Quand le climat se dérègle, aventures quotidiennes et sautes d’humeur.

Vous avez peut-être supposé que nous avions disparu, que nous étions finalement entrés dans une profonde phase d’hibernation ? Si nous avons, le temps d’une semaine de vacances à randonner loin de l’Ardèche, pensé nous échapper plus longtemps, comme repiqués par le virus de la bougeotte, les anticorps développés pendant notre année à St Fé’ ont vite réduit à néant le risque de rechute. De retour en terre ardéchoise, nous avions bien trop de projets en tête pour trouver le sommeil. Et puis avec ce redoux aussi fou qu’inquiétant, notre hibernation aurait déjà pris fin… En conclusion, pas de disparition, pas d’hibernation mais un mois de février qui file vite – forcément me direz-vous, avec 28 petits jours – des températures incongrues et nos humeurs qui osent les figures les plus folles. Un pot-pourri d’aventures quotidiennes!

Du côté de la pépinière – une des notes de fond du dit pot-pourri – il y a eu la reprise des semis. Clayton de Cuba, arroche rouge, blettes de couleur, chou rave, roquette, betteraves rouge et tous leurs amis. Jusqu’ici, on arrive à se tenir – ovation de nous à nous-mêmes – aux dates du calendrier lunaire. Les paris restent ouverts pour savoir jusqu’à quand cela va rester possible !

Dans la catégorie note de fond, il y a aussi les repiquages qui ont recommencé à rythmer nos semaines. Notamment les semaines paires où nous devons récupérer les plants commandés. Pour ceux qui seraient tentés de vérifier, oui nous devons aller chercher des plants cette semaine. Salades et betteraves rouges, ça reste sage… Quoique la serre commence à être bien, bien pleine !

Nous avons aussi pu planter nos pommes de terre précoce au nom pompeux – les Belles de Fontenay, rien que ça – le fameux vendredi aux « 3 étoiles légumes racines » du calendrier lunaire. Et alors ? Jusqu’ici, rien de phénoménal, on a plutôt l’impression que les pommes de terre Miss France – attention humour intempestif ! – n’y mettent pas vraiment du leur pour égayer le pot-pourri… Toujours côté parfum et plantations, nous avons fait nos premières plantations au grand air : ail, échalote et première session d’oignon. Si à la plantation le parfum reste léger, normalement, dans quelques mois, lors de la récolte, ça devrait donner une note de tête difficilement oubliable et plutôt persistante…

Quitte à parler parfum, parlons fumier ! Nous avons enfin trouvé du fumier bio et local – hip hip hip hourraaaa – et surtout, trouvé le moyen de le ramener sur nos terres. Je vous imagine sourire mais le fumier bio, ça reste un sacré casse-tête. Surtout quand, comme nous, vous n’avez pas de GROS tracteur avec une GROSSE benne pour le transporter. En bref, au détour d’une chanson folk à l’Effet Local, François a dégoté du fumier de brebis bio, fallait-il encore pouvoir le ramener. Un creusage de méninges et un devis plus tard – tout n’est pas gratuit ma bonne dame – un GROS tracteur avec une GROSSE benne nous livrait 8 GROSSES tonnes de fumier en direct de la ferme de l’Hôte Antique. Joie, joie, ô joie !

Février a aussi, comme l’an dernier, le parfum de la taille des abricotiers. Évidemment, c’est une image car ça ne sent pas grand-chose. Sauf quand le voisin pratique l’écobuage. Nous avons (encore) perdu des arbres, gagné (un peu) en efficacité et, cette année, décidé d’étaler la tâche sur plusieurs semaines.

C’est à ce moment-là qu’on en vient à ce qui nous mine ces derniers temps : le dérèglement du climat. L’an dernier, souvenez-vous, pour célébrer la fin de la taille, François avait skié sur notre lac. Cette année, nous avons vu les premières fleurs sur les arbres. Cherchez l’erreur ! Ce bouleversement des saisons qui fait fleurir nos abricotiers bien trop tôt a le don de mettre notre humeur sans-dessus-dessous. Cela se traduit cliniquement par une alternance de phases combatives et de phases d’abattement qui se ponctuent généralement par, excusez la politesse, « monde de merde ». On se perçoit, de plus en plus souvent, comme des Don Quichotte qui se démèneraient pour essayer de construire quelque chose de pas trop bancal face à d’énormes moulins, mus par le vent des lobbys, de la finance et des politiques dont les intérêts sont bien éloignés de ceux de la planète et accessoirement des populations qui l’habitent. Il faut avouer que ça nous plombe (beaucoup) de se savoir face au mur, déjà bien trop près, et de voir que, ceux qui nous dirigent continuent à fermer les yeux, le pied collé au plancher, comme pour atteindre le crash au plus vite… Dans notre pot-pourri, c’est la note amère et sournoise, qui profite toujours d’un moment de fatigue pour trimballer ses effluves de morosité et de lassitude.

Évidemment cette note amère est régulièrement écrasée par le parfum pétillant et frais des projets qui prennent forme. Et comme on n’est pas (encore) complètement déprimés, on a même planté des arbres ! Les 24 premiers de la parcelle agroforestière dont on vous a rebattu les oreilles. Des pommiers, des pruniers et des cerisiers, tous droits venus de la pépinière de John de la Ferme des Genêts – plus local tu meurs !  Les prochains arriveront très probablement à l’automne.

