Ici, on cause chantiers!

En chantier. Locution adverbiale. L’expression en chantier est souvent associée au verbe « mettre ». Mettre en chantier, c’est commencer la construction d’un navire – à l’origine – d’un bâtiment et par extension, d’un projet intellectuel ou artistique.

L’Abeille & la Blette n’a rien d’un chantier naval – peut-être qu’un jour on construira un radeau pour voguer sur le Doux – mais au fond, c’est bien à la construction d’un projet qu’on s’est attaqué.

En chantier. Locution adverbiale reflétant (très) souvent nos réalités.

Si on ne va pas vous faire croire que chaque jour est un chantier – quoique le débat reste ouvert –  ces derniers temps, chaque semaine a eu son (lot de) chantier. Plus ou moins important, plus ou moins bien organisé, plus ou moins prévu.

Quoi ? Mais enfin, un chantier, ça se prévoit, ça s’anticipe !
Si cette pensée vous a traversé l’esprit, venez donc passer quelques temps par ici, vous aurez la preuve que non, tous les chantiers ne se prévoient pas.
Ça y est, ils nous refont le coup des imprévus…
Manque cruel d’originalité ou simple réalité, il faut effectivement gérer les imprévus. Ces chantiers de dernière minute sont souvent ceux qui demandent le plus de vivacité d’esprit puisqu’il faut réagir fissa ! On les trouve généralement usants – notamment intellectuellement – stressants – ah la prise de décision dans l’urgence – et parfois peu satisfaisants …  Bon, et quoi de mieux que des exemples concrets pour étayer nos propos et illustrer notre digression sur les catégories de chantier?
Olé, tour d’horizon des chantiers du mois. Cherchez pas, c’est nous qui régalons!

Le gros chantier bien planifié: démonter une serre.

Allez disons-le, n’ayons pas peur des mots, c’était LE chantier du mois de mars. Un chantier prévu depuis déjà quelques temps – on en parlait déjà – un chantier anticipé donc. Évidemment, vous me direz qu’on se retrouve rarement du jour au lendemain à démonter une serre aux mensurations généreuses – 8m de large pour 34 m de long – et je suis bien d’accord. Quoique là encore, il faut être plutôt très réactif quand paraît la petite annonce. Enfin, trève de digression, on a dit qu’on causait chantier!

Qui dit serre à démonter, dit chantier hors-les-murs. Oui, on ne s’amuse pas à démonter Dame Richel. C’est d’ailleurs cet aspect « hors-les-murs » qui a fait qu’on y a BEAUCOUP réfléchi à ce chantier. Il a fallu trouver une date qui convenait aussi bien aux maraîchères qui vendaient pas moins de 3 serres – planning des différents démontages, impératifs administratifs – qu’à nous. Étant donné que la serre se dressait fièrement à Saint-Joseph, dans la Loire, il fallait aussi prévoir qu’en une journée, le travail serait plié. Pas question de multiplier les aller-retour. Et puis, une serre de ce genre, évidemment, ça ne rentre pas dans le Jumpy. On est plutôt adeptes des Jumpy bien remplis, des remorques blindées, des portes ouvertes, des étincelles sur le bitume et des tendeurs dans tous les sens mais quand même, on a des limites. Vous l’aurez deviné, on a du louer un mignon petit camion benne. Il fallait aussi prévoir les bons outils – notamment les bonnes clés – histoire de ne pas se retrouver coincés comme des c*** devant une bande d’écrous bien serrés… Bref, on a réfléchi aux impondérables, fait des listes, réfléchi à ce qu’on pouvait avoir oublié, refait des listes. Et puis la veille du jour-J, on s’est attaqué au ravitaillement. C’est pas le tout d’appeler les copains à la rescousse, il faut assurer leur confort, les chouchouter et éviter de leur laisser un trop mauvais souvenir!

