Le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein?

Le mois de septembre est révolu, le mois d’octobre aussi d’ailleurs, l’automne s’est installé et – amen! – la pluie s’est enfin décidée à tomber. Il me semble qu’il y a 1000 ans que je n’ai pas pris le temps de tricoter des mots par ici. Pourtant, en 1000 ans – promis je n’ai aucune origine marseillaise à confesser – il s’en est passé des choses. Trop. Enfin, trop surtout pour les raconter par le menu. Le tricot serait long, mais long, et le point mousse – le seul que je maîtrise –  c’est fastidieux à la longue! Faisons plutôt un petit état des lieux du moral des troupes! Niveau tricot, ça donnerait des irrégularités, des mailles sautées, des torsades plutôt chiadées, des loupés. Et puis de la fantaisie aussi.

Si la métaphore du tricot est plutôt de saison, je lui préfère l’intemporelle – voire universelle – histoire du verre.  » Verre à moitié vide ou verre à moitié plein ». Même si niveau moral, on essaie de garder le cap et de toujours voir les verres à moitié plein,  il faut bien reconnaître qu’il y a aussi des verres à moitié vides! Allez patron, l’état des lieux s’il vous plaît!

Commençons par un verre à moitié vide. Cette saison 2020, on peut dire que la Fatigue – merci de noter le grand F – a consciencieusement oeuvré à siphonner les verres de notre moral. Je crois que, depuis qu’on a lancé notre petite barque sur les flots de la grande aventure, c’est la première fois qu’on s’est retrouvé à ce point en rade. Et en rade en même temps. Généralement, jusqu’alors, on arrivait à faire que quand l’un de nous deux était au fond du gouffre, l’autre le hissait. Cette année, non. Peut-être était-ce le manque de sommeil lié à notre nouvelle condition de parents – soit-dit en passant, qui est l’imbécile qui a inventé l’expression dormir comme un bébé? – peut-être le fait de ne pas avoir retrouvé un rythme de travail à 2. Bref, si dans ces moments-là, le pilote automatique prend le relai, il faut bien avouer que c’est pas foufou, voire un peu raide, du côté de l’épanouissement au travail! Vous avez peut-être tendance à vous dire « oui ben il fallait s’en douter, le maraîchage ça n’a jamais été facile » ou à penser « oh ben ils l’ont voulu quand même! ».  On est d’accord sur tout! Oui, on l’a voulu. On l’a voulu même si on savait que ça ne serait pas facile! Est-ce que pour autant, parce qu’on l’a choisi, on n’a pas le droit de trouver ça dur? Est-ce que parce qu’on n’a personne d’autre que nous sur qui rejeter la faute – mince, pas de patron à l’horizon ! – on ne peut pas dire qu’on en a franchement marre?
Lorsqu’on en a parlé avec une copine qui, cet été, en a eu sacrément ras la crêpe de se lever  pour préparer des petits-déjeuners – casse-dédi à C. qu’on embrasse – la conclusion a été simple: faisons en sorte de faire autrement, de rendre les choses plus douces ou, à minima, plus vivables! Histoire de ne pas se dégoûter et de ne pas retomber dans des travers qu’on voulait fuir. Nous avons donc décidé que l’an prochain, nous réussirions à nous échapper en plein milieu de l’été! Wow les fous! Ne serait-ce que quelques jours – il en faut peu! – pour reprendre notre souffle, profiter de notre petite famille et ne pas avoir l’impression de subir l’été. Vous voyez comme un verre à moitié vide peut vite devenir un verre à moitié plein?

