autres, qui arrive comme une fleur au moment pas forcément opportun. C’est celui qui fait dire « mais bordel, qu’est-ce qui nous a pris? ».
Ici, le chantier bonus c’est la préparation du week-end « De Ferme en Ferme ». Eh oui, le 27 et le 28 avril, dans le cadre du célèbre week-end organisé par le Civam, l’Abeille et la Blette vous ouvre ses portes, de 9h à 19h! Trop chouette! Trop chouette en effet mais, pour vous accueillir correctement, il faut quand même anticiper un minimum…!
François a participé aux diverses formations pour les novices, histoire d’être préparé au baptême du feu. Nous avons déjà réfléchi au circuit de visite, imaginé divers scénarios – catastrophes ou non – fait des liste et recruté des volontaires pour nous aider. D’ailleurs si vous avez envie de participer à l’aventure en nous donnant un coup de main, n’hésitez pas, plus on est de fous, plus on rit!
Et puis, on a aussi profité de la visite de Chloé – graphiste à qui l’on doit notre logo – et Franky pour mettre sur pieds notre épouvantail, célèbre emblème pour ce week-end!

Chantier bonus donc et souvent cette question « qu’est-ce qui nous a pris de dire oui? ». Peut-être parce que nous étions début décembre et que ça nous paraissait loin et fastoche? Peut-être parce que Jonathan – voisin et participant – a su être convaincant? Peut-être parce qu’on aime toujours partager cette nouvelle vie avec d’autres? Peut-être parce qu’on aime les (petits) défis? Quelle qu’en soit la raison, quel que soit le chantier, n’hésitez pas à venir faire un tour chez nous!

Et puis tous les autres chantiers…

Et puis tous les autres. Les petits, les rapides, les qui-traînent-en-longueur, les minis, les chiants, les redondants, les joyeux, les moins drôles. Le quotidien en somme. Prenant, usant, parfois ingrat. Le quotidien en somme. Fait de mille et une réflexions, de mille et une décisions. Créer, imaginer, mettre en œuvre et en branle.

Au fond, quand on y réfléchit bien, c’est toute notre vie qui est devenue un vaste chantier!

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Quand le climat se dérègle, aventures quotidiennes et sautes d’humeur.

Vous avez peut-être supposé que nous avions disparu, que nous étions finalement entrés dans une profonde phase d’hibernation ? Si nous avons, le temps d’une semaine de vacances à randonner loin de l’Ardèche, pensé nous échapper plus longtemps, comme repiqués par le virus de la bougeotte, les anticorps développés pendant notre année à St Fé’ ont vite réduit à néant le risque de rechute. De retour en terre ardéchoise, nous avions bien trop de projets en tête pour trouver le sommeil. Et puis avec ce redoux aussi fou qu’inquiétant, notre hibernation aurait déjà pris fin… En conclusion, pas de disparition, pas d’hibernation mais un mois de février qui file vite – forcément me direz-vous, avec 28 petits jours – des températures incongrues et nos humeurs qui osent les figures les plus folles. Un pot-pourri d’aventures quotidiennes!

Du côté de la pépinière – une des notes de fond du dit pot-pourri – il y a eu la reprise des semis. Clayton de Cuba, arroche rouge, blettes de couleur, chou rave, roquette, betteraves rouge et tous leurs amis. Jusqu’ici, on arrive à se tenir – ovation de nous à nous-mêmes – aux dates du calendrier lunaire. Les paris restent ouverts pour savoir jusqu’à quand cela va rester possible !

Dans la catégorie note de fond, il y a aussi les repiquages qui ont recommencé à rythmer nos semaines. Notamment les semaines paires où nous devons récupérer les plants commandés. Pour ceux qui seraient tentés de vérifier, oui nous devons aller chercher des plants cette semaine. Salades et betteraves rouges, ça reste sage… Quoique la serre commence à être bien, bien pleine !

Nous avons aussi pu planter nos pommes de terre précoce au nom pompeux – les Belles de Fontenay, rien que ça – le fameux vendredi aux « 3 étoiles légumes racines » du calendrier lunaire. Et alors ? Jusqu’ici, rien de phénoménal, on a plutôt l’impression que les pommes de terre Miss France – attention humour intempestif ! – n’y mettent pas vraiment du leur pour égayer le pot-pourri… Toujours côté parfum et plantations, nous avons fait nos premières plantations au grand air : ail, échalote et première session d’oignon. Si à la plantation le parfum reste léger, normalement, dans quelques mois, lors de la récolte, ça devrait donner une note de tête difficilement oubliable et plutôt persistante…

Quitte à parler parfum, parlons fumier ! Nous avons enfin trouvé du fumier bio et local – hip hip hip hourraaaa – et surtout, trouvé le moyen de le ramener sur nos terres. Je vous imagine sourire mais le fumier bio, ça reste un sacré casse-tête. Surtout quand, comme nous, vous n’avez pas de GROS tracteur avec une GROSSE benne pour le transporter. En bref, au détour d’une chanson folk à l’Effet Local, François a dégoté du fumier de brebis bio, fallait-il encore pouvoir le ramener. Un creusage de méninges et un devis plus tard – tout n’est pas gratuit ma bonne dame – un GROS tracteur avec une GROSSE benne nous livrait 8 GROSSES tonnes de fumier en direct de la ferme de l’Hôte Antique. Joie, joie, ô joie !

Février a aussi, comme l’an dernier, le parfum de la taille des abricotiers. Évidemment, c’est une image car ça ne sent pas grand-chose. Sauf quand le voisin pratique l’écobuage. Nous avons (encore) perdu des arbres, gagné (un peu) en efficacité et, cette année, décidé d’étaler la tâche sur plusieurs semaines.

C’est à ce moment-là qu’on en vient à ce qui nous mine ces derniers temps : le dérèglement du climat. L’an dernier, souvenez-vous, pour célébrer la fin de la taille, François avait skié sur notre lac. Cette année, nous avons vu les premières fleurs sur les arbres. Cherchez l’erreur ! Ce bouleversement des saisons qui fait fleurir nos abricotiers bien trop tôt a le don de mettre notre humeur sans-dessus-dessous. Cela se traduit cliniquement par une alternance de phases combatives et de phases d’abattement qui se ponctuent généralement par, excusez la politesse, « monde de merde ». On se perçoit, de plus en plus souvent, comme des Don Quichotte qui se démèneraient pour essayer de construire quelque chose de pas trop bancal face à d’énormes moulins, mus par le vent des lobbys, de la finance et des politiques dont les intérêts sont bien éloignés de ceux de la planète et accessoirement des populations qui l’habitent. Il faut avouer que ça nous plombe (beaucoup) de se savoir face au mur, déjà bien trop près, et de voir que, ceux qui nous dirigent continuent à fermer les yeux, le pied collé au plancher, comme pour atteindre le crash au plus vite… Dans notre pot-pourri, c’est la note amère et sournoise, qui profite toujours d’un moment de fatigue pour trimballer ses effluves de morosité et de lassitude.

Évidemment cette note amère est régulièrement écrasée par le parfum pétillant et frais des projets qui prennent forme. Et comme on n’est pas (encore) complètement déprimés, on a même planté des arbres ! Les 24 premiers de la parcelle agroforestière dont on vous a rebattu les oreilles. Des pommiers, des pruniers et des cerisiers, tous droits venus de la pépinière de John de la Ferme des Genêts – plus local tu meurs !  Les prochains arriveront très probablement à l’automne.