Le jour-J, les astres étaient sacrément bien alignés: un grand soleil, pas un brin de vent, de la bonne humeur et une pu**** de belle énergie! Quand on est contents, parfois on devient vulgaires, faut nous excuser. On est rentrés tous bien cuits – enfin on suppose – mais nous, on était tout ragaillardis et complètement reboostés. Mettre un chantier derrière, retrouver des copains de tous horizons, c’est quand même le pied…
Et comme il faut rendre à César ce qui appartient à César, il est temps pour nous de faire une OVATION pour:

  • Lisa et Brice qui ont répondu présents malgré 4,5 km de pioche dans les bras et 40 km de motoculteur. Morlanche forever!
  • Marion et Antoine qui sont de tous nos chantiers et qui, comme toujours, mettent du cœur et du corps à l’ouvrage.
  • Adrien qui a réussi à trouver un créneau dans son emploi du temps de célèbre ambassadeur de la Transition.
  • Sylvain qui, outre sa b*** et son couteau, n’avait pas oublié d’emmener sa célèbre mauvaise foi qu’on aime tant!
  • PY aka l’Homme à la fourche-bèche qui, s’il n’a pas vraiment changé depuis nos années dijonnaises, est de ceux qui pensent désormais à faire charger les batteries de leur visseuse avant un chantier!

Vraiment MERCI, vous avez assuré! En exclusivité, les photos qui vont bien!

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Le chantier qui revient chaque année: planter les pommes de terre.

Il y a des chantiers qui, qu’on les aime ou qu’on les déteste, reviennent chaque année. A la même période, plus ou moins inchangés. C’est le cas, par exemple, de la plantation des pommes de terre. Cette année, nous avons choisi la date en fonction du calendrier lunaire. Jour dit ‘racines’, option 3 étoiles. Rien que ça Madame!
Ce genre de chantier qui revient chaque année se bonifie (ou pas) avec le temps. Les plâtres essuyés au fil des saisons permettent – normalement – d’améliorer l’organisation, de se faciliter le boulot. Évidemment, on se doute bien qu’on est pas à l’abri d’un couac, d’un imprévu ou d’un battement d’ailes de papillon au Japon. Cette année, on est plutôt satisfaits. Belle journée, organisation plutôt efficace et pistes d’amélioration pour l’an prochain. Après, si le chantier s’est bien déroulé, les pommes de terre, plantées en bien plus grand nombre que l’an dernier, sont loin d’être récoltées… Il nous faut encore trembler pour les gelées tardives, nous préparer à passer des heures à noyer des doryphores, penser (ou pas) aux buttages. Bref, il faut surtout espérer qu’un chantier réussi soit synonyme d’une récolte généreuse et pas amaigrie!

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Dans notre collection ‘chantier refrain, chantier qui revient’, notons que nous avons aussi eu les semis à gogo(dets) de légumes d’été: courges, courgettes, tomates, poivrons, piments, concombres….

Le chantier pas prévu du tout: installer des tunnels nantais.

Ah enfin le voilà! Le chantier qui empêche de tourner en rond. Celui qui débarque sans avoir été invité, celui qui retourne le cerveau, celui qu’on ne prépare pas. Le chantier qui fait c**** mais qu’il faut gérer. Et vite!
Vous l’aurez compris, non, nous n’avions pas prévu d’installer des tunnels nantais. Ni dans le plan d’entreprise, ni dans le planning, ni dans nos têtes. Mais, le climat changeant, les températures ayant été (bien) trop douces en février, il a fallu se rendre à l’évidence: tous nos petits plants avaient une bonne quinzaine de jours d’avance et commençaient à avoir chaud dans notre pépinière… Les repiquer dans la serre nous direz-vous? Si seulement nous avions de la place! Nous avons compté et recompté les mètres de planche disponibles, vérifié et revérifié le planning et le constat était clair: nous ne pouvions pas repiquer sous serre!
Branle-bas de combat dans nos cerveaux, devis, réflexions, devis, délais de livraison et nous voilà un samedi en fin de matinée, avec 150 arceaux, 200 mètres de film plastique et 10 km de ficelle. Quelques heures plus tard, nous voilà satisfaits, les 3 tunnels ont fière allure, les plants sont protégés. Vas-y qu’on se félicite, tope-la et compagnie.