Du côté des poulettes et de leur roulotte, nous avons dégotté, tout près de la ferme, un premier châssis de caravane. On remercie la passion Bon Coin de François! S’il ne restait à ce châssis déjà pas grand-chose de sa vie d’avant, François a vraiment fini de le mettre à nu. Désormais, tout est à construire ! On a décidé d’arrêter les plans après la formation « biosécurité en élevage avicole» – formation aussi obligatoire qu’elle semble peu passionnante – que je dois suivre dans quelques jours. Et les poulettes ? Les poulettes, c’est le casse-tête. Du moins, quand on veut à la fois être certifié bio et ne pas avoir un minimum de 100 poules. Pour avoir des poules prêtes à pondre certifiées, c’est un peu la croix et la bannière. Ça nous paraît surtout pas toujours très logique mais il faut dire qu’on n’a pas la même logique que le modèle agricole productiviste qui perdure… 25 poules, on n’a pas idée ! On a donc abdiqué: il faudra qu’on aille chercher nos nouvelles amies à plumes…dans le Gard. Vous imaginez bien que pendant la période « cherche ta poule », nous avons bien des fois ponctué nos phrases de « monde de m**** »… Les mignonettes arriveront donc probablement à la fin mai. Plus tard que ce qu’on avait imaginé mais, soyons optimistes, mieux vaut tard que jamais !

Dans notre pot-pourri d’aventures quotidiennes, il y a aussi une note animale. Une note qu’on pourrait presque qualifier d’asine si on oubliait Oka et son haleine parfois saisissante, Piou et nos poules retraitées. Il y a une quinzaine de jours, j’ai effectivement un peu oublié le chien, le chat et les poules puisque Tino a eu l’irrépressible envie de prendre la poudre d’escampette et de disparaître. Deux jours à crapahuter dans les environs pour le retrouver, tout notre réseau local alerté et un bourricot qui prenait du bon temps avec deux copines. Un parfum d’âne bien entêtant. D’autant que le bougre a choisi de disparaître pendant que François était en formation en Savoie. Comme on n’est jamais à l’abri d’un rebondissement, deux jours après avoir retrouvé Tino, nous étions à batailler pour que Jean-Guy grimpe dans le Jumpy – Merci Flavien pour le coup de main! Jean-Guy, c’est le nouveau pote de Tino. Un ânon fort fort mignon qui a déjà trouvé le moyen de rencontrer le vétérinaire et se promène affublé d’un cataplasme d’argile verte très seyant sur la croupe. On préfère vous éviter la description du truc pas jojo qu’il a à l’encolure. En bref, nous avons donc pendant quelques jours un nouveau rituel de soins à ajouter à nos péripéties quotidiennes…

Quoi d’autre dans le pot-pourri ? L’odeur de nos cerveaux qui chauffent, réfléchissent, tranchent et essaient de gérer au mieux les priorités en accord avec les valeurs qu’on s’entête à vouloir défendre, les effluves sucrées des crêpes, l’arôme fumé de la Satan says Ale – indice c’est une bière brassée à Longue Vie – les notes fraîches des ballades au grand air, l’odeur de la paille, le pêle-mêle de parfums de légumes quand on part au marché, les effluves de forêt et de sous-bois quand il faut fabriquer des piquets, les odeurs de terre quand on parle engrais verts et sols vivants avec PY et sa fourche-bêche, les relents entêtants du sans-plomb quand il faut débroussailler des ronciers pour dégager une terrasse oubliée… Bientôt aussi l’odeur de l’acier, celui de la nouvelle serre, achetée d’occasion, qu’il va falloir aller démonter dans la Loire – les copains sont déjà sur le coup pour nous prêter leurs bras et ça, ça fait toujours chauffer nos p’tits cœurs. Je ne sais pas si la soudure a une odeur, mais si oui, elle fera partie du pot-pourri car après la formation « Serre-mobile » avec l’Atelier Paysan, j’en connais un qui est ultra-motivé et qui va s’en donner à cœur joie, l’idée étant qu’à l’automne, on convertisse la nouvelle serre en serre mobile… Mais chut, c’est un secret!

Allez, hauts les cœurs et pas de haut-le-cœur, notre pot-pourri quotidien a quand même le parfum frais de la grande aventure!

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Ah, avant que j’oublie, on a aussi répondu à quelques questions sur notre projet. Vous savez déjà très sûrement tout mais si la curiosité vous titille, c’est par .

7 réflexions au sujet de « Quand le climat se dérègle, aventures quotidiennes et sautes d’humeur. »

  1. quel bonheur de voir tout çà et quel bonheur de voir votre bonheur. Vous êtes super tous les deux.

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  2. Merci pour ce partage si joliment écrit et photographié. J’admire votre constance et votre vitalité, malgré les aléas. J’adore ton humour! Amicalement, Carole

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    1. Je suis ravie de voir que depuis Montpellier, tu suis nos aventures… L’écriture me manque mais je ne désespère pas qu’un jour, je retrouve le temps de m’y consacrer plus. Des bises ardéchoises, Marine.

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  3. OUI! j’ai enfin trouvé le temps pour vous lire. Quel adventure magnifique. La gamme d’emotion via votre pot-pourri. Les photos sensationnels…que de l’admiration. BRAVO!

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