Du côté des poulettes et de leur roulotte, nous avons dégotté, tout près de la ferme, un premier châssis de caravane. On remercie la passion Bon Coin de François! S’il ne restait à ce châssis déjà pas grand-chose de sa vie d’avant, François a vraiment fini de le mettre à nu. Désormais, tout est à construire ! On a décidé d’arrêter les plans après la formation « biosécurité en élevage avicole» – formation aussi obligatoire qu’elle semble peu passionnante – que je dois suivre dans quelques jours. Et les poulettes ? Les poulettes, c’est le casse-tête. Du moins, quand on veut à la fois être certifié bio et ne pas avoir un minimum de 100 poules. Pour avoir des poules prêtes à pondre certifiées, c’est un peu la croix et la bannière. Ça nous paraît surtout pas toujours très logique mais il faut dire qu’on n’a pas la même logique que le modèle agricole productiviste qui perdure… 25 poules, on n’a pas idée ! On a donc abdiqué: il faudra qu’on aille chercher nos nouvelles amies à plumes…dans le Gard. Vous imaginez bien que pendant la période « cherche ta poule », nous avons bien des fois ponctué nos phrases de « monde de m**** »… Les mignonettes arriveront donc probablement à la fin mai. Plus tard que ce qu’on avait imaginé mais, soyons optimistes, mieux vaut tard que jamais !

Dans notre pot-pourri d’aventures quotidiennes, il y a aussi une note animale. Une note qu’on pourrait presque qualifier d’asine si on oubliait Oka et son haleine parfois saisissante, Piou et nos poules retraitées. Il y a une quinzaine de jours, j’ai effectivement un peu oublié le chien, le chat et les poules puisque Tino a eu l’irrépressible envie de prendre la poudre d’escampette et de disparaître. Deux jours à crapahuter dans les environs pour le retrouver, tout notre réseau local alerté et un bourricot qui prenait du bon temps avec deux copines. Un parfum d’âne bien entêtant. D’autant que le bougre a choisi de disparaître pendant que François était en formation en Savoie. Comme on n’est jamais à l’abri d’un rebondissement, deux jours après avoir retrouvé Tino, nous étions à batailler pour que Jean-Guy grimpe dans le Jumpy – Merci Flavien pour le coup de main! Jean-Guy, c’est le nouveau pote de Tino. Un ânon fort fort mignon qui a déjà trouvé le moyen de rencontrer le vétérinaire et se promène affublé d’un cataplasme d’argile verte très seyant sur la croupe. On préfère vous éviter la description du truc pas jojo qu’il a à l’encolure. En bref, nous avons donc pendant quelques jours un nouveau rituel de soins à ajouter à nos péripéties quotidiennes…

Quoi d’autre dans le pot-pourri ? L’odeur de nos cerveaux qui chauffent, réfléchissent, tranchent et essaient de gérer au mieux les priorités en accord avec les valeurs qu’on s’entête à vouloir défendre, les effluves sucrées des crêpes, l’arôme fumé de la Satan says Ale – indice c’est une bière brassée à Longue Vie – les notes fraîches des ballades au grand air, l’odeur de la paille, le pêle-mêle de parfums de légumes quand on part au marché, les effluves de forêt et de sous-bois quand il faut fabriquer des piquets, les odeurs de terre quand on parle engrais verts et sols vivants avec PY et sa fourche-bêche, les relents entêtants du sans-plomb quand il faut débroussailler des ronciers pour dégager une terrasse oubliée… Bientôt aussi l’odeur de l’acier, celui de la nouvelle serre, achetée d’occasion, qu’il va falloir aller démonter dans la Loire – les copains sont déjà sur le coup pour nous prêter leurs bras et ça, ça fait toujours chauffer nos p’tits cœurs. Je ne sais pas si la soudure a une odeur, mais si oui, elle fera partie du pot-pourri car après la formation « Serre-mobile » avec l’Atelier Paysan, j’en connais un qui est ultra-motivé et qui va s’en donner à cœur joie, l’idée étant qu’à l’automne, on convertisse la nouvelle serre en serre mobile… Mais chut, c’est un secret!

Allez, hauts les cœurs et pas de haut-le-cœur, notre pot-pourri quotidien a quand même le parfum frais de la grande aventure!

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Ah, avant que j’oublie, on a aussi répondu à quelques questions sur notre projet. Vous savez déjà très sûrement tout mais si la curiosité vous titille, c’est par .

Pour 2019, vaste programme et rêves en grand!

Il y a deux jours, nous  avons planché sur le planning de cultures 2019. Il était temps de prévoir notre calendrier de semis mais aussi de réviser le planning à envoyer au pépiniériste – on ne sera pas autonomes pour les plants cette année non plus ma bonne dame! – et, en l’espace d’une demi-journée, nous avons traversé le printemps, l’été et nous sommes arrivés jusqu’aux derniers repiquages d’automne. En l’espace de quelques heures, nous étions presque à la fin de l’année 2019. Nous avons alors réalisé que nous avions failli à la tradition des bons vœux.  Nous espérons donc que cette nouvelle année sera douce, riche de rencontres et de découvertes, pleine de paix. Nous espérons aussi que 2019 verra, enfin, des avancées significatives dans différents domaines… En termes de politiques agricoles avec la nécessité de défendre une agriculture paysanne, à taille humaine et qui permette de vivre de son travail. D’ailleurs, on n’oublie pas, pour ceux qui peuvent, de voter aux élections des chambres d’agriculture. Ca se passe la deuxième quinzaine de janvier ! En termes de climat et d’environnement avec la nécessité d’engager des mesures concrètes pour prendre en compte le changement climatique – et ses conséquences – et (tenter de) changer de paradigme.  Et puis toujours, la nécessité de lutter pour préserver nos droits sociaux, la justice sociale et la solidarité – lire et relire « nos jours heureux », programme du CNR peut s’avérer salutaire. Vaste programme donc pour 2019! Il va en falloir du courage et de l’énergie !

Du côté de la ferme, il va aussi nous falloir de l’énergie! Notre campagne de financement participatif terminée avec succès – encore un immense MERCI à tous nos généreux contributeurs – il va être temps de passer à la phase de réalisation! François va donc se pencher à nouveau très sérieusement sur les plans des futures roulottes à poulettes, nous faire quelques croquis et des listes de matériel… Nous allons également  plancher sur le plan du futur verger diversifié. Si nous avons en tête les espèces que nous souhaitons implanter, il faut que nous réfléchissions aux choix de porte-greffes, que nous posions sur le papier les écarts, la disposition, les cheminements… il nous faut un plan quoi!  Nous allons voir ce qu’il est possible d’implanter au printemps et ce que nous devons commander pour l’automne prochain – hop, encore un bond dans le temps! Parce que parfois nous en avons ras le bol d’être dans des projections sur le papier, nous avons mis nos bonnets et nos gants et nous avons planté une première dizaine d’arbustes mellifères aux abords de la serre, de façon à créer une petite haie basse, diversifiée et plutôt sympa pour les butineurs…

Toujours du côté de la ferme, juste avant les fêtes, nous avons fait une réserve de paille pour pouvoir envisager sereinement le paillage des repiquages de fin d’hiver et de printemps. Cette fin d’automne, nous roulions à l’économie et c’était, il faut bien l’avouer, loin d’être optimal. La paille était devenue une sorte d’obsession pour nous ! Il faut dire qu’entre la sécheresse imposant une certaine rareté du produit et nos contraintes – pailles non traitées et qui puissent être livrées – on commençait à être pas très sereins. Nous voilà satisfaits mais surtout mieux armés pour l’année prochaine. Petit à petit, on trouve les contacts, on collecte les infos. Au fond, on en revient toujours à l’importance du réseau et de l’entraide!

Du côté des marchés, nous avons inauguré juste avant les fêtes notre nouvelle bâche de marché et, notre logo – le travail de Chloé – a remporté un joli succès. Attendez de voir le Jumpy floqué à nos couleurs! Autre fait notable, François est à ce jour le vendeur de l’année 2019 puisque c’est lui qui a débuté la saison 2019, mercredi 2 janvier à Annonay! Je m’étais chargée dimanche, sous un vent glacial, de terminer – sans beaucoup d’éclat – la saison 2018. Eh oui, les légumes se faisant plus rares, un peu moins diversifiés, les marchés se font plus petits. Si on l’avait prévu, on en revient à penser à ces satanés criquets et à tous les choux qu’ils ont boulotté sans vergogne… Ce sont bien ces choux qui commencent à sérieusement nous manquer ! Enfin, ce premier hiver nous permet déjà de prévoir quelques ajustements pour le prochain… Et puis avec des petits marchés, on aura moins (pas) de scrupules à nous échapper pendant – roulement de tambour – une semaine ! Ne vous frottez pas les yeux, vous avez bel et bien lu, une semaine ! Une semaine de vacances! Je ne sais pas si vous imaginez ce que ça représente? Une sorte de graal ! Ou alors une énorme bouffée d’air! Ou alors le sas de décompression! Bref, on danse déjà de joie et on compte les dodos avant de prendre la poudre d’escampette! En plus, ça y est, on peut le faire en utilisant juste nos deux mains – on le faisait pas quand il fallait utiliser nos pieds!

