Du volontariat au métayage, chronique d’une reconversion passionnée – Première partie

Souvent, quand François explique qu’il est maraîcher et qu’auparavant il était ingénieur en génie civil, les sourcils deviennent des accents circonflexes et les bouches font des « O ». C’est ce qu’on appelle se reconvertir, oui. Ensuite, sourcils et bouches se reprennent et c’est à ce moment-là que les questions arrivent. Sur la pointe des pieds ou en fanfare, ça dépend. Pourquoi? Quand? Comment?

Si vous avez été curieux et que vous avez déjà cliqué sur les onglets « le projet » et « qui sommes-nous? », vous avez du trouver les réponses aux deux premières interrogations. Si vous ne l’avez pas encore fait, pas de panique! D’abord, parce que personne ne peut le savoir, ensuite parce que vous avez le loisir de le faire quand bon vous semble. Et comment on se reconvertit? Le comment, nous y voilà…

Apprendre sur le tas.

Au tout début, l’apprentissage a pris la forme du volontariat. Pendant un peu plus de quatre mois, François a appris sur le tas. En faisant. Semer, planter, repiquer, désherber, récolter, vendre, traiter, observer. Il s’est approprié les gestes et les habitudes. Une façon de faire. Au tout début, on fait ce qu’on nous dit de faire, on regarde, on reproduit. Et on recommence s’il le faut! Comme quand il faut repiquer les tomates plus profondément pour favoriser le développement des racines. Une expérience riche d’apprentissage, surtout quand fin août, François s’est vu confié « les rênes » de l’exploitation pour deux semaines. Il lui a alors fallu gérer le quotidien, la vente au magasin, les paniers et une belle inondation  du local de vente et de stockage. Ah les orages cévenols! Ah les caisses d’oignons à trier et les tomates à transformer! Et puis toutes ces belles rencontres. L’occasion de découvrir des gens et autant de projets et d’idées. L’occasion d’ouvrir son horizon…

 

Parce qu’il y a autant de façons de faire que de maraîchers – ou presque – à notre retour d’Amérique Latine, François a voulu à acquérir d’autres expériences. Il a donc épluché les petites annonces agricoles mais aussi repéré l’ensemble des exploitations maraîchères biologiques autour de Montpellier. Il est ensuite allé frapper aux portes, expliquant son parcours et sa démarche. C’est comme ça qu’il a été embauché pour la saison – comprendre de mai à août – dans une exploitation bio du côté de Mauguio, les Fruits de la Moure. Oui, l’humour se cultive aussi en agriculture! Dans cette exploitation, beaucoup de serres, des gros volumes, deux employés à plein temps, deux ou trois saisonniers. Un modèle bien loin du précédent!

De nouveaux gestes et de nouveaux apprentissages. Cueillir un melon à maturité, pratiquer la solarisation, ramasser des kilos et des kilos de fraises, confronter des idées et des visions.  Si humainement l’expérience n’a pas été toujours facile, elle a permis à François de conforter, d’affirmer certaines envies par rapport au système qu’il imaginait développer.

Se former théoriquement.

Ravi de délaisser ces serres immenses qui, quand on répète une même tâche, semblent souvent interminables, François a ensuite finalisé ses démarches pour obtenir un diplôme de niveau IV en agriculture, diplôme obligatoire si l’on veut prétendre aux aides à l’installation. Il s’est donc tourné vers un BPREA – brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole – en maraîchage biologique. Retourner sur les bancs de l’école? Non, puisque François a opté pour une formation à distance, avec le CFPPA de Pamiers, dans l’Ariège.  Un bon compromis lui permettant de multiplier les stages et lui laissant la possibilité d’avoir une réelle activité durant l’année de formation. Son diplôme d’ingénieur lui a évidemment permis de valider un certain nombre d’unités d’enseignement très générales (mathématiques, français…) et les journées de regroupement à Pamiers n’ont finalement pas été très nombreuses. D’octobre 2016 à juin 2017, François a ainsi du rendre neuf dossiers correspondant chacun à des thèmes bien précis. Cela m’a rappelé des souvenirs de ma première année à Dijon, de sa célèbre AGEA (Analyse Globale de l’Exploitation Agricole) et de mon rapport de stage en exploitation. En juin 2017, François a passé un oral final portant à la fois sur ses stages et son projet agricole. A l’automne 2017, dans une enveloppe froissée, un peu chiffonné, il est arrivé, le fameux diplôme!