Bon, n’imaginez pas pour autant que nous avons uniquement subi douloureusement cette saison! On se rassure avec un verre à moitié plein: l’accueil de wwoofeurs! Plus qu’un verre à moitié plein, ça a été un carton plein. Mi-juin, François a sorti Picardie, notre fidèle caravane, qui somnolait dans le bâtiment. Avec mon Papa, ils l’ont installé à l’abri des thuyas et lui ont mis un toit sur la tête. Picardie, c’est une dame d’un certain âge, il faut savoir la préserver. Terrasse, douche solaire, toilettes sèches, nous pouvions accueillir notre premier wwoofeur! Pour ceux qui se disent « mais c’est quoi ça? », rien ne vaut un petit tour par ici.
Cette année, nous avons accueilli trois fois sur des périodes d’une dizaine de jours à deux semaines. Nous voulions être sûrs d’être disponibles, prêts à accueillir malgré la fatigue, le rythme de l’été. Outre l’aide quasi providentielle apportée au niveau du travail – récoltes, repiquages et cie – ce sont aussi de très belles bouffées d’air et de très chouettes rencontres. On remercie donc très très chaleureusement Aaron, Jade et Mathieu et Gabrielle! Nous gardons de jolis souvenirs de ces moments mais aussi des anecdotes, des expressions.. Comme toujours, chacun laisse son empreinte. D’une façon ou d’une autre. On décrit désormais le désherbage comme une pratique méditative grâce à Aaron. Pour l’anecdote, imaginez notre surprise quand, après lui avoir demandé comment s’était passé son dimanche, il nous a expliqué avoir désherbé les blettes! « Et on mettrait pas un peu plus de patates? » Mathieu nous a laissé son refrain préféré lors de la préparation des repas!  L’amour de la pomme de terre? Le fait de les avoir récoltées? L’énigme reste entière. Nous, on continue à avoir l’eau à la bouche à l’évocation des bao tseu – petites brioches fourrées cuites à la vapeur – préparés par Jade pour la dernière soirée! Un petit voyage culinaire qui nous a rappelé notre voyage en Chine… Et puis, depuis septembre, nous buvons du Yacco! Rassurez vous, on ne tourne pas à l’huile moteur – même celle des records du monde – mais depuis ma grossesse, on a pris l’habitude de boire une boisson à base de céréales torréfiées, de chicorée et de pois chiches. Bref, jusqu’à ce que Gabrielle passe quelques temps chez nous, nous buvions du Yannoh, depuis grâce à son lapsus, nous buvons du Yacco!
Et puis toujours du côté des verres pleins, il y a les coups de main de la famille et des amis: nos parents, Adrien, Valérie & Mohamed, Hélène… Merci pour l’aide, les sourires et les bons moments!

Côté maraîchage, en toute honnêteté, on a tendance à dire que c’est une saison « godet à moitié vide » qui ne nous laisse pas un énorme sentiment de satisfaction. La sécheresse prolongée, l’eau qu’il faut toujours plus rationner, la paille qu’il a fallu plus qu’économiser, l’impression de parer toujours au plus pressé, le sentiment d’inachevé… Sauver les cultures mais à quel prix? Pour quel rendement final? Cette année par exemple la récolte de courges a été – n’ayons pas peur des mots – minable! Enfin, comme ça ne sert à rien de refaire le jeu avec des si ou de se lamenter, on va plutôt en prendre notre parti, réfléchir à la saison prochaine et tirer les enseignements de cette saison en demi-teinte. On va s’activer pour rapatrier sur nos terres quelques 30 m3 de broyats, stockés par Jean-Claude dans la vallée, réfléchir à l’achat de toiles tissées réutilisables pour pailler certaines cultures, s’attaquer à la mise en place du système de récupération des eaux de pluie sur la seconde partie de la toiture du bâtiment… Comme pour les criquets, les épisodes de sécheresse ne sont plus l’exception, elles deviennent la norme, la règle du jeu avec laquelle il faut composer. Preuve en est, malgré nos efforts pour rationner l’eau, à la fin septembre, notre réserve collinaire n’était pas à moitié vide, elle était complètement vide. Une image qui marque. Et puis, on va continuer à apporter de la matière à notre sol afin d’augmenter sa capacité de rétention, essayer de créer des micro-climats grâce aux haies – celles mises en place en février ont survécu! – continuer à améliorer notre système, à le rendre toujours plus résilient… Pour que le godet soit plus souvent à moitié plein!