Avant ça, on va continuer à préparer la saison qui approche et à faire le bilan – comptable mais pas que – de la première. Enfin surtout moi, puisque François lui s’en va dans le Lot dès demain. Il part pour une première formation à la traction asine, à  l’Ecole Nationale des Anes Maraîchers. Pour ceux qui se le demanderaient, Tino reste à Pojot avec moi. L’idée serait de lui trouver un petit pote, petit pote qui pourrait être dressé pour travailler en maraîchage. Enfin, ne mettons pas l’âne avant l’outil, attendons plutôt le ressenti de François après ces 3 jours d’âneries et laissons Tino continuer à tranquillement entretenir sa parcelle!

Vaste programme donc pour 2019! Il va en falloir du courage et de l’énergie ! Mais, comme toujours, nous sommes bien décidés à rêver en grand. En très grand même quitte à faire !

Décembre, c’est plus calme non?

On nous pose souvent la question et, on ne va pas se mentir, oui, le rythme ralentit avec l’hiver qui rapplique. Et surtout les jours qui diminuent ! Quand il faut se rentrer à 17h30, finalement, on n’est pas mécontents. Pour tout avouer, on a testé qu’une seule fois de travailler à la frontale. Il s’agissait de rentrer du bois, on se sentait en grande forme – genre pas assez fatigués – et on s’est dit, faisons ça à la frontale. Outre que les piles des lampes étaient faiblardes, il faut bien avouer que c’est pas génial. Pour ceux qui se demandent si la pile de bois a tenu, elle a tenu et a plutôt fière allure. Bref, tout ça pour dire que oui, le rythme a ralenti grâce à ces jours tout riquiquis.

Qui dit jour riquiqui dit aussi croissance ralentie. Autant dire que la fréquence de sortie de la binette a bien diminué et qu’on n’en a fini de la course au désherbage, au repiquage ou au semis. A cette époque de l’année, c’est sous la serre que tout se passe. Le plein-champ étant livré à lui-même – ou presque – c’est aussi du temps de travail en moins. On nous demande d’ailleurs souvent ce qu’il nous reste en plein champs, sans plus attendre, la réponse : des poireaux, des choux et des topinambours. Le reste – salades, chicorées, radis, blettes, épinards, carottes, navets – est bien à l’abri sous la serre. Du côté de la serre, on a aussi commencé à couvrir nos cultures avec du P17, histoire de garder un maximum de chaleur. Et c’est dans ces moments-là qu’on se dit qu’on a bien fait de s’embêter à tout  bien ré-enrouler au printemps. C’est tellement plus simple quand ça se débobine tout seul et qu’on s’empêtre pas dans les voilages !

Et du coup, si vous avez plus de temps, vous faites quoi ? Primo, on peut se permettre de dormir un peu plus. Alléluia ! Ça peut faire sourire mais c’est loin d’être accessoire. Puisque nous ne sommes pas entrés en complète hibernation – une idée pour l’an prochain – et que les légumes nous demandent un peu moins d’attention, c’est le temps de mettre en œuvre tous les travaux – menus ou pas – que nous avions délaissés jusqu’ici. Vous savez cette fameuse « liste de choses à faire à l’automne » devenue la « liste des choses à faire à l’hiver ». Par exemple, François s’est attaqué à la réfection/construction de la « maisonnette d’irrigation ». Si le système d’irrigation a été purgé et les asperseurs remisés depuis déjà quelques temps, il fallait toujours (re)construire le caisson extérieur qui abrite les vannes qui desservent à la fois le plein champ mais surtout la serre. Jusqu’ici, François avait bricolé un abri avec comme premier objectif de protéger l’électrovanne de la pluie. L’objectif était maintenant d’avoir quelque chose de bien isolé et de pratique. Comprendre : facile à ouvrir et fermer – j’ai une forte tendance à râler si ça ne l’est pas, qui plus est quand il s’agit d’arrosage, tâche qui m’ennuie au plus haut point…  C’est d’autant plus important que durant l’hiver, il nous faut pouvoir remettre en route facilement le système pour irriguer sous serre. Bref, François s’est débrouillé comme un chef ! Il manque encore un peu d’isolant et une charnière mais le gros du travail est derrière lui.

Avec le temps en rab, nous avons aussi lancé notre campagne de financement participatif. Quoi ? Cela vous a échappé ? Pas d’inquiétude, il reste encore 10 jours pour participer et nous permettre d’atteindre le second palier, fixé à 7000€ ! Tout est expliqué par ici. A l’heure où j’écris, nous avons atteint les 80 % de l’objectif et vous êtes déjà 69 à nous soutenir. Autant dire que cet enthousiasme nous donne des ailes et nous conforte dans nos choix : nous ne sommes pas les seuls à vouloir faire évoluer les modèles agricoles et défendre une agriculture plus résiliente ! On va donc pouvoir envisager ce volet du projet de façon plutôt sereine, prendre le temps de choisir les variétés des espèces que nous voulons implanter et plancher sur les plans de construction des poulaillers mobiles de ces dames ! C’est là qu’on se dit que c’est bien que les légumes soient au ralenti…

Avec l’hiver vient le temps des formations. J’ai ouvert le bal avec 2 jours de formation concernant les principes permacoles appliqués au maraîchage biologique. Bien m’en a pris ! C’était intéressant et d’autant plus intéressant que ça s’adressait à un public dit « professionnel » dont la finalité est de vivre décemment de son activité. Il y a une sacrée différence entre appliquer les principes de la permaculture à son potager, avec une visée d’autoconsommation et les appliquer à une activité de maraîchage dont on souhaite vivre ! Et puis, on est souvent un peu (beaucoup) réfractaires à l’aspect sectaire que cela peut prendre avec certains discours qui s’apparenteraient presque à des diktats. Si tu fais de la permaculture, il te faut un mandala ! Quoi tu utilises du voilage et des filets, c’est pas très permaculture tout ça ! Tu cultives pas sur des buttes ? Pour faire de la permaculture, faut faire des buttes ! Jusque-là, on trouvait que tout ça prenait surtout un tour « marketing à outrance », avec des stages ou des formations hors de prix, proposant LA recette toute faite alors que fondamentalement, un des principes de base est de « s’adapter à son milieu ». Bref, quand on a vu cette formation sur le calendrier de formations proposées, on s’est dit que c’était l’occasion de voir ce que ça disait. Pour tout dire, on s’était même préparé une liste de questions bien précises, dans le cas où ça tournerait au culte de la butte ou du mandala ! Un exemple ? L’intérêt du mandala dans le modèle de maraîchage sur petites surfaces ? Sa praticité au quotidien, en termes d’intervention et d’irrigation ? Car c’est certes joli mais quand il faut tournicoter avec sa brouette pour arriver au centre, on se dit que ça doit aller 5 minutes mais que à la longue, ça doit vite virer au truc qu’on remet à plus tard… Et puis niveau gain de place. Bref, outre que cette formation était très intéressante, c’est aussi l’occasion de visiter une nouvelle ferme, comme toujours de s’inspirer de 2 ou 3 trucs mis en œuvre par le maraîcher, d’avoir de nouvelles idées à tester. C’est aussi l’occasion de faire de chouettes rencontres. C’est comme ça qu’on en est venus à tester « La Campagnole », un outil développé par la Fabriculture en collaboration avec la ferme du Bec Hellouin. Cette fameuse Campagnole nous a été prêtée par Flavien, un voisin d’Empurany rencontré pendant la dite-formation. Verdict ? C’est super ergonomique et pour préparer une planche, ça va très, très bien.

