Alors que Mars pointe son nez…

On s’était dit qu’on donnerait des nouvelles régulièrement, qu’un article hebdomadaire c’était ambitieux mais qu’un article toutes les deux semaines, c’était jouable. Un regard au calendrier et la voilà, la mention ratée ! Comme vous l’aurez compris, on ne voit pas les jours ni les semaines filer. On se répète très souvent que les journées sont trop courtes. Alors, quand au coin d’une conversation, certains se réjouissent de voir la nuit tomber de plus en plus tard, on hoche la tête avec conviction. Si vous saviez !

Si on ne voit pas le temps passer, alors que Février s’en est allé, il est temps de faire le bilan… C’est bien parfois de se poser, de faire le point. On va donc le faire avec vous !

Apprendre à manœuvrer un tank ou les joies de l’administratif.

Un tank, c’est gros. Et puis c’est lourd aussi, massif. Il y a plus avenant comme engin, vous en conviendrez. Nous, on trouve que les démarches administratives sont assez similaires à un tank. Un gros engin qui peut se révéler écrasant. Que tout le monde se rassure, nous sommes entiers et en bonne forme.

Fin janvier, nous avons dégainé notre stylo carotte pour signer le bail à ferme des terres et du bâtiment – François est officiellement fermier, hip, hip, hip hourraaaa !!!! – et les bulletins de mutation parcellaire. Ces documents n’ont de valeur que pour la MSA mais permettent d’accéder au graal que nous convoitons depuis déjà plus d’un mois : l’attestation MSA sur laquelle figurent les 5,43 hectares exploités. Pourquoi le Graal ? Parce que c’est LE justificatif qui assure que François est exploitant agricole et de ce fait, c’est LE justificatif phare de tous les dossiers que nous avons à monter. Depuis le 2 février, date à laquelle les documents ont été réceptionnés, notre dossier, considéré comme urgent, est en cours de traitement. « Oui, une demande urgente a bel et bien été enregistrée pour votre dossier, rappelez donc en fin de semaine prochaine ». C’est devenu un petit rituel pour François, l’appel à la MSA. Jusqu’à présent, on attend…

Pour la petite histoire, François a déjà reçu une attestation mais sur laquelle est indiquée « surface exploitée 0,00 ha ». Une attestation pas remise à jour depuis la résiliation du bail à métayage de Lansargues et qui laisse supposer que François fait du maraîchage avec… rien. Puisque la position attentiste n’est pas notre fort, que le temps file et que le service agricole de la DDT sait se montrer compréhensif, nous avons déjà pu déposer notre dossier d’aide à la certification AB en joignant une copie du bail et des bulletins de mutation à l’attestation vide. Le dossier ayant été réceptionné et validé, nous avons pu engager les démarches avec l’Agence Bio et le bureau de contrôle. Prochaine étape : le contrôle initial prévu pour le 7 mars.

Nous avons procédé de la même façon pour le dossier d’aide « Investissements individuels pour la valorisation agricole de l’eau ». Ce dossier concerne les investissements en lien avec la maîtrise de l’irrigation et la gestion durable de la ressource en eau. Une partie de notre projet s’y inscrit parfaitement. C’est donc évidemment très intéressant, mais pour engager les dépenses, le dossier doit être reçu et validé. En clair, il faut que nous attendions de recevoir l’accusé de réception de la DDT pour pouvoir passer commande auprès de nos fournisseurs. Prenant en compte les délais de livraison, les couacs… ça commençait à être dur d’attendre un signe de vie de la MSA. La semaine dernière, nous avons donc envoyé notre dossier – bien ficelé avec sa ribambelle de devis et l’attestation de l’agence bio reçue juste à temps pour justifier que nous sommes engagés en bio – il n’y a plus qu’à attendre le feu vert pour engager les dépenses.

Pour la Demande Préalable, demande obligatoire pour le montage de Dame Richel (la serre), même combat. Tous nouveaux tous neufs dans la région, il faut justifier de l’activité agricole de François auprès de la Communauté de communes. Oui, parce que monter une serre de près de 400 m2 sans être maraîcher, ça peut faire désordre… Or, le temps de traitement administratif étant estimé à 1 mois, nous ne pouvions pas attendre le fameux Graal MSA, au risque de recevoir l’autorisation en mai ou plus tard ! La demande a donc été envoyée il y a une dizaine de jours… On a tenté le coup !

En parallèle, nous continuons à ficeler le dossier DJA – on vous racontera ça à l’occasion – et à affiner les chiffres du plan d’entreprise… Depuis quelques temps, les banques sont entrées dans la danse puisqu’il faut un avis bancaire favorable pour pouvoir déposer le dossier,  le 23 mars prochain.

Voilà pourquoi, on a parfois l’impression d’être au volant d’une énorme machine, pas forcément très maniable, avec laquelle on veut éviter, au maximum, les mauvaises manœuvres… Enfin, pour le moment, nous avons toujours l’avantage de ne pas souffrir de phobie administrative !

Sur le terrain, place au tracto’ !