Du côté des animaux, le bilan est aussi au verre à moitié vide. Fin mai, l’équipe des espaces verts a vu son effectif doublé avec l’arrivée de Ghis-Laine et Anna-Bêle, les brebis. L’idée était de gérer l’enherbement dans la parcelle agro-forestière et le verger. C’était l’idée oui. Dans la pratique, c’est une autre affaire. Il semblerait que nos deux amies tiennent plus du mouton sauvage que de la docile brebis. Les limites de leur parcelle et les protections des arbres, elles s’en soucient comme de leur première laine. Le grillage à 1m30? Trop facile! Le barbelé – installé malgré notre aversion pour ce matériel- en plus? Aucun effet. Ghis-Laine et Anna-Bêle vont et viennent à leur guise, font hurler les chiens de chasse du quartier voisin, grignotent les arbres. Depuis qu’on leur a dit qu’elles finiraient prochainement en boulettes dans un couscous, elles n’ont plus quitté la parcelle. Et comme on n’est pas rancuniers, François leur a construit une jolie maisonnette en palettes et je m’évertue à leur apporter du chou-fleur – elles adorent – ou autres douceurs et à papoter avec elles. Kefta, euh affaire à suivre donc.
Le verre à moitié vide, ça n’est pas juste la faute aux brebis. C’est aussi la disparition de 11 de nos jolies cocottes. Il y a un mois, buse et renard ont fait bombance et surtout main basse sur ces dames à plumes. La ponte étant proportionnelle à l’effectif, il y a donc bien moins d’oeufs sur notre étal. CQFD. Il est donc temps de prévoir l’arrivée de nouvelles poulettes en 2021 et donc la construction du second poulailler – pour les 14 survivantes – car on ne mélange pas les jeunes poulettes et les poulettes d’âge plus mûr… Et puis, depuis peu, plane sur nous le risque de la grippe aviaire. Ô joie! Enfin heureusement, Tino et Jean-Guy sont en pleine forme.

Le verre est à moitié plein du côté de la commercialisation: nous ne faisons plus qu’un marché par semaine et nous pouvons profiter… du week-end! Vous n’imaginez pas à quel point on apprécie! Nous avons contrebalancé le marché de Saint-Félicien lâchement abandonné par une vente à la ferme le mardi en fin de journée – et plus de livraisons à la Biocoop d’Annonay. Outre le fait de nous offrir la possibilité de profiter du week-end – plus de samedi matin consacré aux récoltes et de dimanche qui démarre à 13h30 – cela nous permet également de n’avoir qu’une seule grosse journée consacrée aux récoltes, le mardi! Ce sont les nuits (très) hachées d’Ellie qui, à l’époque, claironnait toutes les 45 minutes qui nous ont poussé à ce changement. Aujourd’hui, les nuits sont douces mais pour autant, nous n’avons aucune envie de reprendre les marchés du dimanche matin… Jusqu’ici, ce nouveau système nous permet d’écouler l’intégralité de notre production. Nous ferons un bilan plus poussé à la clôture de l’exercice 2020. Reste que de vrais moments tous les 3 avec Ellie, la possibilité de profiter des copains et de la famille, ça n’a pas de prix! La ferme occupe une (très très) grande partie de notre vie, nous passionne mais peut s’avérer aliénante et on se dit qu’il faut savoir se préserver au risque de ne voir que des verres à moitié vides, toussa toussa.