Avoir du temps, c’est aussi nécessaire pour préparer notre plan de cultures et faire le point sur les semences à acheter, les plants à pré-commander. Histoire de ne pas se retrouver à courir après les semences au moment où il faudrait semer ! Pour certaines cultures, notamment la pomme de terre, cette année, nous avons envie de respecter le calendrier lunaire. On a donc investi dans le Calendrier Lunaire de Michel Gros. Un bon investissement selon Louis. On l’a déjà regardé ensemble, pour les patates, ça devrait se jouer le 21 ou le 23 mars… 3 étoiles pour les légumes racines sur ces 2 jours, le créneau à ne pas louper ! On en reparlera fin mars, d’ici là, les paris sont ouverts : pourra-t-on planter nos patates avec la bonne lune ? Parce qu’accessoirement, le climat, le planning, les imprévus, ça compte aussi…

La semaine dernière, c’est surtout la météo et les plannings que nous avons vérifiés afin de prévoir le jour où Tino arriverait à la maison ! Marcher sous la pluie, c’est faisable mais c’est quand même pas très agréable. C’est finalement par une belle matinée que nous avons ramené Tino à la maison. A son rythme : soutenu dans les descentes, tranquille à la montée. Il a l’air d’apprécier sa nouvelle cabane et la vue depuis Pojot, se fend d’un chant rocailleux quand on arrive le matin, nous fait les poches pour trouver la friandise apportée, aime se faire gratouiller… En bref, on s’est déjà habitué à sa présence et finalement, il n’y a guère que Oka qui reste un peu sceptique face à ce nouveau compagnon qui lui fait bien comprendre qu’elle n’a rien à faire dans sa cabane et que ce quignon de pain, c’est le sien. Et oui, Tino a déjà été gâté par les copains boulangers qui lui avaient réservé deux gros sacs de pain sec. Veinard !

Enfin avoir un peu plus de temps, ça permet de régulièrement monter au verger pour vérifier le niveau de l’eau, de crapahuter à droite et à gauche pour cueillir des coulemelles, de ramasser des pommes de pin pour allumer le feu, de faire de la confiture de lait, de se promener en forêt, de prévoir des chantiers à la maison, de planter les mûriers ronces sans épines que nous ont donnés notre voisin, de travailler sur les supports de communication maintenant que nous avons un logo, un vrai – un immense merci à Chloé Lequette pour son très beau boulot – , de lister de nouvelles idées, de s’extasier devant les nouveaux catalogues de semences, de se mettre à jour en compta (ou presque), de lire… Et même de s’offrir un week-end pour aller voir nos copains Claire et Laurent à Lyon. Il n’y a pas à tortiller, c’est plaisant d’avoir un peu de temps, vraiment !

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5,4,3,2,1… C’est parti !!!

Projet? Ficelé!
Contreparties? Imaginées et détaillées!
Communication et listes de diffusion? Préparées!
Doigts? Croisés!
Tu vois autre chose toi? … Non!
Alors, ça veut dire qu’on est prêts? Je crois que oui!

Après l’avoir imaginé, rédigé, corrigé, peaufiné, retouché, repeaufiné, recorrigé, je crois qu’on est prêts. Prêts à lancer notre campagne de financement participatif! Ca se passe sur la plateforme MiiMOSA et ça se passe avec vous! Pour en savoir plus et nous soutenir, il vous suffit de cliquer sur le lien :

La campagne, c’est par ici!

Ce lien, pendant 30 jours, vous pouvez en user et en abuser! Le partager, le faire tourner, voyager, virevolter. Ce n’est pas un lien qu’on garde pour soi, c’est un lien qu’on envoie, un lien dont on parle, on discute. Et puis dans 30 jours, on espère qu’il nous liera encore plus à vous, qu’il aura permis de tisser plein d’autres liens et d’établir de nouvelles connexions, qu’il aura ajouté une dimension collective à notre aventure personnelle.

 

 

Des histoires de lac, de bois et de futurs compagnons…

Il fait gris et quand le crachin se met à tomber, on se dit que le ciel vient d’éternuer… Enfin ces derniers temps, c’est plutôt moi qui ai tendance à éternuer. Rhume ou pas rhume, le poêle ronronne, le thé fume et c’est un plaisir de retrouver le clavier, de remettre un peu d’ordre dans le fil des semaines qui s’échappent et de trouver les mots pour tous ces menus souvenirs qu’on se fabrique. Jour après jour. Il est parfois bon de rembobiner…

La dernière fois, le lac était vidé, les sols secs et nous attendions que les travaux de réfection du dit lac commencent. On regardait surtout le ciel avec des yeux implorants et, logée au creux du ventre, la peur que notre réserve – la grosse Bertha notre bâche-tampon pleine de ses 40 m3 – ne suffise pas…. La pelle mécanique – immense! – est arrivée de bon matin. Au verger, le ronron des engins a rapidement empli l’atmosphère d’habitude si tranquille. Dans un premier temps, il s’agissait de déboiser complètement la digue. Nous y avions beaucoup travaillé au début de l’année (pour se rafraîchir la mémoire) mais nous n’avions pas détruit les souches. Pourquoi ? Parce que nos petits bras ne suffisaient pas à arracher les souches – costauds mais… – et parce que pour la méthode « chimique », les produits ne sont pas homologués en AB. Pour rappel, nous utilisons l’eau du lac pour irriguer… Pas vraiment envie de faire place nette sur les cultures ou encore de les brûler. Bref, pendant que nous faisions pousser des légumes, de son côté, la nature a œuvré. Et c’est une sacrée ouvrière ! La digue était donc redevenue bien verte, certains arbres que nous n’avions pas pu toucher – la faute aux ronciers et au niveau de l’eau – avaient continué à s’épanouir… On avait pensé s’y remettre cet hiver. Mais ça, c’était avant. Après réflexion, on s’est dit que le plus intelligent était de profiter des travaux pour faire place nette. Une journée! Il a fallu une seule journée pour que la digue soit mise à nue! On n’ose pas imaginer combien de journées de tronçonneuse, de débroussailleuse et d’ébrancheur il nous aurait fallu. Trop par rapport à l’efficacité des machines. On a beau vouloir se passer du fossile parfois, on doit faire avec ses propres contradictions!

Une fois la digue toute nue, dans un second temps, il a été question du curage de la réserve. Il s’agissait d’enlever la vase accumulée depuis beaucoup (beaucoup) d’années et de recreuser ce qui pouvait l’être. L’idée est de pouvoir utiliser le lac au maximum de sa capacité. Et au bout de tout ça, la finalité c’est d’améliorer la sécurité de notre réserve en eau. Après 3 jours de travail, le lac était comme neuf. Vide mais tout beau. On s’est dit ça y est il peut pleuvoir ! Évidemment, il n’a pas plu. Pas tout de suite et nous avons continué à implorer le ciel du regard et à regarder les épinards souffrir. C’est le même schéma qui s’est répété: des prévisions qui se voulaient enthousiasmantes, puis moins intéressantes, puis bilan des courses, un pipi de chat. On passait de 30 mm annoncés à 2 minuscules petits millimètres… On vous a dit qu’on ne croyait plus en la météo ?

En attendant la pluie, nous nous sommes occupés des noix fraîchement ramassées dans la Drôme. Une fois récoltées, il faut encore les laver, les trier puis les mettre à sécher. On avait pensé construire des claies – dans le même genre que nous avions construit notre étagère à courges – mais c’était sans compter les caisses de compétition récupérées chez Coline et Florian, à Longue Vie. Elles ont fait l’affaire et ça nous permettra de construire nos futures claies un peu moins dans l’urgence… On garde ça sous le coude pour les petits chantiers entre amis par exemple. Big up les amigos bricolos !