Sur le terrain, évidemment, pas de tank mais… un beau tractopelle ! Oui, nous sommes toujours décidés à faire un travail du sol le plus limité possible, à éviter le passage d’engins lourds. Non, nous ne souffrons pas de dédoublement de personnalité. Il s’agit simplement de préparer une belle plateforme pour la serre et une autre pour le réservoir souple d’eau – il faut imaginer une grosse bâche de 40 m3 qui servira de réservoir tampon entre le lac et le système d’irrigation. Et comme on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs… François a donc dû se résigner à voir ces gros engins passer sur une partie de la parcelle. « Tu aurais vu ça, quand le tracto est passé, les vibrations faisaient remonter les vers de terre ! C’est quand même terrible… »

Du côté de la parcelle voisine, les cerisiers ont également été dessouchés. Et de deux tractopelles. Durant deux jours, tout ça ressemblait plus à un chantier de travaux publics qu’à une future ferme maraîchère… Enfin, les engins sont partis et nous pouvons attendre sereinement Dame Richel.

Au premier plan, la plateforme sablée pour le réservoir tampon, au fond, celle de la serre. Et au milieu, notre fidèle destrier.

Ces travaux ont aussi été l’occasion de récupérer du gore. Pour ma part, jusque-là le gore se résumait à des images d’horreur avec du sang et des tripes à l’air, je sais désormais que c’est ce mélange de sable et de roches granitiques décomposées. Et pourquoi le gore ? Pour retaper le sol du bâtiment évidemment ! Il n’y a que la travée centrale qui est bétonnée, le reste est en terre battue. Lors de la signature du bail, notre propriétaire s’était engagé à ce que le sol soit arrangé, les trous bouchés. C’est chose faite depuis le weekend dernier. Un chantier rondement mené, avec lui aux commandes du tracteur. Il ne reste qu’à passer la petite dameuse. De quoi rappeler des souvenirs de stage à François.

Et voilà le travail. On dirait peut-être pas mais ça a beaucoup changé!

Au verger, l’heure de la taille a sonné !

On voulait du concret, le verger nous l’a apporté sur un plateau : la taille ! 207 arbres à bichonner avant le printemps. Vaste programme. D’autant plus vaste que nous n’avions, ni l’un ni l’autre déjà taillé des abricotiers auparavant. On dit qu’il existe autant de façon de tailler que d’arboriculteurs, de notre côté, nous avons fait confiance à Jean-Claude – notre propriétaire – qui a eu la gentillesse de prendre le temps de nous y initier. Gourmands, bouquets de mai, bourgeons à fleurs, bourgeons à bois, charpentières. Effiler, alléger, faire le triangle, bien conserver les bouquets de mai… Du vocabulaire et des gestes à s’approprier.

Au début, nous avions l’impression de faire 4 fois le tour de l’arbre avant d’oser couper quoi que ce soit. Et puis, les arbres passant, le coup d’œil devient plus sûr et les gestes moins hésitants. Tout est une question de choix. Jolie branche mais qui pousse vers l’intérieur. Ici, une branche avec quelques beaux bourgeons floraux mais qui file à la verticale et sera très probablement inaccessible. Là, beaucoup de monde, les branches sont belles mais se gênent, les fruits risquent d’être marqués.  Je coupe ici ? ou plutôt là ? Et celle-là ? La mooort ! Nous avons, la grande majorité du temps, taillé à deux. Ça rassure et ça aide. Pour certains arbres, qui n’avaient pas été taillés l’an dernier voire l’année précédente, la taille a pris des airs de mise à nu. Le genre d’arbre, tout emmêlé, qui dépite quand vous êtes déjà bien gelé.

 

Bien désinfecter les outils entre chaque arbre, aiguiser les sécateurs, couper à ras et puis parfois, faire rugir la tronçonneuse pour dire adieu à ceux qui étaient déjà bien secs. Il y a aussi les arbres qui présentent des symptômes d’enroulement chlorotique, les parias qu’on repère mais qu’on ne touche pas. Ils seront certainement à couper d’ici peu…

Et puis quand c’est fini ? Et bien, il faut ramasser le bois de taille, comme les coiffeurs balaient les cheveux après une coupe. On a déjà bien avancé. Etant donné que j’ai une tendance à avoir les doigts – et les pieds – gelés bien avant François, quand ce n’était plus tenable et qu’il fallait que je m’active pour ne pas perdre mes extrémités, j’ai ramassé, fait des tas de tous ces branchages. Il nous restera à les évacuer puis les brûler…

  Et quand c’est fini? François fait du ski sur la réserve collinaire!

Et c’est tout ?

Nous avons déjà presque fait le tour de ce mois de février. Quoi d’autre à ajouter ? Nous avons reçu les semences, les plants sont en préparation chez le pépiniériste, le Sem’tout – notre semoir maraîcher – attend patiemment de prendre du service, les piquets pour les futures clôtures sont prêts, le bois de la réserve collinaire a été rapatrié à la maison – on garde ça pour les Chauvin, fans de bois – le bois pour la construction de la petite pépinière a été traité – merci Léo pour la session traitement/potins – le four à bois a été nettoyé et utilisé pour brûler l’extrémité des poteaux… On oublie quoi ? Les 5 tonnes de fumier que le voisin nous a apportées et que nous allons devoir retourner sous peu !

Le Sem’tout! On garde  la vraie photo pour sa première sortie!

Finalement, quand on prend le temps de faire le point, on se dit qu’on n’a pas reculé et ça, ça fait plaisir !

Du volontariat au métayage, chronique d’une reconversion passionnée – Première partie

Souvent, quand François explique qu’il est maraîcher et qu’auparavant il était ingénieur en génie civil, les sourcils deviennent des accents circonflexes et les bouches font des « O ». C’est ce qu’on appelle se reconvertir, oui. Ensuite, sourcils et bouches se reprennent et c’est à ce moment-là que les questions arrivent. Sur la pointe des pieds ou en fanfare, ça dépend. Pourquoi? Quand? Comment?