Vous vous dites que je n’ai pas évoqué la seconde phase de confinement que nous traversons. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison qu’après on est tout grognons. Voire passablement énervés. Parce que nous estimons que le cirque de nos dirigeants a assez duré, que les mesures prises sont profondément inégales et qu’aucune leçon n’a été tiré du premier confinement. Les soignants et les hôpitaux sont toujours à l’agonie, les artisans, commerçants dit non-essentiels, restaurants sont à genoux et la culture oubliée, balayée d’un revers de main tandis que d’autres s’engraissent. On ne peut se balader que dans un rayon d’un kilomètre de chez nous, tandis que d’autres battent la campagne entre copains sous prétexte d’être les premiers écologistes de France…. Bref,  les marchés restent autorisés, notre vente à la ferme aussi et nous sommes toujours ravis de proposer nos légumes à ceux qui font le choix du local! Comme le répètent souvent les copains de Radicelles – obligés de fermer leur divin bouiboui encore une fois – le local c’est vital!

Enfin, avec la fin de l’année qui approche, il est temps de préparer la saison 2021. Et devinez quoi? Nos yeux pétillent toujours quand on feuillette les catalogues de semences. Ah les nouvelles variétés à tester! Ah les fleurs à semer! Ah les aromatiques à savourer!
On frétille à l’idée des dizaines et des dizaines de plants de fraisiers à repiquer. On sautille de joie quand on pense aux arbres à planter – encore oui! – et aux boutures d’arbustes et autres joyeusetés pour continuer nos haies. Et puis François n’est que joie depuis qu’il sait qu’à la sortie de l’hiver, il pourra enfin planter du raisin de table! Bref, malgré tout, on en toujours envie de recommencer. C’est bon signe non?

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4 réflexions au sujet de « Le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein? »

  1. Toujours un régal de lire ces nouvelles ! C ´est pétillant , sincère , une description parfaite de cette année 20 qui aurait mieux fait de rester chez elle . Nous aurions dû faire comme vos deux brebis saute-barrière et jouer à saute -année . Bref je m’ égare ;
    Une année avec des vagues , comme sur l océan tantôt sur la crête d ´ une ondulation , tantôt dans un creux mais en se disant que forcément ça va remonter .
    En tout cas bravo à vous ! Respect d’ Vieux retraité qui se régale en lisant la nouvelle !

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    1. Merci Gégé! 2020 reste bien particulière mais on en retient aussi le positif, le beau et ça, tous les jours, en regardant les yeux d’Ellie pétiller!
      Des bises de St Fé jusqu’à Cobonne!

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  2. Merci beaucoup pour tout ce temps pris pour donner de vos nouvelles. Et pour les photos aussi. Que de changements depuis qu’on est venu vous voir. C’est incroyable pour quelqu’un extérieur comme moi, de voir la vitesse avec laquelle vous faites évoluer votre ferme. De plus en plus de produits, d’équipements, de surfaces aussi (? la prairie, le verger ?, et les animaux !). Et toutes ces expériences que vous tentez pour savoir mieux. Ca prend du temps et de l’énergie tout ça. Il faut du courage comme en ont tous les pionniers avant que … Je vous souhaite de garder votre enthousiasme. Plus que 1,5 mois et cette année 2020 de ….. sera derrière nous.
    Grosses bises à tous les trois

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    1. Bonjour Bernard! C’est toujours un plaisir de lire vos mots
      Par ici, effectivement, ça évolue. Parfois, on se dit qu’on traîne mais il faut savoir prendre le temps de regarder le travail accompli.
      Du côté des surfaces, rien de véritablement nouveau. Le verger d’abricotiers, nous menons sa conversion depuis 2018, il sera donc officiellement AB dès 2021.
      Pour la prairie, comme le reste, elle fait partie de notre bail agricole. Néanmoins, jusqu’à fin 2019, nous avions un arrangement avec un paysan voisin qui la travaillait. Depuis 2020, nous avons décidé de mener sa conversion vers AB. Nous avons fait semer une prairie fourragère dans le but d’avoir du foin pour nos ânes et brebis. D’autre part, cela nous permet de gérer une conversion sans grand risque financier…
      Au plaisir de vous revoir par ici pour vous expliquer tout de vive voix!
      Bises

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