Parfois, le ‘chantier pas prévu’ peut devenir ‘le chantier pas prévu qui revient très (trop) vite’. C’est le cas de l’installation de nos tunnels nantais. Prenez d’énormes bourrasques de vent dans la nuit – du genre à couper l’électricité pendant quelques heures – et revenez le lendemain. Tiens donc, les tunnels font un drôle d’angle et ne sont plus à leur place! Tiens donc, le plastique est déchiré, les arceaux dans tous les sens! Et pour que  ce soit encore plus drôle, imaginez que tout ça se passe durant la nuit du lundi au mardi, en ayant en tête que la pose avait eu lieu le samedi. Vous vous gaussez non? Nous, on a ri jaune, vu notre beau moral s’écrouler et puis François s’est re-attaqué au chantier. Bilan des courses, la seconde pose aura permis certaines améliorations. Comme quoi…

Le chantier de presque loisir: construire sa propre Campagnole.

La dernière fois, je vous disais que François s’était découvert une passion pour la soudure. Ce n’était pas une passade! Ayant investi dans un poste à souder, il s’est lancé dans ses premiers travaux avec la construction de notre Campagnole. Souvenez-vous, c’est l’outil qu’on avait pu tester en décembre (on en causait par là). Convaincus par cet outil fantastique, on a décidé d’investir dans la version ‘en kit’, c’est-à-dire à souder soi-même.
Voilà bien un chantier qui s’apparente presque à un loisir.
Et le résultat me direz-vous? Une Campagnole plus grunge que celle vendue déjà montée car chez nous, pas de peinture sur les dents et les montants. Du brut! Enfin, l’essentiel reste que nous puissions travailler correctement avec et … c’est le cas!

La soudure nous ouvre donc de belles perspectives pour adapter nos outils à des besoins bien précis, construire des portails solides pour les diverses clôtures, bricoler à tout va.

Le chantier récurrent: ranger et aménager.

Petit à petit l’oiseau fait son nid. Si on ne fait pas notre nid dans le bâtiment – ouf ! – petit à petit, on l’aménage, on améliore, on réinvente. Dernièrement, on a repensé l’espace de lavage des légumes. Rien d’exceptionnel en somme puisque nous avons simplement déplacé l’évier et les tables de travail mais, croyez-moi, ça change la vie! Ce qui change encore plus la vie? L’installation, juste à côté du dit évier, d’un vulgaire robinet pour remplir les arrosoirs et sur lequel on peut brancher un jet. Le pied quand il faut remplir d’eau la grosse bassine pour laver les radis!

On a également trié et rangé nos montagnes de cagettes. Les moches et plus vieilles pour les futures récoltes de patates, les petites pour les colis d’abricots (au moment où on a rangé, il n’y avait pas encore eu cette douce nuit de gelée…), les plateaux bas pour les tomates cet été… Bref, c’est tout net, bien empilé et bien plus accessible.

Dans la série ‘chantier d’aménagement’, François nous a créé une jolie petite terrasse devant le bâtiment. Il prévoit ensuite de tester un système de construction ‘à la tronçonneuse’ pour abriter le tout. Il fait déjà bon y prendre le café quand le soleil est de sortie alors j’imagine qu’une fois à l’abri, ce sera vraiment sympa…

Le chantier bonus: préparer le week-end « De Ferme en Ferme ».

Le chantier bonus, le chantier en plus. C’est celui qui s’ajoute aux autres, qui arrive comme une fleur au moment pas forcément opportun. C’est celui qui fait dire « mais bordel, qu’est-ce qui nous a pris? ».
Ici, le chantier bonus c’est la préparation du week-end « De Ferme en Ferme ». Eh oui, le 27 et le 28 avril, dans le cadre du célèbre week-end organisé par le Civam, l’Abeille et la Blette vous ouvre ses portes, de 9h à 19h! Trop chouette! Trop chouette en effet mais, pour vous accueillir correctement, il faut quand même anticiper un minimum…!
François a participé aux diverses formations pour les novices, histoire d’être préparé au baptême du feu. Nous avons déjà réfléchi au circuit de visite, imaginé divers scénarios – catastrophes ou non – fait des liste et recruté des volontaires pour nous aider. D’ailleurs si vous avez envie de participer à l’aventure en nous donnant un coup de main, n’hésitez pas, plus on est de fous, plus on rit!
Et puis, on a aussi profité de la visite de Chloé – graphiste à qui l’on doit notre logo – et Franky pour mettre sur pieds notre épouvantail, célèbre emblème pour ce week-end!