Si vous avez été curieux et que vous avez déjà cliqué sur les onglets « le projet » et « qui sommes-nous? », vous avez du trouver les réponses aux deux premières interrogations. Si vous ne l’avez pas encore fait, pas de panique! D’abord, parce que personne ne peut le savoir, ensuite parce que vous avez le loisir de le faire quand bon vous semble. Et comment on se reconvertit? Le comment, nous y voilà…

Apprendre sur le tas.

Au tout début, l’apprentissage a pris la forme du volontariat. Pendant un peu plus de quatre mois, François a appris sur le tas. En faisant. Semer, planter, repiquer, désherber, récolter, vendre, traiter, observer. Il s’est approprié les gestes et les habitudes. Une façon de faire. Au tout début, on fait ce qu’on nous dit de faire, on regarde, on reproduit. Et on recommence s’il le faut! Comme quand il faut repiquer les tomates plus profondément pour favoriser le développement des racines. Une expérience riche d’apprentissage, surtout quand fin août, François s’est vu confié « les rênes » de l’exploitation pour deux semaines. Il lui a alors fallu gérer le quotidien, la vente au magasin, les paniers et une belle inondation  du local de vente et de stockage. Ah les orages cévenols! Ah les caisses d’oignons à trier et les tomates à transformer! Et puis toutes ces belles rencontres. L’occasion de découvrir des gens et autant de projets et d’idées. L’occasion d’ouvrir son horizon…

 

Parce qu’il y a autant de façons de faire que de maraîchers – ou presque – à notre retour d’Amérique Latine, François a voulu à acquérir d’autres expériences. Il a donc épluché les petites annonces agricoles mais aussi repéré l’ensemble des exploitations maraîchères biologiques autour de Montpellier. Il est ensuite allé frapper aux portes, expliquant son parcours et sa démarche. C’est comme ça qu’il a été embauché pour la saison – comprendre de mai à août – dans une exploitation bio du côté de Mauguio, les Fruits de la Moure. Oui, l’humour se cultive aussi en agriculture! Dans cette exploitation, beaucoup de serres, des gros volumes, deux employés à plein temps, deux ou trois saisonniers. Un modèle bien loin du précédent!

De nouveaux gestes et de nouveaux apprentissages. Cueillir un melon à maturité, pratiquer la solarisation, ramasser des kilos et des kilos de fraises, confronter des idées et des visions.  Si humainement l’expérience n’a pas été toujours facile, elle a permis à François de conforter, d’affirmer certaines envies par rapport au système qu’il imaginait développer.

Se former théoriquement.

Ravi de délaisser ces serres immenses qui, quand on répète une même tâche, semblent souvent interminables, François a ensuite finalisé ses démarches pour obtenir un diplôme de niveau IV en agriculture, diplôme obligatoire si l’on veut prétendre aux aides à l’installation. Il s’est donc tourné vers un BPREA – brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole – en maraîchage biologique. Retourner sur les bancs de l’école? Non, puisque François a opté pour une formation à distance, avec le CFPPA de Pamiers, dans l’Ariège.  Un bon compromis lui permettant de multiplier les stages et lui laissant la possibilité d’avoir une réelle activité durant l’année de formation. Son diplôme d’ingénieur lui a évidemment permis de valider un certain nombre d’unités d’enseignement très générales (mathématiques, français…) et les journées de regroupement à Pamiers n’ont finalement pas été très nombreuses. D’octobre 2016 à juin 2017, François a ainsi du rendre neuf dossiers correspondant chacun à des thèmes bien précis. Cela m’a rappelé des souvenirs de ma première année à Dijon, de sa célèbre AGEA (Analyse Globale de l’Exploitation Agricole) et de mon rapport de stage en exploitation. En juin 2017, François a passé un oral final portant à la fois sur ses stages et son projet agricole. A l’automne 2017, dans une enveloppe froissée, un peu chiffonné, il est arrivé, le fameux diplôme!

Oser le métayage.

Alors que sa formation théorique n’avait pas encore débuté, François a tout d’abord réfléchi à un projet avec le maraîcher chez qui il avait fait du volontariat. Néanmoins, les propositions prometteuses du début tardaient à prendre un aspect plus formel et légal… Et elles ont d’ailleurs eu raison de la patience de François qui a fini par jeter l’éponge. Il a alors repris contact avec Francis Montagné, maraîcher à Lansargues, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Il l’avait contacté puis rencontré à notre retour d’Amérique Latine. Souhaitant transmettre son savoir – et ralentir un peu le rythme – Francis Montagné avait en effet posté une annonce: il cherchait un métayer pour la saison. François était arrivé trop tard mais il n’avait pas oublié cette potentielle opportunité… Il a donc tenté sa chance à nouveau. Dans un premier temps, il a découvert l’exploitation de Francis à travers un stage – dans le cadre du BPREA – puis de fil en aiguille, il est devenu celui qu’on appelle quand il y a un pic de boulot: du bois à broyer, du débroussaillage ou des parcelles à préparer.  Le modèle développé correspondant à celui qu’il avait plus ou moins imaginé, François a très vite été clair sur ses intentions: il voulait être le prochain métayer!

Et il l’a été. Jusqu’à fin novembre 2017.