Le lac étant vide, la digue désormais accessible avec Goldi – notre tracteur pour ceux qui l’auraient déjà oublié ! – l’occasion de faire du bois était trop belle. D’autant plus belle que Jean-Paul, le papa de François, avait apporté sa tronçonneuse dans sa valise lors de leur visite pour les vacances. Ils ont donc tronçonné, charrié, tronçonné, ébranché, fait tombé des arbres… Ils s’en sont donné à cœur joie ! François a ensuite redescendu tout ça aux Gaillards, c’est débité et ça sèche bien à l’abri.

Du bois, on n’en a jamais assez, alors François est parti crapahuter avec Louis. De la ferme aux Gaillards en descendant jusqu’à la Daronne. Couper le mauvais châtaigner peut s’avérer être un drame géopolitique, alors pour éviter ça, mieux vaut connaître les limites de propriété ! J’imagine le plaisir de François: (Re)découvrir la forêt dans les pas de Louis, se laisser emporter par ses mille et une anecdotes et histoires. Enfin, le plaisir a été partagé puisqu’ils ont décidé qu’ils iraient marcher ensemble plus souvent… En attendant, François s’est attelé à la tâche, accompagné de son fidèle Goldi. Si on a encore du bois pour voir venir l’hiver, on doit construire une cabane. Une cabane ? Oui, pour l’arrivée de Tino. Tino Trotrot l’âne ! L’idée nous tro(tro)ttait depuis un moment dans la tête. Déjà quand nous sommes arrivés, puis au fil des saisons et encore plus quand il a fallu passer le girobroyeur à la fin de l’été. On a eu l’impression de gaspiller du temps, de l’énergie, du gasoil… Dire qu’un âne ferait si bien le travail ! Et puis l’occasion s’est présentée. Vous chercheriez pas un âne par hasard ? Je donne le mien contre bons soins… Connaissant Damien, on était déjà presque convaincus et puis on est allé le voir, le Tino. Quand on l’a vu, je me suis fendue d’un Oh il est trop beau de circonstance et c’était plié ! Enfin, on est pas repartis avec ! Il nous restait à construire une cabane, revoir les clôtures, assurer la réserve en fourrage… On s’active donc à préparer son arrivée et on a hâte qu’il traverse la Daronne!

Du côté des légumes, c’est acté, adieu les légumes d’été ! Les dernières caisses de tomates mûrissent tranquillement dans la cave et finiront leur vie en coulis, on a fait des réserves de caviar d’aubergines et François a fait un dernier tian plutôt gigantesque. On a donc pu libérer l’espace dans la serre et… la perspective change drôlement ! Finie la jungle bonjour le jardin à l’anglaise ! J’exagère mais quand même, c’est impressionnant ! On a profité de l’espace libéré pour apporter de la chaux et ainsi réajuster le pH de notre sol. Du côté du sorgho, il a finalement été enfoui et depuis, nous avons repiqué salades, jeunes pousses et compagnie. Dans la pépinière, on a fait les derniers semis – un gros poil en retard – avec Pascale, la maman de François. A voir ce que ça va donner…. Toujours dans la pépinière, on expérimente: François a placé un premier bidon de 200 L d’eau afin d’améliorer l’inertie thermique ou, autrement dit, de limiter les écarts de température. Il en faudrait un second, mais Leboncoin est sur l’affaire. François a aussi optimisé l’espace en construisant un grand plan de travail. Histoire de moins se casser le dos. Et puis ça permet au citronnier, à la verveine et à d’autres de passer l’hiver, à la lumière et à l’abri du gel. Malin !

Si du côté du terrain, tout ralentit, dans nos têtes, ça tourne toujours à plein régime. J’ai notamment planché sur les poules pondeuses, la réglementation, les divers cahiers des charges (enfin AB et Nature & Progrès). François, de son côté, s’absorbe dans des plans de poulaillers mobiles, est à l’affût des bonnes idées du côté de l’Atelier Paysan. Pas ingénieur en construction pour rien ! Vous l’aurez compris, nous réfléchissons à la mise en place de notre futur petit atelier de poules pondeuses. Nous imaginons une mise en place à la fin du premier trimestre 2019. Cet atelier sera complémenté par la plantation d’arbres fruitiers et non-fruitiers afin de développer une parcelle agroforestière et de faire le pari de la biodiversité ! C’est dans cette optique que nous allons lancer (très) très bientôt un financement participatif. On me dit dans l’oreillette que ça pourra être l’occasion d’adopter une poule ou un arbre ! On peut même faire des bons cadeaux car qui n’a pas rêvé d’avoir, pour Noël, une poule mais sans les fientes?! Quoi qu’il en soit, vous pourrez découvrir ça plus en détails très vite…

Dans le fond de ma tasse, le reste de thé est tout froid : ça prend du temps de démêler l’écheveau des semaines passées ! Surtout quand elles sont bien remplies et qu’elles défilent à toute berzingue. La prochaine fois qu’il faudra tout démêler, c’est sûr les arbres n’exhiberont plus d’or au bout de leurs branches. La prochaine fois, c’est peut-être de neige que les arbres seront recouverts. La première neige ? Pas du tout, la première neige c’était il y a deux semaines et non, ça n’est pas une blague ! Enfin pas de craintes à avoir, on aura toujours des choses à vous raconter !

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On n’avait pas dit qu’en septembre on pourrait souffler?

C’est effectivement ce qu’on se disait cet été. Pour se donner du courage et tenir le cap de la « grosse » saison. C’est ce qu’on se disait mais parfois, entre ce qu’on se dit et la réalité, il y a un pas. Ici, c’est un fossé! On l’a bien compris, il faut attendre octobre pour l’accalmie. Et encore…

Notre mois de septembre a donc été – si vous ne l’aviez pas encore compris – très (très) chargé ! Certes, on n’a pas dû gérer une crise de criquets ou composer avec la canicule mais qui dit mois de septembre dit rentrée scolaire et reprise. Si nous ne sommes concernés par aucun des deux termes susmentionnés, il faut bien reconnaître que cela influe grandement sur l’agenda du mois de septembre. C’est en effet à cette période, où l’été fait du rab et offre encore de très belles journées, que bon nombre d’associations ou autres organisent fêtes et autres évènements récréatifs pour le grand public. Nos week-ends ont ainsi été bien vite réservés…

Il y a eu tout d’abord la fête de l’agriculture paysanne, organisée par le groupe Nord-Ardèche de la Confédération Paysanne, à Sécheras. La météo s’annonçait presque catastrophique et finalement, le soleil l’a emporté haut la main. Un samedi placé sous le signe de l’agriculture paysanne, un samedi festif et engagé mais aussi un samedi bien chargé pour nous. Il a fallu gérer les récoltes pour le marché du dimanche et les engagements pris pour l’organisation de ce bel évènement. L’avantage d’être un duo ! Le samedi matin, j’ai assuré l’ensemble des récoltes pour le marché pendant que François, dès 10 heures, s’armait de son précieux Opinel pour préparer les crudités pour le midi. On se rassure, il n’était pas seul et il était même plutôt bien accompagné, même si l’autre François – notre voisin de Brouty – enlève trop de feuilles quand il trie la salade… C’est dans la même bonne humeur qu’en fin de journée, nous nous sommes attaqués à la préparation des 220 assiettes de crudités prévues pour les repas du soir. Si j’ai trouvé que le marché piquait un peu le lendemain matin, le bilan reste très positif : de chouettes rencontres, une belle dynamique de groupe, de gros fous rires et pour François, un nouveau surnom…

Après un week-end de trêve avec « juste » le marché de Saint-Félicien, nous avons commencé à préparer le week-end « Terroir au Village ». Il est organisé chaque année par Terroir Pays de Saint-Félicien, association de laquelle nous nous sommes rapprochés dès la fin avril et qui porte des projets très intéressants … Pourquoi préparer ce week-end en particulier ? Parce que dans le programme riche de ces 3 jours dédiés au terroir, étaient prévus plusieurs circuits de visite, avec différentes thématiques et que, lorsqu’on nous avait demandé si nous pouvions faire visiter notre ferme, nous avions répondu par l’affirmative ! Il fallait donc préparer un minimum la visite prévue le samedi matin ! L’occasion de faucher, de débroussailler, de ranger le peu qui devait l’être…

Le samedi, après les récoltes, plus matinales qu’à l’habitude, nous étions prêts à accueillir les curieux. Un peu moins d’une vingtaine, certains connus d’autres non. Jusqu’ici, nous avions toujours fait visiter la ferme à des proches, des amis, des voisins, la famille et c’est très intéressant de diversifier son public. Il y a les questions qui reviennent presque toujours, celles qui étonnent ou surprennent, celles qui désarçonnent mais, quelles qu’elles soient, c’est toujours un très bon exercice, qui nous pousse à être toujours plus précis, plus clairs dans notre discours. Plus pédagogues aussi ou plus engagés. Par exemple, lors de cette visite, a été posée à François, la question de l’utilisation d’hybrides F1. Il a donc expliqué que nous cherchons à les éviter et, assez vite, s’est trouvé à bout d’arguments sur les raisons qui nous motivaient. Pas plus tôt nos visiteurs partis, nous avons donc repensé ensemble à tout ce qui nous faisait opter pour cette position. Un bon exercice, je vous dis, un bon exercice !