Chantier bonus donc et souvent cette question « qu’est-ce qui nous a pris de dire oui? ». Peut-être parce que nous étions début décembre et que ça nous paraissait loin et fastoche? Peut-être parce que Jonathan – voisin et participant – a su être convaincant? Peut-être parce qu’on aime toujours partager cette nouvelle vie avec d’autres? Peut-être parce qu’on aime les (petits) défis? Quelle qu’en soit la raison, quel que soit le chantier, n’hésitez pas à venir faire un tour chez nous!

Et puis tous les autres chantiers…

Et puis tous les autres. Les petits, les rapides, les qui-traînent-en-longueur, les minis, les chiants, les redondants, les joyeux, les moins drôles. Le quotidien en somme. Prenant, usant, parfois ingrat. Le quotidien en somme. Fait de mille et une réflexions, de mille et une décisions. Créer, imaginer, mettre en œuvre et en branle.

Au fond, quand on y réfléchit bien, c’est toute notre vie qui est devenue un vaste chantier!

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Quand le climat se dérègle, aventures quotidiennes et sautes d’humeur.

Vous avez peut-être supposé que nous avions disparu, que nous étions finalement entrés dans une profonde phase d’hibernation ? Si nous avons, le temps d’une semaine de vacances à randonner loin de l’Ardèche, pensé nous échapper plus longtemps, comme repiqués par le virus de la bougeotte, les anticorps développés pendant notre année à St Fé’ ont vite réduit à néant le risque de rechute. De retour en terre ardéchoise, nous avions bien trop de projets en tête pour trouver le sommeil. Et puis avec ce redoux aussi fou qu’inquiétant, notre hibernation aurait déjà pris fin… En conclusion, pas de disparition, pas d’hibernation mais un mois de février qui file vite – forcément me direz-vous, avec 28 petits jours – des températures incongrues et nos humeurs qui osent les figures les plus folles. Un pot-pourri d’aventures quotidiennes!

Du côté de la pépinière – une des notes de fond du dit pot-pourri – il y a eu la reprise des semis. Clayton de Cuba, arroche rouge, blettes de couleur, chou rave, roquette, betteraves rouge et tous leurs amis. Jusqu’ici, on arrive à se tenir – ovation de nous à nous-mêmes – aux dates du calendrier lunaire. Les paris restent ouverts pour savoir jusqu’à quand cela va rester possible !

Dans la catégorie note de fond, il y a aussi les repiquages qui ont recommencé à rythmer nos semaines. Notamment les semaines paires où nous devons récupérer les plants commandés. Pour ceux qui seraient tentés de vérifier, oui nous devons aller chercher des plants cette semaine. Salades et betteraves rouges, ça reste sage… Quoique la serre commence à être bien, bien pleine !

Nous avons aussi pu planter nos pommes de terre précoce au nom pompeux – les Belles de Fontenay, rien que ça – le fameux vendredi aux « 3 étoiles légumes racines » du calendrier lunaire. Et alors ? Jusqu’ici, rien de phénoménal, on a plutôt l’impression que les pommes de terre Miss France – attention humour intempestif ! – n’y mettent pas vraiment du leur pour égayer le pot-pourri… Toujours côté parfum et plantations, nous avons fait nos premières plantations au grand air : ail, échalote et première session d’oignon. Si à la plantation le parfum reste léger, normalement, dans quelques mois, lors de la récolte, ça devrait donner une note de tête difficilement oubliable et plutôt persistante…

Quitte à parler parfum, parlons fumier ! Nous avons enfin trouvé du fumier bio et local – hip hip hip hourraaaa – et surtout, trouvé le moyen de le ramener sur nos terres. Je vous imagine sourire mais le fumier bio, ça reste un sacré casse-tête. Surtout quand, comme nous, vous n’avez pas de GROS tracteur avec une GROSSE benne pour le transporter. En bref, au détour d’une chanson folk à l’Effet Local, François a dégoté du fumier de brebis bio, fallait-il encore pouvoir le ramener. Un creusage de méninges et un devis plus tard – tout n’est pas gratuit ma bonne dame – un GROS tracteur avec une GROSSE benne nous livrait 8 GROSSES tonnes de fumier en direct de la ferme de l’Hôte Antique. Joie, joie, ô joie !

