On n’avait pas dit qu’en septembre on pourrait souffler?

C’est effectivement ce qu’on se disait cet été. Pour se donner du courage et tenir le cap de la « grosse » saison. C’est ce qu’on se disait mais parfois, entre ce qu’on se dit et la réalité, il y a un pas. Ici, c’est un fossé! On l’a bien compris, il faut attendre octobre pour l’accalmie. Et encore…

Notre mois de septembre a donc été – si vous ne l’aviez pas encore compris – très (très) chargé ! Certes, on n’a pas dû gérer une crise de criquets ou composer avec la canicule mais qui dit mois de septembre dit rentrée scolaire et reprise. Si nous ne sommes concernés par aucun des deux termes susmentionnés, il faut bien reconnaître que cela influe grandement sur l’agenda du mois de septembre. C’est en effet à cette période, où l’été fait du rab et offre encore de très belles journées, que bon nombre d’associations ou autres organisent fêtes et autres évènements récréatifs pour le grand public. Nos week-ends ont ainsi été bien vite réservés…

Il y a eu tout d’abord la fête de l’agriculture paysanne, organisée par le groupe Nord-Ardèche de la Confédération Paysanne, à Sécheras. La météo s’annonçait presque catastrophique et finalement, le soleil l’a emporté haut la main. Un samedi placé sous le signe de l’agriculture paysanne, un samedi festif et engagé mais aussi un samedi bien chargé pour nous. Il a fallu gérer les récoltes pour le marché du dimanche et les engagements pris pour l’organisation de ce bel évènement. L’avantage d’être un duo ! Le samedi matin, j’ai assuré l’ensemble des récoltes pour le marché pendant que François, dès 10 heures, s’armait de son précieux Opinel pour préparer les crudités pour le midi. On se rassure, il n’était pas seul et il était même plutôt bien accompagné, même si l’autre François – notre voisin de Brouty – enlève trop de feuilles quand il trie la salade… C’est dans la même bonne humeur qu’en fin de journée, nous nous sommes attaqués à la préparation des 220 assiettes de crudités prévues pour les repas du soir. Si j’ai trouvé que le marché piquait un peu le lendemain matin, le bilan reste très positif : de chouettes rencontres, une belle dynamique de groupe, de gros fous rires et pour François, un nouveau surnom…

Après un week-end de trêve avec « juste » le marché de Saint-Félicien, nous avons commencé à préparer le week-end « Terroir au Village ». Il est organisé chaque année par Terroir Pays de Saint-Félicien, association de laquelle nous nous sommes rapprochés dès la fin avril et qui porte des projets très intéressants … Pourquoi préparer ce week-end en particulier ? Parce que dans le programme riche de ces 3 jours dédiés au terroir, étaient prévus plusieurs circuits de visite, avec différentes thématiques et que, lorsqu’on nous avait demandé si nous pouvions faire visiter notre ferme, nous avions répondu par l’affirmative ! Il fallait donc préparer un minimum la visite prévue le samedi matin ! L’occasion de faucher, de débroussailler, de ranger le peu qui devait l’être…

Le samedi, après les récoltes, plus matinales qu’à l’habitude, nous étions prêts à accueillir les curieux. Un peu moins d’une vingtaine, certains connus d’autres non. Jusqu’ici, nous avions toujours fait visiter la ferme à des proches, des amis, des voisins, la famille et c’est très intéressant de diversifier son public. Il y a les questions qui reviennent presque toujours, celles qui étonnent ou surprennent, celles qui désarçonnent mais, quelles qu’elles soient, c’est toujours un très bon exercice, qui nous pousse à être toujours plus précis, plus clairs dans notre discours. Plus pédagogues aussi ou plus engagés. Par exemple, lors de cette visite, a été posée à François, la question de l’utilisation d’hybrides F1. Il a donc expliqué que nous cherchons à les éviter et, assez vite, s’est trouvé à bout d’arguments sur les raisons qui nous motivaient. Pas plus tôt nos visiteurs partis, nous avons donc repensé ensemble à tout ce qui nous faisait opter pour cette position. Un bon exercice, je vous dis, un bon exercice !

Le dimanche, après le marché du matin à Saint-Félicien, nous avons pris la route de Pailharès pour y ré-installer notre étal, marché de producteurs oblige ! Si j’étais très peu motivée à 13 heures, à peine revenue du marché, je dois bien avouer que ce fut un très bel après-midi. Nous avons recroisé certains curieux qui étaient venus jusqu’à Pojot, discuté, dégusté de bons produits mais surtout, nous avons retrouvé toute la bande de chouettes producteurs, engagés comme nous auprès de l’association Terroir. L’occasion d’échanger nos impressions sur la saison, de comparer les traits de fatigue sur nos visages, de retrouver des personnes qui ont un rythme de vie assez similaire au nôtre et pour qui le mot « reprise » ne veut pas dire grand-chose. L’occasion enfin de trinquer, une fois les badauds partis, à la fin de l’été et à cette vie qu’on s’est choisie. Une vie belle bien qu’usante , une vie riche de rencontres et d’apprentissages mais qui souvent nous met en décalage. De la famille, des copains, de Mr & Mme Toulemonde qui rentrent de vacances… Pour autant, quand on regarde par-dessus notre épaule, pour rien au monde, nous ne voudrions retourner en arrière !