Le dimanche, après le marché du matin à Saint-Félicien, nous avons pris la route de Pailharès pour y ré-installer notre étal, marché de producteurs oblige ! Si j’étais très peu motivée à 13 heures, à peine revenue du marché, je dois bien avouer que ce fut un très bel après-midi. Nous avons recroisé certains curieux qui étaient venus jusqu’à Pojot, discuté, dégusté de bons produits mais surtout, nous avons retrouvé toute la bande de chouettes producteurs, engagés comme nous auprès de l’association Terroir. L’occasion d’échanger nos impressions sur la saison, de comparer les traits de fatigue sur nos visages, de retrouver des personnes qui ont un rythme de vie assez similaire au nôtre et pour qui le mot « reprise » ne veut pas dire grand-chose. L’occasion enfin de trinquer, une fois les badauds partis, à la fin de l’été et à cette vie qu’on s’est choisie. Une vie belle bien qu’usante , une vie riche de rencontres et d’apprentissages mais qui souvent nous met en décalage. De la famille, des copains, de Mr & Mme Toulemonde qui rentrent de vacances… Pour autant, quand on regarde par-dessus notre épaule, pour rien au monde, nous ne voudrions retourner en arrière !

Pour être tout à fait honnête, à ce stade-là du mois de septembre – le 23 au soir très exactement –  je ne rêvais que d’une chose, pouvoir dormir. Ne serait-ce qu’un matin. J’avais imaginé que le lundi, après ce week-end aussi chouette que chargé, aurait été celui de la grasse matinée – par grasse matinée, comprendre dormir jusqu’à 8h30. C’était sans compter le jus de pommes. Le jus de pommes ? Peut-être parce qu’on avait peur de s’ennuyer, parce qu’on devient hyperactifs, une dizaine de jours auparavant, François avait pris rendez-vous à l’atelier de transformation Nectardéchois pour une session « jus de pommes ». Je vois d’ici vos sourcils qui font un circonflexe ! Ils ont des pommiers et ils ne l’ont pas dit ? Ils volent des pommes ? Pas de verger de pommiers ni de vol de récolte. En bon observateur-cueilleur qu’il est, François avait repéré quelques pommiers près des Gaillards, notamment près de la petite réserve d’eau qu’on utilise pour la pépinière. Buissonneux, pas taillés depuis des lustres mais plein de fruits. Pour transformer à Nectardéchois, la récolte doit être d’au moins 100 kilos. « J’ai fait un truc qui va pas te plaire ! Enfin, pas sur le moment mais je sais qu’après tu seras contente ». C’est comme ça que François m’a annoncé la mission pommes qui s’annonçait, en parallèle de la préparation du week-end de « Terroir au village ». C’est vrai que sur le moment je me suis dit qu’on s’en serait bien passé, de la cueillette des pommes entre deux sessions de débroussaillage! Au fond, vous l’aurez compris j’étais mille fois pour. Les cueillettes, c’est comme ça, tu prends le créneau ou tu passes à côté. On n’avait pas envie de passer à côté, on voulait avoir 100 kilos et notre jus pour l’hiver. Et puis, on en a parlé à Louis. « Ah justement, je voulais vous en parler. Dans le parc des vaches, y’a quelques pommiers, si vous voulez ramasser les pommes, ça m’arrange. Je dois les faire tomber et les évacuer sinon les vaches s’en gavent et ça peut avoir des conséquences pas jolies jolies. Nous, on en fait rien!». On s’est dit qu’on était pas à quelques pommiers près, que si on avait 150 kilos se serait tout aussi bien. Résultat des courses, en une après-midi à Perrache, on avait déjà 130 kilos sans s’être occupés de tous les pommiers… Au final, nous avons pu faire transformer un peu moins de 250 kilos de pommes. On a notre jus pour l’hiver et finalement, détail non négligeable, le nectar d’abricots n’est désormais plus le seul embouteillé sur notre étal de marché !

Avec la fin septembre est arrivée la fin des haricots. Quand il faut enlever les piquets, rembobiner les ficelles et enlever les pieds, c’est toujours un drôle de sentiment. Une bascule entre la joie de ne plus avoir à les récolter deux fois par semaine et un pincement au cœur car c’est un des légumes phares de l’été. Rendons au haricot ce qui revient au haricot : sur les marchés, il a contribué à nous construire une petite réputation ! On m’en a d’ailleurs encore parlé dimanche « vos haricots ont régalé tout le monde, ils étaient délicieux. Du coup, même s’il y en a plus, je reviens ici ! »

Pour fêter dignement la fin septembre, nous avions prévu une fête avec nos copains d’avant qui sont toujours les copains de maintenant mais que, par la force des choses, nous voyons moins. Une livraison d’une bonne vingtaine de copains pour le week-end et une fête qu’on voulait basée sous le signe des produits locaux, du zéro-déchet… Soupe au pistou avec nos légumes, fromages de Louis, tomme en salade de la ferme de Réat, pain de Valérie et Vincent, serviettes en tissus et compagnie. Une fête qu’on voulait à l’image de notre nouvelle vie même si au quotidien, on n’a pas de tireuse à bière… Si on s’est demandé plusieurs fois, quand la fatigue atteignait des sommets, pourquoi on s’infligeait ça, pourquoi on n’avait pas commandé 10 kilos de chips et de nachos au lieu de préparer 2 kilos d’houmous, dès les premiers copains arrivés, on a tout oublié ! On ne regrette rien, loin de là. Ce week-end a été une ÉNORME bouffée d’air frais. Comme quoi, y’a rien de tel qu’une dose massive de copains pour avoir la banane! Après ça, Octobre pouvait bien arriver.  On était prêts, rincés à souhait mais heureux.

Octobre est là, depuis déjà une bonne dizaine de jours et on a toujours un peu de mal à trouver du temps pour nous. Avec l’automne, nous nous sommes attaqués au chantier de réfection de la réserve collinaire. Enfin, nous nous sommes surtout attelés à vider le lac. Presque une hérésie quand on sait combien on a veillé à la réserve en eau jusqu’à fin septembre. Mais, entretien oblige, on ne cure pas un lac sans le vider de son eau. On a donc loué une pompe et regardé le niveau baisser puis les carpes agoniser. Une étape qu’on aurait aimé éviter mais… bon an, mal an, nous avons réussi à en sauver une dizaine. Désormais, nous ne sommes plus maîtres à bord et nous attendons impatiemment le début des travaux. Plus vite ce sera terminé, plus vite le lac pourra se remplir à nouveau !