Février a aussi, comme l’an dernier, le parfum de la taille des abricotiers. Évidemment, c’est une image car ça ne sent pas grand-chose. Sauf quand le voisin pratique l’écobuage. Nous avons (encore) perdu des arbres, gagné (un peu) en efficacité et, cette année, décidé d’étaler la tâche sur plusieurs semaines.

C’est à ce moment-là qu’on en vient à ce qui nous mine ces derniers temps : le dérèglement du climat. L’an dernier, souvenez-vous, pour célébrer la fin de la taille, François avait skié sur notre lac. Cette année, nous avons vu les premières fleurs sur les arbres. Cherchez l’erreur ! Ce bouleversement des saisons qui fait fleurir nos abricotiers bien trop tôt a le don de mettre notre humeur sans-dessus-dessous. Cela se traduit cliniquement par une alternance de phases combatives et de phases d’abattement qui se ponctuent généralement par, excusez la politesse, « monde de merde ». On se perçoit, de plus en plus souvent, comme des Don Quichotte qui se démèneraient pour essayer de construire quelque chose de pas trop bancal face à d’énormes moulins, mus par le vent des lobbys, de la finance et des politiques dont les intérêts sont bien éloignés de ceux de la planète et accessoirement des populations qui l’habitent. Il faut avouer que ça nous plombe (beaucoup) de se savoir face au mur, déjà bien trop près, et de voir que, ceux qui nous dirigent continuent à fermer les yeux, le pied collé au plancher, comme pour atteindre le crash au plus vite… Dans notre pot-pourri, c’est la note amère et sournoise, qui profite toujours d’un moment de fatigue pour trimballer ses effluves de morosité et de lassitude.

Évidemment cette note amère est régulièrement écrasée par le parfum pétillant et frais des projets qui prennent forme. Et comme on n’est pas (encore) complètement déprimés, on a même planté des arbres ! Les 24 premiers de la parcelle agroforestière dont on vous a rebattu les oreilles. Des pommiers, des pruniers et des cerisiers, tous droits venus de la pépinière de John de la Ferme des Genêts – plus local tu meurs !  Les prochains arriveront très probablement à l’automne.

Du côté des poulettes et de leur roulotte, nous avons dégotté, tout près de la ferme, un premier châssis de caravane. On remercie la passion Bon Coin de François! S’il ne restait à ce châssis déjà pas grand-chose de sa vie d’avant, François a vraiment fini de le mettre à nu. Désormais, tout est à construire ! On a décidé d’arrêter les plans après la formation « biosécurité en élevage avicole» – formation aussi obligatoire qu’elle semble peu passionnante – que je dois suivre dans quelques jours. Et les poulettes ? Les poulettes, c’est le casse-tête. Du moins, quand on veut à la fois être certifié bio et ne pas avoir un minimum de 100 poules. Pour avoir des poules prêtes à pondre certifiées, c’est un peu la croix et la bannière. Ça nous paraît surtout pas toujours très logique mais il faut dire qu’on n’a pas la même logique que le modèle agricole productiviste qui perdure… 25 poules, on n’a pas idée ! On a donc abdiqué: il faudra qu’on aille chercher nos nouvelles amies à plumes…dans le Gard. Vous imaginez bien que pendant la période « cherche ta poule », nous avons bien des fois ponctué nos phrases de « monde de m**** »… Les mignonettes arriveront donc probablement à la fin mai. Plus tard que ce qu’on avait imaginé mais, soyons optimistes, mieux vaut tard que jamais !