En ce début d’année…

… il convient tout d’abord de vous souhaiter le meilleur pour ce crû 2018!

Pour nous, vous l’aurez deviné, cette nouvelle année a le goût de la grande aventure. Nous avions placé 2017 sous le signe de la transition, nous plaçons 2018 sous le signe de la réalisation. Maintenant que le grand saut est fait, il faut lui donner vie à ce projet. Et puis du cœur et du corps aussi!

Nous ne sommes pas superstitieux – nous avons un chat noir depuis 5 ans c’est dire – mais nous avons décidé de saluer 2017 et d’accueillir 2018 à Saint-Félicien. Une façon de montrer à cette nouvelle année que pour nous, c’est ici que tout va se passer! Janvier est donc arrivé, avec des châtaignes grillées, une vue imprenable sur le Mont Blanc depuis les ruines de Rochefort et Milie.

Et alors, nous direz-vous, qu’est-ce qu’il s’y passe sur vos terres?

Pas mal de choses! Les fourmis que nous sommes, avancent. Pas à pas. Certains plus grands que d’autres, certains plus chers que d’autres, certains plus visibles que d’autres. Mais quels qu’ils soient, même les riquiqui, ils ont leur importance, faut pas croire!

Dans la catégorie « qui coûte cher », nous avons passé commande de la serre tunnel. Une jolie demoiselle, aux mensurations assez généreuses (40 mètres de long pour 9,30 mètres de large), qu’il nous faudra monter probablement début mars. Si vous rêvez de participer au montage, d’enfoncer des amarres ou encore de tendre du plastique, nous pouvons contribuer à la réalisation de votre souhait! Avant cela, il nous faut aplanir un petit peu le terrain. Question de confort de travail pour la suite mais aussi d’impératif à respecter pour les garanties constructeur – sombre histoire de pente et de pourcentage. Nous avons donc contacté le terrassier agricole qui nous avait aidé à oublier la ferme de Colombier. Au niveau du planning, ça devrait être bon…

Dans la catégorie « qui se voit », nous sommes allés récupérer 29 bottes de paille. Pourquoi pas 30? Parce que les chiffres ronds c’est un peu surfait mais surtout qu’il n’y en avait pas plus dans le grenier de l’agriculteur! Cela devrait nous suffire pour la saison. Parce que c’est plus drôle, on a déchargé tout ça de nuit, à la frontale… les néons du hangar ayant rendu l’âme.

Toujours dans la catégorie « qui se voit », nous avons commencé les travaux de débroussaillage autour de la réserve collinaire.

En quinze ans, la nature a repris ses droits et les arbres se sont sacrément développés sur les abords du bassin. C’est bucolique nous direz-vous! On a beaucoup apprécié y pique-niquer en septembre, c’est vrai! Tout ça c’est bien joli… si on ne se préoccupe pas de la réserve d’eau et de la structure du bassin. Et clairement, la ressource en eau, ça nous préoccupe (beaucoup). Il faut nous voir, dès qu’il fait trois gouttes, le nez collé au boîtier de la station météo que j’ai offerte à François! Cette réserve collinaire, il faut qu’on la bichonne, c’est primordial.
Dans un premier temps, il faut dégager les abords, couper les arbres qui s’y développent. Pourquoi? Parce qu’ils prélèvent une part de l’eau stockée – c’est pas pour pique-niquer qu’ils se sont installés là – et surtout, parce que leurs systèmes racinaires peuvent créer des fissures, endommager la digue, modifier la structure…
Dans un second temps, à l’automne, il faudra prévoir de curer le bassin pour éliminer les dépôts et la vase. Le terrassier agricole n’est définitivement pas venu pour rien!
Nous avons donc retroussé nos manches et nous nous sommes attaqué à ce (gros) chantier. La tronçonneuse est la meilleure amie de François – il faut le voir regarder des vidéos d’abattage d’arbres ou les tutos « comment affûter ma chaîne de tronçonneuse » – et l’ébrancheur est devenu une prolongation de mes bras. Il va sans dire qu’on est rincés à la fin de la journée, que certains de mes muscles crient au scandale d’être sollicités comme ça, sans aucune forme de procès, mais, les efforts paient! Notre travail, bien que loin d’être terminé, est visible et ça, ça fait du bien au moral.

Et puis, il y a tous les autres pas. Les devis de pépiniéristes pour les plants  et donc le planning de culture, la préparation de la commande de semences, la réservation des pommes de terre, les dernières réflexions pour le système d’irrigation – Alors ces conduites, on les enterre ou pas? – les listes qui n’en finissent pas… François a aussi repris le chemin de Privas pour une première journée de formation technique en arboriculture. De mon côté, j’ai relancé les démarches auprès de la chambre d’agriculture en vue de ma future installation. Ces démarches me permettront, dans un premier temps, de pouvoir assister à diverses formations. François n’ayant pas encore acquis la capacité à se dédoubler, nous pourrons ainsi engranger, en bons écureuils, deux fois plus d’informations techniques. Il nous arrive souvent de faire des schémas pour avoir une vision plus claire de notre situation et des priorités, il nous arrive souvent de les trouver très vite illisibles.