Avec Octobre, nous avons aussi préparé pour la première fois, sous la houlette de ma grand-mère, ce qu’on appelle la drache. Une façon de conserver (grâce à la fermentation lactique) les légumes tels que le chou, la betterave rouge, le poivron ou la tomate verte dans les résidus de raisins restants après que le vin ait été tiré. Rendez-vous en décembre pour goûter ça ! Nous avons aussi profité d’être de ce côté-là du Rhône, pour ramasser des noix. L’occasion de diversifier encore un peu notre étal qui se fait de plus en plus automnal. Nous avons manié le ramasse-noix avec passion et il ne reste plus qu’à laver et faire sécher – plus que, doux euphémisme – celles qui se retrouveront bientôt en filets! Avec Octobre, nous avons aussi repris marteau, clous et mètre pour la construction d’une première étagère à courges et ensuite, rentré les dites-courges…

Est-ce qu’une fois ces chantiers terminés, nous pourrons souffler ? Nul ne le sait. Enfin, nos corps se rappelant de plus en plus à nous – François me surnomme actuellement Hémiplégiane – il va bien falloir qu’on y arrive ! Et puis, pour mener à bien les quelques projets qui nous trottent encore dans la tête, il va nous falloir encore de l’énergie et on ne compte pas puiser dans celle du désespoir !

Il est possible de passer commande pour du jus de pommes (2,90 € le litre – du jus de pommes et rien d’autre), des confitures car notre gamme s’est étoffée pour l’hiver (abricots, prunes, figues) ou encore des noix!

 

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Et août s’en est allé….

La canicule a tiré sa révérence et août a fait de même. Le temps passe à toujours aussi vive allure et semble souffrir de distorsions. Distorsions ? Oui, tout nous semble à la fois loin et proche! On se dit Quoi ? Déjà fin la fin août ? La rentrée? Et en même temps, l’épopée des abricots nous paraît de l’histoire sacrément ancienne… alors que, loin d’avoir eu lieu à la fin du Crétacé, ça n’était que la mi-juillet ! Bref, on a l’impression que le temps se pavane devant un miroir déformant ! D’ailleurs, nous qui nous plaisons à dire « on verra ça quand on aura le temps à l’automne, on fera ça à l’automne, on y réfléchira plus tard, à l’automne », on risque finalement de ne pas le voir arriver et encore moins passer, cet automne !

En attendant d’avoir du temps à l’automne – espoir caressé mais nullement assuré – l’aventure a continué. Et ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord. On nous pose désormais souvent la question « alors ces montagnes russes ? Vous vous situez où ? ». Et bien ça continue de monter et de descendre ! A croire qu’on est bons pour attraper le pompon et gagner un tour gratis. La fatigue aide bien, à faire des tours gratuits. et à citer un peu de Francis Cabrel, ni vu ni connu ! Au fond, soyons honnêtes, nous savons que les montagnes russes vont être notre lot pour encore un bon bout de temps…

La seconde question qu’on nous pose le plus souvent, on vous le donne en mille c’est « Et les criquets ? » Ah les criquets ! Ils sont encore là mais – on touche du bois – il nous semble en voir moins ! On en retrouve beaucoup morts, accrochés dans les herbes. Enfin, on ne se fait pas d’illusions, c’est simplement une question de cycles de vie et le problème est loin d’être réglé puisque les œufs peuvent passer l’hiver au chaud… dans le sol ! Par précaution, on a fini par recommander du filet. Chat échaudé craint l’eau froide comme on dit. On joue donc la carte de la sécurité et on protège l’ensemble de nos repiquages. C’est toujours aussi fastidieux mais après avoir passé près de 3 semaines sans salade sur le marché, à expliquer nos histoires de criquets, on se dit qu’il faut les protéger ces petits plants bien innocents. On a également vu s’installer bon nombre d’épeires frelons ou encore appelées argiopes frelons. Ce sont des araignées de belle taille, rayées de noir et de jaune. Ces charmantes dames ont l’art et la manière d’embobiner fissa fissa les criquets dans leurs filets et ça, on adore ! On a donc pris le pli de bien faire attention à leur toile quand on ramasse les haricots ou les tomates de plein champ. Les mantes religieuses ont également débarqué en renfort. Mine de rien, ces renforts, ça fait du bien au moral dans ce combat devenu presque ordinaire.

Depuis la dernière fois, les visites des amis ont continué. Un calendrier bien rempli et un planning calculé au millimètre près. Histoire de pouvoir changer les draps du futon ! C’était certes chargé mais ça fait toujours chaud au cœur de voir arriver les copains avec leurs sourires, leur curiosité et l’envie de mettre la main à la pâte! Antoine et Marion ont pris la place de Camilo. La main à la pâte, ils connaissent. Ils étaient déjà là pour le montage de la serre – oui oui, souvenez-vous c’était au Jurassique supérieur euh en avril – et Marion m’avait aidé à planter les poireaux. Leur visite a été l’occasion de continuer la mise en place du système de récupération d’eau de pluie des toitures du bâtiment. Plus de surface de toiture équipée, c’est plus d’eau dans le réservoir tampon et lors d’un épisode orageux, ça peut aller vite ! On en a aussi profité pour ramener le bois coupé dans le verger et ranger le bois débité depuis déjà quelques semaines… Il y a aussi eu des visites plus ponctuelles qui permettent, le temps d’une soirée ou d’un repas, de se vider un peu la tête. Emilie, ma binôme durant la plus grande partie de mes études d’agronomie, est également revenue passer quelques jours à Saint-Félicien. Cette fois-ci, pas de nouvel an à célébrer ni de châtaignes grillées mais des chantiers de récolte : les pommes de terre – celles qui se faisaient désirer – et les oignons. Il y a aussi eu les prunes et les récoltes pour le marché. Emilie, comme Adrien quelques semaines plus tôt, m’a accompagnée à Annonay. L’occasion pour les clients de me faire remarquer que j’étais régulièrement en bonne compagnie pour le marché. Eh oui, c’est ça d’avoir des copains !

Avec le départ d’Emilie, nous avons initié une période d’accalmie d’amis. C’est nécessaire quand on veut faire le bilan de ce premier été à Saint-Félicien, réfléchir à nos priorités automnales et se préserver pour pouvoir tenir encore jusqu’à la fin de l’année…

Et puis, il y a aussi eu la première fauche de notre parcelle de prairie – anciennement des cerisiers – où j’ai pu m’entraîner pour obtenir mon badge « girobroyeur », la deuxième coupe du sorgho en plein champs et la 4ème en serre – rappelez-vous c’est l’engrais vert implanté pour apporter de la biomasse à notre sol – les premiers potimarrons, la floraison des tournesols, la reprise des semis de radis, le début de la cueillette des physalis, les cueillettes de figues et les tartes qui vont avec, le premier Perrier tranche en tête à tête avec une copine – ô joie ! – l’escapade de François pendant près de 48 heures – ça nous a fait un bien fou à tous les 2, j’attends mon tour ! – les premières compotes… Et toujours beaucoup de fous rires, nerveux ou pas, de satisfaction, de doutes, de fatigue, d’envies, d’idées !

En attendant d’avoir du temps pour nous, nous espérons vous retrouver, à vos agendas :

  • à la Fête de l’Agriculture Paysanne, à Sécheras, le samedi 8 septembre. Le programme prévu est beaucoup plus beau que la météo annoncée. Organisée par la Confédération Paysanne de l’Ardèche et plus particulièrement les paysans du Nord Ardèche, cette fête est une façon de fêter et soutenir l’agriculture paysanne en passant un (fort) bon moment !
  • à Terroir au Village, à Pailharès, le 21, 22 et 23 septembre. Le programme mettra en valeur le travail de passionnés qui ont fait le choix du terroir, du beau et du bon. A noter qu’une escale est prévue chez nous dans un des circuits de visites proposés le samedi !

Vous l’aurez compris, nous n’aurons pas (encore) le temps de nous ennuyer en septembre et c’est sûr, le temps va encore filer trop vite !