Oser le métayage.

Alors que sa formation théorique n’avait pas encore débuté, François a tout d’abord réfléchi à un projet avec le maraîcher chez qui il avait fait du volontariat. Néanmoins, les propositions prometteuses du début tardaient à prendre un aspect plus formel et légal… Et elles ont d’ailleurs eu raison de la patience de François qui a fini par jeter l’éponge. Il a alors repris contact avec Francis Montagné, maraîcher à Lansargues, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Il l’avait contacté puis rencontré à notre retour d’Amérique Latine. Souhaitant transmettre son savoir – et ralentir un peu le rythme – Francis Montagné avait en effet posté une annonce: il cherchait un métayer pour la saison. François était arrivé trop tard mais il n’avait pas oublié cette potentielle opportunité… Il a donc tenté sa chance à nouveau. Dans un premier temps, il a découvert l’exploitation de Francis à travers un stage – dans le cadre du BPREA – puis de fil en aiguille, il est devenu celui qu’on appelle quand il y a un pic de boulot: du bois à broyer, du débroussaillage ou des parcelles à préparer.  Le modèle développé correspondant à celui qu’il avait plus ou moins imaginé, François a très vite été clair sur ses intentions: il voulait être le prochain métayer!

Et il l’a été. Jusqu’à fin novembre 2017.

En ce début d’année…

… il convient tout d’abord de vous souhaiter le meilleur pour ce crû 2018!

Pour nous, vous l’aurez deviné, cette nouvelle année a le goût de la grande aventure. Nous avions placé 2017 sous le signe de la transition, nous plaçons 2018 sous le signe de la réalisation. Maintenant que le grand saut est fait, il faut lui donner vie à ce projet. Et puis du cœur et du corps aussi!

Nous ne sommes pas superstitieux – nous avons un chat noir depuis 5 ans c’est dire – mais nous avons décidé de saluer 2017 et d’accueillir 2018 à Saint-Félicien. Une façon de montrer à cette nouvelle année que pour nous, c’est ici que tout va se passer! Janvier est donc arrivé, avec des châtaignes grillées, une vue imprenable sur le Mont Blanc depuis les ruines de Rochefort et Milie.

Et alors, nous direz-vous, qu’est-ce qu’il s’y passe sur vos terres?

Pas mal de choses! Les fourmis que nous sommes, avancent. Pas à pas. Certains plus grands que d’autres, certains plus chers que d’autres, certains plus visibles que d’autres. Mais quels qu’ils soient, même les riquiqui, ils ont leur importance, faut pas croire!

Dans la catégorie « qui coûte cher », nous avons passé commande de la serre tunnel. Une jolie demoiselle, aux mensurations assez généreuses (40 mètres de long pour 9,30 mètres de large), qu’il nous faudra monter probablement début mars. Si vous rêvez de participer au montage, d’enfoncer des amarres ou encore de tendre du plastique, nous pouvons contribuer à la réalisation de votre souhait! Avant cela, il nous faut aplanir un petit peu le terrain. Question de confort de travail pour la suite mais aussi d’impératif à respecter pour les garanties constructeur – sombre histoire de pente et de pourcentage. Nous avons donc contacté le terrassier agricole qui nous avait aidé à oublier la ferme de Colombier. Au niveau du planning, ça devrait être bon…

Dans la catégorie « qui se voit », nous sommes allés récupérer 29 bottes de paille. Pourquoi pas 30? Parce que les chiffres ronds c’est un peu surfait mais surtout qu’il n’y en avait pas plus dans le grenier de l’agriculteur! Cela devrait nous suffire pour la saison. Parce que c’est plus drôle, on a déchargé tout ça de nuit, à la frontale… les néons du hangar ayant rendu l’âme.