Il y a les jours avec les grands pas, ceux qui nous donnent des ailes et des pics d’enthousiasme fou. Il y a les jours avec les pas moyens, ceux qui donnent le sourire un peu béat. Il y a les jours avec les petits pas, ceux qui mis bout à bout donnent aussi le sourire. Il y a aussi les jours sans. Quand il n’y a personne au bout du fil et que cette foutue musique d’ascenseur n’est pas en mesure de nous répondre. Quand la tronçonneuse fait des siennes alors qu’on est déjà en tenue de combat. Quand la météo prévoit 40 mm de pluie et qu’on peine à atteindre les 10. Mais, quelque que soit le jour, la conclusion reste la même: on ne regrette pas d’avoir fait le grand saut!

Et on s’installe où? – Trouver une ferme

Si en ayant trouvé territoire à notre goût notre recherche avait fait un sacré bond en avant, restait à la trouver, cette fameuse ferme ! On nous a déjà posé la question plusieurs fois. Mais en fait, ça se trouve comment une ferme ?

Pour  nous, c’est Terre de Liens et leur remarquable réseau associatif qui ont été la clé. Pour mieux connaître les valeurs défendues, le mouvement et les moyens d’y participer, nous vous encourageons à faire un tour sur leur site et à en parler autour de vous (c’est par là). Nous avons commencé par consulter très (très) régulièrement les annonces publiées via leur site avant de poster notre propre annonce. Pour tout avouer, lorsque nous l’avons rédigée, nous étions plutôt dubitatifs. Nous avions l’impression de demander à d’autres de faire le boulot pour nous, d’avoir une position qui pouvait sembler attentiste. Jeune couple cherche foncier pour développer activité de maraîchage biologique etc… Nous avons même eu le culot de préciser ce qui, pour nous, pouvait constituer un / des plus. La présence d’une réserve collinaire et/ou d’un système d’irrigation est un plus. Culottés jusqu’au bout ! Nous n’y croyions pas vraiment mais l’exercice restait intéressant. Nous devions présenter en quelques phrases notre projet, les valeurs que nous voulions défendre et donner envie à un potentiel propriétaire de nous faire confiance. Il fallait être concis et percutant. Jusque-là, si nous avions eu l’occasion de présenter notre projet, nous n’avions jamais eu de limite en termes de nombre de mots !

En février, l’annonce était en ligne. Pour autant, nous n’avons pas opté pour l’attentisme. Nous avons continué à consulter très (très) régulièrement les petites annonces via Terre de Liens mais aussi le désormais célèbre site du bon coin. François s’est chargé de contacter le Syndicat Mixte du Pays de l’Ardèche Verte – ça aide de savoir où on veut s’installer… – qui a relayé notre demande, tandis que de mon côté, je multipliais les demandes d’information auprès de la Chambre d’Agriculture. Et le réseau a joué !  C’est comme ça que notre demande d’informations, déposée auprès du Syndicat, est parvenue jusqu’à la boîte mails de Julie R. – une amie rencontrée sur les bancs de l’école d’agronomie à Dijon – bien implantée dans le paysage local. Jusqu’à la fin 2016, avec Sébastien, ils ont fait vivre la Ferme Auberge de Corsas, à Saint-Victor. L’Ardèche Verte, ils connaissent ! Ils l’ont quittée en septembre 2017 pour migrer vers de nouvelles aventures  caprines, cette fois-ci dans les Cévennes, au Pompidou. La ferme des fines herbes, c’est Julie! Nous avons donc bénéficié d’informations plus que locales et fraîches et de bons tuyaux.

Et pendant ce temps, notre annonce faisait son petit effet. Enfin, elle fonctionnait. On nous ainsi proposé une cressonnière, des associations diverses et variées et… nous avons pu faire de nouvelles visites. Fin février, nous avons reçu un appel d’un ancien arboriculteur qui cherchait à transmettre sa ferme, du côté de Saint-Félicien. Selon lui, son exploitation pouvait correspondre à notre projet. Nous nous sommes donc penchés sur l’annonce qu’il avait déposée sur le site de Terre de Liens. Pourquoi ne l’avions-nous pas vu ? Parce qu’il proposait une location et que jusqu’à ce moment-là nous étions partis sur l’idée d’une acquisition. Un bâtiment agricole, des surfaces cohérentes avec nos besoins, une réserve collinaire, un verger mais… aucun logement sur place. Malgré tout, afin de toujours mieux connaître la zone, de rencontrer des personnes du cru qui sont de vraies mines d’informations, nous avons décidé de prendre notre voiture et d’aller visiter cette ferme. Pojot, Saint-Félicien, 07410. En route, nous nous sommes posé mille questions. Est-ce qu’on ne perdait pas notre temps ? Est-ce que nous ne faisions pas perdre son temps à ce monsieur ? Sans habitation ? Location ? Et puis, nous savions que notre installation n’aurait pas lieu avant la fin d’année… peut-être cherchait-il à louer bien plus tôt ? Avant la visite, autour d’un café, une bonne partie de nos doutes s’était déjà envolée. Vous m’auriez dit que vous vouliez vous installer au printemps, j’aurais pas trouvé ça sérieux et réaliste ! Ca m’aurait plutôt fait peur ! Personne ne perdait donc son temps ! Et puis, il y a eu la visite des terres et … ça nous a quand même bien coupé le souffle ! Les terrains, le potentiel, l’environnement. Deux hectares presque plats, bien exposés, attenant au bâtiment – une ancienne bergerie – et une vue à tomber raide sur les Alpes et le village. François a eu ce qu’on pourrait appeler un coup de foudre agricole. De mon côté, c’était pareil mais il y avait toujours cette petite voix qui répétait « il n’y a pas de logement sur place, pas de logement sur place » et qui rompait un peu le charme.