Pour être tout à fait honnête, à ce stade-là du mois de septembre – le 23 au soir très exactement –  je ne rêvais que d’une chose, pouvoir dormir. Ne serait-ce qu’un matin. J’avais imaginé que le lundi, après ce week-end aussi chouette que chargé, aurait été celui de la grasse matinée – par grasse matinée, comprendre dormir jusqu’à 8h30. C’était sans compter le jus de pommes. Le jus de pommes ? Peut-être parce qu’on avait peur de s’ennuyer, parce qu’on devient hyperactifs, une dizaine de jours auparavant, François avait pris rendez-vous à l’atelier de transformation Nectardéchois pour une session « jus de pommes ». Je vois d’ici vos sourcils qui font un circonflexe ! Ils ont des pommiers et ils ne l’ont pas dit ? Ils volent des pommes ? Pas de verger de pommiers ni de vol de récolte. En bon observateur-cueilleur qu’il est, François avait repéré quelques pommiers près des Gaillards, notamment près de la petite réserve d’eau qu’on utilise pour la pépinière. Buissonneux, pas taillés depuis des lustres mais plein de fruits. Pour transformer à Nectardéchois, la récolte doit être d’au moins 100 kilos. « J’ai fait un truc qui va pas te plaire ! Enfin, pas sur le moment mais je sais qu’après tu seras contente ». C’est comme ça que François m’a annoncé la mission pommes qui s’annonçait, en parallèle de la préparation du week-end de « Terroir au village ». C’est vrai que sur le moment je me suis dit qu’on s’en serait bien passé, de la cueillette des pommes entre deux sessions de débroussaillage! Au fond, vous l’aurez compris j’étais mille fois pour. Les cueillettes, c’est comme ça, tu prends le créneau ou tu passes à côté. On n’avait pas envie de passer à côté, on voulait avoir 100 kilos et notre jus pour l’hiver. Et puis, on en a parlé à Louis. « Ah justement, je voulais vous en parler. Dans le parc des vaches, y’a quelques pommiers, si vous voulez ramasser les pommes, ça m’arrange. Je dois les faire tomber et les évacuer sinon les vaches s’en gavent et ça peut avoir des conséquences pas jolies jolies. Nous, on en fait rien!». On s’est dit qu’on était pas à quelques pommiers près, que si on avait 150 kilos se serait tout aussi bien. Résultat des courses, en une après-midi à Perrache, on avait déjà 130 kilos sans s’être occupés de tous les pommiers… Au final, nous avons pu faire transformer un peu moins de 250 kilos de pommes. On a notre jus pour l’hiver et finalement, détail non négligeable, le nectar d’abricots n’est désormais plus le seul embouteillé sur notre étal de marché !

Avec la fin septembre est arrivée la fin des haricots. Quand il faut enlever les piquets, rembobiner les ficelles et enlever les pieds, c’est toujours un drôle de sentiment. Une bascule entre la joie de ne plus avoir à les récolter deux fois par semaine et un pincement au cœur car c’est un des légumes phares de l’été. Rendons au haricot ce qui revient au haricot : sur les marchés, il a contribué à nous construire une petite réputation ! On m’en a d’ailleurs encore parlé dimanche « vos haricots ont régalé tout le monde, ils étaient délicieux. Du coup, même s’il y en a plus, je reviens ici ! »

Pour fêter dignement la fin septembre, nous avions prévu une fête avec nos copains d’avant qui sont toujours les copains de maintenant mais que, par la force des choses, nous voyons moins. Une livraison d’une bonne vingtaine de copains pour le week-end et une fête qu’on voulait basée sous le signe des produits locaux, du zéro-déchet… Soupe au pistou avec nos légumes, fromages de Louis, tomme en salade de la ferme de Réat, pain de Valérie et Vincent, serviettes en tissus et compagnie. Une fête qu’on voulait à l’image de notre nouvelle vie même si au quotidien, on n’a pas de tireuse à bière… Si on s’est demandé plusieurs fois, quand la fatigue atteignait des sommets, pourquoi on s’infligeait ça, pourquoi on n’avait pas commandé 10 kilos de chips et de nachos au lieu de préparer 2 kilos d’houmous, dès les premiers copains arrivés, on a tout oublié ! On ne regrette rien, loin de là. Ce week-end a été une ÉNORME bouffée d’air frais. Comme quoi, y’a rien de tel qu’une dose massive de copains pour avoir la banane! Après ça, Octobre pouvait bien arriver.  On était prêts, rincés à souhait mais heureux.