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Les montagnes russes de l’Abeille et la Blette

Avec l’été vient le temps des fêtes foraines – vous avez vraiment cru qu’on allait évoquer les vacances ? – et qui dit fêtes foraines, dit manèges et attractions pour amateurs de sensations plus ou moins fortes. Chez l’Abeille et la Blette, c’est un peu comme si la fête foraine durait depuis près de 8 mois. Sans les churros et les barbes à papa, d’accord ! Mais avec des montagnes russes et sûrement les plus sensationnelles qui soient. C’est d’ailleurs souvent l’image avec laquelle nous répondons à la fatidique question « Et sinon, tout se passe bien ? C’est pas trop dur ? ». Émotionnellement et physiquement, nous avons l’impression d’être embarqués dans un petit chariot qui grimpe puis dégringole, grimpe encore, semble se stabiliser puis finalement pique du nez pour s’emballer et remonter la pente. Nos cœurs montent et descendent mais restent bien accrochés. Nos tripes aussi sont solides. Parfois, on s’en étonne, enfin surtout moi qui, dans l’histoire, reste le maillon le plus sujet au stress.

Ces dernières semaines n’ont pas échappé à la règle du petit chariot – monte, descend, monte, descend, monte (bis) (ter) – la chaleur et la fatigue cumulées permettant d’accélérer le rythme du refrain.

La récolte des abricots terminée et les bouteilles de nectar rangées, nous avons cru pouvoir souffler. Ou plutôt, reprendre un rythme plus classique, fait de semis, repiquages, récoltes, binages, paillages, arrosages, etc. Il faut imaginer le chariot roulant tranquillement sur une portion bien horizontale. A ce moment-là, nous avions aussi géré la crise des surplus courgettes-concombres avec succès. Qu’est-ce qu’une crise de surplus de courgettes-concombres ? C’est quand les plantes atteignent un bon gros pic de production et que l’offre surpasse la demande. Inutile de préciser que quand nous croulions sous les courgettes, les autres producteurs du coin aussi… Bref, nous avions des courgettes sur les bras! Heureusement, nous avons profité de la visite de Pascale et Jean-Paul, les parents de François, pour exporter en Franche-Comté, quelques dizaines de kilos de courgettes et de concombres. Le volume de courgettes revenu à la normale, le petit chariot était en pleine remontée!

S’en est suivie la première récolte de pommes de terre – les Mona Lisa, les Désiré se font encore… désirer.  Le rendement s’est avéré très correct voire très bon par rapport à nos prévisions. Hop, un peu plus haut sur les montagnes russes ! Pour pousser la griserie et le taux de bonne humeur, j’ai réalisé une belle performance – appelée ici marinade – en rentrant Goldi après une des 3 sessions de récolte. Hilarité générale! Le seul dégât à déplorer reste la légère déformation d’une brouette – que nous trouvions déjà de piètre qualité. Le haut des montagnes russes nous allait décidément bien !

Et puis, ils nous ont envahis. Nous les avions vu arriver, évidemment. Près de notre cinquième section de culture, juste à l’angle, tout près de l’électrovanne. Nous avions tenté de gêner leur progression. Premier pipi dans un violon et zéro pointé. Ils ont commencé leur travail de sape, efficace et implacable et notre moral a dégringolé sévère. Eux, ce sont les criquets. Jiminy, sa famille, ses amis, les amis de ses amis, les amis des amis des amis… en un mot, toute la clique !

Nous avons tout tenté, enfin dans la limite du possible et du raisonnable pour des maraîchers bios – le Decis balancé en hélicoptère, on oublie! Le savon noir – peut-être qu’ils n’aimeront pas le goût ? – aucun effet ! Le purin d’orties – ça pue le purin d’orties et ça repousse pas mal d’insectes – eux, ils s’en fichent ! Le purin de tomates alors ? Niet.

On s’est évertués à réfléchir et eux, ils continuaient à manger. Ou plutôt à se gaver, comme dans un buffet à volonté quand on en veut pour son argent et qu’on s’en rend presque malade. Ils n’ont pas été malades, nous presque. Après les premiers repiquages de chou chinois détruits en un temps record, un carnage sur celui des salades et leur progression au niveau des poireaux et des choux déjà bien grandis, nous nous sommes résignés à ouvrir notre porte-monnaie et à acheter du filet anti-insectes. Le filet est arrivé en même temps que les quelques 400 choux que nous devions repiquer – normalement cela devait se faire en deux vagues mais le pépiniériste connaît aussi des couacs apparemment. Hourra, malgré tout, les choses se coordonnaient bien ! Nous nous sommes donc attelés au repiquage, rendu carrément fastidieux avec la pose du filet mais quand il faut, il faut. Remontée en flèche du petit chariot des montagnes russes !

Nous pensions avoir sauvé les meubles, géré la crise. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire chaud, très chaud. Vigilance orange pour la canicule. Le chariot a entamé sa redescente, doucement mais sûrement. Cette fois-ci, c’est François qui a sonné l’alarme, un dimanche soir, de retour de l’arrosage. « Ça se fait encore bouffer… et avec la chaleur… » Quelques mots qu’on a mis de côté parce que ce soir-là, nous avions mieux à faire : nous faisions des pizzas dans notre four à bois avec nos amis boulangers. Le lundi, je me suis perdue sur les petites routes ardéchoises en allant chercher Adrien, ancien collègue devenu ami depuis déjà un bon bout de temps. La phrase de François était de côté. Et puis, le soir venu, nous sommes allés arroser nos repiquages, ceux que nous pensions bien à l’abri sous le filet. Je crois qu’on peut dire que ça fait partie des plus belles chutes de moral. Entre la canicule et les criquets qui se terrent dans le sol, les choux n’étaient plus si nombreux. Face à ce triste spectacle, c’est un bon cocktail d’émotions: colère, dépit, abattement. Ajoutez à cela la fatigue et la chaleur… Sur la route de la maison, François m’a dit « je crois que je pourrais en pleurer ». On n’en était pas loin, effectivement. Puis il a été moins poète « en fait, c’est comme pisser dans un violon et ensuite se le retourner dessus ». L’image nous a fait sourire jaune mais comme toujours, le chariot a remonté la pente. Avec un peu d’élan. Parfois, c’est les copains, super enthousiastes qui le donnent. Adrien est de ceux-là. Il était là et c’était bien! Il y a aussi les clients sur le marché, qui reviennent parce que « les légumes sont aussi beaux que bons, que les haricots sont vraiment délicieux. » Il y a ceux qui nous font rire aussi. En parlant d’Adrien venu avec moi au marché « Ah bah vous avez un stagiaire maintenant ? Je suis pas sûr qu’il faut que vous le gardiez hein ! Regardez, il pense qu’il y a 700 grammes de poirée et y’a même pas 350 grammes ! Vous le payez cher ? ». D’ailleurs, au marché suivant « Et le stagiaire est plus là ? C’est pas mes remarques qui l’ont fait fuir j’espère ! ».

Si les remarques pouvaient faire fuir les criquets, ils seraient bien loin de nos jardins depuis le temps que nous les maudissons! Mais, malheureusement, ils sont toujours là et nous songeons sérieusement à recommander du filet… Malgré tout, nous avons aussi continué à cogiter et nous préparons notre plan de bataille. Pas d’inquiétude, vous serez mis au courant en temps voulu ! Si les criquets tirent toujours notre petit chariot vers le bas, l’obtention de la mention Nature & Progrès pour nos légumes nous a fait remonter en flèche ! C’est quand même une sacrée reconnaissance du travail fourni jusqu’ici… criquets ou pas criquets !

Et puis il y a les baignades du soir, la vue toujours aussi belle sur les Alpes, la visite des Tribolo, les prises de vue de la ferme en drone – merci Seb! –  les chaises longues  offertes par mes parents, les chasses au trésor avec Adrien – notre meilleure trouvaille reste  une pelle! – les réserves de fruits qu’on fait pour l’hiver… Il y a aussi eu la  visite de notre ami Camilo, ses coups de main, le J9 et sa brocante dans le jardin, ses « faut rien lâcher, rien ! » et enfin… il y a cette pluie ! Attendue, espérée, vénérée. Celle qui va faire du bien aux plantes, au sol et à notre réserve collinaire. Celle qui m’aura permis de prendre le temps de vous raconter un (petit) bout de nos montagnes russes quotidiennes, de cette belle aventure qui secoue, secoue fort…

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