Dans notre pot-pourri d’aventures quotidiennes, il y a aussi une note animale. Une note qu’on pourrait presque qualifier d’asine si on oubliait Oka et son haleine parfois saisissante, Piou et nos poules retraitées. Il y a une quinzaine de jours, j’ai effectivement un peu oublié le chien, le chat et les poules puisque Tino a eu l’irrépressible envie de prendre la poudre d’escampette et de disparaître. Deux jours à crapahuter dans les environs pour le retrouver, tout notre réseau local alerté et un bourricot qui prenait du bon temps avec deux copines. Un parfum d’âne bien entêtant. D’autant que le bougre a choisi de disparaître pendant que François était en formation en Savoie. Comme on n’est jamais à l’abri d’un rebondissement, deux jours après avoir retrouvé Tino, nous étions à batailler pour que Jean-Guy grimpe dans le Jumpy – Merci Flavien pour le coup de main! Jean-Guy, c’est le nouveau pote de Tino. Un ânon fort fort mignon qui a déjà trouvé le moyen de rencontrer le vétérinaire et se promène affublé d’un cataplasme d’argile verte très seyant sur la croupe. On préfère vous éviter la description du truc pas jojo qu’il a à l’encolure. En bref, nous avons donc pendant quelques jours un nouveau rituel de soins à ajouter à nos péripéties quotidiennes…

Quoi d’autre dans le pot-pourri ? L’odeur de nos cerveaux qui chauffent, réfléchissent, tranchent et essaient de gérer au mieux les priorités en accord avec les valeurs qu’on s’entête à vouloir défendre, les effluves sucrées des crêpes, l’arôme fumé de la Satan says Ale – indice c’est une bière brassée à Longue Vie – les notes fraîches des ballades au grand air, l’odeur de la paille, le pêle-mêle de parfums de légumes quand on part au marché, les effluves de forêt et de sous-bois quand il faut fabriquer des piquets, les odeurs de terre quand on parle engrais verts et sols vivants avec PY et sa fourche-bêche, les relents entêtants du sans-plomb quand il faut débroussailler des ronciers pour dégager une terrasse oubliée… Bientôt aussi l’odeur de l’acier, celui de la nouvelle serre, achetée d’occasion, qu’il va falloir aller démonter dans la Loire – les copains sont déjà sur le coup pour nous prêter leurs bras et ça, ça fait toujours chauffer nos p’tits cœurs. Je ne sais pas si la soudure a une odeur, mais si oui, elle fera partie du pot-pourri car après la formation « Serre-mobile » avec l’Atelier Paysan, j’en connais un qui est ultra-motivé et qui va s’en donner à cœur joie, l’idée étant qu’à l’automne, on convertisse la nouvelle serre en serre mobile… Mais chut, c’est un secret!

Allez, hauts les cœurs et pas de haut-le-cœur, notre pot-pourri quotidien a quand même le parfum frais de la grande aventure!

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Ah, avant que j’oublie, on a aussi répondu à quelques questions sur notre projet. Vous savez déjà très sûrement tout mais si la curiosité vous titille, c’est par .

Pour 2019, vaste programme et rêves en grand!

Il y a deux jours, nous  avons planché sur le planning de cultures 2019. Il était temps de prévoir notre calendrier de semis mais aussi de réviser le planning à envoyer au pépiniériste – on ne sera pas autonomes pour les plants cette année non plus ma bonne dame! – et, en l’espace d’une demi-journée, nous avons traversé le printemps, l’été et nous sommes arrivés jusqu’aux derniers repiquages d’automne. En l’espace de quelques heures, nous étions presque à la fin de l’année 2019. Nous avons alors réalisé que nous avions failli à la tradition des bons vœux.  Nous espérons donc que cette nouvelle année sera douce, riche de rencontres et de découvertes, pleine de paix. Nous espérons aussi que 2019 verra, enfin, des avancées significatives dans différents domaines… En termes de politiques agricoles avec la nécessité de défendre une agriculture paysanne, à taille humaine et qui permette de vivre de son travail. D’ailleurs, on n’oublie pas, pour ceux qui peuvent, de voter aux élections des chambres d’agriculture. Ca se passe la deuxième quinzaine de janvier ! En termes de climat et d’environnement avec la nécessité d’engager des mesures concrètes pour prendre en compte le changement climatique – et ses conséquences – et (tenter de) changer de paradigme.  Et puis toujours, la nécessité de lutter pour préserver nos droits sociaux, la justice sociale et la solidarité – lire et relire « nos jours heureux », programme du CNR peut s’avérer salutaire. Vaste programme donc pour 2019! Il va en falloir du courage et de l’énergie !