Octobre est là, depuis déjà une bonne dizaine de jours et on a toujours un peu de mal à trouver du temps pour nous. Avec l’automne, nous nous sommes attaqués au chantier de réfection de la réserve collinaire. Enfin, nous nous sommes surtout attelés à vider le lac. Presque une hérésie quand on sait combien on a veillé à la réserve en eau jusqu’à fin septembre. Mais, entretien oblige, on ne cure pas un lac sans le vider de son eau. On a donc loué une pompe et regardé le niveau baisser puis les carpes agoniser. Une étape qu’on aurait aimé éviter mais… bon an, mal an, nous avons réussi à en sauver une dizaine. Désormais, nous ne sommes plus maîtres à bord et nous attendons impatiemment le début des travaux. Plus vite ce sera terminé, plus vite le lac pourra se remplir à nouveau !

Avec Octobre, nous avons aussi préparé pour la première fois, sous la houlette de ma grand-mère, ce qu’on appelle la drache. Une façon de conserver (grâce à la fermentation lactique) les légumes tels que le chou, la betterave rouge, le poivron ou la tomate verte dans les résidus de raisins restants après que le vin ait été tiré. Rendez-vous en décembre pour goûter ça ! Nous avons aussi profité d’être de ce côté-là du Rhône, pour ramasser des noix. L’occasion de diversifier encore un peu notre étal qui se fait de plus en plus automnal. Nous avons manié le ramasse-noix avec passion et il ne reste plus qu’à laver et faire sécher – plus que, doux euphémisme – celles qui se retrouveront bientôt en filets! Avec Octobre, nous avons aussi repris marteau, clous et mètre pour la construction d’une première étagère à courges et ensuite, rentré les dites-courges…

Est-ce qu’une fois ces chantiers terminés, nous pourrons souffler ? Nul ne le sait. Enfin, nos corps se rappelant de plus en plus à nous – François me surnomme actuellement Hémiplégiane – il va bien falloir qu’on y arrive ! Et puis, pour mener à bien les quelques projets qui nous trottent encore dans la tête, il va nous falloir encore de l’énergie et on ne compte pas puiser dans celle du désespoir !

Il est possible de passer commande pour du jus de pommes (2,90 € le litre – du jus de pommes et rien d’autre), des confitures car notre gamme s’est étoffée pour l’hiver (abricots, prunes, figues) ou encore des noix!

 

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4 réflexions au sujet de « On n’avait pas dit qu’en septembre on pourrait souffler? »

  1. Bravo bravo bravo ! Le cycle de la vie ne s’arrête jamais, alors continuez, mais prenez quand même le temps de souffler. Demain il fera jour !
    Bisous à vous deux, et, c’est quoi le surnom de François ? hein, j’ai pas trouvé 😉

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    1. En fin de soirée, une dame ayant de toute évidence bien apprécié le vin cherchait vainement « le Géant Vert ». Ca nous a fait rire et puis François est arrivé. Il portait un tee-shirt vert. « Ah le voilà le Géant Vert, le voilà ». Tu connais désormais le nouveau surnom ET l’histoire! Des bises à vous 4 et je te souhaite une belle première saison!

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  2. Encore merci, merci, merci Marine pour ton récit (je ne sais si on peut appeler ça un récit mais je ne trouve pas le mot qui convient). je me régale à lire tes lignes et à découvrir votre univers.Je te redis encore une fois mon admiration pour votre travail (SINCÈREMENT). je suis ébahie de toutes les sortes de produits qui vous faites pousser et proposez, c »est génial!!!! Et que dire du volume de butternut et autres cucurbitacées!!!! Je suis scotchée… Vous nous tiendrez au courant pour la drache. J’en faisais aussi quand on avait de la vigne et que mon beau-père et J-Marc faisait leur vin. Aujourd’hui la vigne n’est plus entretenue, peut-être quand l’heure de la retraite sonnera pour JMarc, reprendra-t-il ça en main ?

    Encore bravo et mille baisers à vous

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    1. Merci pour ton message qui, comme tous tes commentaires, nous fait chaud au coeur. C’est très agréable de se savoir suivis, de près ou de loin, par les proches. Dans les creux, on pense aux encouragements et aux bons mots en se disant qu’on est pas les seuls à y croire.
      Pour la drache, on vous tiendra au courant. Mamie était inquiète sur la quantité de sel à apporter. Verdict en décembre! Des bises à tous du côté de Celas! A bientôt!

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