On n’est pas bien là!

Pendant ce temps, le réseau tournait toujours. Nous avons été contactés par le réseau d’installation du Pays de Saint-Félicien qui nous signalait que notre projet avait été évoqué en réunion et qu’on avait identifié deux exploitations qui pourraient correspondre à nos besoins. On vous le donne en mille, il s’agissait de la ferme de Pojot et de celle de Colombiers-le-Vieux, que nous avions déjà visité lors de notre périple (raconté ici). Nous avons continué à faire des visites dans les alentours. Il y a eu des no-go sans appel, des terres qui nous ont laissé songeurs, des rencontres… mais nos réflexions tournaient finalement uniquement autour de la ferme de Pojot et de celle de Colombier-le-Vieux. L’une disposait d’une très belle habitation mais de terrains très (trop) pentus, l’autre offrait un super potentiel maraîcher mais aucune possibilité de loger sur place. François penchait complètement pour Saint-Félicien, moi, il y avait cette histoire de logement qui me chagrinait. Fin mars, nous avons décidé de revisiter les deux fermes. Pour celle de Colombier, nous avons demandé à un professionnel du terrassement agricole de venir avec nous. Il fallait qu’on en ait le cœur net : était-il possible de réaliser des terrasses de culture ou non? Et surtout, à quel prix ? Parce que nous étions bien d’accord sur un point : nous cherchions à développer une activité agricole, pas à acquérir une jolie ferme rénovée ! A la fin de la visite, avant même d’avoir vu le chiffre en bas du devis, nous savions que c’était plié. Les travaux nous paraissaient bien trop importants pour créer quelques terrasses, le cheminement entre les parcelles était malaisé, les possibilités d’évolution limitées…  Le devis a fini de tuer dans l’œuf l’idée d’une installation à Colombier et moi, j’avais déjà fait le deuil de la ferme parfaite avec une habitation toute mignonne sur place.

Nous avons continué à réfléchir, à tourner les idées dans nos têtes et sur le papier, à consulter les annonces mais au fond, on s’y voyait déjà à Pojot. Et puis le contact avec le propriétaire semblait vraiment couler de source. Il appréciait notre projet et notre vision de l’agriculture et nous apprécions sa réelle démarche de transmission. Au fond, il aurait pu simplement vendre ses parcelles à droite à gauche et ne pas s’embêter mais il avait envie que l’endroit fasse vivre un projet, que tout ne soit pas disloqué. La location, c’était d’ailleurs pour ça. Pour permettre à des jeunes d’avoir accès à du foncier sans la pression d’une acquisition. Et acquérir plus tard, ça restait tout à fait envisageable.

En mai, nous sommes retournés à Saint-Félicien, il fallait qu’on puisse être fixé pour avancer. Nous nous y projetions mais il fallait qu’on se mette d’accord pour ne pas gaspiller trop d’énergie si finalement ce n’était plus envisageable du côté du propriétaire.  Quand nous sommes repartis, quelques heures plus tard, nous pouvions désormais l’affirmer, l’aventure se passerait à Pojot ! Il n’y avait toujours pas d’habitation mais nous allions trouver une solution…

Et on s’installe où? – Le choix d’un territoire

Si dès septembre 2016, nous étions en mesure de décrire avec précision nos envies et le projet que nous souhaitions mener, il restait une question clé à laquelle nous devions répondre: Où? Nous savions que sans réponse à celle-ci, nous ne pourrions pas avancer.

En janvier 2017, nous nous sommes attaqués à ce fameux  « où? ». Où faire du maraîchage? Où vivre? Il fallait que cet endroit que nous cherchions soit propice au développement d’une activité maraîchère mais pas seulement. Il fallait que nous nous imaginions pouvoir y vivre un quotidien à long terme.

Le Nord s’est immédiatement trouvé hors-jeu. Trop au Nord! Peut-être plus pour nous que pour les légumes au fond. Nous avons continué par éliminer ces coins de France qui, bien qu’offrant souvent des paysages magnifiques, restaient selon nous trop isolés. Adieu la Creuse, la Corrèze ou la Dordogne! Nous avons aussi très vite fait une croix sur les régions trop éloignées de nos attaches. D’accord, nous voulions changer de cap mais sans pour autant perdre de vue la famille et les copains! C’est ainsi que nous avons oublié le Sud-Ouest et plus généralement l’Ouest de la France. Voilà, mi janvier, nous étions face au quart Sud-Est de l’hexagone. Nous avions avancé mais un quart de la France, c’est encore beaucoup…

Nous avons ensuite laissé sur le bord du chemin la région PACA. Questions de climat, de ressource en eau, d’accès au foncier et d’envies personnelles. Une région en moins, une!  Notre zone de recherche se rétrécissait encore mais restait encore vaste.