Du côté de la ferme, il va aussi nous falloir de l’énergie! Notre campagne de financement participatif terminée avec succès – encore un immense MERCI à tous nos généreux contributeurs – il va être temps de passer à la phase de réalisation! François va donc se pencher à nouveau très sérieusement sur les plans des futures roulottes à poulettes, nous faire quelques croquis et des listes de matériel… Nous allons également  plancher sur le plan du futur verger diversifié. Si nous avons en tête les espèces que nous souhaitons implanter, il faut que nous réfléchissions aux choix de porte-greffes, que nous posions sur le papier les écarts, la disposition, les cheminements… il nous faut un plan quoi!  Nous allons voir ce qu’il est possible d’implanter au printemps et ce que nous devons commander pour l’automne prochain – hop, encore un bond dans le temps! Parce que parfois nous en avons ras le bol d’être dans des projections sur le papier, nous avons mis nos bonnets et nos gants et nous avons planté une première dizaine d’arbustes mellifères aux abords de la serre, de façon à créer une petite haie basse, diversifiée et plutôt sympa pour les butineurs…

Toujours du côté de la ferme, juste avant les fêtes, nous avons fait une réserve de paille pour pouvoir envisager sereinement le paillage des repiquages de fin d’hiver et de printemps. Cette fin d’automne, nous roulions à l’économie et c’était, il faut bien l’avouer, loin d’être optimal. La paille était devenue une sorte d’obsession pour nous ! Il faut dire qu’entre la sécheresse imposant une certaine rareté du produit et nos contraintes – pailles non traitées et qui puissent être livrées – on commençait à être pas très sereins. Nous voilà satisfaits mais surtout mieux armés pour l’année prochaine. Petit à petit, on trouve les contacts, on collecte les infos. Au fond, on en revient toujours à l’importance du réseau et de l’entraide!

Du côté des marchés, nous avons inauguré juste avant les fêtes notre nouvelle bâche de marché et, notre logo – le travail de Chloé – a remporté un joli succès. Attendez de voir le Jumpy floqué à nos couleurs! Autre fait notable, François est à ce jour le vendeur de l’année 2019 puisque c’est lui qui a débuté la saison 2019, mercredi 2 janvier à Annonay! Je m’étais chargée dimanche, sous un vent glacial, de terminer – sans beaucoup d’éclat – la saison 2018. Eh oui, les légumes se faisant plus rares, un peu moins diversifiés, les marchés se font plus petits. Si on l’avait prévu, on en revient à penser à ces satanés criquets et à tous les choux qu’ils ont boulotté sans vergogne… Ce sont bien ces choux qui commencent à sérieusement nous manquer ! Enfin, ce premier hiver nous permet déjà de prévoir quelques ajustements pour le prochain… Et puis avec des petits marchés, on aura moins (pas) de scrupules à nous échapper pendant – roulement de tambour – une semaine ! Ne vous frottez pas les yeux, vous avez bel et bien lu, une semaine ! Une semaine de vacances! Je ne sais pas si vous imaginez ce que ça représente? Une sorte de graal ! Ou alors une énorme bouffée d’air! Ou alors le sas de décompression! Bref, on danse déjà de joie et on compte les dodos avant de prendre la poudre d’escampette! En plus, ça y est, on peut le faire en utilisant juste nos deux mains – on le faisait pas quand il fallait utiliser nos pieds!

Avant ça, on va continuer à préparer la saison qui approche et à faire le bilan – comptable mais pas que – de la première. Enfin surtout moi, puisque François lui s’en va dans le Lot dès demain. Il part pour une première formation à la traction asine, à  l’Ecole Nationale des Anes Maraîchers. Pour ceux qui se le demanderaient, Tino reste à Pojot avec moi. L’idée serait de lui trouver un petit pote, petit pote qui pourrait être dressé pour travailler en maraîchage. Enfin, ne mettons pas l’âne avant l’outil, attendons plutôt le ressenti de François après ces 3 jours d’âneries et laissons Tino continuer à tranquillement entretenir sa parcelle!

Vaste programme donc pour 2019! Il va en falloir du courage et de l’énergie ! Mais, comme toujours, nous sommes bien décidés à rêver en grand. En très grand même quitte à faire !