Toujours dans la catégorie « qui se voit », nous avons commencé les travaux de débroussaillage autour de la réserve collinaire.

En quinze ans, la nature a repris ses droits et les arbres se sont sacrément développés sur les abords du bassin. C’est bucolique nous direz-vous! On a beaucoup apprécié y pique-niquer en septembre, c’est vrai! Tout ça c’est bien joli… si on ne se préoccupe pas de la réserve d’eau et de la structure du bassin. Et clairement, la ressource en eau, ça nous préoccupe (beaucoup). Il faut nous voir, dès qu’il fait trois gouttes, le nez collé au boîtier de la station météo que j’ai offerte à François! Cette réserve collinaire, il faut qu’on la bichonne, c’est primordial.
Dans un premier temps, il faut dégager les abords, couper les arbres qui s’y développent. Pourquoi? Parce qu’ils prélèvent une part de l’eau stockée – c’est pas pour pique-niquer qu’ils se sont installés là – et surtout, parce que leurs systèmes racinaires peuvent créer des fissures, endommager la digue, modifier la structure…
Dans un second temps, à l’automne, il faudra prévoir de curer le bassin pour éliminer les dépôts et la vase. Le terrassier agricole n’est définitivement pas venu pour rien!
Nous avons donc retroussé nos manches et nous nous sommes attaqué à ce (gros) chantier. La tronçonneuse est la meilleure amie de François – il faut le voir regarder des vidéos d’abattage d’arbres ou les tutos « comment affûter ma chaîne de tronçonneuse » – et l’ébrancheur est devenu une prolongation de mes bras. Il va sans dire qu’on est rincés à la fin de la journée, que certains de mes muscles crient au scandale d’être sollicités comme ça, sans aucune forme de procès, mais, les efforts paient! Notre travail, bien que loin d’être terminé, est visible et ça, ça fait du bien au moral.

Et puis, il y a tous les autres pas. Les devis de pépiniéristes pour les plants  et donc le planning de culture, la préparation de la commande de semences, la réservation des pommes de terre, les dernières réflexions pour le système d’irrigation – Alors ces conduites, on les enterre ou pas? – les listes qui n’en finissent pas… François a aussi repris le chemin de Privas pour une première journée de formation technique en arboriculture. De mon côté, j’ai relancé les démarches auprès de la chambre d’agriculture en vue de ma future installation. Ces démarches me permettront, dans un premier temps, de pouvoir assister à diverses formations. François n’ayant pas encore acquis la capacité à se dédoubler, nous pourrons ainsi engranger, en bons écureuils, deux fois plus d’informations techniques. Il nous arrive souvent de faire des schémas pour avoir une vision plus claire de notre situation et des priorités, il nous arrive souvent de les trouver très vite illisibles.

Il y a les jours avec les grands pas, ceux qui nous donnent des ailes et des pics d’enthousiasme fou. Il y a les jours avec les pas moyens, ceux qui donnent le sourire un peu béat. Il y a les jours avec les petits pas, ceux qui mis bout à bout donnent aussi le sourire. Il y a aussi les jours sans. Quand il n’y a personne au bout du fil et que cette foutue musique d’ascenseur n’est pas en mesure de nous répondre. Quand la tronçonneuse fait des siennes alors qu’on est déjà en tenue de combat. Quand la météo prévoit 40 mm de pluie et qu’on peine à atteindre les 10. Mais, quelque que soit le jour, la conclusion reste la même: on ne regrette pas d’avoir fait le grand saut!