Et pourquoi ne pas rester aux alentours de Montpellier? On a souvent entendu cette question. Au tout début, on s’imaginait bien rester dans l’Hérault, aux alentours de la belle Montpellier. Notre rêve? Saint-Jean-de-Buèges. Un cadre idyllique, finalement pas si loin de Montpellier. Mais, il a fallu admettre l’évidence: pas de foncier accessible dans ce petit coin de paradis. On a quand même continué à y penser. Au fil des rencontres, des échanges, des projections de films, cette hypothèse est néanmoins devenue de plus en plus incertaine. Aux alentours de Montpellier, la pression foncière étant considérable, la terre est or. La plaine de Mauguio? Saturée et puis, on est exigeant et on ne s’imaginait pas vivre coincés entre la nouvelle autoroute, la ligne TGV et les étangs. Encore une histoire de sensibilité personnelle et pour ça, nous avons la chance d’être très clairement sur la même longueur d’ondes avec François. Et les Cévennes? C’est beau les Cévennes! C’est magnifique, on adore! Mais trouver un terrain propice au maraîchage, c’est une autre histoire, avoir accès à une ressource en eau durable, encore une autre. Bref, vous l’aurez compris, fin janvier, nous n’étions plus devant le quart Sud-Est mais devant la région Rhône-Alpes!

Se pencher sur une carte topographique nous a aussi aidé à y voir plus clair: nous n’imaginions pas cultiver des légumes à plus de 700 mètres d’altitude. Nous avons donc mis le focus sur les coins de la région Rhône-Alpes qui correspondaient à ces critères. Nous nous sommes penchés très sérieusement sur les offres de foncier agricole qui nous restaient accessibles. Nous avons laissé l’Ain de côté. C’est un peu (beaucoup) par ma faute. Si j’adore l’aire du Poulet de Bresse – Comment ne pas s’extasier devant ce poulet de fer quand nous filons vers la Franche-Comté? – je ne m’imaginais pas du tout m’installer dans ce coin-là.  Les offres les plus intéressantes étant situées dans l’Ardèche et la Loire, début février, il était temps d’aller voir tout ça de plus près!

Nous sommes donc partis à la découverte de l’Ardèche Verte et du sud de la Loire. Notre planning a rapidement été bien chargé. Nous voulions mettre à profit ces quelques jours pour commencer à visiter des biens – à un moment, il faut se lancer – mais aussi rencontrer des agriculteurs et plus généralement les habitants de ces territoires. Le réseau des fermes de démonstration bio de la région Rhône-Alpes (Corabio) nous a ainsi été très utile. Nous avons par exemple rencontré Dominique Barbier qui cultivent des plantes aromatiques et médicinales dans les monts du Forez (fiche descriptive ici). Malgré le froid et nos pieds gelés, nous avons vraiment apprécié ces échanges à bâtons rompus jusqu’à la nuit tombante et l’énergie transmise par ce passionné. Nous avons aussi redécouvert le Couchsurfing que nous avions beaucoup pratiqué en Amérique Latine. Quoi de mieux que de loger chez l’habitant pour découvrir un bout de région, en savoir plus sur la vie locale? Marie, notre hôte à Verrières-en-Forez, fut une très belle rencontre et une mine d’informations pour nous. Prix du foncier en fonction du versant sur lequel on se trouve, projets locaux, atouts et contraintes du territoire, bonnes adresses. Tandis que je noircissais mon carnet, François notait des points sur la carte, passait des appels pour ajouter de nouvelles visites à notre agenda. Évidemment, nous en avons profité pour joindre l’utile à l’agréable, comme par exemple la visite de la fromagerie du Pont de la Pierre avec dégustation de fourme de Montbrison à 10 heures le matin, le café pris dans un petit troquet où était proposé un forfait café illimité à 19€90 par mois ou encore les paysages blancs de neige. Nous avons poursuivi notre route et nos visites jusqu’à Roanne…

A notre retour, nous avons fait le bilan. Il fallait se rendre à l’évidence, nous étions tombés sous le charme de l’Ardèche Verte. Nous allions pouvoir avancer plus efficacement en nous concentrant sur ce territoire!

Crédit photo: L’Aire du Poulet de Bresse (Alain Treboz)

Nous voilà ardéchois!

Depuis quelques mois, nous faisions assez régulièrement l’aller-retour entre Montpellier et l’Ardèche. Bien souvent, les journées étaient denses voire très chargées. Les rendez-vous se bousculaient sur l’agenda, les rencontres – toujours enrichissantes – nous laissaient souvent un goût d’inachevé. Nous nous sommes souvent entendus répéter que « ce serait plus simple une fois sur place ». Et bien, nous voilà sur place!

Et alors, est-ce plus simple?

Nous ne sommes ardéchois que depuis 72 heures. Autant vous dire que pour le moment, on se concentre sur notre nouvelle maison, son aménagement et le lot de toutes ces petites choses auxquelles il nous faut penser. Nous avons déjà fait installé un nouveau compteur électrique, rencontré un électricien à la retraite qui nous a permis de brancher notre cuisinière-four et de discuter histoire du monde, prévu de récupérer 5 stères de bois pour nous chauffer – il nous reste encore à potasser et améliorer notre gestion du chauffage au bois – fait des plans pour l’aménagement de la cuisine…

Du côté de la ferme, nous avons envoyé pour analyse nos premiers échantillons de sol. Dimanche, les cartons à peine déchargés, malgré les flocons et le vent qui cinglait, nous avons joué de la tarière, qu’on nous a gentiment prêtée. Dans un autre genre que le poinçonneur des Lilas, nous avons fait des petits trous, encore des petits trous, dans la parcelle destinée au maraîchage et le verger. Tourne, tourne, tourne! Franche rigolade et danse de la tarière pour nos premiers volontaires. La famille – même à 29 ans, on a toujours besoin de ses parents –  et les copains – merci Manza tu étais la première! – ça vaut de l’or! Pour moi, c’était aussi le souvenir des sorties terrains des cours de pédologie – Milie, Jojo, Charlotte et tous les autres j’ai pensé à vous! Il va sans dire que j’y ai vu plus de sens et pris plus de plaisir qu’à Dijon, quand nous étions tous plus concentrés sur nos pieds entrain de geler dans nos bottes en caoutchouc, bourrées de papier journal, que sur les horizons du profil de sol à étudier.

Nous continuons aussi à éplucher les petites annonces agricoles, notamment pour la paille et le compost dont nous aurons grandement besoin. Notre premier vrai chantier est prévu pour ce week-end. Au menu? Du broyage de bois! Les vieux cerisiers ayant tiré leur révérence, nous allons profiter de cette matière première offerte sur place, l’objectif étant d’obtenir un bon compost de bois, comme celui que nous utilisions à Lansargues.

Nous avons donc  tourné la page de notre aventure montpelliéraine, celle aussi de notre expérience de métayage à Lansargues, expérience qu’on vous racontera bientôt. Le pas est franchi et c’est une drôle de gymnastique de l’esprit pour retrouver la notion de temps. Il nous semble que tout est déjà loin. Pourtant, il y a moins d’une semaine, nous récoltions nos derniers légumes – poireaux, céleri, carottes, choux, chicorées – faisions nos dernières parties de cache-cache avec Noé – c’est aussi ça le métayage, de très jolies rencontres – et rédigions notre dernier bon de récolte. François concluait la saison par un dernier marché aux Arceaux, en compagnie de Suzanne, pétillante et bienveillante comme toujours.

Voilà, nous sommes bel et bien ardéchois!

La ferme a un nom!

L’Abeille et la Blette!

Enfin, notre ferme a un nom bien à elle. Il était temps ! Pour que nous puissions vous raconter sa création, son évolution, pour que vous puissiez l’identifier, la nommer et vous en souvenir. Choisir un nom, c’est loin d’être anodin et pas forcément si évident. Allez résumer un projet en quelques mots, vous verrez !

Tôt dans la genèse de la ferme, nous avons évoqué « L’Abeille et la Blette » comme un nom possible. C’était quelque part, entre la fin de l’hiver et le début du printemps.  Le jeu de mots du début – est-ce que quelqu’un n’a pas encore fait le lien avec un célèbre dessin animé ? – a très vite cessé de n’être qu’un jeu de mots rigolo. L’abeille, pour le rucher que l’on veut installer mais aussi comme symbole des équilibres environnementaux à protéger. La blette, pour le légume totem de François – qui ne l’a pas encore entendu s’écrier que la blette est un légume formidable ? – et pour l’ensemble des légumes que nous avons prévu de cultiver. Le jeu de mots finalement résumait assez bien notre démarche et sur l’ordinateur, sans encore le prendre vraiment au sérieux, nous avons créé le dossier « L’abeille et la Blette » pour classer la masse de documents que nous continuions d’amasser et de rédiger.

Nous en étions restés là, quand en octobre nous avons décidé qu’il était temps de réfléchir très sérieusement à la nommer enfin, notre ferme. L’Abeille et la Blette était toujours là, sur le bureau de l’ordinateur et dans un coin de nos têtes. Pourtant nous avons voulu tout remettre à plat. Alors, un vendredi après-midi, les récoltes finies – on vous racontera bientôt ce qu’on a fait de notre été – on a pris un stylo et une feuille de papier. Des ronds avec des grandes idées, des flèches et puis des mots. Ferme, jardins, légumes, potager, brouette, serfouette, vergers, herbes, racines, feuilles, plantes, abeilles, équilibres… On vous épargne la liste complète, elle était longue. On a écrit quelques noms puis pensé aux amis. On pourrait leur demander leur avis. Nous avons décidé d’arrêter trois propositions – Les jardins de Pojot, La ferme des Racines et des Herbes, l’Abeille et la Blette – de créer un rapide questionnaire – on a une énorme marge de progression pour le prochain, vraiment – et enfin, on a attendu que les copains répondent. Évidemment, on continuait à tourner dans nos têtes les avantages/inconvénients de chacun des noms proposés. Celui-là localise notre activité, celui-là évoque tant les légumes que toute une biodiversité, celui-ci a l’avantage de laisser ouvert le champ des possibles, celui-là est bien mais peut-être un peu classique. Un casse-tête en somme, cette histoire de nom.

Pourtant, après une petite semaine, nous avons fait notre choix. L’Abeille et la Blette. Ça ressemblait presque à une évidence. Comme si depuis ce jour de février où nous avions créé ce dossier, c’était acté. La réflexion a juste permis de le confirmer. L’Abeille et la Blette, c’est la sonorité, la signification et la fantaisie, parce qu’au fond, sans ce petit grain de folie, nous n’en serions sûrement pas là.

Et le sondage dans tout ça ? Il a conforté notre choix – l’Abeille et la Blette ayant remporté près de 58 % des suffrages. Au total, 71 personnes ont participé à notre petite consultation, sans compter les copains qui nous ont donné leur avis de vive voix. Merci mille fois pour votre temps et vos idées. La lecture de vos remarques et vos propositions a été un vrai plaisir. Côté proposition, on pense notamment à Patati Patata et Patate douce, Ferme ta boîte, le Concombre masqué ou encore la Ferme du radis mou.

Maintenant que le nom est donné, nous allons pouvoir vous en dire un peu plus sur cette fameuse ferme.